
N’ayant perso aucun compte Instagram, Snapchat, TikTok,… mais juste un Facebook pour pouvoir accéder à certaines infos (difficile d’y échapper), je suis mal placé, je l’avoue, pour traiter du sujet qui retient aujourd’hui notre attention : « Faut-il ou non interdire les réseaux sociaux aux plus jeunes ? »
N’empêche que le sujet est sur la table. L’adoption cette semaine par la France, après l’Australie et possiblement avant d’autres pays, d’une loi interdisant l’accès aux dits réseaux par les enfants de moins de 15 ans, cette adoption fait beaucoup de vagues. Moi qui suis de la ‘vieille génération’, je ne suis donc évidemment pas touché par cette interdiction et je n’en souffre aucunement vu mon peu de pratique – et ma méfiance – pour ce moyen de communication qui est devenu en quelques années incontournable pour toute une tranche de la population mondiale, et en tout cas de la plus jeune.
Mais qu’en est-il ? Y a-t-il réellement une dépendance vis-à-vis de ces médias, et un risque pour la santé mentale des plus jeunes ?
D’abord, l’addiction aux réseaux sociaux n’est pas qu’une impression. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ un adolescent sur dix présente des signes cliniques de dépendance. C’est à partir de 2001 que des sites web de réseautage social en ligne ont commencé à apparaître. MSN Messenger fut le premier réseau social à marquer le début d’une nouvelle ère du tchat numérique sur Internet, notamment chez les jeunes et les adolescents. C’est avec l’essor de Facebook, créé en 2004 et devenant public en 2006, que les termes de « médias sociaux » sont couramment utilisés. L’utilisation de ceux-ci connait une importante augmentation dans les années qui suivent : aujourd’hui, il en existe plus de 200 dans le monde. Ainsi, dès la fin des années 2000, ils sont largement entrés dans les mœurs ; les plus connus chez nous sont TikTok, Insta, Snapchat et encore un peu Facebook dont le public a fort vieilli et est déserté par les plus jeunes, davantage attirés par TikTok entre autres (produit par la Chine).
Le principe est simple : à partir d’une identité et d’un compte anonyme avec pseudo ou avatar, il est désormais possible de faire partie d’une ‘communauté’ qui partage les même intérêts, en échangeant et interagissant avec les autres membres pour partager des contenus, textos, photos, enregistrements filmés, etc. Cela favorise évidemment la possibilité et la recherche de rencontres selon les profils souhaités. Pour maintenir l’attention des utilisateurs, des algorithmes de recommandation analysent vos comportements (ce que vous regardez, ce que vous aimez) pour vous proposer des contenus ou des amis « affinitaires ». Le résultat est que se tissent des liens de plus en plus forts entre utilisateurs de même goûts, opinions et sensibilités, et que, particulièrement chez les adolescents – en quête d’identité -, une forme d’addiction risque très vite de s’installer.
Certains, dans la sphère commerciale mais aussi politique, ont très vite compris l’intérêt de ces réseaux et de leur influence pour manipuler et orienter les esprits afin de favoriser des comportements d’achat, des choix électoraux, ou encore par exemple de répandre des idéologies complotistes ou extrémistes (qu’elles soient de droite, de gauche, religieuses ou laïques). D’ailleurs, une nouvelle profession est née de cette révolution technologique et sociale : les influenceurs-ceuses. Les jeunes sont particulièrement réceptifs à ces injonctions qui leur donnent le sentiment d’appartenir à une même communauté qu’ils ont choisie.
Aujourd’hui, si l’usage des réseaux sociaux n’est pas assimilé à une drogue, il est incontestablement un fait de société qui n’a jamais fait l’objet de tentatives de régulation en dehors de la sphère familiale où certains parents essaient malgré tout de limiter son usage chez leurs enfants ou de mettre en garde sur certains contenus malsains. La récente interdiction chez nos voisins français qui vise les moins de 15 ans a donc fait l’effet d’une bombe et a été diversement commentée : soit, on a trouvé cette décision formidable : « Les réseaux sociaux, un poison pour les enfants, ils sont complètement addicts, ils n’en dorment plus, ils sont épuisés physiquement et moralement, ils ne peuvent plus se concentrer à l’école, les parents n’en peuvent plus et ne savent plus comment faire, enfin une loi qui vient éradiquer ce fléau… » ; soit (surtout chez les jeunes) on la critique comme une atteinte à la liberté ou en dénonçant une certaine hypocrisie : « Vous les adultes, les parents, vous saluez l’interdiction des réseaux sociaux aux ados, mais vous-mêmes, vous passez votre temps sur votre téléphone à scroller toute la journée ! »
Bref, les avis sont tranchés et la polémique pas près de s’éteindre. Ce qui est certain et bien établi par les études qui ont été réalisées, c’est que depuis le développement des réseaux sociaux surtout dans les années 2010, la santé mentale des jeunes s’est très brutalement dégradée, les troubles anxieux et dépressifs ont explosé, plus 145% de cas de dépression majeure chez les adolescentes américaines, plus 161% pour les jeunes hommes, plus 140% pour les jeunes adultes de 18 à 35 ans. Les dégâts sont déjà considérables : la privation sociale, les jeunes voient moins physiquement leurs amis, le manque de sommeil, les jeunes ne dorment pas assez pour la construction de leur cerveau, la perte de l’attention qui impacte la scolarité et l’addiction à des contenus inappropriés, violents, sexuels ou liés à l’automutilation et au suicide. Les problèmes d’estime de soi : La comparaison constante avec des standards irréalistes d’apparence et de réussite fragilise l’image de soi. Des troubles dépressifs : Une étude de l’AP-HP citée dans une récente émission de RCF estime que les réseaux sociaux pourraient être responsables de 600 000 cas supplémentaires de dépression chez les adolescents en France… En fait, on se demande si ne rien faire (ou laisser faire) n’équivaut pas à sacrifier tout une génération ? C’est un sujet éminemment grave.

Maintenant, faut-il ou non passer par une interdiction légale ? Pour Grégoire Bost, directeur du laboratoire de psychologie, du développement et de l’éducation de l’enfant au CNRS, invité sur le plateau de RCF, l’interdiction seule ne répond pas à ces enjeux ; c’est même en réalité l’aveu d’une faiblesse politique face à la complexité du rôle parental concernant les usages numériques. Il dit, je le cite, « il faut des moments où dans la famille, personne n’est sur un écran, ce sont des moments où l’on se parle, et se parler, c’est la clé des interactions sociales et humaines, particulièrement pour les enfants. » Du bon sens, oui, mais les parents eux-mêmes ne sont-ils pas dépassés, qui sont eux-mêmes rivés tout le temps à leurs écrans ? Il y a du travail pour tous les addictologues…
C’est toute une réflexion de société qu’il faudrait avoir, avec cette évolution vers un monde de plus en plus numérique et connecté. En tant que chrétiens, ne devons-nous pas y être particulièrement attentifs puisque Dieu a inscrit la relation au cœur de l’humain -et même de sa chair-pour le faire grandir en tant qu’être incomplet qui ne peut s’accomplir que dans cet échange ?
Alors, comment savoir si on est soi-même addict ? Je vous invite à faire l’expérience de regarder dans vos paramètres combien d’heures vous passez à scroller sur les différents réseaux, sous la rubrique « bien-être et contrôle parental ». Vous serez étonnés ! Bien sûr, une addiction problématique n’est le fait que d’une minorité d’individus, mais cela commence souvent insensiblement.
En fait, l’addiction est un dérèglement du système de la récompense qui à la base est utile à notre survie car il nous fait reproduire des comportements positifs pour la pérennité de notre espèce. Mais arrivé à un certain stade, quand ce système de la récompense est trop sollicité, il nous enferme dans un cercle vicieux avec un effet de manque qui veut sans cesse recréer et accroître la récompense. C’est le principe des algorithmes, ce système mis en place par les grandes plateformes qui connaissent grâce à leurs équipes de chercheurs tous les secrets de notre cerveau et surtout comment le rendre dépendants : ils utilisent notre circuit de la récompense et notamment les effets de la dopamine sur nos comportements. La dopamine c’est ce messager chimique produit par notre cerveau pour transmettre des informations à nos circuits cérébraux. La dopamine est notamment produite lorsque nous sommes satisfaits et que nous sommes récompensés. Ce circuit est associé à un sentiment de bien-être et cela nous pousse à recommencer l’expérience satisfaisante. Or, comme par hasard toute la stratégie des réseaux sociaux est de nous pousser à rester connectés grâce à des stratégies comme « les petits pouces en l’air, les Like », et cette impression d’appartenir à une communauté chaleureuse qui pense comme nous, qui nous amènent un sentiment de bien-être instantané et nous donnent envie de le ressentir à nouveau !
Alors, si vous pensez que vous passez trop de temps sur les réseaux, comme reprendre le contrôle ? Je vous propose quelques astuces au niveau personnel de Joëlle Iland, coach & formatrice. :
• Couper les notifications et les signaux qui nous conditionnent.
• Mettre votre téléphone de côté pour ne pas le voir pour moins de tentation
• Passer votre smartphone en mode noir et blanc le rendant moins attractif
• Choisir des occupations bien-être et sociales
• Apprendre à faire avec : garder nos smartphones pour leur utilité et leur place d’objet – sans plus.
Et si vous êtes parents, s’il faut certainement limiter voire interdire l’usage des réseaux (et du smartphone) à vos enfants avant un certain âge où ils deviennent capables de discerner, il est en tout cas nécessaire de dialoguer toujours avec eux, et d’informer le mieux possible et le plus tôt possible sur les risques éventuels. Et puis, ne faut-il pas montrer l’exemple ? Une ballade dans la nature en famille vaut certainement mieux que deux heures passées à « scroller » !

En conclusion, essayez d’intégrer ces petites astuces dans votre quotidien et vous verrez que vous pourrez reprendre le contrôle et consacrer du temps à votre bien-être et créer des liens « en vrai » en levant les yeux de vos « écrans de fumée » !
Prenez soin de vous et regardez le beau partout autour de vous ! Dieu vous bénisse, lui qui a le meilleur réseau social, celui de la prière et de la ‘communion des saints’ – à consommer sans modération !
Le Ploumtion
