Ce vendredi 27 juin, le vendredi suivant le dimanche de la fête du Très Saint-Sacrement (Fête-Dieu), l’Eglise célèbre la solennité du Sacré-Cœur de Jésus, une fête et un culte que le pape François a remis en lumière par l’encyclique qu’il lui a consacré, ‘Dilexit nos’ (Il nous a aimés).
À la base, le Sacré-Cœur est une dévotion au cœur de Jésus-Christ en tant que symbole de l’amour divin par lequel Dieu a pris la nature humaine et a donné sa vie pour les hommes. Cette dévotion est particulièrement présente au sein de l’Église catholique depuis le XVII siècle. Elle met l’accent sur les concepts d’amour et d’adoration voués au Christ en tant que Bon Pasteur donnant sa vie pour ses brebis, cherchant l’égarée pour la sauver et laissant transpercer son cœur (son côté) sur la croix d’où jaillissent l’eau et le sang rédempteurs. Les chrétiens sont invités à la contemplation de cet amour crucifié, à la réparation pour les offenses faites à cet amour, et à la réception des sacrements, en particulier la confession et l’eucharistie. La consécration personnelle au Sacré-Cœur est aussi une pratique recommandée.
L’extension de cette dévotion à partir de 1673-1675 vient de révélations privées d’une visitandine de Paray-le-Monial, sainte Marguerite-Marie Alacoque (voir lien ICI), puis, à partir du XIXe siècle, d’une autre religieuse catholique, Marie du Divin Cœur, qui a demandé à Léon XIII de consacrer le monde entier au Sacré-Cœur de Jésus. Saint Jean Eudes a également joué un rôle important dans la promotion de cette dévotion, en composant le premier office liturgique en son honneur.
En résumé, la solennité du Sacré-Cœur de Jésus est une célébration de l’amour et de la miséricorde de Dieu, incarnés dans le cœur de Jésus, et une invitation à l’amour, à la réparation, et à la contemplation de ce mystère d’amour divin.
Personnellement, je dois avouer que la dévotion au Sacré-Cœur me laissait assez indifférent au départ : J’étais rebuté par une iconographie que je trouvais mièvre, ces images et statues qu’affectionnaient nos grand-mères, montrant ostensiblement un organe transpercé d’épines et entouré de feu sur un Jésus aux yeux de biche… Et les prières qui les accompagnaient alourdissaient encore cette sensiblerie avec des termes grandiloquents, dégoulinants de dévotion douceâtre tels que le XIXè siècle nous en avait largement abreuvés. Bref, cela me semblait être tout sauf une dévotion saine et virile. Mais j’ai progressivement changé mon regard sur cette mystique qu’auparavant j’aurais au mieux qualifiée de ‘bondieuserie’…
D’abord, parce que derrière les aspects extérieurs rebutants, les réalités que cette dévotion au Sacré-Cœur entend mettre en valeur et honorer, sont tout à fait dignes de respect et d’admiration, je dirais même essentielles pour les croyants : l’Amour infini de Dieu manifesté en Jésus Christ ; sa Miséricorde inépuisable ; sa Volonté de sauver tous les hommes sans exception au prix de sa propre vie… N’est-ce pas le cœur de notre foi chrétienne ?
En fait, la dévotion au Sacré-Cœur n’est pas une dévotion sentimentale : elle trouve son fondement dans l’Ecriture Sainte.
Les lectures proposées sur trois ans pour les messes de cette solennité sont très riches. Elles révèlent ce qu’est la vraie dévotion au Sacré Cœur. Il ne s’agit pas en effet d’une dévotion sentimentale mais d’une dévotion dont le fondement est l’Incarnation rédemptrice du Fils unique de Dieu. Le pape François l’a bien souligné dans son encyclique ‘Dilexit nos’.
Saint Paul, dans la lettre aux romains que nous venons d’écouter, donne la preuve que Dieu nous aime : le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. La dévotion au Cœur de Jésus trouve bien son fondement dans le mystère de l’Incarnation rédemptrice : Dieu s’est fait homme en Jésus pour que tous les hommes, privés de la grâce de Dieu, puissent être purifiés, sanctifiés, divinisés !
L’Eglise a fait choix en cette année où nous méditons l’évangile selon Saint Luc de cette parabole qui révèle l’Amour du Cœur de Jésus qui est venu en ce monde pour accomplir la Volonté de Son Père : aller à la recherche de la brebis perdue. Jésus, par Saint Luc, nous révèle la joie de Son Cœur : « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue ! » Mais pour la retrouver, Il a accepté de mourir pour nous sur la Croix, nous donnant ainsi l’exemple du plus grand Amour. Avec St Paul, nous pouvons redire à Jésus, dans notre adoration : Tu m’as aimé, Tu T’es livré pour moi !
Dans la première lecture de ce jour, grande prophétie d’Ezéchiel, Dieu nous disait : « C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer ». Dans le chapitre 10 de l’évangile selon Saint Jean, Jésus s’est révélé comme le Bon Berger. Il est vraiment Celui qui vient à la recherche des brebis perdues, qui soigne les brebis blessées, qui encourage les brebis découragées par le combat spirituel, qui donne à ses brebis fidèles force, courage et énergie d’amour et qui aime chacun et chacune d’un amour amoureux.
Jésus, Personne divine du Fils de Dieu, nous aime humainement avec un vrai Cœur humain. C’est ce Cœur que nous vénérons en ce jour. Oui, la dévotion au Cœur de Jésus est enracinée dans le mystère de l’Incarnation. Dieu nous aime dans un cœur humain. Voilà le grand mystère qui devrait nous enthousiasmer et nous permettre d’aimer amoureusement Jésus, vrai Dieu et vrai homme – et d’aimer nos frères en réponse à cet Amour inconditionnel.
N’oublions pas aussi, en cette solennité du Sacré Cœur, de prier pour tous les prêtres du monde. Saint Jean-Paul II a voulu que cette solennité soit la journée de prière pour la sanctification des prêtres. Ce grand Pape avait eu cette intuition : pour le renouveau de l’Eglise et du monde, la sanctification des prêtres est nécessaire. Comment nous les prêtres pourrions-nous être des apôtres de l’Amour, des éducateurs des cœurs, si nous ne laissions pas éduquer par les Cœurs de Jésus et de Marie ?Prions aussi pour la sanctification de tous les consacrés, et donc des baptisés que nous sommes.
Le Ploumtion
Prière au Sacré Cœur de Jésus de saint Benoît-Joseph Labre

« Mon Dieu, accordez-moi, pour vous aimer, trois cœurs en un seul.
Le premier, pour vous, pur et ardent comme une flamme, me tenant continuellement en votre présence et me faisant désirer parler de vous, agir pour vous, et, surtout, accueillir avec patience
les épreuves qu’il me sera donné de devoir surmonter au cours de ma vie.
Le second, tendre et fraternel envers le prochain, me portant à étancher sa soif spirituelle en lui confiant votre parole, en étant votre témoin comme en priant pour lui. Que ce cœur soit bon pour ceux qui s’éloignent de vous, et plus particulièrement encore s’ils me rejettent ; qu’il s’élève vers vous, vous implorant de les éclairer afin qu’ils parviennent à se libérer des filets du chasseur.
Qu’il soit, enfin, plein de compassion pour celles et ceux qui ont quitté ce monde dans l’espérance de vous voir face à face …
Le troisième, de bronze, rigoureux pour moi-même, me rendant vainqueur des pièges de la chair, me gardera de tout amour-propre, me délivrera de l’entêtement, me poussera à l’abstinence et m’incitera à me défier du péché. Car je sais que plus je maîtriserai les séductions de la nature, plus grand sera le bonheur dont vous me comblerez dans l’éternité. »





