

Peux-je en ce beau début de mars lancer encore un « message du Ploumtion » à connotation politique ? Le Concile Vatican II a dit que « il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho » dans le cœur des chrétiens. Cette affirmation, issue de l’esprit du Concile Vatican II et reflétée notamment dans la constitution Gaudium et Spes, souligne l’engagement de l’Église à être présente dans le monde moderne. Elle signifie que tout ce qui touche à la dignité, à la souffrance et à la destinée humaine est l’affaire des chrétiens.
Donc, je persiste à m’élever contre une guerre – une nouvelle! – qui n’a aucune légitimité et qui fait déjà des milliers de morts. Je parle de celle qui a lieu actuellement en Iran et au Liban, entraînant possiblement d’autres pays du Golfe – qui n’ont rien demandé – dans une spirale mortifère de peur et de crise.
Cette guerre n’a pas de légitimité parce qu’elle a été initiée sans aucun mandat, ni du Congrès américain ni des Nations-Unies, à la seule volonté de Trump qui se comporte toujours davantage en autocrate tout-puissant, et celle de son « partenaire » israélien Netanyahou lequel après Gaza se lance dans une autre fuite en avant qui lui évite de perdre son poste et d’être traîné en justice. Triste faillite du droit international, et davantage encore de l’entièreté de la communauté internationale qui semble tétanisée et plus que jamais impuissante (ou indolente) devant les actes criminels des « maîtres de guerre ».
Comprenez-moi bien : je n’ai absolument aucune sympathie pour le régime des mollahs iraniens, une clique qui n’hésite pas à massacrer son propre peuple pour se maintenir au pouvoir, et les « Gardiens de la Révolution », cette milice islamiste fanatisée qui a autant de sang sur les mains que la Gestapo. Personne ne regrettera la chute de ce régime monstrueux (à part ses alliés du Hezbollah libanais) ; mais il y a la manière !! Des bombardements massifs sans déploiement au sol n’ont jamais suffi à faire tomber une dictature, au contraire, souvent ils contribuent à resserrer la population et même les opposants dans un élan de patriotisme.
D’ailleurs, il n’est pas certain que le régime s’écroulera si vite, la bête n’est pas morte et même si les infrastructures militaires iraniennes, fabriques de drones ou de missiles sont bien touchées, il est presque certain que le régime va s’enfermer dans une logique jusqu’au-boutiste par défi et parce qu’il n’a pas d’autre choix pour « sauver son honneur » ou la face – un sentiment très fort dans la mentalité orientale que les américains sous-estiment certainement. L’Iran, mis en demeure de capituler sans conditions et sans négociations, n’aura pas d’autre choix que de se battre jusqu’au bout en entraînant le pays tout entier et la population civile dans un désastre complet – une pratique semblable à celle de la « terre brûlée ».
Cet enchaînement suicidaire risque malheureusement de devenir réalité, les américains l’apprendront à leurs dépens. La guerre, qui se voulait « opération éclair » comme au Vénézuéla, aura et a déjà un coût humain qui ne peut que s’amplifier davantage au fur et à mesure qu’elle se prolonge : on parle actuellement de + 20.000 morts du côté iranien, contre …6 soldats américains tués sur une de leurs bases par une attaque iranienne au Koweit. Réaction de Trump : « Nous allons venger les courageux et formidables soldats qui ont donné leur vie pour l’Amérique » – en fait, des réservistes affectés à une unité de soutien, pas du tout de combat. Ce terme de vengeance utilisé par Trump a fait sursauter pas mal de connaisseurs du milieu militaire de ce côté de l’Atlantique, qui expliquent qu’on enseigne les futurs soldats à agir « sans passion et sans haine », en se concentrant sur la mission. (N.B. Enseigner aux soldats à se battre sans haine est un principe fondamental de l’éthique militaire professionnelle et du droit de la guerre, visant à transformer le combat en un acte technique et discipliné plutôt qu’en une décharge émotionnelle.) Encore un tabou qui saute !
Combien de morts et de victimes collatérales faudra-t-il encore pour que Trump et son acolyte Netanyahou se rendent compte qu’ils ont mis le feu à une poudrière ? Car après la guerre, il y a… la guerre ! Celle-ci ne s’éteindra pas après un cessez-le-feu obtenu par la force, car les semences de haine et de vengeance vont se propager partout, provoquant actions de guérilla, déstabilisation régionale et attentats dans le monde entier (partout où il y a des symboles américains). N’oublions pas que ‘Daesh’ est né des suites de la guerre en Irak !
L’attitude de Trump est d’autant plus cynique que, après avoir promis au peuple iranien qui manifestait contre le régime de venir à son secours, il déclare maintenant que son objectif est non pas de délivrer les iraniens du régime islamiste, mais qu’il souhaite seulement pouvoir nommer lui-même le successeur du guide suprême Khamenei qu’il a fait abattre – successeur à sa botte évidemment, comme au Vénézuéla. Une gifle pour tous ceux qui espéraient voir disparaître le régime ! Comme quoi Trump s’en fout de maintenir des corrompus ou des dictateurs au pouvoir, du moment qu’il peut mettre la main sur les ressources des pays et dicter sa loi à ces marionnettes.
Donc, nous voici une nouvelle fois en guerre (je dis « nous » car le monde est un village). Mais ça ne semble pas choquer grand-monde de ce côté-ci du monde : La vie semble continuer comme si de rien n’était, on fait ses courses, son sport, ses émissions de loisirs ; on s’inquiète seulement d’une augmentation du prix de l’essence et des répercussions sur l’économie mondiale et in fine sur son propre portefeuille… Les curés prêchent toujours l’amour de Dieu et du ‘prochain’ (mais l’Iran c’est loin) sans faire aucune allusion au conflit en cours qui concerne quand même des frères et des sœurs en humanité – et même des chrétiens, car il y a des communautés chrétiennes minoritaires très anciennes en Iran (arméniennes, assyriennes et chaldéennes -catholiques) et au Liban (maronites). Les médias belges dans leurs journaux télévisés ou radiodiffusés parlent bien de la guerre, mais d’une façon assez détachée, insistant surtout sur les malheureux touristes ou résidents belges à Dubaï ou dans d’autres pays du Moyen-Orient qu’on rapatrie à grand-peine et que des journalistes « de terrain » interviewent à qui mieux mieux pour leur faire exprimer leur ressenti et leur contrariété (je compatis). L’autre sujet concerne évidemment les répercussions économiques du conflit, le risque de manque d’approvisionnement en gaz dû au blocage du détroit d’Ormuz… Qui s’intéresse aux morts ?
Et au peuple iranien ? J’ai connu des iraniens, j’en ai d’ailleurs baptisé – toute une famille qui a choisi de devenir officiellement chrétienne. La fierté, le courage et la dignité de ces gens est extraordinaire ; à côté d’eux, je me suis parfois demandé qui étaient vraiment un peuple civilisé : nous ou eux ? – Je penchais pour la deuxième option. Car franchement, nous sommes un peuple avachi dans son confort et qui a oublié peut-être les luttes qu’il a dû entreprendre pour sa liberté et sa dignité, celle d’une nation qui a résisté à la dictature nazie, celle des femmes (nous sommes le 8 mai), celle des travailleurs et du prolétariat, celle des enfants et du droit à l’éducation, celle des personnes différentes et du respect des genres quels qu’ils soient… Combats qui ne sont pas terminés, certes, et certainement pas non plus en Iran et en Orient, mais serons-nous aussi aux côtés de ces gens, les iraniens, qui ne sont pas moins intelligents et humains que nous, une nation cultivée qui produit le plus d’ingénieurs au monde entier et des sommets de littérature et d’art extraordinaire – et où les femmes et les jeunes rêvent de s’affranchir des diktats d’une théocratie ultraconservatrice ?
L’Iran et sa nation – comme la Palestine du reste, et le Liban… – mérite qu’on s’intéresse plus à lui que comme un « fait divers » lointain, ou un « problème » que nos amis américains et israélien vont résoudre ‘gentiment’ à notre place. Si les chancelleries européennes et nos élus ne bougent pas, c’est à nous de manifester pour dénoncer ce qui est injuste, et réclamer une autre solution que les tapis de bombes. Si nous belges, européens, continuons de craindre le président fou mégalomane Trump et ses rétorsions, nous le paierons un jour beaucoup plus cher, et nous aurons perdu notre dignité.

«La stabilité et la paix ne se construisent pas par des menaces réciproques ni avec des armes, qui sèment la destruction, la souffrance et la mort, mais seulement par un dialogue raisonnable, sincère et responsable».
«Face à la possibilité d’une tragédie d’ampleur énorme, j’exhorte les parties impliquées à assumer la responsabilité morale de stopper cette spirale de la violence avant qu’elle n’entraîne une fracture irréparable».
Pape Léon XIV, lors de l’Angélus place Saint-Pierre à Rome, le 1 mars 2026.
