RAMEAUX-PÂQUES 2026 à LEONARDO
Chers amis résidents de la Maison de Retraite Léonardo,
Hier dimanche, après la messe, j’ai accroché un petit brin de buis à la croix qui avait été celle de la chambre de mon papa, ici à la résidence.
Cette croix, elle est maintenant dans mon salon. Avec les photos de mes ‘vieux’, tous mes parents et amis partis là-haut.
Et je me suis dit : tiens, si mon papa et mon oncle vivaient encore, je leur aurais apporté ce buis ici à la résidence, dans leur chambre, et j’aurais fait le même geste de l’accrocher à la croix.
Ça m’a touché de refaire ce geste, alors même qu’ils ne sont plus là. C’est comme si je demandais à Jésus de faire l’intermédiaire, le ‘’pont’’ entre : eux, qui sont chez lui, et moi, qui suis ici… un petit pont de bois, de buis.
Sacrée semaine quand même ! La semaine sainte. En raccourci, pour vous, qui passez d’un coup des Rameaux à Pâques !…Au fond, le Vendredi saint vous n’en avez pas tellement besoin : c’est un peu tous les jours que vous avez votre propre chemin de croix, à ce stade de votre vie que vous essayez malgré tout de rendre un peu belle avec l’aide de tout le personnel qui est si gentil et des bénévoles, des visiteurs….
Alors, ce buis, il faut bien sûr l’accrocher ; vous avez certainement aussi un endroit dans votre chambre ou une croix pour l’attacher et pour qu’il soit visible.
Il faut l’accrocher quelque part, ce bout de bois feuillu, mais je dirais : il faut vous y accrocher aussi. Comme à une planche de salut. Un radeau pour les naufragés. Un bâton pour les égarés. Un piolet pour les alpinistes en perdition et en risque d’avalanche…
Non pas qu’il soit magique : béni ou non, ce végétal n’a aucun pouvoir. Il ne protège de rien, ni de la maladie, ni des malheurs ou des catastrophes. La seule chose dont il peut protéger, ou parfois empêcher si nous le lui demandons, c’est du doute. Du manque de confiance. De la désespérance qui nous tombe dessus et nous aveugle, nous rend sourds à l’amour de Dieu qu’il a manifesté en ces saints jours sur la croix.
=>Le buis vert sur la croix n’est là que pour ça, il ne sert qu’à ça : nous rappeler qui est Jésus, ce qu’il a fait pour nous, et nous pousser à nous attacher à lui. Et, parce que ses feuilles restent très longtemps vertes, il nous rappelle que Jésus est la Résurrection et la Vie. Il a vaincu la mort. Il l’a dit, il l’a fait, et il le fera encore pour chacun de nous, dont la vie refleurira…
Voilà. Voilà ce que raconte ce petit brin de buis. C’est un symbole, mais il est important, comme celui du cierge pascal que nous allons allumer tout à l’heure ou de l’eau pure dont nous allons être aspergés. Des signes bien modestes, mais qui nous renvoient à quelque chose de grand et de très fort et qui nous dépasse : cette expérience qu’ont faite les compagnons de Jésus qui l’ont côtoyé pendant trois ans et qui l’ont vu passer son temps à remettre les gens debout, à soulager les souffrants, à guérir les malades et à pardonner les péchés de ceux qui étaient enfermés dans la culpabilité, annoncer un Dieu de bonté qui était un Père pour tous les hommes…
Ce Jésus qu’ils admiraient et en qui ils croyaient, sa crucifixion et sa mort les a complètement atterrés et démoralisés, ils n’y comprenaient plus rien. Ils allaient déserter.
Au fond du fond de leur gouffre alors, ils se sont pris un vide, le matin de Pâques. Le vide d’un tombeau, celui où on avait enterré tous leurs espoirs et leurs rêves avec leur maître Jésus.
Quand il n’y a plus rien, humainement parlant, où l’on puisse s’accrocher, là commence la Foi.
Ce sont les femmes qui d’abord, les premières, ont compris qu’on ne pouvait pas enfermer celui qui est la Vie ; et elles ont ressenti Sa présence qui se manifesterait désormais auprès de ceux qui croient en lui, qui aiment comme lui, dans le monde où il viendrait à leur rencontre au travers des hommes et des femmes qui sont son visage aujourd’hui.
Oui, ce sont les femmes qui ont compris les premières. Et les hommes ont suivi, mais un peu plus tard. Peut-être parce que les femmes sentent et aiment autrement, elles sont plus en phase avec la vie.
Aujourd’hui nous faisons le même chemin qu’elles, mais un chemin tout différent de celui que nous connaissions : habituellement, nous suivons les enterrements qui nous font aller de la maison vers le cimetière… de la vie vers la mort. Marie-Madeleine avec Marie et les autres femmes, elles, ont commencé, initié le chemin à l’envers : celui qui va de la mort vers la vie, du cimetière vers la maison des vivants ! Celle qui est déjà la nôtre depuis que nous avons été baptisés dans la Foi au Seigneur des vivants et que nous fêterons à Pâques.
C’est pour cela que, quand nous aurons proclamé notre Foi de chrétiens (dans quelques instants), nous serons aspergés ensuite avec l’eau des baptêmes, illuminés par les cierges qui nous rappellent que nous sommes déjà en espérance passés de la mort à la vie, par le don que Jésus nous a fait sur le bois de la Croix qui a refleuri à Pâques.
C’est fou tout ce qu’il avait à nous raconter, ce petit bout de buis ! Gardons-le bien sous les yeux ! (les yeux du cœur)
Sainte fête de Pâques à chacune et chacun ! Et MERCI AUX FEMMES – celles du 1er et du 3ème jour, qui ont CRU !
Padre Bernard


