VOUS AVEZ DIT : SAINTS ? –  Méditation pour le 1er novembre

Le premier novembre, on fête en une fois tous les saints : Cela a donné le nom de « Toussaint ». Cette fête chrétienne a des racines profondes (7è siècle) ; cependant, en ce début du 21è siècle, avec le recul avéré du culte des saints en occident et malgré les efforts des derniers papes pour en proposer beaucoup de nouveaux plus récents à la dévotion des fidèles et dépoussiérer l’image que l’on pouvait avoir de ces personnages, le mot « saint » lui-même (et la notion de « sainteté » ) ne semble plus guère parler à nos contemporains. Il disparaît peu à peu du langage et ne subsiste pour ainsi dire que dans les appellations de lieux – surtout en France : Saint-Quentin-en-Yvelines, Saint-Maur-des-Fossés, Saint-Germain-en-Laye… ou dans des expressions comme « à la Saint-Glin-Glin ». On lui préfère dans les conversations ou dans les publications le mot « sain », sans « t » : Tant le souci d’une qualité de vie terrestre a remplacé dans nos pays dits développés la préoccupation des fins dernières et de l’accès à un bonheur céleste devenu hypothétique !

Aussi, à l’approche de cette fête particulière (où le souvenir familial des défunts a d’ailleurs éclipsé le sens propre de la célébration de la Toussaint), je me suis interrogé sur la signification originelle de ces termes de « saint » et de « sainteté » – et sur la manière de leur redonner une pertinence et un intérêt pour aujourd’hui. Je vous partage ici quelques-unes de mes réflexions.

Quand j’étais enfant, j’ai été abreuvé de lectures de vies de saints (surtout des B.D.) ; c’étaient de belles histoires, et ces personnages devenus familiers étaient pour moi non seulement de possibles modèles, mais aussi des amis à qui j’aimais penser : saint Bernard (évidemment), saint Jean Bosco et Dominique Savio, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, saint François d’Assise, etc. Tous me parlaient, me disaient quelque chose de Dieu.

Ces vies concrètes de personnages réels avec leur caractère, leurs enthousiasmes et leurs difficultés, mais davantage encore les clins d’œil que leur union à Dieu faisait surgir au milieu de leurs tribulations, leur inspirant des paroles et des actions inédits, surprenants et inspirants, tout cela, me faisait ressentir combien la foi est quelque chose qui a pour vocation de s’incarner, qui se donne à voir et à vivre au travers de notre épaisseur humaine dont elle révèle ainsi la Beauté : beauté qui est le reflet de celle de Dieu lui-même, le seul Saint !

On n’est pas encore à la définition de la sainteté, mais on s’en rapproche ! On va dire pour l’instant que c’est peut-être, non pas une « qualité » parce que dans ce cas-là il y en aurait qui seraient plus saints et d’autres moins saints – comme des bons points, et on pourrait même dans cette façon de voir que je ne partage pas, suggérer un « permis à points » pour aller au ciel ! – mais plutôt un état, quelque chose qui surgit de l’être profond quand il est habité par Dieu, son Esprit.

En disant cela, on postule que notre Source, la source de notre être est ailleurs qu’en nous-même ; elle est en Dieu. Et c’est quand nous sommes connectés à notre Source que nous sommes saints – donc, pas par nous-mêmes !

Ainsi, la sainteté est quelque chose – un attribut – qui appartient en propre à Dieu, qui fait partie de son essence. Il est LE SAINT, comme il est LE Bon, LE Beau, L’Eternel… « Dieu seul est bon » (Lc 18 :19). Cependant, nulle part je n’ai trouvé de définition précise sur ce qu’est fondamentalement la sainteté. On la confond souvent avec la perfection, ou le fait d’être séparé, au-dessus des autres afin d’être vénéré (confusion avec le mot « sacré »). Or ce n’est absolument pas vrai ! Nul besoin d’être parfait pour être saint – d’ailleurs tous les saints avaient leurs petits ou leurs gros défauts, y compris les Apôtres. La perfection morale n’est pas la sainteté, même si cette idée est encore fort répandue dans la tête des gens et même des croyants. D’ailleurs Jésus lui-même a ‘canonisé’ un certain nombre de gens qui ne l’auraient sans doute pas été aujourd’hui par l’Eglise catholique vu leur curriculum vitae : Marie-Madeleine, Simon-Pierre, le bon larron, etc.

Précisément, l’exemple de Marie-Madeleine dont la tradition rapporte qu’elle est une ancienne prostituée, peut nous éclairer sur ce qu’est la véritable sainteté. Jésus dit d’elle « qu’il lui sera beaucoup pardonné, parce qu’elle a beaucoup aimé. » (Lc 7 :47). Le maître-mot est donc l’AMOUR. Quand on parle de sainteté, on parle d’amour ! La sainteté de Dieu n’est autre que son Amour infini. Il ne sait rien faire d’autre que cela : aimer, de mille façons. C’est son être profond, sa ‘nature’ : Car « Dieu est amour » comme l’écrit le disciple bien-aimé saint Jean (1 Jn 4 :8.16)

Et le secret de la sainteté est donc peut-être là : se laisser aimer par Dieu, par Jésus, pour aimer à notre tour comme Lui et avec Lui. L’amour couvre les péchés et fait retrouver une certaine innocence, comme c’est le cas pour Marie-Madeleine qui couvrait les pieds de Jésus de ses larmes et les essuyait de ses cheveux. Il faut avoir fait cette expérience d’être aimé et pardonné gratuitement, pour entrer dans cette dynamique où l’offrande de soi répond au don qui est fait. Nous sommes tous aimés de Dieu, nous sommes tous appelés à devenir saints – et nous le sommes déjà quand Dieu par son Esprit vit en nous, et nous anime, nous pousse à aimer. Ce n’est donc pas si difficile qu’on croit ! Mais il est dur parfois pour certaines personnes d’accepter de se laisser aimer par Dieu, surtout si on ne s’aime pas soi-même… Il y a là un obstacle à faire sauter, et il faut demander cette grâce dans la prière ou mieux dans une bonne confession auprès d’un prêtre qui peut nous aider.

Donc, la sainteté à la portée de tous ! Sans se prendre la tête. Sans concours de moralité. Mais « se tenir humblement en présence du Seigneur et marcher avec Lui pour faire le bien », répandre le bien (cf Michée 6 :8). Comme l’expliquait la ‘petite Thérèse’ dans son autobiographie, il n’y a pas besoin de se tenir sur la pointe des pieds pour devenir un(e) saint(e) – sous peine d’attraper vite des crampes ! Mais il faut s’engager sur le chemin de l’amour, celui qui est précisément exposé dans les « Béatitudes ». Chemin à parcourir avec tout ce qu’on est – ce qu’on a ou qu’on n’a pas ; peu importe, le Seigneur fait feu de tout bois. Retenir que c’est Lui qui fait l’essentiel du travail ! Mais ne pas arrêter de marcher…

Mais comment rendre attrayant pour nos contemporains ce vocable de « saint » ou de « sainteté » qui leur paraît si désuet et dégoulinant de dévotion de sacristie ?

Je ne pense pas qu’il faille le remplacer – d’ailleurs on ne le pourrait pas, il est au cœur de la Révélation de Dieu, inscrit en lettres de feu dans la Bible : le Kadosh, la Valeur de Dieu. On le chante au début de la prière eucharistique : Saint, saint, saint le Seigneur…

Mais ne pourrions-nous pas l’associer à un autre mot, celui que Jésus lui-même a donné à ceux qui le suivaient : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que fait son maître. Maintenant, je vous appelle mes amis. »  (Jn 15 :15)

N’est-ce pas la meilleure et la plus concrète définition de la sainteté, le plus beau titre aussi qu’on puisse donner à celui ou celle qui accueille Dieu et son Amour dans sa vie : « ami.e de Dieu » ?

Et ceux-là, heureux sont-ils !

Bernard P.

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