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ORMUZ ET L’EQUIPAGE TERRE : UN PASSAGE ETROIT (Le Ploumtion n°30)

« Ormuz », cela vous dit quelque chose ? Cela devrait : on n’entend plus que ce nom-là depuis quelques semaines ! Pratiquement inconnu du grand public avant le début de cette guerre – encore une ! – , aujourd’hui ce nom d’Ormuz, plus précisément « détroit d’Ormuz », fait la une de tous les journaux et est dans toutes les conversations. Le prix de l’essence à la pompe n’est pas pour rien dans cette célébrité inattendue… et comme un jeu de dominos, la hausse du prix de l’énergie dont nous sommes très gourmands (et dépendants) entraîne une flambée des coûts en cascade. Le monde entier s’agite, les places boursières en premier. Et on craint une crise mondiale qui ferait s’effondrer tout le système économique : un cataclysme !

Quoi qu’on pense du régime iranien – qui n’a rien d’une démocratie mais qui par contre a pas mal de sang sur les mains – , ou de la légitimité de l’intervention américano-israélienne et de la façon brutale dont celle-ci est menée sans égard pour les populations civiles qui paient comme d’habitude la folie des dirigeants, on ne peut qu’admirer l’astuce déployée par les autorités iraniennes : La fermeture du détroit d’Ormuz, qui est une manœuvre extrêmement intelligente que bizarrement Trump et ses stratèges n’auraient pas prévue.

Le blocage de cette artère maritime où transite pas moins de 20% du pétrole et du gaz consommé dans le monde est un enjeu vital pour le commerce mondial – et une gifle pour le président américain que ses électeurs risquent de désavouer. Cela me rappelle une histoire célèbre de l’antiquité, je crois d’après mes souvenirs qu’elle vient d’Ovide (les métamorphoses) – mais que Trump ne devait sans doute pas connaître : celle des organes du corps humain qui veulent se choisir un roi. En voici un conte librement inspiré :  

« Quand le corps humain fut créé, toutes les parties voulaient en être le Chef.
Le cerveau : puisque je commande tout et que je pense pour tout le monde, je devrais être le Chef !
Les pieds : puisque nous transportons le corps là où il le désire, nous devrions être le Chef !
Les mains disaient : puisque nous faisons tout le travail et gagnons de l’argent pour entretenir tout le corps, nous devrions être le Chef !
Et ainsi de suite pour le cœur, les yeux, les oreilles et les poumons…
Mais le trou du c. se fit aussi entendre et exigea d’être élu Chef. Les autres parties du corps éclatèrent de rire à l’idée qu’un trou du c. puisse être le Chef !

Alors, l’anus se mit en colère, et refusa de fonctionner. Il se bloqua et empêcha tout transit.

L’effet ne se fit pas attendre. Bientôt le cerveau devint fiévreux, les yeux devinrent vitreux, les pieds trop faibles pour marcher, les mains pendaient sans force, le cœur et les poumons luttèrent pour survivre…
Finalement, à bout de nerfs, le corps entier et tous ses membres furent d’accord pour que le trou du c. soit élu Chef ! Et celui-ci accepta alors de laisser passer les
 matières si importantes que lui seul pouvait évacuer.

Moralité : La renommée ou la grandeur ne suffisent pas pour diriger le monde, ou pour résister aux puissants : un petit peut très bien y arriver s’il a les bonnes cartes en main (et les bons leviers).

…Et ce sacré détroit d’Ormuz a du moins le mérite de nous faire prendre conscience de l’extrême dépendance que l’ensemble du monde entretient avec les énergies fossiles – honteusement privilégiées par Trump qui a tout fait pour saborder les efforts vers une transition énergétique en faveur du renouvelable. On pourrait sourire de ce boomerang qui lui revient en pleine figure, si de notre côté nous n’entretenions pas nous aussi une complaisance douteuse avec ce type d’énergie (le pétrole) et les bienfaits qu’il nous procure.

Au fond, est-ce que toute notre civilisation, notre façon si confortable de vivre ne repose-t-elle pas sur une consommation toujours plus importante de cette source d’énergie que nous imaginions inépuisable (elle ne l’est pas) et sans conséquences graves sur l’environnement (elle ne l’est pas non plus) ? Oui, reconnaissons-le : on s’est laissé petit à petit dorloter dans un confort tel qu’on n’en avait jamais connu auparavant dans toute l’histoire humaine, et séduire par une capacité extraordinaire en termes de mobilité, de voyages, d’exploits de toutes sortes… jusqu’à même aller sur la lune ou sur mars (ce qui n’est pas d’un très grand intérêt pour les milliards de gens qui souffrent aujourd’hui encore de la pauvreté ou de malnutrition). Tout cela grâce au pétrole.

Ormuz est un signal – mais ce n’est pas le seul – qui nous rappelle que cet « âge d’or » ou de cocagne ne peut pas durer éternellement, et qu’il peut s’arrêter un jour très brutalement. Le réchauffement climatique qui s’emballe, la raréfaction des matières premières essentielles telles que l’eau potable, l’air pur, la terre non polluée ou les sols non dégradés, ainsi que le déclin de la biodiversité qui s’aggrave de plus en plus, menaçant même les océans…, tout cela doit nous faire prendre conscience que le mur est proche pour que la viabilité sur notre planète devienne problématique ; on n’est pas loin du non-retour – juste une question de génération.

Pouvons-nous encore ignorer ceux qui tirent la sonnette d’alarme ? Ne devons-nous pas, comme les hongrois viennent de le faire, remettre à leur place ceux parmi les dirigeants qui sont, soit préoccupés de leur seuls intérêts électoralistes, soit vendus aux multinationales et au pouvoir de l’argent ? Et se choisir pour nous-mêmes une autre manière de vivre, de produire et de consommer, qui soit plus respectueuse de la magnifique Terre où Dieu nous a donné de naître, et de tous ses habitants… Même si ce n’est pas facile ! Il ne sera jamais facile de changer, de se changer ; tout seul on n’y arrivera probablement pas, mais ensemble…  Le pape François avait beaucoup invité croyants comme non croyants à s’engager résolument dans ce chemin de conversion écologique et humaine (Laudato Si). D’aucuns poursuivent ce travail essentiel, qu’ils soient bénis !

Plutôt que la guerre pour les ressources, pour le prestige ou la domination, réinventons la solidarité (entre peuples, nations et tous les humains quels que soient leur race, leur sexe, leur culture et religion), ce principe de solidarité qui a si bien réussi à l’humanité pour s’élever. Refusons l’unilatéralisme égoïste et dominateur, l’exploitation des pauvres et de la terre. Je terminerai ce petit plaidoyer en citant l’astronaute Christina Koch, de retour de la mission Artemis (comme quoi même une expédition spatiale peut aider à ouvrir les yeux) :

« Ce qui m’a frappée, ce n’était pas nécessairement la Terre elle-même, mais toute cette obscurité qui l’entourait. La Terre n’était qu’un simple canot de sauvetage suspendu, immobile, dans l’univers… »  Et, a-t-elle ajouté, « s’il y a une chose que je sais désormais, c’est celle-ci: Planète Terre, vous êtes un équipage ! »  

Il est temps que l’équipage Terre se serre les coudes et vise juste, car le passage est plus étroit que celui d’Ormuz !

Le Ploumtion

Comment aider les populations déplacées – en particulier au Liban – prises en otage par les belligérants et dont les conditions de vie sont devenues intenables ?

La situation au MoyenOrient s’aggrave. Des milliers de familles ont besoin d’aide. Donnez. Offrez nourriture, eau et soins médicaux aux victimes du conflit. Votre don sauve des vies. Depuis 167 ans, L’Œuvre d’Orient est engagée pour soutenir les chrétiens d’Orient dans 23 pays au Moyen-Orient, Afrique, Europe et Inde. Pour plus de renseignements sur la situation et faire un don, consultez les pages suivantes :

OEUVRE D’ORIENT : https://oeuvre-orient.fr/

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« Israël, qu’as-tu fait de ta vocation ? » – (Le Ploumtion n°29)

On le sait, il a fallu des millénaires pour que l’humanité émerge lentement de la barbarie dans le fonctionnement de ses sociétés, pour passer de la violence gratuite et de la vengeance disproportionnée et sans limite, à la notion d’Etat de droit substituant à la violence privée une « violence institutionnelle » canalisée par un corpus légal, la rendant limitée à des formes de réparation ou de punition mesurée.

Dans cette évolution, le peuple d’Israël a eu un rôle éminent au travers de la révélation biblique qui a fait œuvre de civilisation en tempérant la vengeance d’abord par la « loi du Talion » (œil pour œil, dent pour dent) sensée empêcher d’entrer dans des spirales de rétorsions infinies ; laquelle loi du Talion a été ensuite revisitée et même inversée dans les enseignements du rabbi Jésus prônant le pardon et l’amour des ennemis (cf Mt 5,43-48).

Parallèlement sous l’influence de cette culture judéo-chrétienne, la valeur inaliénable de la personne humaine s’est vue de plus en plus fortement affirmée, la vie devant être respectée, protégée par ce tabou biblique « tu ne tueras pas » (Ex 20,13 – Dt 5,17) – tabou qui a mis des siècles à être transposé dans les législations, ce qui n’est pas encore réalisé dans un certain nombre de pays qui appliquent toujours la peine de mort.

Au cours des siècles, Israël en tant que peuple élu a tenté d’incarner cette vocation de transmettre l’ordre divin aux nations, en développant une vision de l’Homme et de la société conforme au projet de Dieu. Cette vision implique l’égalité, la justice et le respect des autres qu’ils soient juifs ou non, la protection des plus faibles et l’accueil des étrangers qu’on ne doit pas exploiter (Ex 23,9 : « Souviens-toi que tu as été un immigré au pays d’Egypte »; cf aussi Lév 19,34 et Dt 27,19 etc…).

Cette élection et cette vocation particulières, le peuple juif les a payées un prix très lourd, ayant été durant des siècles principalement au cours de sa diaspora, la cible de la haine et de la violence meurtrière des autres peuples où il résidait, jouant dans bien des cas le rôle de « bouc émissaire ». La persécution, qui a cependant connu des moments relativement brefs d’accalmie, a culminé dans l’horreur de la « Shoah » perpétrée par les Nazis, où six millions de Juifs ont trouvé la mort dans les camps d’extermination.

À ce peuple sans terre rescapé de l’holocauste, il était certainement juste (même si c’était aussi dans le but se donner bonne conscience pour les pays « qui savaient » ) d’accorder après ce drame innommable le droit de retourner dans le pays où ses ancêtres avaient vécu et d’y créer un Etat hébreu ; cette décision des Nations-Unies, adoptée le 29 novembre 1947, prévoyait de partager la Palestine et de créer deux États (un État juif et un État arabe, la zone de Jérusalem placée sous administration internationale). Hélas, cette décision prise sans l’aval des populations palestiniennes autochtones allait créer un autre drame, celui des réfugiés palestiniens, et susciter bien des guerres dont celle qui se déroule en ce moment et qui oppose Israël à ses voisins.

La destruction de centaines de villages palestiniens, la confiscation de biens et de terres aux Palestiniens, se traduisant par des massacres et des exactions régulières des colons juifs extrémistes à l’encontre de la population palestinienne, l’emprise militaire et politique totale d’Israël sur les territoires annexés de force et l’arrogance affichée par un gouvernement d’extrême-droite dopé dans ses autojustifications et ses rêves de restauration du « Grand Israël », tout cela a conduit pour finir au massacre du 7 octobre 2024 commis par les fanatiques du Hamas et qui a fait 1200 victimes du côté israélien.

On sait la suite : ce traumatisme violent a permis à Netanyahou et à sa clique de se lancer dans une nouvelle guerre, absolue celle-là, contre tous les ennemis d’Israël – le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais, l’Iran – au nom d’une menace existentielle qu’il faut éradiquer totalement quitte à ce que les populations civiles (palestiniennes, libanaises) soient déplacées ou simplement éliminées si elles protègent involontairement ou sont otages des combattants « terroristes ».

Au nom de ce droit d’Israël à se défendre et à se protéger de ces menaces, on a assisté, tétanisés, d’abord à la destruction totale de Gaza par les bombardements israéliens (les plus intenses depuis ceux de la dernière guerre mondiale qui ont détruit les villes allemandes comme Dresde…) puis à la mise sous coupe des survivants privés de soins, d’eau et de nourriture, d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures nécessaires à la survie. Le nombre de victimes recensées de cet acharnement froidement impitoyable est évalué à 75.000 personnes, directement ou indirectement du fait de cette opération de « nettoyage » que plusieurs organisations internationales ont qualifiées de génocide.

Ensuite, cela a été – à la faveur de l’intervention américaine en Iran soutenues par l’aviation israélienne, les opérations militaires au Liban où de nouveau les villes comme Beyrouth et les villages du sud près de la frontières ont été systématiquement pilonnés et de plus on annonce prochainement une occupation permanente du territoire sud-libanais par les forces israéliennes. Du côté libanais, un millier de personnes auraient déjà perdu la vie dans cette opération (contre moins d’une dizaine de soldats israéliens).

Tout ceci a eu lieu sans qu’il y ait de réaction particulièrement forte de la part de la communauté internationale et des pays occidentaux : juste quelques déclarations de principe appelant à la modération et au respect du droit humanitaire. Mais il n’y a eu aucune condamnation ferme à l’encontre d’Israël ni de sanctions, à l’exception (notable et critiquée) d’une convocation au Tribunal Pénal International (TPI) du premier israélien Netanyahou, convocation restée sans suite, s’entend bien. La clique sioniste d’extrême-droite au pouvoir en Israël se sent le vent en poupe et les mains libres ; son projet de ‘Grand Israël’ avec les anciens territoires bibliques (qui ne font pas partie des frontières définies par l’ONU), enfin débarrassés de leurs « parasites » palestiniens, lui semble à portée de mains… « Dieu a donné cette terre à un seul peuple », et cela justifie tout pour les fanatiques religieux distillant cette idéologie raciste hélas de plus en plus partagée en Israël, même dans les franges de la population plus à gauche et qui en ont assez de ce sentiment permanent d’insécurité…

Je pense qu’on est dans l’impasse la plus totale. Et je redoute l’avenir, car les graines d’injustice, de violence et d’intolérance qui ont été semées depuis la création de l’Etat d’Israël ont toutes poussé et portent déjà les germes des conflits futurs. ISRAËL N’AURA JAMAIS LA PAIX ! Les enfants qui depuis leur naissance n’auront connu que la guerre et les injustes spoliations reproduiront ce que les générations précédentes ont-elles-mêmes connu, dans un cycle inéluctable qui doit bien faire rire le Diable.

J’en suis douloureusement attristé, profondément découragé, car ce pays est non seulement celui où Jésus a marché et prêché sa magnifique vision universelle d’un Royaume pacifique et non-violent, ouvert à tous les hommes et les femmes ; il est aussi celui où, conduit par un rêve de liberté soutenu par l’intuition d’un Dieu bienveillant et soucieux de l’humain, un peuple s’est affranchi de l’esclavage en Egypte et a construit une civilisation basée sur des lois et des principes qui ont fini, avec l’apport du christianisme, par inspirer après bien des péripéties et détours ce qu’on appellera des siècles plus tard la « philosophie des Lumières » et les « Droits de l’Homme ». Un vivre-ensemble où toutes les nations et confessions peuvent trouver leur place et collaborer pacifiquement pour œuvrer à un développement au service de l’humain dans un esprit d’équité et de responsabilité… Après avoir été la victime de l’idéologie raciste et suprémaciste du nazisme, le peuple juif avec son Etat qu’il avait conçu sur des valeurs et une organisation démocratiques, aurait pu servir d’exemple pour toutes les nations du monde entier !

On en est loin, aujourd’hui !! La déception est immense, et la consternation devant tant de souffrances endurées ou à venir… !

Jusqu’où cela ira-t-il ? Le déni d’humanité ne semble pas devoir s’arrêter. Dernier stade de cette escalade : la loi sur la peine de mort pour ceux qui portent atteinte à la vie d’un citoyen israélien « dans le but de nuire à l’état d’Israël et à la renaissance du peuple juif dans son pays », loi qui vient d’être promulguée à la Knesset (parlement israélien) à l’initiative des faucons de la droite extrême, dont le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben-Gvir qui a éructé sa joie lors de l’adoption de cette loi qui vise bien évidemment les Palestiniens défendant leur maison ou leur famille, et non pas les citoyens juifs israéliens qui s’en prennent aux habitants palestiniens de Cisjordanie lesquels sont souvent molestés et tués par les colons comme ça arrive de manière régulière, ou par l’armée.

Plusieurs capitales européennes, Paris, Berlin, Rome, Londres, se sont inquiétées dimanche dans un communiqué commun en disant que si ce texte passait (c’est désormais chose faite), et bien ils risqueraient de remettre en cause, je cite, « les engagements d’Israël en matière de principes démocratiques ». C’est donc l’État de droit qui est affaibli, et derrière, c’est l’image démocratique de ce pays qui est profondément abîmée (mais n’est-ce pas aussi le cas actuellement pour les Etats-Unis, la Turquie et d’autres pays?) – et cela ne manquera pas hélas d’alimenter l’antisémitisme dans le monde où les amis d’Israël risquent de prendre de plus en plus distance…

L’autorité palestinienne, elle, affirme, que cette loi vise simplement à légaliser les exécutions extrajudiciaires qui existent aujourd’hui. En Cisjordanie, plus de 1000 Palestiniens sont morts depuis le 7 octobre 2023, soit sous le feu de l’armée, soit de colons juifs, régulièrement sans qu’il y ait de poursuites judiciaires. Donc c’est en effet l’état de droit qui est aujourd’hui affaibli, probablement aussi pour des raisons électoralistes et populistes, relèvent les opposants, puisque des élections approchent dans peu de temps. Une campagne électorale qui pourrait être immorale et irrationnelle, faisant appel au plus sombre de l’âme humaine.

J’aime profondément le peuple juif d’Israël, et de la même façon, le peuple palestinien ; j’ai eu l’occasion de visiter ce pays il y a des années, émerveillé du génie créatif des uns et de l’accueil extrêmement généreux des autres, rêvant de ce que ces deux cultures pourraient réaliser si elles se reconnaissaient complémentaires plutôt qu’adversaires.  

En conséquence, horrifié par ce qui advient actuellement et inquiet des souffrances subies ou infligées et de celles des peuples voisins entraînés dans cette guerre, en tant que chrétien mais aussi simplement frère humain, je voudrais interpeller ceux qui possèdent la force, et le pouvoir d’arrêter cette folie, avec ces mots semblables à ceux que Jean-Paul II avait lancés à la France qu’il invitait alors à se souvenir de son baptême :

« PEUPLE D’ISRAËL, QU’AS-TU FAIT DE TA VOCATION ? »     

AS-TU OUBLIÉ QUE LES PROMESSES DIVINES QUI T’ONT ÉLU, SONT POUR QUE TU SOIS RESPONSABLE DE LA VIE ET DU BIEN DE TOUS CEUX QUI DEMEURENT CHEZ TOI, ET QUE LA TERRE, EN DÉFINITIVE, N’APPARTIENT QU’À DIEU, C’EST-À-DIRE À TOUS ?

RÉVEILLE-TOI ! SOUVIENS-TOI QUE TON DIEU SE TROUVE TOUJOURS DU CÔTÉ DES OPPRIMÉS ET NON DU CÔTÉ DES VIOLENTS ;
LA VRAIE PAIX, LE « SHALOM » NE PEUT VENIR DES ARMES, MAIS SEULEMENT DU DIALOGUE, DU PARDON, DE LA SOLIDARITÉ ET DE L’HUMANITÉ QUI SOIGNENT LES BLESSURES ET OUVRENT L’AVENIR DANS UN ESPRIT DE JUSTICE ET DE RESPECT.

CHEMIN DIFFICILE CERTES, ET MÊME CRUCIFIANT, MAIS SEUL PORTEUR D’ESPOIR POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES.

ASSEZ DE SANG, ASSEZ DE LARMES !

QUE LE DIEU UNIQUE DES JUIFS, DES ARABES MUSULMANS OU CHRÉTIENS BÉNISSE CETTE TERRE DÉCHIRÉE ET QU’IL A TANT AIMÉE !

SHALOM ! SALAAM ! PAIX AUX HOMMES DE BONNE VOLONTÉ !

Le Ploumtion

P.S. Article partagé : L’Archevêque de Téhéran, Mgr Matthieu (un Belge !) souhaite que cesse la logique des représailles dans le Golfe – Vatican News https://share.google/KSxY5Vc8VoYiuaDzK

NEWSLETTER DE L’UNITE PASTORALE « PAYS DE SAINT REMACLE STAVELOT-FRANCORCHAMPS » – PÂQUES 2026

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FÊTES PASCALES DANS NOTRE UNITE PASTORALE

Samedi 28 mars (Rameaux) : messe à 17h Francheville / 18h Côo
Dimanche 29 mars (Rameaux) : messe à 9h Francorchamps / 10h30 Stavelot
Mardi 31 mars (mardi-saint) : 18h messe et confessions à Stavelot (ch. de semaine)

Jeudi 2 avril (Jeudi-saint) : Dernière Cène à 18h Stavelot / 19h Wavreumont (et confessions à 14h30) / 19h30 Francorchamps
Vendredi 3 avril (Vendredi-saint) : chemin de croix à 11h15 Maison de retraite / 15h Stavelot / 15h Francorchamps / 15h Wavreumont
Office de la Passion à 19h30 Hockai / 20h Wavreumont
Samedi 4 avril (Samedi-saint) : Vigile pascale à 17h Francheville / 18h Ster (chorale Crisnir) / 18h Stavelot (m. des familles) / 22h Wavreumont
Dimanche 5 avril (Pâques) : messe du jour de Pâques à 9h Francorchamps / 10h Wavreumont / 10h30 Stavelot

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Méditation du Padre: « Le petit pont de buis »

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Communiqué des évêques de france – La guerre au Moyen-Orient et comment aider les populations

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Invitations

Communiqué des évêques de france – La guerre au Moyen-Orient

Comment aider les populations déplacées – en particulier au Liban – prises en otage par les belligérants et dont les conditions de vie sont devenues intenables ?

La situation au MoyenOrient s’aggrave. Des milliers de familles ont besoin d’aide. Donnez. Offrez nourriture, eau et soins médicaux aux victimes du conflit. Votre don sauve des vies. Depuis 167 ans, L’Œuvre d’Orient est engagée pour soutenir les chrétiens d’Orient dans 23 pays au Moyen-Orient, Afrique, Europe et Inde. Pour plus de renseignements sur la situation et faire un don, consultez les pages suivantes :

OEUVRE D’ORIENT : https://oeuvre-orient.fr/

N.B. La collecte du Jeudi Saint dans toutes les paroisses sera consacrée à la « Terre Sainte » via la Custode : voir lettre de la nonciature de Belgique : LETTRE CUSTODE

L’APPEL À LA PAIX DU 4 FÉVRIER (Le Ploumtion n°28)

Le 4 février 2019, le pape François avait rencontré à Abou Dabi Ahmed el-Tayeb, Grand Imam d’Al-Azhar au cours de son voyage apostolique aux Emirats-Unis et a signé avec lui un « document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune ». Ce texte a par la suite inspiré la résolution des Nations unies qui a désigné le 4 février comme la « Journée internationale de la fraternité humaine ».
La mosquée Al-Azhar fondée en 970 est une des plus anciennes mosquées du Caire et le siège de l’université sunnite al-Azhar, la plus ancienne université islamique encore active au monde après Quaraouiyine au Maroc et l’université Zitouna en Tunisie (cit. Wikipédia).

Dans le contexte actuel de guerres au Moyen-Orient, en Ukraine et dans plusieurs autres contrées, avec leurs cortèges de souffrances et de malheurs qui cristalliseront les haines futures, je me suis senti poussé à ressortir quelques extraits de ce texte magnifique émanant de deux des plus hautes autorités spirituelles du monde et qui appelle avec force tous les humains à chercher et trouver les chemins de la paix et de la réconciliation : Il parle entre autres d’une « troisième guerre mondiale par morceaux », expression lancée par le pape François et qui semble correspondre de plus en plus à ce que l’on observe un peu partout dans le monde actuellement.

PUISSENT TOUS LES CHRÉTIENS COMME VOUS ET MOI, AVEC NOS FRÈRES ET SŒURS DE CONFESSION MUSULMANE, ÊTRE ENSEMBLE PROMOTEURS DE CET ESPRIT DE PAIX QUI A SES RACINES DANS LE MEILLEUR DE CES DEUX TRADITIONS RELIGIEUSES, ET PUISSENT AUSSI LES CROYANTS DE CONFESSION JUIVE AINSI QUE TOUS LES HOMMES ET LES FEMMES DE BONNE VOLONTÉ, VOULOIR ÉGALEMENT S’Y ASSOCIER : CELA NE DOIT-IL PAS ÊTRE L’OBJET DE NOTRE PRIÈRE, DE TOUTE URGENCE ?

Le Ploumtion

Voici donc ces extraits :

Au nom de Dieu qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux, pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix.

Au nom de l’âme humaine innocente que Dieu a interdit de tuer, affirmant que quiconque tue une personne est comme s’il avait tué toute l’humanité et que quiconque en sauve une est comme s’il avait sauvé l’humanité entière.

Au nom des pauvres, des personnes dans la misère, dans le besoin et des exclus que Dieu a commandé de secourir comme un devoir demandé à tous les hommes et, d’une manière particulière, à tout homme fortuné et aisé.

Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des exilés de leurs foyers et de leurs pays ; de toutes les victimes des guerres, des persécutions et des injustices ; des faibles, de ceux qui vivent dans la peur, des prisonniers de guerre et des torturés en toute partie du monde, sans aucune distinction.

Au nom des peuples qui ont perdu la sécurité, la paix et la coexistence commune, devenant victimes des destructions, des ruines et des guerres.

Au nom de la « fraternité humaine » qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux.

Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division, et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes.

Au nom de la liberté, que Dieu a donnée à tous les êtres humains, les créant libres et les distinguant par elle.

Au nom de la justice et de la miséricorde, fondements de la prospérité et pivots de la foi.

Au nom de toutes les personnes de bonne volonté, présentes dans toutes les régions de la terre.

Au nom de Dieu et de tout cela,

Al-Azhar al-Sharif – avec les musulmans d’Orient et d’Occident –, conjointement avec l’Eglise catholique – avec les catholiques d’Orient et d’Occident –, déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère.

NOUS – CROYANTS EN DIEU, DANS LA RENCONTRE FINALE AVEC LUI ET DANS SON JUGEMENT –, PARTANT DE NOTRE RESPONSABILITÉ RELIGIEUSE ET MORALE, ET PAR CE DOCUMENT, NOUS DEMANDONS À NOUS-MÊMES ET AUX LEADERS DU MONDE, AUX ARTISANS DE LA POLITIQUE INTERNATIONALE ET DE L’ÉCONOMIE MONDIALE, DE S’ENGAGER SÉRIEUSEMENT POUR RÉPANDRE LA CULTURE DE LA TOLÉRANCE, DE LA COEXISTENCE ET DE LA PAIX; D’INTERVENIR, DÈS QUE POSSIBLE, POUR ARRÊTER L’EFFUSION DE SANG INNOCENT, ET DE METTRE FIN AUX GUERRES, AUX CONFLITS, À LA DÉGRADATION ENVIRONNEMENTALE ET AU DÉCLIN CULTUREL ET MORAL QUE LE MONDE VIT ACTUELLEMENT.

Nous nous adressons aux intellectuels, aux philosophes, aux hommes de religion, aux artistes, aux opérateurs des médias et aux hommes de culture en toute partie du monde, afin qu’ils retrouvent les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune, pour confirmer l’importance de ces valeurs comme ancre de salut pour tous et chercher à les répandre partout.
[…]
En conclusion nous souhaitons que cette Déclaration :

-soit une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, ainsi qu’entre les croyants et les non croyants, et entre toutes les personnes de bonne volonté ;
soit un appel à toute conscience vivante qui rejette la violence aberrante et l’extrémisme aveugle ; appel à qui aime les valeurs de tolérance et de fraternité, promues et encouragées par les religions ;
soit un témoignage de la grandeur de la foi en Dieu qui unit les cœurs divisés et élève l’esprit humain ;
-soit un symbole de l’accolade entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment.

Ceci est ce que nous espérons et cherchons à réaliser, dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie.

Abou Dabi, le 4 février 2019

Sa Sainteté Pape François Grand Imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb

[L’intégralité du document peux être lue ou téléchargée sur le site du Saint-Siège au Vatican https://www.vatican.va/content/francesco/fr/travels/2019/outside/documents/papa-francesco_20190204_documento-fratellanza-umana.html].
À lire ou à écouter aussi le message du pape Léon XIV lors de l’Angélus de ce Dimanche des Rameaux : «Jésus Roi de la paix», face à la violence du monde » https://share.google/ZJm5yjVG3AFgV8k1S (Vatican News)

L’intelligence artificielle va-t-elle devenir ou remplacer Dieu ?  (Le Ploumtion n° 28)

Depuis quelques temps, des livres ou interviews de spécialistes de l’I.A. ou de philosophes comme Yuval Noah Harari et Gabrielle Halpern (autrice de « Intelligence artificielle. Et l’homme créa Dieu » ed. Hermann) que je cite dans cette réflexion, m’ont alerté sur ce qui semble se profiler dans l’évolution du rapport entre l’humain et l’intelligence artificielle, et qui pose question : L’intelligence artificielle va-t-elle finalement remplacer Dieu ?

Ce n’est pas incongru de se le demander, car les attentes vis-à-vis de ce nouveau développement et outil technologique sont telles, qu’il se pourrait qu’on transfère sur l’I.A. des éléments qui appartiennent depuis la nuit des temps au rapport qu’entretient l’humanité avec le divin (au sens large). Cela semble déjà être le cas.

Il y a de plus en plus une projection sur l’intelligence artificielle d’attributs qui autrefois étaient seulement propres à la divinité, à Dieu : l’omniscience, la non-visibilité comme un « esprit divin », la présence démultipliée ou omniprésence, l’accessibilité directe et l’immédiateté, voire même l’omnipotence : Comme Dieu, l’I.A. peut tout, sait tout, voit tout ! Les ‘hallucinations’ ou erreurs fantaisistes et aberrantes qui ont parfois émaillé ses débuts et parfois surgissent encore n’ont pas découragé ses promoteurs-adorateurs. L’humain lui délègue de plus en plus de secteurs de son existence : Non plus seulement l’exécution de tâches fastidieuses et chronophages qui demandent beaucoup de calculs et de recherches, mais il lui confie aussi des domaines qui lui étaient auparavant réservés – et qui faisaient souvent l’objet d’une « confrontation en miroir » avec un spécialiste : par exemple, la recherche d’un partenaire en amour et l’évaluation des compatibilités, la gestion de la vie familiale, des relations sociales ou de travail, la santé et la maladie avec la recherche de diagnostic et de traitements, les questions relatives à la quête du sens et de la recherche de solutions aux souffrances psychologiques ou morales, etc. Ce spécialiste (psychologue, thérapeute, médecin, agent matrimonial, conseiller conjugal, coach professionnel, prêtre ou directeur spirituel…) se voit aujourd’hui de plus en plus remplacé par ce confident extraordinaire qu’est l’I.A. : disponible à toute heure du jour et de la nuit, quasiment gratuit (à part certaines ‘offrandes’ qui vont nourrir le dieu I.A., tirées de notre intimité : les données de notre vie personnelle), empathique et toujours à l’écoute, et avec une panoplie de solutions « miracles » auxquelles on ne demande qu’à croire…

Bref, plus besoin d’intermédiaire entre soi-même et Dieu et le bonheur, la santé, le succès : L’I.A. prend leur place, et même se substitue à Dieu. Mieux que Dieu qui lui est le plus souvent silencieux quand on l’interroge (à moins de consulter la Bible mais qui n’est pas un outil très simple et pratique à utiliser, convenons-en), l’I.A., nouvel aruspice ou ‘puissance supérieure’, répond toujours, elle, et ses milliards d’algorithmes fournissent des solutions qui paraissent assez raisonnables et applicables pour le « croyant » qui la consulte. Comme l’écrit Gabrielle Halpern : « Que fait une société face au silence divin ? Elle invente un dieu bavard, accessible 24h sur 24 qui, lui au moins, ne nous abandonnera pas. »

Croyez-vous que j’exagère ? Non, c’est bien en route : Selon certains sondages, une personne sur deux (et chez les jeunes la proportion doit être encore bien plus élevée) préfère désormais interroger une I.A. plutôt qu’un proche, un parent ou un collègue. Comme si l’I.A. possédait plus de sagesse et d’expérience de vie qu’une personne proche qui vous connaît… mais au fond, après tout, l’I.A. ne commence -t-elle pas à me connaître moi aussi avec tout ce que je lui livre sur moi-même ? Peut-être me connaît-elle mieux que moi-même déjà… comme Dieu. Et Juval Noah Harari, auteur de « Homo Deus » (Albin Michel), affirme dans les colonnes du New York Time que « d’ici cinq ans, les I.A. sont susceptibles de devenir des personnes morales dans au moins certains pays ». Pour la première fois, une technologie pourrait posséder des droits et interagir comme un humain (ce qui ne manquerait pas de complexifier radicalement nos systèmes légaux et sociaux).

Si cela peut prêter à sourire chez ceux qui ne connaissent et n’utilisent l’intelligence artificielle que de loin, un grand nombre de scientifiques et la plupart de ceux qui analysent nos sociétés dans leur rapport à la tech sont unanimes à déclarer que l’I.A. est en train de révolutionner radicalement le rapport de l’homme au monde, à lui-même… et à Dieu (avec ou sans majuscule). Le monde de l’enseignement est déjà confronté depuis les débuts de l’I.A. à ce basculement qui après l’internet pourrait rendre la tâche enseignante et l’apprentissage lui-même totalement obsolète… Non seulement le monde de l’entreprenariat et des entreprises a vite compris les potentialités de l’I.A. dans la course à l’efficacité, au rendement et au profit, mais les militaires eux-mêmes cherchent et ont déjà commencé à déléguer à des I.A. -donc à des non-humains- des décisions qu’elles peuvent prendre infiniment plus vite que les humains qui doivent analyser des quantités de données pour évaluer l’intensité d’une menace et programmer une riposte : ça fait évidemment froid dans le dos, surtout si on évoque une menace nucléaire. Apparemment, selon des informations entendues ce matin, l’attaque américaine qui a fait des dizaines de jeunes adolescentes tuées dans une école en Iran au début de la semaine, cette attaque aurait été programmée sur base de renseignements erronés fournis par une intelligence artificielle travaillant pour le Pentagone… Cela ne manque pas de choquer et d’interpeller !

Finalement, pour nous chrétiens, alors que les religions traditionnelles en occident sont toujours davantage en perte de vitesse, et face à l’émergence de cette nouvelle réalité technologique à répercussion culturelle et morale exponentielle pour toute l’humanité (car on ne pourra jamais revenir en arrière, c’est une fait), finalement la question que nous pouvons nous poser est : Est-ce que l’intelligence artificielle va, à terme, remplacer/devenir Dieu ?

Grosse question !

Ainsi que l’écrit Gabrielle Halpern dans son livre, c’est bien d’une question de foi qu’il s’agit. « Ce qui est déroutant avec cet outil, c’est qu’il semble avoir été conçu pour répondre aux angoisses et besoins les plus profonds de l’être humain, comme celui de croire en quelque chose – y compris pour les athées. Hannah Arendt rappelait à quel point les relations humaines sont fondées sur la foi. Elle citait Luther, pour qui Dieu existe parce que les hommes ont besoin d’une personne en qui avoir entièrement confiance. Or, ce n’est pas anodin que l’intelligence artificielle émerge au XXIe siècle. Le XXe siècle a été celui des horreurs : nous avons perdu toute confiance en l’être humain et en Dieu, devenu silencieux. »(G. Halpern, Intelligence artificielle. Et l’homme créa Dieu).

En réalité, la foi que nous accordons à l’IA nous met face à notre perte de foi en Dieu et en l’homme : l’homme en tant qu’être en relation – en communion avec lui-même, avec le monde qui l’entoure et avec un Quelqu’un ou quelque chose qui donne sens à l’univers et que nous appelons Dieu. L’homme, qui veut (comme dans la Genèse) avoir la maîtrise de tout, ne peut pas accepter sa faiblesse et apprendre la démaîtrise, alors il crée un dieu à sa mesure, qu’il peut utiliser – manipuler à sa guise, à l’opposé du Dieu des chrétiens, des juifs ou des musulmans. Ce dieu est l’I.A. On pourrait même avancer qu’elle est l’objet d’espérances messianiques dans le contexte d’effondrement des valeurs et des systèmes politiques, économiques et de la biosphère écologique mondiaux.

Remettriez-vous votre vie entre les mains d’une machine dont l’intelligence n’est humaine qu’en apparence ? Personnellement, moi : non. Je préfère m’en remettre au Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus, plutôt qu’à cette « prothèse d’humanité » comme la décrit Gabrielle Halpern. Me confier à un Dieu que je n’ai pas construit avec mes projections personnelles et qui me déroutera toujours en me faisant vivre des exodes imprévus mais qui me font grandir en tant qu’homme fait pour vivre en relation harmonieuse et paisible avec tout le vivant. L’I.A. au contraire semble avoir condensé en elle en se voulant ‘neutre’ le génie, les qualités mais aussi les tares de tout l’humain : elle peut servir au meilleur, mais aussi au pire comme la langue d’Esope. En tout cas, si elle peut parfois être un bon serviteur, il vaut mieux éviter qu’elle devienne un maître (cf Mt 6,24).

Les religions (dont la chrétienne) devront tenir compte de cette émergence et des modifications apportées par l’intelligence artificielle dans le rapport qu’entretient l’homme avec Dieu, rapport qui risque sinon d’être effacé-remplacé, pour le moins d’être contaminé par un utilitarisme manipulateur orgueilleux rappelant une certaine histoire d’arbre de la connaissance… (Genèse 1).

J’invite ceux qui voudraient approfondir à lire l‘intégralité de l’interview de Gabrielle Halpern dans le cadre de l’émission « Les Grands Témoins » par Louis Defresne sur Radio Notre-Dame : CLIQUEZ SUR CE LIEN.

Le Ploumtion