1- L’amour ne disparaît jamais (d’après saint Augustin)
L’amour ne disparaît jamais, la mort n’est rien.
Je suis seulement passé dans la pièce à côté.
Je suis moi, tu es toi.
Ce que nous étions l’un pour l’autre nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
Parle-moi comme tu l’as toujours fait.
N’emploie pas un ton différent, ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Prie, souris, pense à moi.
Prie pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été,
sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre.
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié.
Elle est ce qu’elle a toujours été.
Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée
simplement parce que je suis hors de ta vie…
Je t’attends, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin.
Tu vois, tout est bien.
2- Celui (celle) qui est parti(e).
Ne le (la) cherchez pas en arrière, ni ici, ni là, ni dans les vestiges matériels qui vous sont naturellement chers. Il (elle) n’est plus là. Il (elle) ne vous attend plus là.
C’est en avant qu’il faut le (la) chercher, dans la construction de votre vie renouvelée… Soyez-lui fidèle là, et non point dans une nostalgie rétrospective avec laquelle il faut avoir le courage de briser.
Sa véritable trace n’est pas dans certaines manifestations de son activité. Sa disparition doit nous libérer. Non pas oublier, mais chercher en avant malgré tout ce que vous pouvez sentir ou croire, reconnaître avec évidence que votre vie doit se poursuivre. Décidez-vous seulement à ne plus vivre dans le passé, ce qui ne veut pas dire que vous oubliez celui-ci, mais que votre manière -la vraie- de lui être fidèle doit consister à construire en avant c’est-à-dire à être digne de lui (d’elle).
3- Pourquoi la mort? (Martin GRAY, « le Livre de la Vie »)
« La mort de ceux qu’on aime, cela nous semble toujours injuste. Un arbre est déraciné sous lequel on aimait vivre, un arbre est abattu qui aurait encore pu donner du fruit.
On sort du cercle de la mort par l’action, par la vie. Il faut vouloir survivre à la mort. Il faut construire par l’action, par la pensée, des barrages contre le désespoir. La mort des êtres chers, c’est un cyclone qui vous aspire, où l’on peut se laisser entraîner, où l’on peut se laisser noyer. Il faut vouloir s’éloigner du cyclone. Il faut vouloir survivre.
Croire, c’est vouloir vivre. Vivre jusqu’au bout malgré la mort. Croire, c’est croire en la Vie. Et donner la vie, c’est combattre la mort. Car la vie doit chasser la mort.
A chaque printemps, l’arbre refleurit. Et l’automne alors, et l’hiver, ne sont plus que des saisons parmi d’autres. Il faut que l’homme apprenne à voir la mort comme un moment de la vie.
Il ne faut pas forcer le cours des choses naturelles. Il est un temps pour la souffrance et un autre pour la guérison.
Etre fidèle à ceux qui sont morts, ce n’est pas s’enfermer dans sa douleur. Il faut continuer de creuser son sillon: droit et profond. Comme ils l’auraient fait eux-mêmes. Comme on l’aurait fait avec eux. Pour eux. Etre fidèle à ceux qui sont morts, c’est vivre comme ils auraient vécu. Et les faire vivre en nous. Et transmettre leur visage, leur voix, leur message aux autres. A un fils, à un frère, ou à des inconnus, aux autres quels qu’ils soient. Et la vie tronquée des disparus alors germera sans fin.
En soi, seulement en soi et par soi, on peut décider de vaincre le désespoir de la mort. Puis il faut se tourner vers les autres. Vers la vie innombrable.
Un arbre survit seulement par ses racines. Mais sans le soleil, il dépérit. Les autres sont notre soleil.
La mort ne peut être vaincue que par notre fraternité avec les autres.
La vie dans l’univers ne cesse pas: elle est éternelle. Et la mort n’est que la fin d’une forme de vie qui renaît ailleurs… »
4 – Pour toi (pour une personne handicapée ou fragile)
Tu étais une fleur fragile
Quand tu as vu le jour
Tu n’avais pas d’épines
Pour bien te protéger
Mais tu avais ton cœur et tes doux yeux
Pour nous émerveiller.
Tu grandissais lentement
Au rythme de ton temps
Et tes parents
Ont respecté cela
Tu es restée longtemps
Dans les bras de tes parents
Ils te servaient d’épines
Ils te protégeaient
Tu aimais tout le monde
Et tout le monde t’aimait
Etait-ce donc nous
Qui n’étions comme toi?
Ou était-ce donc toi
Qui n’était pas comme tout le monde?
Tu étais une fleur fragile
Qui n’avais pas d’épines
Mais tu avais ton cœur
Cela seul importait
Et te voilà maintenant
Envolée dans les cieux
Levez, levez la tête et regardez là haut
Une nouvelle étoile, brille pour nos yeux.
Marie-Louise Topouizan
5 – « Reste avec nous »
Reste avec nous, Seigneur, sur la route,
quand s’approche la nuit
et que le mal nous guette pour nous tendre ses pièges.
Que ta présence nous éclaire, Seigneur !
Avance avec nous, Seigneur, sur la route
quand disparaît le jour et que notre courage,
comme après une longue course,
s’essouffle devant les efforts toujours à reprendre.
Tiens-nous debout avec le pain de ta présence !
Montre-nous la route, Seigneur,
quand notre cœur est aveugle
et que nous passons à côté des signes
que tu poses dans chacun de nos jours !
Viens avec nous, Seigneur,
et que ta présence soit brûlante en nos vies !
6 – Pour les jours difficiles
Cette nuit, j’ai eu un songe :
Je cheminais sur la plage, accompagné du Seigneur.
Des traces de sable rappelaient le parcours de ma vie :
les pas du Seigneur et les miens.
Ainsi, nous avancions tous deux jusqu’à la fin du voyage.
Parfois, une empreinte unique était marquée :
c’était la trace des jours les plus difficiles,
des jours de plus grande angoisse,
de plus grande peur, de plus grande douleur…
J’ai appelé :
« Seigneur, tu as dit que tu étais avec moi tous les jours de ma vie ;
j’ai accepté de vivre avec toi.
Pourquoi m’avoir laissé seul aux pires moments ? »
Il m’a répondu :
« Mon fils, je te l’ai dit : je serai avec toi tout au long de la route.
J’ai promis de ne pas te quitter. T’ai-je abandonné ?
Quand tu ne vois qu’une trace sur le sable,
c’est que ce jour-là, c’est moi qui t’ai porté. »
d’après un poème brésilien
7- Le jour suprême de l’homme
« Qui croit en moi, vivra », dit Jésus.
Et je crois, oui, je crois qu’un jour, ton Jour, ô mon Dieu,
je m’avancerai vers Toi,
avec mes pas titubants,
avec toutes mes larmes dans mes mains,
et ce cœur merveilleux que Tu nous as donné.
Ce cœur trop grand pour nous puisqu’il est fait pour Toi…
Un jour, je viendrai,
et Tu liras sur mon visage
toute la détresse, tous les combats,
tous les échecs des chemins de la liberté ;
et Tu verras tout mon péché.
Mais je sais, ô mon Dieu, que ce n’est pas grave, le péché,
quand on est devant Toi.
Car c’est devant les hommes que l’on est humilié ;
mais devant Toi, c’est merveilleux d’être si pauvre,
puisqu’on est tant aimé !
Un jour, ton Jour, ô mon Dieu, je viendrai vers Toi.
Et dans la formidable explosion de ma résurrection,
je saurai enfin
que la tendresse, c’est Toi,
que ma liberté, c’est encore Toi.
Je viendrai vers Toi, ô mon Dieu, et tu me donneras ton visage.
Je viendrai vers Toi avec mon rêve le plus fou :
t’apporter le monde dans mes bras.
Je viendrai vers Toi, et je crierai à pleine voix
toute la vérité de la vie sur la terre.
Je te crierai mon cri qui vient du fond des âges :
« Père ! J’ai tenté d’être un homme, et je suis ton enfant. »
8- Ton amour qui m’attend
(poème trouvé dans les papiers d’une carmélite décédée en 1973)
Ce qui se passera de l’autre côté
Quand tout pour moi aura basculé dans l’éternité,
Je ne le sais pas.
Je crois, je crois seulement
Qu’un Amour m’attend.
Je sais pourtant qu’alors il me faudra faire,
Pauvre et sans poids, le bilan de moi.
Mais ne pensez pas que je désespère :
Je crois, je crois tellement
Qu’un Amour m’attend.
Ne me parlez pas des gloires et des louanges
des bienheureux ; et ne me dites rien non plus des anges.
Tout ce que je peux,
C’est croire, croire obstinément
Qu’un Amour m’attend.
Maintenant mon heure est si proche, et que dire ?
Oh ! mais sourire.
Ce que j’ai cru, je le croirai plus fort, au pas de la mort.
C’est vers un Amour
Que je marche, en m’en allant.
C’est dans un Amour que je descends doucement.
Si je meurs, ne pleurez pas : c’est un Amour qui me prend.
Si j’ai peur –et pourquoi pas ?–
Rappelez-moi simplement
Qu’un Amour, un Amour m’attend.
Il va m’ouvrir toute entière à sa joie, à sa lumière.
Oui, Père, je viens à Toi,
Dans le vent dont on ne sait
Ni d’où il vient ni où il va,
Vers ton Amour, ton Amour qui m’attend.
9 – Il restera de toi

10 – Parabole bouddhiste
Un jour, une jeune femme en pleurs vint trouver le sage.
Son enfant venait de mourir et comme elle avait déjà perdu son mari,
il ne lui restait plus personne au monde.
Elle espérait du sage un miracle, voulait qu’il lui rende son enfant.
Le sage lui sourit avec bonté et lui dit :
– Va en ville et rapporte-moi quelques grains de sénevé d’une maison où jamais personne n’est mort.
Elle y alla. Mais partout elle reçut la même réponse :
– Nous pourrions te donner autant de grains de sénevé que tu veux,
mais ta condition est impossible à remplir ! Beaucoup de personnes ont déjà rendu l’âme sous ce toit !
Toute la journée, elle s’obstina et alla de porte en porte,
espérant trouver une maison où la Faucheuse n’aurait jamais frappé.
A la nuit tombée, elle renonça, comprenant que la mort
faisait partie de la vie et qu’il était inutile de vouloir la nier.
Elle retourna voir le sage qui lui demanda si elle rapportait des grains de sénevé. La femme se prosterna en disant :
– Accorde-moi l’initiation, je souhaite connaître ce qui n’est pas éphémère. Je ne te demanderai plus de me rendre mon enfant car il mourrait de toute façon un jour ou l’autre.
Enseigne-moi plutôt ce qui ne meurt jamais.
11 – à propos des semences et des fruits
Durant les pluies de la mousson,
un vieil homme creusait des trous.
« Que faites-vous là ? », demanda son voisin.
« Je plante des manguiers », répondit-il.
« Croyez-vous manger un jour
des mangues de ces arbres ? »
« Non, je ne vivrai pas assez vieux pour ça.
Mais d’autres le feront.
L’autre jour, j’ai pensé que, toute ma vie,
j’ai eu le plaisir de manger les fruits des manguiers
plantés par d’autres.
C’est à mon tour de travailler pour les générations à venir. »
12- TU ES VIVANT(E)
Tu ne parles plus mais tu es vivant.
Tu ne bouges plus mais tu es vivant.
Tu ne souris plus
mais en arrière de tes yeux tu me regardes.
De très loin ?
Peut-être de très près,
je ne sais rien de ces distances.
Je ne sais plus rien de toi,
mais tu sais maintenant davantage de choses sur moi.
Tu es en Dieu.
Je ne sais pas ce que cela peut vouloir dire,
mais c’est sûrement ce que tu voulais
et ce que je veux pour toi.
Je le crois.
Toute ma foi, je la rassemble.
Elle est maintenant mon seul lien avec toi.
Jésus, donne-moi de croire à ta victoire sur la mort.
Celui que j’aime veut entrer dans ta joie.
S’il n’est pas prêt, je te prie pour lui.
Achève sa préparation.
Pardonne-lui comme tu sais pardonner.
Aide-moi à vivre sans sa voix, sans ses yeux.
Que je ne le déçoive pas
maintenant qu’il va me voir vivre et m’attendre.
André Sève
13- Rien qu’un petit mot…
Rien qu’un petit mot
pour te dire que l’on ne t’oubliera pas,
que l’on se souvient toujours
de tes cheveux blonds,
de tes yeux bleus, de ton sourire radieux.
Rien qu’un petit mot
pour te demander de nous aider à surmonter
les rudes épreuves d’ici-bas.
Pour te supplier de nous envoyer,
du plus profond de ta victoire,
ce petit morceau de bonheur,
qui s’est perdu dans le labyrinthe de la révolte.
Rien qu’un petit mot
pour t’implorer d’effacer les fissures,
les injures, les obstacles, les incompréhensions.
Pour te rappeler que l’on compte sur toi,
que l’on a besoin de ta force, de ta foi,
enfin, rien qu’un petit mot
pour t’affirmer que l’on t’aime d’un amour si puissant,
que le plus grand palais, que le plus pur rubis,
n’est, en comparaison, qu’éphémère beauté.
Pierre Cocheteux
Jonathan-Pierres Vivantes
14- Joie secrète, joie ardente
Un jour, je partirai seule sur le chemin.
Je me retournerai vers ceux que j’ai laissés
Et puis je leur dirai : Au revoir, mes amours.
Alors j’avancerai, dans une joie secrète,
Vers Celui qui m’attend depuis l’éternité,
Sans crainte et sans regret, encore toute de terre,
Mais déjà libérée au profond de mon cœur,
Pauvre, en haillons, pieds nus, vers le festin d’Amour,
Vers le Père qui m’aime et qui me tend les bras.
Et là, j’emmènerai mon compagnon de route,
Qui m’aura précédée ou bien me suivra ;
Peut-être sera-t-il toujours à mes côtés
Pour retrouver le Père au festin de l’Amour.
Nous crierons le regret de nos fautes passées.
Nous nous prosternerons tous deux dans la poussière,
Possédés par la flamme indomptable et brûlante
De cet Amour qu’enfin nous aurons reconnu.
Nous ne serons plus rien que désir et louange,
Nous verrons ce jour-là ce que nous attendons.
Notre cœur transformé ne sera plus que cendres
Mais une vie nouvelle de lui sera née.
Et nous saurons enfin ce qu’est la joie ardente
Dont nous n’avons ici qu’un pâle échantillon
Qui pourtant nous suffit pour n’être plus qu’attente.
Ô Seigneur, qu’il est bon d’aller vers Ta maison
15- Le voilier William Blake
Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin et part vers l’océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.
Quelqu’un à côté de moi dit :
« Il est parti ».
Parti vers où, parti de mon regard, c’est tout.
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
pas en lui.
Et juste au moment où quelqu’un auprès de moi dit :
« Il est parti »,
il y en a d’autres qui, le voyant pointer à l’horizon
et venir vers eux, s’exclament avec joie :
« Le voilà ».
C’est ça, la mort.
16- Notre amour est vivant pour toujours
Au début du chemin, Seigneur, nous étions deux.
C’était main dans la main que nous étions heureux,
Unissant nos peines et partageant nos joies.
Elle est venue, la mort, me volant ma tendresse ;
Impuissante devant elle, je te crie ma détresse.
Longue est la route qu’il me faut seule entreprendre.
Et Toi qui es Amour, tu sauras me comprendre.
Tu nous dis que l’oiseau ne sème ni ne moissonne
Et que le lys des champs s’habille mieux que personne :
S’il est vrai qu’à tes yeux j’ai encore plus de prix
Protège ce qu’à nous deux nous avions entrepris,
Et donne-moi la force de vivre pleinement
Regardant devant moi et marchant comme avant.
Augmente en mon cœur l’amour et l’espérance,
Ne laisse pas ma vie sombrer dans la souffrance
Car la vie n’a de prix que celui de l’amour,
Et notre amour, par Toi, est vivant pour toujours !
17- C’est drôle !
C’est drôle comme on est bâti :
on passe sa vie à vouloir améliorer son sort.
C’est normal et bien légitime.
Ce qui est drôle –et finalement assez dramatique–
c’est que pour arriver à cela,
on commence ordinairement par accumuler des biens de tous genres :
des objets, des avoirs, des argents et des titres…
Puis, ce qui est déjà mieux :
des relations, des connaissances, des amis…
Il y a paraît-il, dans la vie,
un temps pour recevoir, pour accumuler, pour avoir.
Puis un temps pour donner, pour abandonner.
Et enfin un temps pour se donner, pour s’abandonner.
C’est que tôt ou tard, on découvre que le seul bien qu’on emportera
après sa mort,
n’est pas celui qu’on aura gardé pour soi,
mais bien celui qu’on aura partagé ou donné.
La seule vraie richesse au bout du compte et …au bout de la vie,
ce n’est pas ce qu’on aura conservé pour soi,
mais bien ce qu’on aura abandonné aux autres.
Pour toi, le parcours est terminé, tu as assez donné, tu peux te reposer.
Les richesses que tu nous as données, c’est à nous de les partager.
Ton exemple nous en donnera la force et la volonté ;
tu en seras remercié pour l’éternité.
18- Être un homme
Du début à la fin tu t’es battu…
Battu pour qui ?
Battu pourquoi ?
La réponse à cette question n’apparaîtra
qu’à ceux qui t’aiment.
Le bilan de ta vie nous a démontré
ce que signifiait
Volonté, Courage, Persévérance et Fierté
et plus encore Humilité.
Enfin, être un homme.
19- S’abandonner à Dieu
Vient un moment dans la vie
où ce n’est plus nous qui conduisons.
Les forces nous manquent,
les ressources nous font défaut,
la science ne peut plus rien pour nous.
Les appuis humains sont tous épuisés.
Le seul appui qui reste, il est divin :
c’est le Seigneur lui-même.
Nous savons qu’il ne nous laissera pas tomber,
que nous pouvons nous reposer sur lui
comme sur un roc solide.
Il nous faut, un jour ou l’autre,
nous abandonner à lui,
en toute confiance et sérénité,
comme un petit enfant
tout contre le cœur de son père.
Cela prend souvent toute une vie
pour faire l’apprentissage
de cet abandon total au Seigneur.
Le véritable amour de soi
ne saurait s’arrêter avant d’avoir atteint
ce sommet de détachement
ou plutôt
ce sommet d’attachement au Seigneur.
C’est alors qu’on retrouve tout,
en plus, en mieux, au centuple,
mais autrement.
20- Essuie tes larmes !
Ne pleure pas si tu m’aimes ! Si tu savais le don de Dieu et ce que c’est que le ciel, si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons éternels, les nouveaux sentiers où je marche ! Si tu pouvais, un instant, contempler comme moi la beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent !
Quoi ! tu m’as vu, tu m’as aimé dans le pays des ombres, et tu ne pourrais ni me revoir, ni m’aimer encore alors que me voici dans le pays des immuables réalités ? Crois-moi, lorsque la mort viendra briser tes liens comme elle a brisés ceux qui m’enchaînaient et quand au jour que Dieu connaît et qu’Il a fixé, ton âme viendra dans le Ciel où l’a précédée la mienne, ce jour-là tu reverras celui qui t’aimait et qui t’aime encore, tu retrouveras son cœur, tu en retrouveras les tendresses épurées. Essuie donc tes larmes : ne pleure plus si tu m’aimes !
Saint Augustin
21- « à ceux que j’aime… »
Quand je ne serai plus là, relâchez-moi, laissez-moi partir.
J’ai tellement de choses à faire et à voir.
Ne pleurez pas en pensant à moi,
Soyez reconnaissants pour les belles années ;
Je vous ai donné mon amitié,
Vous pouvez seulement deviner
Le bonheur que vous m’avez apporté.
Je vous remercie de l’amour que chacun m’avez démontré,
Maintenant, il est temps de voyager seul.
Pour un court moment vous pouvez avoir de la peine.
La confiance vous apportera réconfort et consolation.
Nous serons séparés pour quelques temps.
Laissez les souvenirs apaiser votre douleur,
Je ne suis pas loin, et la vie continue…
Si vous avez besoin, appelez-moi et je viendrai,
Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là,
Et si vous écoutez votre cœur, vous éprouverez clairement
La douceur de l’amour que j’apporterai.
Et quand il sera temps pour vous de partir,
Je serai là pour vous accueillir,
Absent de mon corps, présent avec Dieu.
22 – Souhaitez-moi bon voyage
Souhaitez-moi bon voyage mes frères !
Je vous tire ma révérence.
Voici, je mets mes clefs sur la porte.
Accordez-moi seulement au départ quelques bonnes paroles.
Un appel est venu et je suis prêt pour le voyage.
Souhaitez-moi bonne chance, mes amis.
Le ciel est rougissant d’aurore : le sentier s’ouvre merveilleux.
Ne me demandez pas ce que j’emporte. Je pars les mains vides et le cœur plein d’attente.
Je n’ai pas revêtu la robe brune de pèlerins;
sans crainte est mon esprit, nous nous retrouverons sur la route.
Extrait de l’offrande lyrique de Rabindranath Tagore
23 – Un sens à la mort
(témoignage d’un jeune québécois atteint d’une maladie incurable)
Avec tout ce que je vis depuis quelques années,
je ne peux faire autrement que de me poser des questions
à propos de la souffrance et de la mort,
et de vouloir trouver un sens à tout cela.
Cela demeure un très grand mystère.
J’ai cependant fini par découvrir quelque chose
qui a encore moins de sens que la souffrance et la mort :
c’est de se retrouver en dehors de l’amour
et donc en dehors de moi-même.
Cela, c’est le non-sens des non-sens.
Autant je me retrouve tout à fait impuissant
devant la souffrance et la mort,
autant il ne tient qu’à moi
de me placer dans l’amour, dans moi-même.
Autant je n’ai pas d’autre choix
que de me laisser écraser par la souffrance,
enlever par la mort,
autant le choix est mien de vivre cela dans l’amour.
Et je me rends compte que c’est la seule façon
de ne pas vivre tout cela tout à fait révolté.
Bien plus, je suis certain
que cela peut me permettre de le vivre tout à fait exalté.
Mais cela n’est-il pas un sens à la souffrance et à la mort,
le fait que cela m’amène
à ne pas vivre un non-sens encore plus grand,
celui d’être à l’extérieur de moi-même, hors de l’amour ?
24 – Tu as beaucoup voyagé
Tu as beaucoup voyagé. Partout, tu t’es fait des amis, partout tu as laissé des souvenirs, nous repensons aujourd’hui à cela.
Mais aujourd’hui, c’est un autre voyage qui t’emmène loin de nous, dans un autre pays : ce pays d’où personne ne revient parce que c’est l’aboutissement de tous nos voyages, de toutes nos courses et de nos recherches.
Tu es maintenant parti vers Dieu, vers ce pays mystérieux que Jésus appelait le Royaume de Dieu.
Nous espérons te retrouver un jour au terme de notre propre voyage quand nous parviendrons nous aussi à cette maison où tu nous attends auprès du Père pour fêter ensemble le monde nouveau.
25 – Tu t’en vas
Tu n’as pas attendu que soient tournées les pages que nous voulions écrire ensemble, tu t’en vas, et tu n’as pas attendu le temps de récolter ce qu’ensemble nous avions semé.
Tu t’en vas et tu n’as pas attendu que reviennent les enfants que nous avions élevés avec dans les bras ceux qu’ils voulaient nous apporter…
Tu t’en vas et il restait tant de choses à faire, à vivre ensemble…
Pourtant, j’espère que Dieu fera mûrir les semences déposées en terre, les projets encore en devenir, et fleurir les amitiés que tu avais semées.
C’est là que nous pourrons aussi te retrouver,
car c’est à nous d’attendre, jusqu’au jour où lui, Dieu, nous appellera aussi.
26- Apprends-moi
Seigneur,
Apprends-moi à me reposer.
Apprends-moi à laisser les choses en suspens,
à ne pas vouloir régler toutes les affaires
avant de m’endormir.
Apprends-moi à accepter d’être fatiguée.
Apprends-moi à finir une journée.
Autrement… je ne saurai pas mourir
car il reste du travail après moi.
Apprends-moi à accepter.
27- Les gens sans importance
Yves Duteil
Ce sont des gens sans importance
Avec des gestes quotidiens
Qui font renaître l’espérance
Et le bonheur entre leurs mains.
Ce sont des gens sans artifice
Qui vous sourient quand ils sont bien
Et vont cacher leurs cicatrices
Parmi les fleurs de leur jardin.
Ils ont le cœur un peu fragile
Et la pudeur de leur chagrin
Leur donne un doux regard tranquille
Un peu lointain.
Ce sont des gens sans importance
Et qui parfois ne disent rien
Mais qui sont là par leur silence
Quand ils sont loin.
Et tous les mots sans importance
Qui résonnaient dans la maison
Mais qui sont lourds de son absence
Dans la maison.
C’est peut-être à ceux-là qu’on pense
Quand la mort vient rôder pas loin
En emportant notre insouciance
Un beau matin.
A tous ces gens sans importance
Avec lesquels on est si bien
Qui font renaître l’espérance
Et sans lesquels on n’est plus rien.
28 – « Aimez… Laissez… »
d’après Gabriel Ringlet
Aimez-vous, aimez-moi
Si vous m’aimez, laissez-moi m’échapper.
Si vous aimez vos proches, laissez-les s’écarter.
Si vous aimez vos petits, laissez-les s’élever.
Si vous aimez vos grands, laissez-les s’envoler.
Si vous aimez vos défunts, laissez-les s’en aller.
Aimez-vous
L’éloignement n’empêche pas la proximité.
L’absence n’empêche pas la présence.
L’écart n’interdit pas l’alliance.
La solitude ne rejette pas la solidarité.
Aimez vous
Le silence n’interrompt pas la parole.
L’ombre n’éteint pas la lumière.
Aimez-vous les uns les autres.
Allégez-vous les uns les autres.
Inventez-vous les uns les autres.
Elevez-vous.
Grandissez-vous.
Aimez-vous, c’est tout neuf.
Aimez-vous, et vous donnerez du fruit.
Aimez-vous, et vous goûterez la paix.
Aimez-vous, et vous mourrez la mort.
Aimez-vous, et vous vivrez la vie.
Aimez-vous,
Et ma joie viendra vous caresser.
Et cette joie, je vous le dis,
Personne ne pourra vous l’ôter.
« Levant alors les mains, il les bénit. Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. » (Luc 24,50-51)
29 – Si c’était…
Quelqu’un meurt,
et c’est comme des pas qui s’arrêtent…
Mais si c’était un départ pour un nouveau voyage ?
Quelqu’un meurt,
et c’est comme une porte qui claque…
Mais si c’était un passage s’ouvrant sur d’autres paysages ?
Quelqu’un meurt,
et c’est comme un arbre qui tombe…
Mais si c’était une graine germant dans une terre nouvelle ?
Quelqu’un meurt,
et c’est comme un silence qui hurle…
Mais s’il nous aidait à entendre la fragile musique de la vie ?
Puisse la mort des autres nous faire davantage prendre conscience que chaque jour passé en vie et en bonne santé est un cadeau pour nous et ceux que nous aimons.
Embrassez vos parents, vos frères et sœurs, votre conjoint, vos grands-parents, vos amis… Serrez-les fort contre vous car vous ne savez pas de quoi demain sera fait, et conduisez-vous chaque jour en pensant à cela de temps à autres, cela vous donnera une vie plus remplie, plus tournée vers les autres, plus vraie.
30 – C’est bien naturel
Quand on pense à ton grand âge, c’est bien naturel que tu sois parti(e).
Nous nous y attendions : Il y avait si longtemps que tu souffrais,
que tu t’affaiblissais, et que tu nous disais : Mon heure approche.
Pourtant nous souffrons, car ceux qu’on aime n’ont pas d’âge :
On les aime, c’est tout.
Tu retrouves maintenant ceux que tu as aimés.
Certains sont partis déjà depuis bien longtemps ; nous ne les connaissons pas, mais tu nous en parlais : Maintenant tu les vois.
Pour toi, le Christ, la Vierge Marie et tous les saints vont accourir.
Ils te prennent par la main pour te mener au Père.
Sois en paix.
31 – Le trésor que je vous laisse
J’institue pour légataire universelle
la jeunesse du monde.
Le plus grand malheur qui puisse vous arriver,
c’est de n’être utile à personne,
c’est que votre vie ne serve à rien.
Soyez riches, vous, du bonheur des autres.
S’il manque quelque chose à votre vie,
c’est parce que vous n’avez pas regardé assez haut.
Et puis croyez en la bonté,
en l’humble et sublime bonté.
Le trésor que je vous laisse,
c’est le bien que je n’ai pas fait,
que j’aurais voulu faire
et que vous ferez après moi.
Raoul Follereau
32 – L’unité de la vie Etty Hillesum
C’est une expérience de plus en plus forte chez moi ces derniers temps : Dans mes actions et mes sensations quotidiennes les plus infimes
se glisse un soupçon d’éternité.
Je ne suis pas seule à être fatiguée, malade, triste ou angoissée,
je le suis à l’unisson de millions d’autres à travers les siècles,
tout cela c’est la vie ;
La vie est belle et pleine de sens dans son absurdité,
pour peu qu’on sache y ménager une place pour tout
et la porter toute entière en soi dans son unité ;
alors la vie, d’une manière ou d’une autre,
forme un ensemble parfait.
Dès qu’on refuse ou veut éliminer certains éléments,
dès que l’on suit son bon plaisir et son caprice
pour admettre tel aspect de la vie et en rejeter tel autre,
alors la vie devient en effet absurde ;
dès lors que l’ensemble est perdu, tout devient arbitraire.
« C’est ce qui m’arrive que je préfère » (J. Foguenne)
33 – Pour la mort d’un grand-père
Nous t’avons tellement aimé,
toi qui était si heureux de vivre
près de ceux que tu aimais
Toi qui étais si heureux de laisser entrer le soleil
dans ta maison, et dans son cœur,
toi qui étais si heureux des rencontres familiales
toi qui étais si plein de tendresse et de délicatesse
Ne nous laisse pas seuls, au fond de notre tristesse ;
aide-nous à supporter le vide creusé parmi nous.
Toi qui aurais tant aimé, grand-père
voir grandir tes petits enfants,
ils sont là, dans nos vies, dans nos cœurs,
comme le dernier cadeau que nous pouvons t’offrir
Plus tard, ils raconteront peut-être
« Maintenant je m’en souviens
c’était toi, grand-père,
qui venait me prendre la main,
mais quand tu es parti sur ton bateau de pierre
ce jour là j’ai compris qu’en fermant tes paupières
c’est tout un paradis que l’on a mis en terre »
En nous appuyant les uns sur les autres
en faisant confiance à la vie
nous continuerons à t’aimer
toi que nous pleurons
et nous te garderons présent parmi nous
Seigneur donne-lui dans ton Royaume
la douceur et la paix du cœur
Seigneur donne-nous sur cette terre
la douceur et la paix du cœur – amen.
34 – Le train de la vie
À la naissance, on monte dans le train et on rencontre nos parents.
Et on croit qu’ils voyageront toujours avec nous.
Pourtant, à une station, nos parents descendront du train, nous laissant seuls continuer le voyage…
Au fur et à mesure que le temps passe, d’autres personnes montent dans le train.
Et elles seront importantes : notre fratrie, nos amis, nos enfants, même l’amour de notre vie.
Beaucoup démissionneront (même éventuellement l’amour de notre vie), et laisseront un vide plus ou moins grand.
D’autres seront si discrets qu’on ne réalisera pas qu’ils ont quitté leurs sièges.
Ce voyage en train sera plein de joies, de peines, d’attentes, de bonjours, d’au revoir et d’adieux.
Le succès est d’avoir de bonnes relations avec tous les passagers pourvu qu’on donne le meilleur de nous-mêmes.
On ne sait pas à quelle station nous descendrons, donc vivons heureux, aimons et pardonnons.
Il est important de le faire car lorsque nous descendrons du train, nous ne devrons laisser que de beaux souvenirs à ceux qui continueront leur voyage.
Soyons heureux avec ce que nous avons et remercions le ciel de ce voyage fantastique.
Aussi, merci d’être un des passagers de mon train.
Et si je dois descendre à la prochaine station, je suis content d’avoir fait un bout de chemin avec vous.
Je veux dire à chaque personne qui lira ce texte que je vous remercie d’être dans ma vie et de voyager dans mon train.
Jean d’Ormesson
