
Le mercredi 22 avril a eu lieu à Wavreumont l’ordination diaconale en vue du presbytérat (la prêtrise) de frère Renaud, le prieur du monastère. Cet événement, pour heureux qu’il soit et porteur de joie et d’espérance, nous donne en même temps l’occasion d’aborder un sujet que généralement on n’ose pas regarder en face dans notre Eglise : celui de la chute vertigineuse des vocations religieuses en général et en particulier celui de la pénurie de prêtres, qui arrive à un point crucial.
Une très nombreuse assistance était venue à Wavreumont ce jour-là entourer le candidat – ordonné à la demande de sa communauté, laquelle manque aussi de prêtres pour ses propres besoins. Bien qu’étant relié à l’évêque par son ordination, il ne sera cependant pas au service du diocèse, mais spécifiquement et en priorité à celui de sa communauté monastique. On ne peut pas compter sur les moines, les religieux – dont les rangs s’amenuisent d’ailleurs aussi de plus en plus, ni, comme on le fait actuellement, sur les « prêtres venus d’ailleurs » pour combler les trous dans nos paroisses et unités pastorales : ils sont venus de façon généreuse – et on doit les remercier pour cela – pour aider, pas pour remplacer. Actuellement, chez nous pour l’ensemble de la Belgique, on est passé en quelques décennies de plus de 10.000 prêtres diocésains (situation en 1960) à plus ou moins 1500 en 2025. Entre 2016 et 2023, le nombre de prêtres a chuté de 30% et cela s’accélère vu le vieillissement de cette catégorie sociologique.

Ainsi donc, la joie qui émanait ce mercredi de la foule des amis et habitués du monastère venus accompagner le candidat frère Renaud pour son premier degré dans le sacrement de l’ordre, cette joie ne doit pas masquer une interrogation pressante et incontournable : Si l’Eglise catholique ne peut pas se passer de prêtres pour être signes du Christ-berger, rassembler en son nom le peuple et dispenser les sacrements, et que beaucoup trop peu de candidats se présentent pour « passer la porte » en demandant à être ordonnés, est-ce qu’il n’y aurait pas un problème avec la porte, justement ?
C’est une question que beaucoup se posent actuellement. Si la chute des vocations peut s’expliquer en partie par un contexte de société qui n’est plus favorable –la sécularisation– ainsi que par un effondrement de la pratique elle-même liée à un appauvrissement de la (vie de) foi dans les familles chrétiennes, il n’en demeure pas moins que les conditions d’accès à la prêtrise dans l’Eglise catholique (latine) sont potentiellement en elles-mêmes un obstacle : en effet, comme chacun sait, cette dernière continue de réserver l’ordination sacerdotale aux hommes célibataires, tandis que les Eglises d’Orient, traditionnellement, acceptent d’ordonner des hommes mariés. Je ne parle pas ici de la question bien plus épineuse encore de l’ordination de femmes, sur laquelle les divergences sont encore plus profondes et manifestes et le débat théologique loin d’être résolu.
D’où la sortie de l’évêque d’Anvers Mgr Johan Bonny, qui a fait un buzz énorme dans nos milieux cathos en annonçant son projet d’ordonner prêtres des hommes mariés à l’horizon 2028 ! L’art de faire bouger les lignes… car cette annonce se veut avant tout être un cri du cœur, comme il dit : non seulement nos communautés chrétiennes sont en souffrance du manque de prêtres, mais aussi ces derniers, les prêtres survivants, qui portent le poids de plus en plus lourd d’une pastorale à bout de souffle dans des regroupements paroissiaux de plus en plus étendus avec des collaborateurs laïcs qui s’épuisent eux-mêmes. Tout cela est aussi un obstacle à l’émergence (le désir) d’une vocation saine et équilibrée.

Alors, revenons à la question : la porte est-elle trop étroite ? Moi, ce qui me frappe dans l’évangile, c’est que Jésus dit de lui-même qu’il est la porte des brebis. Et aussi que cette porte est une porte de liberté, c’est une porte qui s’ouvre dans les deux sens : on entre et on sort ! Les brebis elles suivent la voix du berger, mais elles sont libres aussi d’aller et venir, d’entrer et de sortir. Ce qui compte, c’est de passer la porte, et la porte, c’est Jésus !
Bien sûr qu’il doit y avoir des conditions et des préalables pour qu’une personne puisse être ordonnée prêtre ou diacre ; la vocation ne se résume pas seulement à un désir personnel, c’est aussi l’Eglise qui appelle au nom du Christ et qui reconnaît chez le candidat les aptitudes pour un ministère ordonné. Nous savons par ailleurs que Jésus a bien averti ceux qui veulent le suivre de bien évaluer leur capacité d’aller jusqu’au bout (cf Lc 14, 28-30). Mais si la porte, c’est d’abord Jésus lui-même, est-ce à nous (je veux dire à l’Eglise-institution) de définir sa largeur en centimètres voire en millimètres, si en définitive c’est d’abord le Christ qui appelle ? Il peut y avoir là une contradiction. Je ne dis pas que c’est facile à résoudre, je voudrais juste inviter à être attentif dans nos communautés d’Eglise à cet aspect premier, qui se joue dans le cœur de la personne humaine. Et si l’Eglise au cours des âges a su adapter ses ministères ordonnés aux besoins des personnes et des époques traversées, pourquoi ne le ferait-elle pas maintenant une fois encore ? Si sur le fond, la conception de ces ministères reste identique, les formes, elles, ont évolué, et évolueront encore. – sous peine d’extinction.
Ainsi donc, il ne faudrait pas dans cette réflexion oublier ce qui est en fait le cœur de la Mission, ainsi résumé par Jésus lui-même : « Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait surabondante » (Jn 10,10)

