François

Un pape est mort.

Pardon : François est mort.

…Francesco, Franciscus, Francis, Franck, Franciszek…

Cet homme était d’abord un prénom ; prénom qu’il s’était choisi le jour de son élection, en référence à saint François d’Assise. Comme il l’a expliqué quelques jours plus tard, « François est le nom de la paix. Et c’est ainsi que ce nom est entré dans mon cœur. »

Très Saint-Père, me permettez-vous de vous dire que ce prénom que vous avez si bien porté est aussi entré dans notre cœur aujourd’hui comme celui d’un homme, d’un chrétien qui ne s’est pas seulement battu pour la cause de Dieu, mais aussi pour celle de l’Homme, des femmes et des hommes qui constituent l’humanité et que vous avez tous appelés vos frères (encyclique Fratelli tutti). Vous avez ouvert tant de portes ! Bien des petits, des pauvres, des malades, des pécheurs, des immigrés, des ‘personnes différentes’ ou exclues… se sont sentis rejoints et aimés par vous, et par vous de Dieu ! Quel bel et fort exemple vous avez donné à l’Eglise, que vous souhaitiez voir devenir « un hôpital de guerre » pour tous les blessés de la vie.  

J’ajouterai, si vous voulez bien, que ces témoignages reçus au travers de vos paroles et de vos gestes m’ont profondément marqué -comme beaucoup de mes frères dans le ministère- et influencé ma façon d’être prêtre. Je vous en suis profondément reconnaissant. Votre pontificat restera pour moi celui d’une Eglise qui vit et pratique largement la miséricorde et la réconciliation, l’ouverture à tous sans exclusive ni préférence – en tout cas, selon l’exemple que vous nous avez donné. C’est ce que je retiendrai personnellement de l’œuvre que Dieu vous a donné de réaliser au cours de ces 12 années.

Sans doute, les commentateurs retiendront un certain nombre d’autres aspects de votre pontificat et de votre personnalité, qu’ils souligneront avec plus ou moins de sympathie ou de critique, selon leur sensibilité, leur conviction ou lieu idéologique. C’est normal. On vous trouvait trop à gauche pour les conservateurs, trop à droite pour les progressistes… En fait, cela ne vous détournait pas de vos engagements ; pour vous l’Evangile n’est ni de gauche ni de droite ! On vous a décrit aussi comme autoritaire, têtu, peu sensible aux questions féministes, fermé au mariage des prêtres ou à l’ordination des femmes et rigide dans les domaines éthiques tels que l’avortement, l’euthanasie… C’est souvent une question d’angle par lequel ces situations sont abordées, car le respect des personnes était profondément inscrit dans votre credo personnel (« qui suis-je, moi, pour juger ? ») – mais est-ce que vous vous sentiez le droit de changer la doctrine elle-même ? Vous n’étiez que le pape, après tout, et ces questions délicates demandent le discernement et l’adhésion de l’ensemble de la communauté ecclésiale, éclairée par l’Esprit Saint, pour oser des décisions qui soient évangéliquement justes. L’Eglise ne se prononce pas à la légère quand elle engage la foi et la vie de tous les croyants.

Très Saint-Père, que je suis heureux de ne pas être à votre place ! Quelle responsabilité sur vos épaules, car vous deviez en toutes choses garantir et protéger l’unité de l’Eglise. C’est pour ce travail-là que le Seigneur vous avait choisi et envoyé. C’est la mission première de l’évêque de Rome, serviteur des serviteurs. Merci de l’avoir remplie avec les charismes qui vous étaient propres : votre humilité, votre bienveillance, votre persévérance, votre attention aux plus fragiles et aux petits, votre ouverture aux ‘périphéries’, et surtout votre amour de Jésus et de son Cœur de berger auquel vous avez essayé de ressembler tout au long de votre mission de prêtre et d’évêque. Votre humour aussi, votre bonhomie, votre délicatesse, votre sagesse humaine et spirituelle qui rejoignait directement les plus grands comme les plus simples. Cela nous faisait voir le pape comme quelqu’un qui est au fond pareil à nous, proche de chacun. Je me plais à imaginer Jésus agissant de la sorte avec les gens qu’il rencontrait.

Alors, encore, cher pape François, un sincère et énorme MERCI !  Que le Seigneur vous accueille avec toutes les brebis dont vous avez pris soin en Son nom et avec le Poverelleo, le petit pauvre d’Assise qui, avec saint Ignace, a été votre modèle. Que Dieu vous garde en Sa paix et vous accorde le repos bien mérité près de Lui. Continuez de prier pour nous et pour tout le peuple chrétien qui poursuit sa marche vers le Royaume : Ce chemin que vous avez contribué à baliser, nous le parcourrons en « pèlerins d’espérance », tous ensemble avec le successeur que Dieu nous enverra, dans la confiance que le Seigneur ressuscité marche toujours avec nous comme à Emmaüs !

Bernard, prêtre

Réflexion :

Depuis le moment où, ce matin, la nouvelle du décès du pape François est tombée, les chaînes de radio et télévision ont toutes interrompu leur programme pour improviser des émissions spéciales toute la journée : il est question de façon interrompue du pape François, de son style, de ses priorités pastorales, de ses relations publiques et de sa communication, des répercussions internationales de sa « politique », etc. Le ton des journaux est évidemment varié selon les tendances idéologiques ; ainsi, certaines chaînes ont choisi de faire intervenir des représentants de la laïcité ou des religieux non-conformistes comme Gabriel Ringlet pour insister unilatéralement et lourdement sur la question douloureuse de la pédocriminalité dans l’Eglise, un dossier qui selon eux ternirait le pontificat de François – déballage assez indécent à mon avis le jour même de son décès. Je crois que le pape a fait ce qu’il fallait faire (Benoît XVI avait déjà commencé), imposant pratiquement dès le début de son pontificat à tout évêque ou responsable qui aurait connaissance de tels faits de les dénoncer immédiatement à la justice civile, de faire droit aux exigences de réparation, et en demandant que les causes de ces déviations et de ces crimes soient analysées aux fins d’éviter leur réitération.

Cela étant, le ton général des commentaires est assez positif ; on est même étonné qu’on accorde autant d’importance à cet événement dans un monde -surtout en occident- où l’Eglise n’a plus du tout le même poids et où le nombre des fidèles est en forte décroissance. Même si on prend en compte la fascination qu’exercent aujourd’hui dans la sphère médiatique et populaire les personnages «vedettes», les maîtres et les puissants qui dirigent le monde – qu’on les craigne ou qu’on les admire – je me dis qu’il y a peut-être aussi encore une autre raison à cet intérêt : Au fond, si dans notre société tellement sécularisée et laïcisée, la disparition et le remplacement d’un chef religieux semble provoquer un tel séisme, est-ce que ce ne serait pas quelque part la manifestation qu’il existe dans la conscience collective comme une attente obscure vis-à-vis de cette institution et du personnage qui la représente – le pape : une attente de sagesse, d’équilibre et de permanence dans un monde et une société en pleine ébullition culturelle, morale, sociale et politique, en perte de repères et avec un fort sentiment d’instabilité et de fragilité tant écologique que du vivre-ensemble mondial, et où l’avenir semble peu assuré voire gravement compromis… Le manque de spiritualité réelle dans cette culture consumériste et matérialiste qui est celle où nous baignons peut aussi créer un ‘appel d’air’ pour une partie de nos contemporains – surtout chez les jeunes (voir le nombre grandissant de convertis et de néo-catéchumènes). Il faudra accueillir cette attente, ces demandes, et les transformer en vraie rencontre !

En somme comme disait un commentateur, nous sommes peut-être- l’Eglise est probablement à un tournant, parce que la société est à un tournant… ! L’Eglise -soutenue par l’Esprit-Saint- saisira-t-elle l’occasion ?

BP

Triduum pascal (tableau horaires 2025)

Chers amis du « Pays de Saint Remacle », soeurs et frères,

Christ est ressuscité, alléluia ! Il s’est levé du tombeau dont il a roulé la pierre, il nous a délivrés de la puissance du Mal par sa croix bénie ! Que ces jours saints et ce temps de Pâques nous affermissent chacune et chacun dans l’ESPERANCE et nous poussent à la partager partout autour de nous ! Saintes et joyeuses fêtes pascales à toutes et tous !

Le clergé de l’unité « Pays de Saint Remacle » et le conseil pastoral

HORAIRES DU TRIDUUM ET DE PÂQUES DANS LE DOYENNE ARDENNES : Cliquez ICI .

NEWSLETTER DE L’U.P. « PAYS DE SAINT REMACLE » STAVELOT-FRANCORCHAMPS (Pâques 2025)

Chers amis du « Pays de Saint Remacle », soeurs et frères,

Voici le beau Temps de Pâques qui nous revient, avec la semaine sainte qui le prépare en lui donnant son sens : celui qui aime vaincra la mort ! Vivons ces jours saints en communion avec toute l’Eglise universelle (vraiment universelle puisque cette année, nos frères orthodoxes célèbrent Pâques à la même date que nous) : avec les chrétiens d’Orient, particulièrement en Palestine, au Liban, en Syrie, Iran… qui souffrent beaucoup, partageant les difficultés des populations où ils vivent, mais avec en sus souvent des persécutions ; avec tous ceux qui, au Congo et en Afrique, en Ukraine, en Amérique latine (le Pérou, objectif du carême de partage cette année) ou dans tous les pays d’Asie, luttent aux côtés des habitants pour améliorer leurs conditions de vie et apporter de l’ESPERANCE au nom de leur foi en Jésus Christ sauveur.

Christ est ressuscité, alléluia ! Il s’est levé du tombeau dont il a roulé la pierre, il nous a délivrés de la puissance du Mal par sa croix bénie ! Que ces jours saints et ce temps de Pâques nous affermissent chacune et chacun dans l’ESPERANCE et nous poussent à la partager partout autour de nous ! Saintes et joyeuses fêtes pascales à toutes et tous !

Le clergé de l’unité « Pays de Saint Remacle » et le conseil pastoral

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13-14 avril au Carmel de Mehagne/Liège :

week-end Cana « Choisir nos priorités en couple »

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« L’ESPERANCE COMME UNE CORDE » – méditation du Ploumtion n°6

« l’espérance est une corde qui nous relie à une vérité pas encore vécue ».

Depuis plusieurs jours, je me demandais ce que le « Ploumtion » (votre serviteur, sobriquet inventé pour ne pas me prendre au sérieux) pourrait bien vous partager dans la suite de ses méditations sur le thème de l’Espérance.  Je séchais, je l’avoue… et puis, l’actualité, comme toujours, accaparait mon esprit et ma plume (enfin, ma souris…).

Et voilà que cette phrase notée un jour au hasard de mes lectures, remonte tout-à-coup à ma mémoire. Un trait de lumière !

« L’espérance est une corde qui nous relie à une vérité pas encore vécue ».

J’ignore totalement qui en est l’auteur. Mais elle a nourri chez moi une réflexion que j’aimerais vous partager. Le mot clé de cette définition est « vérité ». Si notre espérance repose sur un mensonge, ce n’est pas de l’espérance, c’est un simple désir ou un vœu pieux. Si nous attachons notre espérance à autre chose que la vérité, et plus particulièrement la vérité révélée par Dieu dans sa Parole, nous serons probablement déçus.

Le monde aujourd’hui regorge d’une quantité phénoménale d’assertions mensongères et de fausses promesses, qui nous sont servies aussi bien par la politique politicienne que par la société de consommation. Le bonheur est à portée de mains ! « Toutes les idoles du pays, ces dieux que j’aimais, ne cessent d’étendre leurs ravages, et l’on se rue à leur suite » (Ps 15,3). Des mirages ! Et qui sont relayés par l’énorme machine médiatique au service des grandes industries et des gens au pouvoir, des influenceurs du moment.

Au bout du compte, ces promesses fallacieuses finissent tôt ou tard par laisser un goût amer, avec une cohorte toujours plus grande de gens qui se retrouvent largués sur le bord du chemin, sans plus d’espoir avec leurs rêves brisés… Le résultat est que beaucoup finissent par ne plus croire en rien ; ils ne savent plus faire la différence entre le mensonge et la vérité : Tout devient suspect, manipulation, « fake news »… On est vacciné – croit-on – contre tous les discours, les institutions, les religions elles-mêmes – ce qu’on appelle souvent d’un mot : le « système ». De cette façon, cette déception et cette défiance nourrissent le complotisme, qui en fait constitue en lui-même un amalgame et un échafaudage de croyances -les plus fantaisistes et les plus délirantes parfois- dans lesquelles on s’enferme radicalement, refusant toute discussion et toute argumentation rationnelle et nuancée. Ce complotisme développe une vision sombre et pessimiste de l’avenir et une forme de repli qui se situe directement à l’opposé de la vertu chrétienne de l’Espérance.

Or, ce dont notre monde a le plus besoin aujourd’hui, c’est bien justement l’espérance ! C’est le moteur qui fait avancer les femmes et les hommes, les tire de la stagnation et du désenchantement pour se mettre à rechercher une vie meilleure et à construire une société plus humaine. On ne peut pas tuer l’espérance, parce que si on tue l’espérance, on tue aussi l’homme – la vie ! Mais pour exister, l’espérance a besoin d’un objet, et cet objet est une Vérité : quelque chose de définitif, d’irrécusable et de non falsifiable. Pour moi, cette Vérité est Quelqu’un, c’est Dieu lui-même. « J’ai mis mon espoir dans le Seigneur, je suis sûr de sa parole » (Ps 129,5 ; Ps 40,1). C’est le Christ « le chemin, la Vérité… » (Jn 14,6).

Quoi de plus solide, de plus stable ? Mais suivre le Christ, s’attacher à sa parole de vérité, c’est avant tout vivre une expérience existentielle : je le vois bien lorsque j’accompagne des catéchumènes ou des recommençants qui (re)découvrent la foi chrétienne. C’est presque toujours suite à une expérience personnelle, une rencontre salutaire qui a bouleversé leur vie, qu’ils se mettent à chercher à approfondir ce qu’ils ont perçu comme une Vérité. Cette dimension existentielle est soulignée dans la phrase :

« L’espérance est une corde qui nous relie à une vérité pas encore vécue ».

En effet, quand on a expérimenté quelque chose de Dieu qui nous a ébloui comme un éclat de sa Vérité, nous comprenons du coup que cette Vérité ne se dévoile qu’au fur et à mesure que nous cherchons à la vivre concrètement dans notre propre existence. On est vis-à-vis d’elle dans un rapport qui n’est pas simplement d’adhésion intellectuelle, mais dans une « praxis » qui nous transforme en vivant la Parole du Christ c-à-d en l’exerçant concrètement. Elle devient vraie, véridique, en moi, en nous. Donc, il est juste de dire que cette « vérité pas encore vécue » est toujours devant nous, comme une parole à accueillir et à vivre nouvellement chaque jour pour qu’elle réalise ce qu’elle dit.

Voilà donc le chemin chrétien qui est un chemin d’espérance, puisque nous tendons vers cette Vérité, une Vérité ultime mais qui se donne à vivre pas à pas, petit à petit, en nous dévoilant Dieu qui est notre à-venir. Espérer, c’est m’attacher chaque jour à cette parole de vérité pour la faire advenir dans ma vie et la laisser me changer et changer le monde. Tout un travail, en somme ! Mais qui a besoin pour cela de l’Esprit-Saint… et de la « corde » !

« L’espérance est une corde qui nous relie à une vérité pas encore vécue ».

Et j’en viens enfin à la corde, parce que c’est cette image qui m’a frappé, bien sûr. De quoi est faite une corde ? De torons de plusieurs fils patiemment tressés, entortillés les uns avec les autres en les serrant fort pour que la corde devienne solide et ne lache point lorsqu’elle subira des tractions.

Cette image me parle, et je me dis qu’elle est bien adaptée à nous qui essayons tant bien que mal d’être dans l’espérance et la foi alors que nous vivons dans ce monde qui peut être si dur et désespérant, avec en plus nos propres fragilités et nos doutes… En fait, on ne peut pas -ou très difficilement- espérer tout seul ! Les hommes et les femmes d’espérance et de combat, les ‘blocs de granit’, cela ne se rencontre pas à tous les coins de rue ! On est plus souvent ballotés entre scepticisme, résignation, fatalisme, et malgré tout, l’envie de se raccrocher à quelque chose de lumineux, quelque chose de solide qui nous empêche de dériver vers le doute absolu… une corde par exemple.

Eh bien, si chacune et chacun d’entre nous, mes amis, nous apportions notre petit fil d’espérance si fragile à la Communauté pour l’unir à celui des autres en une tresse bien serrée, les torons que nous formerions deviendraient une corde incassable ! Et sur cette corde qui est aussi pour moi quelque part l’image du Christ, d’innombrables autres femmes et hommes, jeunes et âgés, de tous milieux et de chemins divers, pourraient se greffer et pourquoi pas, finalement, entourer le monde entier de ce lien d’Espérance et de Fraternité par lequel Dieu nous attirera tous à Lui !

…J’aimerais vous dire que c’est ce que, modestement, nous essayons de vivre dans nos groupes de « Lectio divina », groupes fraternels de partage de foi, d’espérance et de vie… Qu’est-ce qui vous empêcherait de nous rejoindre ?

Bonne montée vers le sommet de Pâques, et surtout… ne lâchez pas la corde !

Le Ploumtion

Résister

Désolé si je vous inflige encore un article « politique » mais je n’arrive pas à me taire…!

Mais que veut donc Donald Trump ?! – L’ébahissement et la stupeur ont saisi le monde entier après l’annonce hier soir par D. Trump lui-même des nouveaux tarifs douaniers exorbitants qu’il entend appliquer au reste du monde.

« C’est une catastrophe », a déclaré le premier ministre français François Bayrou – catastrophe, précise-t-il, non seulement pour l’économie de l’Europe, mais aussi à terme pour les citoyens américains qui vont s’enfiler une douloureuse inflation, et pour le monde entier qui risque une récession sans précédent. « L’idée que chaque grande région du monde va se refermer sur elle-même et que la guerre commerciale doit être désormais la règle, cette idée présente des dangers qui vont hélas se réaliser dans le temps », a encore ajouté F. Bayrou.

Mais quelle mouche a piqué le remuant président de la plus grande démocratie du monde ?

On sait l’aversion que Trump a pour le multilatéralisme. Que ces mesures sans précédent depuis la dernière guerre fasse mal aux autres nations mêmes amies ou alliées, cela le laisse parfaitement indifférent. D’autre part, il ne fait qu’appliquer les menaces et les promesses qu’il agitait déjà au moment de sa campagne électorale ; sans doute ne l’a-t-on pas vraiment pris au sérieux. La méthode Trump est de jeter tout par terre, tout ce qui avait été patiemment élaboré et construit comme relations de partenariat, de respect mutuel et de confiance pendant ces sept dernières décennies pour mettre l’Europe et le monde hors de danger de voir reprendre une guerre  – avec d’ailleurs l’entier soutien des Etats-Unis : Trump fracasse toute cette construction et ces accords pour jouer ensuite avec les morceaux qu’il agencera à sa propre guise et selon ses seuls intérêts (qu’il prétend être ceux de ses citoyens). On peut légitimement s’attendre à une riposte des pays concernés et de l’UE ; mais avec ou sans riposte, on est de toute façon partis pour une guerre économique sans pitié et un monde ou la loi de la jungle sera plus que jamais la seule règle. Ainsi l’a décidé le roi Trump et sa cour.  

Quelle mouche l’a piqué ? Je pense que la réponse est dans la mise en scène lors de la présentation télévisée faite par le président lui-même de cette décision. Alors qu’il s’agit normalement d’une mesure technique qui aurait pu être présentée par un ministre ou un secrétaire d’Etat à l’économie, Trump comme à son habitude convoque une conférence de presse et organise un grand show dont il est lui-même le centre. Ainsi, il s’adresse bien sûr aux autres pays et partenaires commerciaux pour leur montrer sa toute-puissance de manière éclatante, mais avant tout, à son principal électeur : au petit ouvrier de l’Amérique profonde qui vit modestement et chichement au gré des fermetures d’usines et sans allocations, oublié par son parti démocrate pour qui il votait traditionnellement, peu cultivé et frustré de ne pas avoir accès à la richesse nationale – mais curieusement, et c’est une spécificité américaine, cela ne le gêne pas de voir le pouvoir accaparé par des milliardaires.

Le langage employé par Trump montre bien qu’il se met constamment en campagne électorale pour bétonner et élargir toujours davantage sa base : « C’est le jour de la libération » a-t-il proféré triomphalement devant les caméras. « Ce 2 avril restera dans les livres d’histoire, ce jour où les Américains ont repris le contrôle de leur destin.  Ceux qui ont travaillé dur, ceux qui ont été sur la touche, leur heure est arrivée avec ces droits de douane qui vont permettre d’engranger des milliards de dollars« .  

 »Vous qui étiez sur la touche, la revanche est arrivée pour vous » : bien sûr que c’est un langage et un discours syndical ! Trump s’érige en Robin des bois, défenseur du petit ouvrier américain contre le monde entier qui est fort méchant. « Pendant des décennies, notre pays a été volé, pillé, violé et mis à sac par des pays, proches ou lointain, amis ou ennemis » a expliqué Donald Trump qui estime que les travailleurs et les industriels américains ont été lésés pendant des décennies par des accords de libre-échange qui ont alimenté tout de même la croissance d’un marché américain de 3.000 milliards de dollars pour les produits importés, avec un déficit commercial de plus de 1.200 milliards en matière de biens.

Mais voilà, on ne fait pas dans la dentelle et Trump sort son gros gun, son arme favorite comme il dit : les taxes douanières sur les importations, et il tire sur tout le monde. Seul contre tous, comme dans les bons vieux westerns. Sauf que ses balles risquent fort de lui revenir dans la figure… Et aussi, comme dans les westerns, à la fin des duels, des cadavres gisent dans tous les coins de la ville.   

Je voudrai revenir sur les termes absolument excessifs utilisés par le président dans son show qui était à la fois visuel (le tableau reprenant tous les pays ‘’punis’’ par les droits de douane) et verbal : « notre pays a été volé, pillé, violé et mis à sac ». (Tiens, je croyais que c’étaient surtout les USA – mais ils n’étaient pas les seuls en effet – qui exploitaient partout dans le monde des ressources en se les appropriant sans vergogne via des consortiums géants : pétrole, gaz, richesses minières, etc. – et comme ils avaient fait aussi chez eux lors de la colonisation de l’Amérique au détriment des populations indiennes natives. Que dire aussi de ces projets d’annexion du Groenland, de Panama… ?)

Ce langage outrancier est bien destiné à satisfaire un public déjà acquis, en jouant sur la victimisation et une certaine vision borderline (= voir tout en blanc et noir) du reste du monde. C’est un procédé très dangereux, qui est dans la ligne des tendances complotistes actuelles. Ce discours sans nuances peut conduire à des excès et des dérapages comme celui qui a conduit à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, voire à préparer des conflits plus importants. Des discours victimaires comparables ont aussi renforcé le sentiment d’injustice et de frustration dans l’Allemagne de 1939.

Trump veut un monde bipolaire, c’est certain. Impossible pour lui de supporter l’idée que les Etats-Unis ne soient plus la première puissance du monde. Rejetant donc la mondialisation actuelle et l’ensemble des règles qui assurent un équilibre des forces et une gestion des tensions via la diplomatie, les Etats-Unis par la voix de leur président semblent bien préférer aujourd’hui une domination sans partage s’effectuant par la vassalisation de tous les « petits pays ». Un nouvel impérialisme pur et dur, illibéral et sans complexes. Dans ce contexte où toutes les relations internationales, commerciales, politiques, scientifiques… sont chamboulées et les acquis civilisationnels remis en question, nous sommes bien partis, disent les experts, pour une période de chaos et d’incertitude effrayante dont on ne sait quand elle prendra fin – d’autant que le président Trump ne cache pas que pour lui, il ne voit pas ce qui pourrait l’empêcher de poursuivre son ‘job’ à la fin de son mandat actuel…

Il est difficile de ne pas se demander comment on en est arrivé là. Malgré tous les garde-fous institutionnels, il semble bien que nos démocraties sont fragiles et que ce qui se passe actuellement outre-Atlantique pourrait bien arriver un jour chez nous en Europe où l’attrait pour les pouvoirs forts séduit une part croissante de nos populations.

Pour terminer, à propos de l’expression utilisée par Trump « notre pays a été violé », je voudrais laisser la parole à une féministe qui n’a pas sa langue en poche, Eve Ensler dite « V », autrice des « Monologues du vagin », qui ont fait le tour du monde et libéré le discours sur la sexualité des femmes. Celle-ci affirme que « Trump, ce menteur compulsif, est en train de violer l’Amérique, les Américains et les américaines. »

C’est un violeur au sens premier, puisqu’il a agressé et harcelé des femmes, mais aussi au sens plus symbolique : « L’Amérique est aujourd’hui gérée par des prédateurs. Nous vivons littéralement un viol: c’est rapide, violent, totalement destructeur. Tout ce que nous avions tenté de construire dans ce pays, que ce soit les droits civils, les droits des femmes, les droits de la communauté LGBTQ+, tout ce que nous avons fait pour créer un monde plus égal et plus juste aux États-Unis, a été détruit et brûlé en trois mois…

« Trump est représentatif d’un narratif américain particulier: le businessman qui ne parle que d’argent, qui vire les gens, etc. Il vit dans la conscience américaine comme une figure de télévision. Il est le pire des rêves américains. Avec lui, nous sommes au zénith du patriarcat: au pouvoir actuellement, il n’y a quasiment que des hommes, et la plupart d’entre eux sont prédateurs. »

Comment résister ? « On ne peut pas négocier avec des violeurs. On ne dit pas à un violeur: «S’il vous plaît, ne faites pas ça». La seule chose à faire est de crier et se débattre. C’est ce que nous devons faire aujourd’hui en Amérique. Il y a quelques jours, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez ont rassemblé près de 30.000 personnes.Je pense qu’il y aura bientôt de grandes manifestations dans tout le pays. Il va y avoir un soulèvement populaire, car c’est une immense crise sociale qui est en train de se produire. Si nous sommes unis, nous pouvons changer la donne. Et nous devons le faire. Trump n’est pas seulement un danger pour les États-Unis, mais pour l’ensemble de la planète. »

L’Amérique de Trump est en train d’amorcer un grand retour en arrière sur les valeurs d’émancipation, d’égalité de genres, de diversité, etc., comme si ce mouvement progressiste avait avancé trop vite pour une partie de la masse :  

« Au sein de la classe moyenne, certains se sont retrouvés désemparés devant l’évolution de l’égalité et des droits humains. Et quand on vous répète à longueur de journée que les immigrants prennent votre argent ou que les femmes ont un emploi alors que vous n’en avez pas, le ressentiment apparaît. J’étais peut-être un peu naïve de croire que les gens étaient en train d’évoluer et de se départir de ce narratif masculin. Mais on ne peut pas se cacher et vivre dans un État totalitaire fasciste où les hommes détruisent le monde. Nous devons lutter !

Ce n’est pas seulement un travail politique qu’il faut réaliser. C’est beaucoup plus profond. Le travail que nous devons faire est plus interne, il touche à l’éducation, à l’imaginaire. Le rêve américain est mort. L’âge d’or de l’Amérique dont parle Trump ne sera réalisé que pour une poignée de milliardaires. Et c’est la même chose pour la conquête de Mars: elle ne s’adresse qu’à une infime minorité. Mais, hélas, notre histoire est imbibée de ces narratifs. On assiste aujourd’hui à un grand conflit de valeurs: deux mondes s’affrontent.

Et « V » d’appeler le monde artistique américain à se mobiliser :« Les artistes en Amérique doivent être fiers et courageux, prendre des risques, se lever et parler comme on l’a fait dans les années 60 et 70. Toni Morrison disait que, quand les choses deviennent difficiles, c’est le moment où les artistes doivent se mettre au travail. L’art est la seule chose qui permet dépasser la polarisation, de sortir les gens de ces narratifs délétères dans lesquels ils sont englués. L’art agit sur les émotions: lorsque les gens ressentent, ils commencent à changer leurs croyances et leurs points de vue. Je reste optimiste. Mais il faudra se battre. »

[citations extraites de l’interview de « V » par Simon Brunfaut dans ‘’l’Echo’’ du 28 mars 2025  (https://www.lecho.be/culture/litterature/v-eve-ensler-trump-est-en-train-de-violer-l-amerique/10600226.html) ]

Je conclus cette longue réflexion que « V » a bien enrichie :

Si effectivement, je le crois, l’art peut être une arme contre le viol et toutes les formes de suprémacisme et de machisme, de racisme et d’impérialisme, je pense aussi que, en tant que chrétiens, disciples du Nazaréen qui aimait et respectait les femmes et les personnes différentes, les exclus de la société patriarcale, nous avons nous aussi à dire au nom de l’Evangile, dans toutes les situations où la force s’exerce sur le faible, une parole qui libère au lieu d’enfermer, et qui s’oppose fermement à la déshumanisation d’une part essentielle de l’humanité et à toute violence.

Ne laissons pas violer notre conscience !

Bernard Pönsgen, prêtre

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