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L’été s’ra chaud…

Alors que les thermomètres s’emballent une nouvelle fois à quelques jours de l’été, je méditais sur la chance que j’avais d’habiter un appartement qui n’est pas encore transformé en bouilloire comme c’est le cas malheureusement dans certains d’endroits où la température intérieure frôlerait les 30 degrés.

Nos voisins d’Outre-Quiévrain qui prennent la canicule de plein fouet multiplient déjà les consignes pour inviter la population à se protéger de la chaleur. Parmi ces mesures, une a retenu mon attention : Tous les préfets de France ont reçu hier l’ordre du ministre de l’intérieur appelant à renforcer la sécurité dans tous les lieux où se déroulent des manifestations : un déploiement des forces de l’ordre, policiers et gendarmes, qui surprend quand même un peu. En fait, le ministre se base sur une donnée scientifique bien établie, qui prend en compte le fait que lorsqu’ils sont soumis à une élévation de la température qui atteint la limite du supportable, et même déjà avant ce seuil, la criminalité augmente, mais aussi l’intolérance et l’agressivité entre individus ou groupes humains.

Par exemple, le comportement lors de la conduite de voiture est modifié : le non-respect des règles augmente chez un certain nombre de conducteurs, l’incivilité et les injures également… Mais il n’y a pas que dans le domaine de la conduite malheureusement. Dans les manifestations qui rassemblent un grand nombre d’individus (comme les matches de football, les fêtes, etc), il peut y avoir un effet de foule qui multiplie les risques de débordements… et produire de la casse (voitures brûlées, affrontements, vitrines pillées), comme il y en a maintenant tous les étés dans les grandes agglomérations. Les esprits, comme les corps, s’échauffent ! Les débats se font plus virulents, et les attaques ad hominem (personnelles) plus habituelles, même chez nos parlementaires et hommes d’Etat. On s’éloigne de la courtoisie pour ne retenir que les rapports de force qui s’expriment avec brutalité et de façon décomplexée… Les injures sexistes et autres dont Salomé Saqué, journaliste antifa bien connue, a été la cible sur les réseaux sociaux en dit long sur cette tendance qui a l’air de déborder partout (cf la conférence qu’elle a donnée à Spa il y a quelques jours « Comment l’extrême droite menace les droits humains »).

Du coup, je pose une question toute bête : Est-ce que le dérèglement climatique et la montée inexorable de la température mondiale qui passera le seuil des +1,5° c en 2027, +2° en 2050 et potentiellement +5° en 2100 selon le GIEC, avec des pics de chaleurs qui dépasseront systématiquement la barre des 40°, et pourront même atteindre 50° dans certains pays, est-ce que cette cocotte-minute sur le feu n’enclenchera pas en parallèle une montée de l’agressivité chez les bipèdes à gros cerveaux que nous sommes, quand ces derniers se mettront à bouillir ? On dirait que le processus est déjà en marche quand on regarde l’état du monde…

Sûr en tout cas que cela ne facilitera pas la détente, le respect et surtout l’empathie telle qu’elle devrait gouverner tous les rapports humains !

Justement, l’empathie, parlons-en ! Qu’est-ce que l’empathie ? L’empathie est la capacité chez un être humain de percevoir et de comprendre les émotions et les pensées d’une autre personne – tout en gardant une distance émotionnelle. C’est, comme on le dit d’une façon plus simple, la faculté de se mettre à la place d’autrui. Du coup, saisissant son ressenti (sans pour autant s’y identifier), on arrive par l’écoute respectueuse à adapter son propre comportement en manifestant de la compréhension et même de la compassion. Cela mène souvent à l’envie d’aider, de soulager, de se montrer solidaire…

Cela vous semble normal cette façon d’être – une attitude qu’on enseignait jadis au catéchisme et dans la plupart des familles chrétienne : Il faut être gentil, faire attention aux autres, essayer de les comprendre, s’excuser si on leur a fait du mal…  Cela vous semble certainement normal !

Eh bien, cela ne l’est plus. En tout cas, plus dans l’Amérique de Trump (et peut-être aussi parfois chez nous).

Dans le monde de Trump – la sphère MAGA, on ne voit dans l’empathie qu’un aveu de faiblesse. La droite y est fermement opposée. Même la gauche s’interroge : dans un monde où prévaut la brutalité, peut-on continuer à faire preuve de compréhension – si on ne veut pas se faire écraser ?

Nous avons gardé de l’Amérique et des américains l’image des braves ‘boys’ qui sont venus à notre secours quand nous étions écrasés sous la botte des allemands. Qui donnaient aux enfants du chocolat et des chewing-gums du haut de leurs half-tracks. Ceux-là pouvaient manifester de la compassion, user d’empathie… Deux générations après, et un certain Trump devenu président pour la deuxième fois, qu’en est-il ? L’Amérique de papa a bien changé. Et l’empathie n’a plus la cote.

Pourtant, elle (l’Amérique) en aurait bien besoin à l’heure où le pays est en proie à de nombreux clivages (politiques, ethniques, religieux, sociaux…) et où la polarisation joue son plein entre factions désormais ennemies et non plus seulement adversaires. La violence prend le dessus dans les rapports sociaux, déjà tendus auparavant. La haine est entretenue, valorisée. Les dérapages musclés et meurtriers, de plus en plus nombreux chez ceux qui sont censés protéger la population. Et à l’international, il n’est évidemment plus question de multilatéralisme, de collaboration, de solidarité, mais uniquement de domination, de sujétion, de menace et d’agression (même à titre « préventif »).

L’Europe – qui de son côté se réarme aussi à marche forcée et cherche encore les chemins de l’unité dans ses propres divisions et la « préférence nationale » valorisée par ses lobbys d’extrême-droite, l’Europe n’échappe pas totalement à ce mouvement de fond qui prône le repli identitaire, le rejet des étrangers, la haine des différences (de genre, de culture, de religion…), etc. Nos démocraties en sont gangrenées, et les extrêmes, quand elles ne gouvernent pas (encore), ont pignon sur rue.

D’où cela vient-il ? Et pourquoi ? Est-ce une tendance lourde inscrite dans l’humain ? Est-ce cyclique ? Est-ce la hausse des températures et les menaces qui pèsent sur l’humanité ? Est-ce la peur de perdre son confort ou ses moyens d’existence, la frustration de devoir changer de mode de vie « à cause des autres »… ? Oui, la tentation est facile de croire qu’il est plus simple de s’en sortir « contre les autres » (en les tenant à distance) « qu’avec eux » et en se donnant la main… L’empathie, dans un pays où l’individualisme prévaut, est ressentie comme un piège, une faute, un péché même comme le proclament des mouvements évangélistes réactionnaires qui n’hésitent pas à tordre les écritures pour étayer, citations à l’appui, leur doctrine identitaire d’exclusion et de rejet (cf. Joe Rigney, « The sin of empathy, Compassion and Its Counterfeits » – Canon Press 2025  ou Allie Beth Stuckey, « Toxic Empathy. How Progressives Exploit Christian Compassion » – Sentinel 2024).

Il s’agit, dans ces milieux traditionnalistes radicaux, de s’engager non plus seulement dans une guerre culturelle, mais dans une véritable croisade ou combat spirituel contre ce que représente l’empathie qui est assimilée dans cette forme de christianisme viril à une féminité coupable (donc un péché) : selon le pasteur Rigney, c’est d’ailleurs justement parce qu’elles afficheraient une trop grande compassion pour la souffrance d’autrui que les femmes ne peuvent pas être ordonnées prêtres – cela les empêcherait de prendre les décisions dures mais ‘justes’ qui s’imposent ! Ainsi le ‘care’ (le soin) qui nécessite de la compassion et qui est naturellement porté par les femmes devient suspect, « anti-viril ».

Les choses peuvent aller jusqu’à défendre ouvertement la haine : ainsi, d’autres nationalistes chrétiens citent les versets 21 et 22 du psaume 139 (ou d’autres semblables) : « Eternel, comment n’aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s’élèvent contre Toi ? ». Ainsi, la haine devient vertu et les adversaires (comme les démocrates) sont appelés suppôts de Satan !

Que constatons-nous aujourd’hui ? En percolant doucement dans toutes les couches de la société, ce dénigrement ou rejet de l’empathie finit par contaminer en le détruisant le vivre-ensemble et l’esprit d’ouverture et d’accueil, de générosité et de solidarité sur lequel s’était construit (non sans larmes ni combats) ce grand pays démocratique que sont les Etats-Unis d’Amérique, lequel faisait encore l’admiration du monde et forçaient le respect même chez ses concurrents il y a à peine quelques décennies.

« Make America Great Again » : ce slogan trumpiste a hélas révélé son exact contraire. En s’élevant contre « l’empathie suicidaire civilisationnelle » (dixit Elon Musk) qui se serait emparée de l’Occident « trop bon avec les migrants, les musulmans », c’est l’Amérique elle-même et ses valeurs originelles qui se suicide.

Se réveillera-t-elle ?  – et nous qui suivons parfois la même voie ? Notre coeur sera-t-il plus chaud que l’été qui s’annonce ?

Le Ploumtion

Planète foot : éthique ? (Le Ploumtion, n°35)

À la veille de l’ouverture de l’édition 2026 de la Coupe du monde de football qui promet d’être la plus hypermédiatisée de tous les temps – et la plus controversée vu l’état de la planète, on est sans doute en droit de s’interroger sur sa légitimité – son bien-fondé d’un point de vue purement éthique.

Cette Coupe accumule en effet tous les superlatifs : 500 millions de billets demandés – sur 7 millions disponibles ; 104 matches réunissant 48 équipes ; ces matches étant répartis sur trois pays dont les USA qui se taillent la part du lion – on verra pourquoi ;  le prix des sièges pour la finale coûtant 40 fois plus que lors de la finale de l’Euro 2024 en Allemagne ; quasiment 9 milliards de dollars attendus de l’ensemble de la compétition par la FIFA (avec les droits TV et le sponsoring)… (1)

Il semblerait aussi selon certaines sources comme le New Weather Institute (UK) que la Coupe du monde 2026 sera la plus émettrice de gaz à effet de serre de l’histoire : 9,02 millions de tonnes équivalent CO2 soit pratiquement le double de la moyenne des émissions des quatre dernières Coupes du monde ! Les voyages en avion en sont évidemment la première cause. A l’heure où se font sentir de plus en plus les conséquences dramatiques du réchauffement climatique, ces chiffres interpellent et laissent pantois. « Ces compétitions sont une gabegie dans un monde au bord du gouffre », écrit l’ONG Reporterre, en soulignant que le Mondial 2026 devrait donc s’inscrire dans la lignée des précédents : toujours plus climaticides. Cynisme ou inconscience coupable ?

On sait que la Fifa qui rassemble toutes les fédérations de football et qui a aujourd’hui à sa tête Gianni Infantino est déjà depuis longtemps une « machine à milliards ». Les revenus de cette organisation pour l’année 2025-2026 (qui inclut donc la Coupe du monde) se monteraient à 13 milliards de dollars selon les prévisions, montant colossal pour une association officiellement à but non lucratif (ASBL), mais dont le fonctionnement se rapproche parfois davantage de celui d’une multinationale. Bien des pays rêveraient de pareilles rentrées qui dépassent de loin leur budget national !

Au-delà de la Fifa, il y a les grands clubs : la plupart d’entre eux ont été rachetés par des grands chefs d’entreprises ou potentats de pays pétroliers ultramillionnaires ou milliardaires. Ceux-ci y injectent énormément d’argent et en attendent évidemment un bénéfice en termes d’image, d’influence et de soft power. Là aussi, les sommes échangées dans le cadre d’achats de grands joueurs (mercato) font rêver : Dans le top 20 des transferts les plus chers de l’histoire figurent des joueurs comme Neymar (222 millions €), Mbappé (180 millions), et toute une série de joueurs qui « valent » entre 90 et 175 millions (Cristiano Ronaldo n’a plus pu être revendu lui ‘que’ contre 117 millions). Machines à succès ? Oui, mais surtout machines à sous… Les salaires de ces joueurs suivent d’ailleurs les mêmes courbes (en moyenne 800.000 €/mois pour les 30 meilleurs joueurs mondiaux en 2026 – le joueur le plus cher au monde, Ousmane Dembélé (PSG), touche 1.500.000 €/mois).

On me rétorquera que la critique est facile ; l’industrie et le commerce ont besoin de cette vitrine qui est le foot : n’est ce pas générateur de centaines de milliers d’emplois, en cascade ? Certes. Mais ce système semble construit sur des valeurs qui n’ont plus grand-chose à voir avec le sport lui-même. Quand tout s’achète et se vend, où est la beauté -la pureté- de la compétition sportive ? Sans compter, comme il y en a eu, les dérapages de corruption provoqués entre autres par le bizness des paris et le lobbying de certaines industries. Le foot n’est évidemment pas le seul sport à susciter ces critiques…

Bon, je ne vais pas me faire des amis dans le monde du sport (de haut niveau). En tout cas, un personnage dont je ne risque pas de me faire un ami est un certain Donald Trump ! Ce dernier qui pourtant n’apprécie pas spécialement le football qui est un sport essentiellement féminin dans son pays (le Soccer), a tout fait lors de son premier mandat pour « appuyer » la candidature des USA à l’organisation de la Coupe du monde 2026 (en team avec le Canada et le Mexique).

Ce renard de la communication politique a compris l’intérêt de cette compétition pour l’image de marque de son pays – et surtout la sienne où il bénéficiera d’une scène à sa mesure un peu avant les élections de mi-mandat : « Ça va être de la grande télévision » jauge-t-il devant la presse qu’il a toujours essayé de contrôler ou de manipuler. Il fait déjà de cette occasion un instrument pour faire valoir sa toute-puissance : que ce soit dans la décision d’accorder ou non des visas pour des supporters de pays « qui ne l’aiment pas » (il a déjà menacé d’augmenter le prix de certains visas afin de les rendre trop onéreux),  en influençant l’attribution des droits de retransmission en priorité aux médias qui lui sont acquis ou, cerise sur le gâteau, en remettant en cause l’accueil de matches de la compétition par certaines villes démocrates en désaccord avec sa politique. Finalement, Trump espère que la Coupe du monde de football deviendra un atout pour remporter les futures élections (qui auront lieu dans quelques mois).

Cela n’est pas très nouveau, Poutine en 2018 voulait déjà faire de la Coupe du monde en Russie une vitrine pour affirmer son pays comme une grande puissance. Et le Qatar en 2022 qui avait usé de tous les moyens même illicites pour obtenir l’organisation de cette compétition, voulait également se hisser au rang des grandes nations et se donner une aura.

L’instrumentalisation politique du sport officiellement « neutre » ou les tentatives de récupération par des politiques ne sont donc pas quelque chose d’entièrement nouveau (on en a eu aussi quelques relents lors des précédentes éditions des JO…). Mais ce qui pose véritablement question ici, c’est l’attitude de la Fifa vis-à-vis de ces manœuvres qu’elle ne pouvait ignorer mais auxquelles elle a consenti en fermant ostensiblement les yeux. En particulier, cet élément qui vient d’être rapporté (2) – sans pour autant que cela fasse scandale outre-Atlantique ni chez les pontes de la Fifa :

Lors de l’attribution de la Coupe, en 2018, Donald Trump a menacé de sanctions économiques les pays qui ne soutiendraient pas la candidature des Etats-Unis (alors que les statuts de la fédération interdisent strictement tout ingérence politique) ; ces menaces ainsi que l’appui de l’Arabie Saoudite qui a mené auprès des fédérations arabes une campagne agressive contre le Maroc en échange d’un soutien de poids -celui des USA- pour sa candidature à l’obtention de la Coupe du monde 2034, ont permis  d’évincer le Maroc, meilleur candidat pressenti alors.

On est confondu devant le laxisme, la complaisance pour ne pas dire plus !!!, de la Fédération Internationale de Football – qui aurait pu se souvenir de ses déboires lors du Fifagate en 2015…

De la part de cet autocrate exalté par sa toute-puissance qu’est Donald Trump et qui qualifie volontiers son « ami Gianni Infantino » (qui lui avait remis son ridicule « Prix de la Paix de la FIFA ») de « grand gentleman » ou de « grand leader » , rien d’étonnant finalement. Par contre, triste constat : celui de l’état de ce grand pays démocratique que sont les Etats-Unis ; constat navrant également de la servilité humiliante du reste du monde et particulièrement de l’Europe qui voit sans grande réaction être constamment bafoués les grands principes de respect et d’équité, la justice et les droits des personnes et des peuples ; et constat enfin que l’argent (et la puissance) continue à mener le monde – et le monde du foot en particulier. (3)

Jusques à quand serons-nous résignés ? Amateurs de foot ou seulement citoyens de la Terre… la balle est dans notre camp.

Le Ploumtion

(1) Données citées par le journal Le Soir du 5/06/2026

(2) Révélé par Alexandre Braeckman dans RTL-info du 23 mai

(3) Voir aussi l’excellent article de Romain Houeix dans France 24 sports du 25/05/26: « Mondial 2026 : pour Trump, « c’est au monde de s’adapter aux États-Unis et pas l’inverse » »

« SA CHAIR à MANGER » : VIRTUEL OU RéEL ? – LE PLOUMTION (n°34)

Est-ce que vous aimeriez, chers frères et sœurs, avoir devant vous à la messe, à la place de votre serviteur, un curé virtuel ?

Vous semblez dire non, mais vous savez que beaucoup aujourd’hui s’en contentent, surtout depuis le confinement, et préfèrent suivre la messe sur un média : télévision, internet (YouTube)…  C’est évidemment plus facile, on ne doit pas se déplacer, bouger, se frotter à des gens, des inconnus peut-être… Ce qui était au départ juste un moyen pour les personnes âgées malades ou handicapées de pouvoir « vivre » une messe en restant chez elles, devient apparemment de plus en plus une façon comme une autre de pratiquer le culte. Est-ce pour autant qu’on peut rencontrer une vraie communauté ?

Le virtuel – ou le non-humain – s’invite partout.

Les conférences ou les rencontres-débats en présentiel attirent moins : on peut tout avoir chez soi sans se déranger. Et de façon beaucoup plus large : un panel infini de propositions où quelques clics mettent à votre portée la planète entière. On ne saura par contre pas trop ce qui se passe chez votre voisin de palier ou dans votre rue, vous êtes trop absorbé par les millions d’informations qui circulent sur le net et dont vous vous gavez…

Il n’est pas compliqué de trouver d’autres exemples de ce remplacement du réel par le virtuel (le non-humain) : Venus au départ du Japon, de charmants robots sont programmés pour tenir compagnie aux personnes âgées, et commencent chez nous à investir nos maisons de repos en remplacement du personnel soignant débordé et trop peu nombreux, mais aussi à domicile pour les aînés qui ne voient plus ou presque plus leur famille : des robots conversationnels, comme Matilda (français) avec qui vous pouvez échanger sur une myriade de sujets, mais aussi pour certains déjà capables d’apporter une aide technique : on a récemment mis au point un robot capable de faire enfiler un t-shirt en moins de 10 secondes à une personne physiquement déficiente… Roméo, lui, peut ouvrir des portes, ramasser des objets sur la table ou encore, monter des escaliers : des prototypes actuellement en projet ou à l’essai de robots de type humanoïde qui permettront non seulement de pouvoir coucher et lever une personne, mais également de lui tenir compagnie tout en faisant office de télé-présence…

Un ‘plus’ pour ces personnes souffrant d’Alzeimer, de handicap ou de solitude ? Oui, mais… et l’humain là-dedans ? La relation ? Je ne vous parle pas de ces jeunes qui désormais s’adressent à l’IA pour discuter comme on le ferait avec un confident de tous leurs problèmes affectifs ou sexuels : 60 % de nos jeunes le font régulièrement, d’après certains sondages.

Ce ne sont que des exemples ; désormais, tous les domaines relevant de l’humain sont impactés : l’enseignement et l’éducation, le domaine médical et du soin, le culturel, etc   où par exemple l’IA écrit des romans, fabrique des films et rédige des thèses de doctorat mieux, plus vite et beaucoup moins cher que le pourraient des humains en chair et en os. L’industrie, le commerce et la finance se sont déjà préparés et participent même à plein tubes à ce bouleversement intégral et sans doute inouï dans l’histoire (sans parler des militaires). Toutes les grandes puissances ont compris l’intérêt d’être les premiers à contrôler l’IA pour pouvoir contrôler le monde.

Avec l’irruption désormais incontournable et inévitable de l’IA dans tous les secteurs, on parle de plus en plus de révolution numérique, voire de grand Remplacement. Et ça risque de faire mal, pour les millions (ou les milliards) de personnes qui dans le monde vont perdre leur emploi, remplacés par l’Intelligence Artificielle, sans pour autant que soient créés de nouveaux sauf un tout petit peu à la marge pour des qualifications extrêmement pointues, ainsi que l’affirme Luc Ferry (1).

Mais cela risque de faire aussi très mal à l’humain en tant que tel, en tant qu’être relationnel, fraternel, doté de conscience, de sens moral et d’éthique, de jugement et de sens critique : Comment distinguer le faux du vrai, le bon du mauvais, quand tout est mis sur le même pied et qu’on peut si facilement maquiller, transformer et créer de l’information selon les buts poursuivis par les influenceurs ? Braves gens, ne vous tracassez pas, on va penser pour vous ! Le « meilleur des mondes » est en marche, encore plus fort que celui qu’avait prédit Aldous Huxley.

De cette révolution, de son potentiel utile mais aussi de ses risques, le pape Léon XIV en a pris la mesure en écrivant sa première encyclique « Magnifica Humanitas » publiée ce 15 mai, jour anniversaire de Rerum Novarum l’encyclique sociale de Léon XIII. Ce n’est pas mon propos de la décortiquer ici, beaucoup d’articles ont déjà été publiés à ce sujet et puis je vous renvoie au texte lui-même qui est un monument de sagesse, sans parti pris contre l’innovation technique mais aussi sans complaisance pour tous les risques de déshumanisation et d’asservissement contraire à la dignité humaine.

Non, je vais m’en tenir seulement à ce que notre religion, notre foi chrétienne a d’unique : l’incarnation.

On ne dira jamais assez l’importance de la chair dans la révélation chrétienne et tout ce qu’elle entraîne pour notre vie concrète – et celle de nos sociétés. La chair prise dans le bon sens du terme, non dans celui qu’on oppose à l’esprit (Jn 3,6 ; Jn 6,63 ; Ga 4,29) et qui désigne la nature humaine lorsqu’elle est coupée de Dieu.

Nous sommes des êtres faits de chair, indéniablement, et cette chair douée d’esprit (ne séparons pas les deux !) nous rend capables d’aimer, d’entrer en relation grâce à notre corps, de servir et de faire du bien à d’autres humains. Sans la chair, nous en serions incapables. En tout cas, pas de façon humaine !

Or, Dieu a voulu à un moment donné de notre histoire, prendre chair – notre chair, en s’incarnant pour devenir homme. Il donne ainsi à la nature humaine faite de chair une dignité infinie. Créée et voulue par Dieu, cette chair qu’il est venu prendre totalement par l’Incarnation grâce au consentement d’une femme, Marie, cette chair partagée avec des milliards d’humains est désormais infiniment respectable dans sa dignité intrinsèque et à protéger du début à la fin de la vie– fût-elle abîmée, dégradée, appauvrie ou menacée.

Dieu est venu à nous dans la fragilité de la chair.

Et c’est cette chair, c’est-à-dire son « être-en-relation » qu’il nous donne en nourriture essentielle, ainsi que le propose le Christ dans l’évangile de cette fête-Dieu.

Les Juifs – et même les disciples – ne comprennent pas, bien sûr. « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Il a fallu du temps, pour faire le lien avec l’Eucharistie, mais aussi pour découvrir que notre vocation, notre perspective, notre destinée ultime, c’est d’être incorporé pleinement au corps du Christ. Notre chair sera la chair du Christ. En l’ingérant (dans la communion eucharistique), nous sommes intégrés en lui – et lui en nous. (2)

Je vois dans ce mystère de l’Incarnation et dans le mystère eucharistique l’antithèse de ce mouvement auquel nous assistons dans la révolution numérique, et qui va au contraire – surtout avec l’IA – dans le sens d’une « désincarnation » de l’humain, voire finalement de la déshumanisation. Notre foi chrétienne contredit les doctrines transhumanistes actuelles, qui rêvent de fabriquer une nouvelle humanité, des surhommes débarrassés de leur corps de chair ou au moins transformés pour les rendre plus performants. Au contraire, prenant appui sur l’enseignement et la vie toute entière du Christ telle qu’il l’a vécue et en acceptant, en intégrant la mort même, le christianisme fait l’éloge de la fragilité. Quel contraste !

Bref, les enjeux sont énormes pour l’avenir de l’humanité ; sans aucun doute, le pape a eu raison d’interpeller à ce sujet et d’inviter avec insistance à la réflexion et au questionnement à propos de ces nouvelles technologies et de leur utilisation (à quelles fins). Sans les rejeter d’emblée, un discernement sérieux est absolument nécessaire, et le monde politique a une responsabilité cruciale afin de ne pas laisser aux seuls intérêts privés la gestion et le contrôle de ces moyens techniques qui risquent d’échapper à l’homme et de détruire nos sociétés démocratiques – que nous avons édifiées en rempart à l’exclusion et au mépris des faibles.

Restons donc vigilants et solidaires avec les membres les plus fragiles de notre humanité : Au lieu de construire de nouvelles « tours de Babel », comme écrit le pape, une ‘civilisation’ qui prétend trouver son salut dans sa propre puissance en laissant de côté ou en écrasant les plus faibles, unissons plutôt nos forces pour édifier une société juste – la cité de Dieu – où l’homme (l’humain) est au centre. « À l’ère de l’intelligence artificielle, où la dignité humaine risque d’être éclipsée par de nouvelles formes de déshumanisation, nous avons le devoir urgent de rester profondément humains » (Magnifica Humanitas, n° 5)  (3)

Encore faut-il s’entendre sur la définition de l’humain qui ne semble pas aujourd’hui faire vraiment l’unanimité…

Le Ploumtion

(1)« L’IA à l’école : peut-on encore former les consciences ? » Interview de Luc Ferry sur RCF https://www.rcf.fr/articles/actualite/lia-a-lecole-peuton-encore-former-les-consciences

(2) Contrairement à l’IA qui relie tous les « cerveaux » dans une sorte de fusion éthérée, notre communion à nous est charnelle, incarnée, distincte, fraternelle, sacramentelle.

(3) Voir aussi : https://tribunechretienne.com/magnifica-humanitas-arretons-le-chantier-dune-enieme-babel-le-cri-dalarme-de-leon-xiv-a-lere-de-lintelligence-artificielle/

ADDENDUM POUR LA COMMUNION

Dans un instant, à l’Eucharistie, nous serons invités à communier au corps du Christ. Chacun de nous reçoit une hostie. Je vous invite tous à méditer que dans cette hostie toute la chair du Christ y est contenue. Réellement. Et nous devons comprendre que celui ou celle qui me précède ou me suit communie au même pain.

Nous devons réaliser que cette communion n’est pas seulement une communion personnelle au Christ mais que nous tous de cette assemblée sommes incorporés au Christ de la même manière et qu’un lien fraternel (je dirais même ‘’charnel’’) se noue entre nous.

=>Mieux encore, ce grand mouvement dépasse les murs de cette église. Tous les chrétiens qui dans un élan de foi tendent leur main pour recevoir le pain sont du Christ quand ils mangent sa chair.

Plus large encore, les hommes qui tendent leur main pour un euro à la sortie de l’église doivent se sentir appelés dans ce mouvement par notre attitude.

Toute femme, tout homme qui aspire à la vie éternelle doit se sentir accepté dans cet appel.

Nous communions au Christ pour nos frères chrétiens d’orient qui ne peuvent célébrer la messe.

Nous communions au Christ pour celui qui n’a jamais reçu l’Evangile.

Nous communions au Christ pour nos frères musulmans ou juifs qui veulent la paix.

Nous communions au Christ pour les hommes de bonne volonté et pour ceux que le péché défigure.

En fait nous communions à la chair du Christ pour le salut du monde, ainsi la question : « Serons-nous sauvés ou serai-je sauvé ?  » trouve sa réponse : c’est ensemble – en formant un seul corps dans le Christ – que nous aurons la vie éternelle.

James Webb et la Pentecôte, ou : faut-il se résigner à l’entropie? (Le Ploumtion n°33)

Le télescope James Webb vient de recenser et cartographier 164.000 galaxies en remontant ainsi à travers 13 milliards d’années d’histoire de l’univers (le temps que la lumière émise par ces galaxies étoilées qui s’éloignent les unes des autres à une vitesse sidérale depuis le Big Bang, arrive jusqu’à nous). Il était temps !

Oui, il était temps de découvrir tous ces mondes lointains et leur existence, avant que le nôtre – notre minuscule terre – ne finisse la sienne dans un chaos qui n’est plus cette fois primordial mais final…

Désolé, mais l’actualité ne me rend pas optimiste.

D’un côté, grâce au blocage du fameux détroit d’Ormuz par nos ’’amis’’ iraniens qui ont compris qu’une petite souris comme eux pouvait énerver l’éléphant Trump et le rendre fou de rage impuissante, grâce à cette astuce donc, on découvre avec étonnement qu’on est loin, très loin d’avoir progressé vers une nécessaire sortie des énergies fossiles afin de préserver un tant soit peu le climat comme s’y étaient engagés de nombreux pays lors des accords de Paris. Il apparaît au contraire clairement la dépendance quasi-totale et grandissante de ces mêmes pays et de l’économie mondiale à ces sources d’énergie que sont le pétrole et le gaz. Les marchés s’emballent, les prix flambent, les chaînes de production se grippent et déjà pointent des faillites et même des ruptures d’engrais agricoles qui pourraient engendrer à terme des famines dans certains endroits. Le monde politique s’agite pour calmer l’inquiétude des consommateurs en redoutant des clashs sociaux.

Les iraniens ont visé juste : le point faible du système économique international (lui-même déjà mis à mal par la politique des droits de douane de Trump), cette dépendance toujours accrue à une énergie autrefois bon marché et abondante mais qui ne l’est plus – au point de menacer le monde entier d’une crise sans précédent. Les experts nous l’assurent : on ne reviendra pas à la normale. La machine fonctionne tant qu’elle est lancée en avant à pleine vitesse. Si elle ralentit, elle vacille puis peut s’écrouler comme un coureur cycliste qui ne peut pas arrêter de pédaler (et qui est dépendant de ses hormones de dopage – pour nous: le pétrole). Et l’énergie est devenue une arme – comme la nourriture, l’eau, et tous autres éléments nécessaires à la vie – dont les puissants n’hésitent plus à se servir pour dominer et asservir. La fin d’un monde rêvé où tout (la terre, l’air…) appartenait à tous. Mais ça va pêter immanquablement à un moment donné!

Autre fait d’actualité : l’épidémie d’ébola en RDC (République Démocratique du Congo) qui prend des proportions inquiétantes, faisant déjà des centaines de victimes. Des pays voisins comme le Rwanda ont commencé à fermer leurs frontières. Mais les virus ne connaissent pas de frontières ! Surtout à notre époque de voyages tous azimuts et de mobilité dont l’ampleur ne cesse pas de me surprendre… Ces derniers jours, lors du week-end de l’Ascension, j’entendais à la radio que les riverains de Bruxelles-national se plaignent du bruit des décollages d’avion qui ont lieu… toutes les trois minutes, jour et nuit ! Le trafic aérien augmente, on le sait, de plusieurs pourcents tous les ans. Et là aussi, toute une économie impliquant des milliers de personnes et de travailleurs s’est construite autour et en est totalement dépendante. Alors, augmentons encore la cadence ! De toute façon, les virus se multiplieront toujours plus vite eux aussi, qu’ils se nomment H1N1 grippe aviaire, hantavirus, ébola, coronavirus Covid-1, peu importe… la course est engagée.

Enfin, dans l’actualité, comment ne pas citer ces images scandaleuses mais révélatrices, de ces centaines de militants pacifistes de la « Flotille pour Gaza » arraisonnée par les israéliens dans les eaux internationales, alignés brutalement, les mains liées dans le dos et à genoux sous le canon des mitraillettes (peut-être fabriquées par notre F.N. belge?) pendant qu’un ministre d’Etat (Itamar Ben Gvir) les invective grossièrement en se moquant d’eux et en les insultant sous l’œil des caméras. Cette vidéo humiliante a été diffusée pour l’électorat israélien de l’extrême-droite à laquelle appartient le ministre, et dont le parti est un pilier indispensable du gouvernement Netanyahou (lequel, embarrassé, a quand même déclaré cette attitude de son ministre « non conforme aux valeurs d’Israël »). N’empêche que ce dernier « glorieux » fait d’armes et surtout le mépris ouvertement haineux d’une extrême droite à dominante religieuse qui semble ne plus avoir de frein et domine de plus en plus la scène politique en Israël, fait froid dans le dos. Si ces militants originaires principalement d’Europe n’étaient pas protégés par leur statut mais avaient été au contraire de simples palestiniens, que serait-il advenu d’eux ? N’était-ce pas ce même Ben Gvir qui était allé trouver récemment des palestiniens en prison pour leur cracher à la figure avec délectation qu’ils allaient « crever en ce lieu » (!). Gaza et ses 75.000 morts, le sud-Liban écrasé sous les bombes, la Cisjordanie occupée avec violence par les colons juifs qui dynamitent les maisons et molestent ou tuent les habitants qui refusent de partir… tout cela finira-t-il par devenir un « détail de l’histoire » pour reprendre une expression insupportable d’un certain Le Pen ?

L’extrême-droite (qu’elle soit israélienne, américaine ou de chez nous) est un chien méchant et agressif qui plus on lui donne de liberté en allongeant sa chaîne finit toujours par mordre tout qui passe à sa portée. Or il apparaît aujourd’hui qu’après avoir été confinée durant des décennies après la dernière guerre et l’écrasement du nazisme, les germes fascistes se répandent à nouveau en Europe et un peu partout dans le monde comme les virus dont je parlais il y a un instant. Il semble que la tolérance manifestée à leur égard n’a fait que renforcer leur assurance et une prise de pouvoir qui commence ou continue à se manifester ouvertement partout, avec l’assentiment ou la complicité des populations contaminées par les discours populistes xénophobes, flatteurs égocentriques et nationalistes revanchards. Le fruit de ce nationalisme illibéral ne peut être que… la guerre, comme on le constate hélas en ce moment. Et le monde se réarme frénétiquement, ne voyant plus dans les autres nations ou peuples que des adversaires potentiellement menaçants, à écraser économiquement ou physiquement avant qu’ils ne le fassent eux-mêmes.

Bref ! Ce petit flash d’actualité me confirme assez dans mon impression qu’on se dirige vers un chaos de première grandeur – j’espère malgré tout me tromper. Il est vrai que d’après certaines théories scientifiques, pour reprendre l’image des galaxies de mon introduction, l’univers lui-même devrait, après sa période d’expansion, se rétracter – le phénomène d’entropie – pour finir en un point collisionnel (après quand même quelques milliards d’années). Il pourrait sembler que l’évolution humaine suive une trajectoire quelque peu analogue, passant de phases davantage ouvertes, démocratiques, collaboratives et universalisantes, à des phases de régressions violentes et destructrices… En fait, les deux forces antagonistes sont constamment à l’œuvre dans le monde, comme peut-être dans l’univers. Nous ne pouvons pas les contrôler, seulement les influencer (du moins dans notre environnement immédiat), en choisissant de quel côté nous nous situons – celui de la méfiance et du repli sur soi, ou celui de l’accueil des différences et de la solidarité constructive.

L’évangile dont nous sommes porteurs nous oriente de façon claire et définitive vers la deuxième voie, qui de façon urgente peut seule ouvrir un avenir d’espérance à l’humanité. Scruter les étoiles, c’est bien, oui ; mais ne rêvons pas d’y trouver un deuxième berceau comme le fait Elon Musk et ses adeptes nietzschéens transhumanistes. C’est sur cette terre où nos pas ont commencé il y a 300.000 ans (homo sapiens) que nous avons à construire un Eden où l’homme (l’humain homme et femme) puisse vivre réellement à la ressemblance du Dieu trinitaire. Nous n’avons plus le temps d’attendre encore quelques millénaires… peut-être même plus seulement quelques dizaines d’années… – pour construire l’unité fraternelle voulue par le Christ et empêcher la phase régressive. La collision.

En cette veille de la commémoration de la pentecôte de Jérusalem de l’an 33 ap JC, je prie pour Israël et la Palestine et pour tous les peuples de notre immense Tour de Babel, afin que celle-ci ouvre ses moyens et ses facultés si importants aujourd’hui à la force unitive et compréhensive de l’Esprit.

Le Ploumtion  

addendum:

 « À l’heure où les crises se succèdent, géopolitiques, climatiques, économiques, on pourrait être tenté de voir l’entraide comme une goutte d’eau dans un océan de difficultés. Ce serait une erreur. Elle est au contraire l’un des leviers les plus puissants dont nous disposons pour reconstruire, réparer et imaginer l’avenir. Ce n’est pas un remède miracle, mais c’est une énergie renouvelable : plus on l’utilise, plus elle grandit. Changer un destin peut sembler une ambition immense. Pourtant, cela commence souvent par presque rien. Une rencontre. Une personne qui décide de faire un pas vers une autre. Et de fil en aiguille, l’entraide tisse des ponts là où il n’y avait que des murs. Dans cette capacité à transformer les trajectoires humaines, il y a quelque chose de profondément réconfortant. À travers elle, l’humanité se raconte autrement : non pas comme un ensemble d’individus en concurrence, mais comme une communauté capable de s’entraider, de se relever, de se dépasser. Et c’est peut-être là, dans ce pouvoir silencieux et obstiné, que réside l’une des plus belles forces du monde – une énergie entièrement renouvelable ! »

René Bernard

Un Président sous influence (évangélique) – Le Ploumtion n°32

« Seigneur, nous vous prions de continuer à donner au président Trump la force dont il a besoin pour guider notre grand pays. »

Cette prière énoncée par un pasteur évangélique américain le 5 mars dernier n’a pas en soi de quoi nous surprendre, nous qui sommes habitués dans notre pays à ce genre de prière, par exemple lors du « Te Deum », célébration qui a lieu deux fois l’an (le 21 juillet et le 15 novembre). (*)

La différence -elle est de taille-, c’est que chez nous cette intervention religieuse est strictement cadrée et a lieu dans les grands lieux de culte nationaux tels que la cathédrale des Saints Michel et Gudule où elle se déroule en présence de la famille royale et de représentants de la Nation et des différents Pouvoirs. Tandis que la prière que je viens de citer, elle, se passe de plus en plus régulièrement dans le fameux bureau ovale de la Maison Blanche, et ce en présence des caméras de toute la presse qui diffusent ces images dans toute l’Amérique. On peut y voir le Président Donald Trump, assis derrière son bureau, et entouré d’une trentaine de chrétiens nationalistes lui imposant les mains très solennellement au nom du Très-Haut qui lui a confié la mission messianique de redresser le pays et de « rendre à l’Amérique sa grandeur » en rétablissant les lois de Dieu.

Travis Johnson, de la « Pathway Church »

Ces images nous choquent, car nous sentons bien la récupération politique qu’il y a derrière ces démonstrations publiques. « Donald Trump est le premier président américain à organiser des prières dans le bureau ovale », confie le reporter de France Télévision A. Filippi. « Depuis un an, les chrétiens nationalistes murmurent à l’oreille du président. Ils se voient comme des soldats de Dieu à la reconquête idéologique de l’Amérique. Au premier rang, Travis Johnson, pasteur évangélique à la Pathway Church, l’un des plus influents. « À ce moment-là, je prie pour qu’il soit fort, courageux. Trump a été institué par Dieu, et Dieu l’utilise comme son instrument. Il y a des milliers de pasteurs qui sont venus à la Maison-Blanche cette année. On parle avec Trump. C’est le président le plus ouvert aux gens de foi que je n’aie jamais vu », raconte-t-il à France Télévisions. »

Paula White-Cain, « Le Royaume Inébranlable, accéder à l’autorité et à l’identité »

L’un des premiers décrets de Donald Trump a été d’instaurer un ’bureau de la foi’ à la Maison-Blanche, dirigé par une de ses proches, la pasteure évangélique Paula White-Cane, une télévangéliste qui a fait fortune en vendant des bénédictions Celle-ci vend aussi Donald Trump comme sauveur de l’Amérique « Dire non à Donald Trump, c’est dire non à Dieu », assure-t-elle. « J’ai tous les droits et l’autorité pour déclarer la Maison-Blanche comme une terre sainte », se targue-t-elle.

Il n’est pas douteux que la mise en scène dans le bureau ovale a été savamment travaillée : un Donald Trump béni et adoubé par une armée pasteurs évangéliques. « C’est un combat pour le christianisme, pour les valeurs judéo-chrétiennes, surtout la morale chrétienne. Il y a vraiment un bénéfice mutuel entre nous les évangéliques et le président Trump », explique le pasteur Ken Peters de l’Eglise patriotique du Tennessee.  

Evidemment, Trump en attend lui-même aussi de son côté un avantage, à quelques mois des élections de mi-mandat qu’il redoute. Ce n’est pas la première fois que le Président, en difficulté dans sa guerre en Iran et critiqué par une partie de son électorat à cause de l’inflation et du marasme économique dans lequel le pays s’enfonce, se pose en envoyé messianique : des photos travaillées avec l’I.A. circulent, le montrant avec les mains du Christ sur ses épaules, ou encore lui-même revêtu d’une robe rouge et imposant les mains sur un malade au regard plein de reconnaissance et de ferveur… Il aurait cependant été contraint de retirer cette dernière sous la pression essentiellement des chrétiens catholiques scandalisés – mais sa base évangélico-nationaliste reste inébranlable, chauffée à blanc par des pasteurs qui comme Travis Johnson, ne cachent pas leurs intentions : « On n’est pas là pour faire des vaguelettes. On est là pour prendre le pouvoir » ajoute-t-il encore, cité par une journaliste de France Télévision.

Ces chrétiens extrémistes sont infiltrés au plus haut sommet de l’État. Ils ont fait passer des lois anti-transgenres ou anti-avortement, mais sont aussi envoyés en délégation diplomatique officielle et sont des soutiens indéfectibles d’Israël. « Notre rôle n’est pas juste spirituel, mais géopolitique. Et Israël est le seul rempart contre l’extrémisme islamique », estime Travis Johnson qui était justement là à la Maison Blanche quand Benjamin Netanyahou est venu exposer à Trump son plan d’attaquer l’Iran.

Cela n’est pas pour rassurer, n’est-ce pas ? Un Président erratique et influençable à la tête de la plus grande puissance du monde ! Et il n’est pas le seul : autour de lui, des collaborateurs haut placés (placés par lui) ne cachent pas leur ferveur religieuse pour justifier leurs actions. Par exemple, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, est un chrétien nationaliste convaincu. En témoignent ses tatouages : une croix des croisades, et sur son bras cette inscription « Dieu le veut » à côté d’armes. En pleine conférence de presse sur l’Iran, il cite des versets de la Bible : « Béni soit le Seigneur, mon rocher qui exerce mes mains au combat, mes doigts à la bataille ! ».

Pete Hegseth, secrétaire d’Etat à la Guerre

On n’ignore pas non plus les sentiments religieux du vice-président J.D. Vance, récent converti au catholicisme, mais un catholicisme plutôt… de combat! (post-libéral). Il serait le favori des nationalistes chrétiens à travers une alliance entre évangéliques et catholiques ultraconservateurs. Parallèlement, certains cadres du gouvernement comme la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt se laissent volontiers filmer en train de prier « Seigneur Jésus, donnez-moi la force ! » avant de parler aux journalistes… Inimaginable chez nous !

Mais même aux « States » où la religion n’est pas un tabou et où l’on donne du « Dieu bénisse l’Amérique » à tous les discours, ce jeu collusif entre le pouvoir politique et les influenceurs religieux sent tellement à plein nez la manipulation que mis à part les milieux complotistes qui voient déjà arriver les cavaliers de l’Apocalypse et la Grande Bataille décisive entre Dieu, son messie D. Trump et le Mal, les chrétiens plus raisonnables commencent à se poser des questions – car se sentant utilisés. On peut espérer un sursaut de conscience, même si rien n’est jamais gagné en cette matière sensible.

La prégnance des influenceurs religieux est extrêmement forte dans les réseaux sociaux et une bonne partie des médias. La force de leur discours réside dans le fait qu’il tiendrait sa légitimité de Dieu lui-même. Cela court-circuite toute opposition, et fait au bout du compte taxer d’anté-christ celui qui remettrait en cause la parole et le rôle du « messie » ainsi dénommé. Même le pape Léon en a fait les frais, en témoigne la récente diatribe qui a eu lieu entre lui et Donald Trump – mais où le pontife catholique a su dire avec résolution sa position face aux divagations de Trump -sans citer son nom- et condamner les orientations indéfendables de son administration, en particulier concernant la politique de l’immigration et la guerre.

La base électorale de Donald Trump reste très forte, soudée par une idéologie politico-religieuse nationaliste qui rappelle par certains côtés les moments les plus sombres de l’histoire. Une grande partie des américains de la middel-class et de la low-class qui se sont vus délaissés et méprisés durant des décennies par la classe dirigeante au pouvoir, garde une rancœur profonde et un très grand sentiment de revanche dont Trump a très bien su jouer. Les pasteurs évangélistes ont réussi à rassembler derrière eux près de 30% des votants américains – avec en plus un redécoupage systématique du territoire imposé pour favoriser les républicains.

J.D. Vance, Vice-Président des U.S.A.

Ces chrétiens nationalistes, c’est selon les spécialistes, la base la plus solide de l’électorat de Trump. « Trump sait que ce sont ses électeurs les plus dévoués. Ce sont des gens qui le soutiendront, quoi que Trump fasse. Il peut instiguer un coup d’État, il peut aller envahir un autre pays, ils continueront à le soutenir », analyse Matthew D. Taylor, chercheur associé à l’université de Georgetown (États-Unis), cité par la journaliste Diane Schlienger de France Télévision.

La crise qui s’annonce semble devoir rebattre les cartes, si le ‘messie’ n’arrive pas à réaliser ses promesses alors qu’il se trouve englué dans le conflit iranien et que la situation économique se dégrade à vue d’oeil. Mais la « stratégie Trump » n’a-t-elle pas toujours été la fuite en avant, aveugle et obstinée ? Dès lors, on peut craindre le pire…

Nos Eglises reconnues ne devraient-elles pas être plus promptes à dénoncer fermement et clairement (comme le fait le pape Léon) les interprétations abusives et utilisations manipulatrices de la foi et du message chrétien, qu’elles proviennent de leurs propres rangs ou de l’extérieur ? Chez nous, en Europe, certains courants de droite ou de droite extrême n’hésitent pas à se camoufler sous une coloration de « défense des valeurs (dites) chrétiennes » pour avancer leur propre programme…  

Le Ploumtion

(*) Ce serait bien plus étonnant et certainement source de scandale chez nos voisins en France où la séparation des Eglises et de l’Etat est bien plus formelle et incisive qu’en Belgique !

ORMUZ ET L’EQUIPAGE TERRE : UN PASSAGE ETROIT (Le Ploumtion n°30)

« Ormuz », cela vous dit quelque chose ? Cela devrait : on n’entend plus que ce nom-là depuis quelques semaines ! Pratiquement inconnu du grand public avant le début de cette guerre – encore une ! – , aujourd’hui ce nom d’Ormuz, plus précisément « détroit d’Ormuz », fait la une de tous les journaux et est dans toutes les conversations. Le prix de l’essence à la pompe n’est pas pour rien dans cette célébrité inattendue… et comme un jeu de dominos, la hausse du prix de l’énergie dont nous sommes très gourmands (et dépendants) entraîne une flambée des coûts en cascade. Le monde entier s’agite, les places boursières en premier. Et on craint une crise mondiale qui ferait s’effondrer tout le système économique : un cataclysme !

Quoi qu’on pense du régime iranien – qui n’a rien d’une démocratie mais qui par contre a pas mal de sang sur les mains – , ou de la légitimité de l’intervention américano-israélienne et de la façon brutale dont celle-ci est menée sans égard pour les populations civiles qui paient comme d’habitude la folie des dirigeants, on ne peut qu’admirer l’astuce déployée par les autorités iraniennes : La fermeture du détroit d’Ormuz, qui est une manœuvre extrêmement intelligente que bizarrement Trump et ses stratèges n’auraient pas prévue.

Le blocage de cette artère maritime où transite pas moins de 20% du pétrole et du gaz consommé dans le monde est un enjeu vital pour le commerce mondial – et une gifle pour le président américain que ses électeurs risquent de désavouer. Cela me rappelle une histoire célèbre de l’antiquité, je crois d’après mes souvenirs qu’elle vient d’Ovide (les métamorphoses) – mais que Trump ne devait sans doute pas connaître : celle des organes du corps humain qui veulent se choisir un roi. En voici un conte librement inspiré :  

« Quand le corps humain fut créé, toutes les parties voulaient en être le Chef.
Le cerveau : puisque je commande tout et que je pense pour tout le monde, je devrais être le Chef !
Les pieds : puisque nous transportons le corps là où il le désire, nous devrions être le Chef !
Les mains disaient : puisque nous faisons tout le travail et gagnons de l’argent pour entretenir tout le corps, nous devrions être le Chef !
Et ainsi de suite pour le cœur, les yeux, les oreilles et les poumons…
Mais le trou du c. se fit aussi entendre et exigea d’être élu Chef. Les autres parties du corps éclatèrent de rire à l’idée qu’un trou du c. puisse être le Chef !

Alors, l’anus se mit en colère, et refusa de fonctionner. Il se bloqua et empêcha tout transit.

L’effet ne se fit pas attendre. Bientôt le cerveau devint fiévreux, les yeux devinrent vitreux, les pieds trop faibles pour marcher, les mains pendaient sans force, le cœur et les poumons luttèrent pour survivre…
Finalement, à bout de nerfs, le corps entier et tous ses membres furent d’accord pour que le trou du c. soit élu Chef ! Et celui-ci accepta alors de laisser passer les
 matières si importantes que lui seul pouvait évacuer.

Moralité : La renommée ou la grandeur ne suffisent pas pour diriger le monde, ou pour résister aux puissants : un petit peut très bien y arriver s’il a les bonnes cartes en main (et les bons leviers).

…Et ce sacré détroit d’Ormuz a du moins le mérite de nous faire prendre conscience de l’extrême dépendance que l’ensemble du monde entretient avec les énergies fossiles – honteusement privilégiées par Trump qui a tout fait pour saborder les efforts vers une transition énergétique en faveur du renouvelable. On pourrait sourire de ce boomerang qui lui revient en pleine figure, si de notre côté nous n’entretenions pas nous aussi une complaisance douteuse avec ce type d’énergie (le pétrole) et les bienfaits qu’il nous procure.

Au fond, est-ce que toute notre civilisation, notre façon si confortable de vivre ne repose-t-elle pas sur une consommation toujours plus importante de cette source d’énergie que nous imaginions inépuisable (elle ne l’est pas) et sans conséquences graves sur l’environnement (elle ne l’est pas non plus) ? Oui, reconnaissons-le : on s’est laissé petit à petit dorloter dans un confort tel qu’on n’en avait jamais connu auparavant dans toute l’histoire humaine, et séduire par une capacité extraordinaire en termes de mobilité, de voyages, d’exploits de toutes sortes… jusqu’à même aller sur la lune ou sur mars (ce qui n’est pas d’un très grand intérêt pour les milliards de gens qui souffrent aujourd’hui encore de la pauvreté ou de malnutrition). Tout cela grâce au pétrole.

Ormuz est un signal – mais ce n’est pas le seul – qui nous rappelle que cet « âge d’or » ou de cocagne ne peut pas durer éternellement, et qu’il peut s’arrêter un jour très brutalement. Le réchauffement climatique qui s’emballe, la raréfaction des matières premières essentielles telles que l’eau potable, l’air pur, la terre non polluée ou les sols non dégradés, ainsi que le déclin de la biodiversité qui s’aggrave de plus en plus, menaçant même les océans…, tout cela doit nous faire prendre conscience que le mur est proche pour que la viabilité sur notre planète devienne problématique ; on n’est pas loin du non-retour – juste une question de génération.

Pouvons-nous encore ignorer ceux qui tirent la sonnette d’alarme ? Ne devons-nous pas, comme les hongrois viennent de le faire, remettre à leur place ceux parmi les dirigeants qui sont, soit préoccupés de leur seuls intérêts électoralistes, soit vendus aux multinationales et au pouvoir de l’argent ? Et se choisir pour nous-mêmes une autre manière de vivre, de produire et de consommer, qui soit plus respectueuse de la magnifique Terre où Dieu nous a donné de naître, et de tous ses habitants… Même si ce n’est pas facile ! Il ne sera jamais facile de changer, de se changer ; tout seul on n’y arrivera probablement pas, mais ensemble…  Le pape François avait beaucoup invité croyants comme non croyants à s’engager résolument dans ce chemin de conversion écologique et humaine (Laudato Si). D’aucuns poursuivent ce travail essentiel, qu’ils soient bénis !

Plutôt que la guerre pour les ressources, pour le prestige ou la domination, réinventons la solidarité (entre peuples, nations et tous les humains quels que soient leur race, leur sexe, leur culture et religion), ce principe de solidarité qui a si bien réussi à l’humanité pour s’élever. Refusons l’unilatéralisme égoïste et dominateur, l’exploitation des pauvres et de la terre. Je terminerai ce petit plaidoyer en citant l’astronaute Christina Koch, de retour de la mission Artemis (comme quoi même une expédition spatiale peut aider à ouvrir les yeux) :

« Ce qui m’a frappée, ce n’était pas nécessairement la Terre elle-même, mais toute cette obscurité qui l’entourait. La Terre n’était qu’un simple canot de sauvetage suspendu, immobile, dans l’univers… »  Et, a-t-elle ajouté, « s’il y a une chose que je sais désormais, c’est celle-ci: Planète Terre, vous êtes un équipage ! »  

Il est temps que l’équipage Terre se serre les coudes et vise juste, car le passage est plus étroit que celui d’Ormuz !

Le Ploumtion

Comment aider les populations déplacées – en particulier au Liban – prises en otage par les belligérants et dont les conditions de vie sont devenues intenables ?

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