ORMUZ ET L’EQUIPAGE TERRE : UN PASSAGE ETROIT (Le Ploumtion n°30)

« Ormuz », cela vous dit quelque chose ? Cela devrait : on n’entend plus que ce nom-là depuis quelques semaines ! Pratiquement inconnu du grand public avant le début de cette guerre – encore une ! – , aujourd’hui ce nom d’Ormuz, plus précisément « détroit d’Ormuz », fait la une de tous les journaux et est dans toutes les conversations. Le prix de l’essence à la pompe n’est pas pour rien dans cette célébrité inattendue… et comme un jeu de dominos, la hausse du prix de l’énergie dont nous sommes très gourmands (et dépendants) entraîne une flambée des coûts en cascade. Le monde entier s’agite, les places boursières en premier. Et on craint une crise mondiale qui ferait s’effondrer tout le système économique : un cataclysme !

Quoi qu’on pense du régime iranien – qui n’a rien d’une démocratie mais qui par contre a pas mal de sang sur les mains – , ou de la légitimité de l’intervention américano-israélienne et de la façon brutale dont celle-ci est menée sans égard pour les populations civiles qui paient comme d’habitude la folie des dirigeants, on ne peut qu’admirer l’astuce déployée par les autorités iraniennes : La fermeture du détroit d’Ormuz, qui est une manœuvre extrêmement intelligente que bizarrement Trump et ses stratèges n’auraient pas prévue.

Le blocage de cette artère maritime où transite pas moins de 20% du pétrole et du gaz consommé dans le monde est un enjeu vital pour le commerce mondial – et une gifle pour le président américain que ses électeurs risquent de désavouer. Cela me rappelle une histoire célèbre de l’antiquité, je crois d’après mes souvenirs qu’elle vient d’Ovide (les métamorphoses) – mais que Trump ne devait sans doute pas connaître : celle des organes du corps humain qui veulent se choisir un roi. En voici un conte librement inspiré :  

« Quand le corps humain fut créé, toutes les parties voulaient en être le Chef.
Le cerveau : puisque je commande tout et que je pense pour tout le monde, je devrais être le Chef !
Les pieds : puisque nous transportons le corps là où il le désire, nous devrions être le Chef !
Les mains disaient : puisque nous faisons tout le travail et gagnons de l’argent pour entretenir tout le corps, nous devrions être le Chef !
Et ainsi de suite pour le cœur, les yeux, les oreilles et les poumons…
Mais le trou du c. se fit aussi entendre et exigea d’être élu Chef. Les autres parties du corps éclatèrent de rire à l’idée qu’un trou du c. puisse être le Chef !

Alors, l’anus se mit en colère, et refusa de fonctionner. Il se bloqua et empêcha tout transit.

L’effet ne se fit pas attendre. Bientôt le cerveau devint fiévreux, les yeux devinrent vitreux, les pieds trop faibles pour marcher, les mains pendaient sans force, le cœur et les poumons luttèrent pour survivre…
Finalement, à bout de nerfs, le corps entier et tous ses membres furent d’accord pour que le trou du c. soit élu Chef ! Et celui-ci accepta alors de laisser passer les
 matières si importantes que lui seul pouvait évacuer.

Moralité : La renommée ou la grandeur ne suffisent pas pour diriger le monde, ou pour résister aux puissants : un petit peut très bien y arriver s’il a les bonnes cartes en main (et les bons leviers).

…Et ce sacré détroit d’Ormuz a du moins le mérite de nous faire prendre conscience de l’extrême dépendance que l’ensemble du monde entretient avec les énergies fossiles – honteusement privilégiées par Trump qui a tout fait pour saborder les efforts vers une transition énergétique en faveur du renouvelable. On pourrait sourire de ce boomerang qui lui revient en pleine figure, si de notre côté nous n’entretenions pas nous aussi une complaisance douteuse avec ce type d’énergie (le pétrole) et les bienfaits qu’il nous procure.

Au fond, est-ce que toute notre civilisation, notre façon si confortable de vivre ne repose-t-elle pas sur une consommation toujours plus importante de cette source d’énergie que nous imaginions inépuisable (elle ne l’est pas) et sans conséquences graves sur l’environnement (elle ne l’est pas non plus) ? Oui, reconnaissons-le : on s’est laissé petit à petit dorloter dans un confort tel qu’on n’en avait jamais connu auparavant dans toute l’histoire humaine, et séduire par une capacité extraordinaire en termes de mobilité, de voyages, d’exploits de toutes sortes… jusqu’à même aller sur la lune ou sur mars (ce qui n’est pas d’un très grand intérêt pour les milliards de gens qui souffrent aujourd’hui encore de la pauvreté ou de malnutrition). Tout cela grâce au pétrole.

Ormuz est un signal – mais ce n’est pas le seul – qui nous rappelle que cet « âge d’or » ou de cocagne ne peut pas durer éternellement, et qu’il peut s’arrêter un jour très brutalement. Le réchauffement climatique qui s’emballe, la raréfaction des matières premières essentielles telles que l’eau potable, l’air pur, la terre non polluée ou les sols non dégradés, ainsi que le déclin de la biodiversité qui s’aggrave de plus en plus, menaçant même les océans…, tout cela doit nous faire prendre conscience que le mur est proche pour que la viabilité sur notre planète devienne problématique ; on n’est pas loin du non-retour – juste une question de génération.

Pouvons-nous encore ignorer ceux qui tirent la sonnette d’alarme ? Ne devons-nous pas, comme les hongrois viennent de le faire, remettre à leur place ceux parmi les dirigeants qui sont, soit préoccupés de leur seuls intérêts électoralistes, soit vendus aux multinationales et au pouvoir de l’argent ? Et se choisir pour nous-mêmes une autre manière de vivre, de produire et de consommer, qui soit plus respectueuse de la magnifique Terre où Dieu nous a donné de naître, et de tous ses habitants… Même si ce n’est pas facile ! Il ne sera jamais facile de changer, de se changer ; tout seul on n’y arrivera probablement pas, mais ensemble…  Le pape François avait beaucoup invité croyants comme non croyants à s’engager résolument dans ce chemin de conversion écologique et humaine (Laudato Si). D’aucuns poursuivent ce travail essentiel, qu’ils soient bénis !

Plutôt que la guerre pour les ressources, pour le prestige ou la domination, réinventons la solidarité (entre peuples, nations et tous les humains quels que soient leur race, leur sexe, leur culture et religion), ce principe de solidarité qui a si bien réussi à l’humanité pour s’élever. Refusons l’unilatéralisme égoïste et dominateur, l’exploitation des pauvres et de la terre. Je terminerai ce petit plaidoyer en citant l’astronaute Christina Koch, de retour de la mission Artemis (comme quoi même une expédition spatiale peut aider à ouvrir les yeux) :

« Ce qui m’a frappée, ce n’était pas nécessairement la Terre elle-même, mais toute cette obscurité qui l’entourait. La Terre n’était qu’un simple canot de sauvetage suspendu, immobile, dans l’univers… »  Et, a-t-elle ajouté, « s’il y a une chose que je sais désormais, c’est celle-ci: Planète Terre, vous êtes un équipage ! »  

Il est temps que l’équipage Terre se serre les coudes et vise juste, car le passage est plus étroit que celui d’Ormuz !

Le Ploumtion

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