
Outre un charisme indéniable chez ce pape qui touche les jeunes (il a ce sens de la communication comme Jean-Paul II, qui le fait sortir de ses discours à intervalle régulier pour un contact direct et interpellant faisant appel à l’émotion), il faut dire que sa présence a été bien utilisée (instrumentalisée ?) par les responsables de l’Eglise de France ainsi que par certains courants dans cette même Eglise.
Ainsi la veillée inaugurale des jeunes, programmée par les influenceurs catholiques avec la présence remarquée parmi ses intervenants du prêtre traditionaliste Matthieu Raffray et de quelques autres ensoutanés, cette veillée enthousiasmante pour ces 80.000 jeunes catholiques s’est déroulée en grande partie dans un style rappelant un peu la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques (à Paris également), c’est-à-dire avec grand renfort de paillettes, de feux d’artifice et de chanteurs de rock chrétien mais sans qu’il y ait de recueillement ni de prière avant l’intervention du pape.
Soit. Comme dit le Père Benoîst de Sinety, interrogé sur RCF , en fait, la veillée, l’important c’était ce qui s’y est dit. Lui-même était assez intéressé par cette espèce de fil rouge qu’on a voulu mettre en place pendant le voyage du pape, qui était un fil rouge autour de la sainteté, et le pape a selon lui été particulièrement fin dans l’évitement qu’il a eu du piège dans lequel il pouvait éventuellement tomber, d’un discours un peu facile sur une sainteté qui n’est pas – ne serait pas de notre temps.
C’est d’ailleurs la critique que le Père Benoist de Sinety formule sur cette veillée du Stade de France, qui rejoint aussi la mienne : C’est cette espèce de scénographie pendant une petite demi-heure qui a mis en valeur un certain nombre de visages de sainteté – uniquement des visages français, bien sûr.

C’est très bien, moi non plus je n’ai rien contre la sainteté et les scénographies qu’on peut en faire : le défilé de bannières et les preux chevaliers catholiques défendant la croix du Christ… Mais est-ce que ça ne fait pas davantage « Puy-du-Fou » ? Et puis, on est très fort dans le mythe, une certaine imagerie héroïque mais totalement dépassée d’une France chrétienne « de toujours ».
Comme le relève le Père de Sinety, « Ça m’a un peu étonné qu’il n’y ait pas de figure plus contemporaine qui soit mise en évidence. Et puis cette assimilation qui, pour moi, reste quand même très problématique – pardon, je vais passer pour un enquiquineur de service, mais je pense que c’est important de le dire – , cette assimilation entre l’histoire de France et le christianisme. Il faut quand même rappeler que Lazare et Marie-Madeleine, quand ils débarquent en Provence, pour peu qu’ils y débarquent historiquement en tout cas, on n’est pas en France, c’est l’Empire romain. Quand Clovis se fait baptiser, il ne parle pas français, il parle une langue barbare. C’est-à-dire que la France, elle est née en terre christianisée, mais on ne peut pas assimiler l’histoire de France uniquement à l’histoire chrétienne.
Et l’histoire de France est bien plus large que l’histoire chrétienne, même si les racines chrétiennes en sont constitutives. C’est ce que le Pape dit quand il dit, en fait, l’histoire de France a des dettes par rapport à la foi chrétienne, c’est-à-dire qu’elle est en lien avec la foi chrétienne, elle est nourrie, elle est abreuvée, elle s’est forgée en partie, mais pas que là. Et le Pape le 1er a rappelé aussi les racines grecques, latines, judéo-chrétiennes de la France qui sont bien plus larges que simplement une réduction d’un récit un peu… Bon, c’est bien, ça faisait un peu Puy-du-Fou, si vous voulez, c’est sympathique. Mais de même que le Puy-du-Fou n’a pas vocation à raconter l’histoire réelle de la France, il présente un spectacle magnifique et enthousiasmant d’une histoire héroïque… »
Héroïque, mais plutôt idéologique. Tendance « la France éternelle et chrétienne » – de droite bien sûr. A côté de cela, bien sûr heureusement il y a eu beaucoup de bonnes choses… Avec le fil rouge de la sainteté, il y avait le fil rouge de la vie : le thème « Pour que le monde ait la vie » qui a été extrêmement bien choisi, et Léon XIV l’a très bien développé dans ses discours. Je reprends ce que disait le père Benoist de Sinety :
« Oui, parce qu’en fait, parce qu’elle est voulue, la conséquence de la sainteté, c’est que le monde vive. Le saint, ce n’est pas celui qui est parfait. Le saint, c’est celui qui cherche à permettre à Dieu de communier avec sa propre vie. C’est de comprendre que Dieu vient communier avec nos vies. Et donc le saint, c’est celui qui s’ouvre à cette communion que Dieu veut avoir avec lui. Et en s’ouvrant à cette communion, avec Dieu qui est amour, en fait ça permet que le saint lui-même puisse, celui qui devient saint, celui qui se rapproche de Dieu, puisse porter davantage encore cette vie de Dieu dans le monde, si vous voulez.
Et donc la vitalisation du monde, elle se fait par le désir d’hommes et de femmes qui cherchent à accueillir Dieu dans leur vie, notamment. Et c’est ce que le Pape a rappelé quand il a dit aux jeunes, au stade de France, vous êtes les saints de France, il n’aura pas dit, vous êtes des jeunes parfaits, évidemment pas. Il leur a dit, vous êtes faits pour pouvoir, en accueillant Dieu dans vos vies, le laisser s’incarner en vous pour qu’il puisse de vous faire jaillir une source de vie pour le monde. »
Tout a été dit sur le visage du pape, sur son sourire, sur son regard, sur à la fois l’humilité et puis parfois souvent l’émotion qui s’est manifestée. Ce petit sourire permanent, très doux. Cette capacité à dire des choses extrêmement fermement et sans pour autant donner l’impression qu’on agresse ou qu’on veut en venir aux mains avec son interlocuteur. Avec beaucoup de respect, beaucoup de dignité. Tout ça est profondément marqué par l’évangile. Puisse cette rencontre et toutes celles qui ont eu lieu à Lourdes, à l’Elysée, à la Maison Bakitha, à Metz, faire porter un beau fruit de sainteté et de vie à inventer par cette jeunesse qui doit nous surprendre dans le monde et la société d’aujourd’hui et non de hier !
Le Ploumtion

