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Transmettre… Quoi ? à qui ? Et pour quoi ?

Une rencontre récente avec un responsable diocésain de la catéchèse lors d’un conseil décanal, dont le sujet était : « La catéchèse renouvelée : où en sommes-nous cinq ans après ? » a fait monter en moi quelques réflexions.

D’abord un constat : La catéchèse des enfants n’attire plus guère, malgré tous les efforts mis en place pour la rendre attrayante et l’inscrire dans un contexte de liberté et de souplesse en supprimant ou réduisant les « obligations ». Le nombre de catéchisés (première communion mais surtout la profession de foi) est en baisse constante à peu près partout ; quant à ceux qui préparent la confirmation, il y a longtemps que le mouvement était amorcé. Cela pose pas mal de questions pour l’avenir des communautés chrétiennes.

La « catéchèse renouvelée » se veut décloisonnée, intergénérationnelle, communautaire. C’était le projet du diocèse lancé en 2019 après une très large consultation. Mais qu’il est difficile d’y arriver, tant les moyens humains (et l’intérêt) font souvent défaut ! On peut bien sûr justifier de cette désaffection par les crises que traverse l’Eglise actuellement et qui sans aucun doute ont un impact dans les familles en relativisant chez les parents la nécessité de transmettre quelque chose de la foi à leurs enfants. On parle déjà depuis des années de crise de la transmission

Justement à ce propos, je me suis interrogé sur ce que nous, les responsables pastoraux, mais aussi les animateurs de la catéchèse, les parents chrétiens – il y en a encore ! – , sur ce que nous voulons précisément transmettre : Que voulons-nous faire aimer à nos jeunes ? Jésus-Christ ? L’Evangile ? L’Eglise ? Notre héritage catholique, avec ses traditions et ses rites ? Des valeurs auxquelles nous sommes plus ou moins attachés ? Selon ce point de départ, nos objectifs et nos attitudes seront probablement différentes…

Quoi qu’il en soit, très souvent, nous nous heurtonsà un mur, les jeunes en question ne manifestant qu’un intérêt très limité (et qui cesse dès qu’on a décroché la récompense : la communion, la profession de foi…) pour ce qui leur apparaît comme quelque chose de tout-à-fait déconnecté avec leur vie.

Et si ce mur, c’était nous qui l’érigions ? Cela m’est apparu en découvrant que le questionnement était assez semblable pour les enseignants chargés de faire aimer la lecture à leurs élèves. La lecture, beurk ! – à l’ère des réseaux sociaux et des loisirs numériques… D’après une enquête Ipsos, un jeune de 16 à 19 ans sur trois ne lit pas du tout dans le cadre de ses loisirs ; et la tendance va en croissant. En fait, il se pourrait que les pierres avec lesquelles nous élevons le mur qui sépare les enfants, les jeunes et sans doute d’autres de la recherche attractive d’une vie de foi, soient les mêmes que celles qu’utilisent les « pédagogues » pour bâtir une muraille entre les jeunes et les livres.

Quelles sont ces ‘pierres d’achoppement’ ? Ces pierres, c’est de faire passer le dogme (« Il faut lire », « il faut croire », « il faut entrer dans l’Eglise ») avant la relation à l’enfant, aux jeunes. C’est notre obsession du résultat – et notre inquiétude sur notre aptitude à la pédagogie. « Nous autres, pédagogues, nous sommes usuriers pressés. Détenteurs du Savoir, nous le prêtons contre intérêts. Il faut que cela rende. Et vite, faute de quoi, c’est de nous-mêmes que nous doutons. » (Daniel Pennac, Comme un roman, Gallimard 1992)

Dans le cadre de l’enseignement de la lecture, les raisons de cette urgence, de ce besoin de rendement sont clairement identifiées, sinon justifiées : la nécessité de réussir ses études, d’acquérir des outils, des bagages conceptuels ou culturels (pourvu qu’ils n’apparaissent pas obsolètes à nos jeunes immergés dans l’ère de l’immédiateté et du zapping…).

Mais en Eglise, c’est quoi notre excuse, notre urgence ? Pourquoi sommes-nous à ce point obsédés de rendement ? Comment avons-nous glissé de « Je vous ai dit tout cela pour que ma joie soit en vous » (Jn 15,11) à : « c’est notre objectif qu’ils apprennent tout cela » ?

S’il y a quelque chose à « transmettre », n’est-ce pas d’abord avant tout une VIE ? – qu’elle soit spirituelle ou autre. Et dans ce cas, la transmission se vit dans les deux sens, du jeune vers l’adulte et de l’adulte vers le jeune. Arrêtons d’être les « possesseurs du savoir » ; soyons des vivants !  Je pense que souvent, nous essayons de faire boire des « ânes » qui n’ont pas soif alors que nous n’avons pas vraiment soif nous-mêmes : où en sommes-nous de notre recherche de foi, de vie et de sens ? Ne nous sommes-nous pas arrêtés en chemin voici longtemps… ?

Pour ceux que cela intéresserait, je me propose avec l’accord de M. le curé de lancer un groupe de partage biblique (Lectio divina) pour tout, adulte, jeune, qui aimerait sur base des paroles offertes dans les évangiles échanger avec d’autres sur la vie, la foi, l’amour, la mort, l’espérance… Aucune connaissance préalable requise !  Contactez-moi :

Abbé Bernard Pönsgen

Bernard.ponsgen@gmail.com

0493/50 53 18

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. » (Mc 4,26)

NEWSLETTER DE L’U.P. « PAYS DE SAINT REMACLE » STAVELOT-FRANCORCHAMPS DU 13 AU 20 OCTOBRE 2024

du 14 au 18 octobre 2024, le Vicariat de la Santé propose une Semaine de l’accompagnement spirituel en milieu hospitalier.  Le Vicariat de la Santé du diocèse de Liège a implémenté cette « semaine de l’accompagnement spirituel » pour sensibiliser les acteurs de la santé mais aussi le public – les chrétiens et les autres – à cette dimension importante du soin (le « care ») qui s’adresse à tout l’humain. Elle se déroule en particulier dans tous les hôpitaux, cliniques… où des équipes d’aumônerie sont actives. Renseignement et outils sur le site du Vicariat de la Santé.  Si cet accompagnement vous parle et que vous êtes intéressés à vous former pour vivre ce service avec d’autres, contactez l’abbé B.Ponsgen, aumônier de la clinique Reine Astrid de Malmedy.

Dimanche 13 Oct. À 17h à la chapelle de Ster, Concert d’automne de la Chorale « CRISNIR » de SterAvec la participation du Quatuor à cordes « Projet Ephémère. Entrée 8 € à partir de 14 ans. Réception à la salle l’Aurore après le concert.

Jeudi 17 Oct. À 20h au réfectoire des moines de l’abbaye de Stavelot : Dans le cadre des Fêtes septennales de Saint Remacle, Conférence de Mme Brigitte Neuray : « Les recherches archéologiques à l’Abbaye de Stavelot des origines à l’an mille« . Madame Neuray retracera l’histoire de l’Abbaye de Stavelot depuis ses origines à l’an mille. Les origines ont été peu explorées ainsi qu’avant sa construction. Aller jusqu’à l’an mille depuis les origines, c’est aussi parcourir une longue période historique et ses avancées dans le domaine de la construction. Madame Neuray a fait partie et aussi dirigé l’équipe d’archéologues qui a eu la chance de pouvoir fouiller la totalité du site de l’Abbatiale dans de bonnes conditions. Ses publications concernant ce site majeur sont toujours très attendues. Nous aurons la chance de l’écouter à nouveau et aussi de lui poser nos questions. Pour toutes et tous, amateurs d’histoire locale ou de la grande histoire.

Dimanche 20 octobre, 98e journée mondiale de la Mission universelle de l’Église : « Invitez tout le monde ». Comme le rappelle le pape François dans son Message pour la Journée Mondiale des Missions 2024, « L’évangélisation est une sortie inlassable vers toute l’humanité pour inviter tout le monde à la fête du Seigneur ». C’est à cette mission que Missio convie chaque baptisé.e tout au long de la campagne missionnaire 2024-2025. C’est dans cet esprit de solidarité universelle que Missio a choisi cette année de mettre en lumière l’Église-sœur du Sri Lanka pour laquelle la collecte sera réalisée dans les paroisses. Sur notre site Internet, vous trouverez assez d’informations pour contribuer au fonds de solidarité universelle de l’Église et nous aider ainsi à soutenir l’Église du Sri Lanka, via le numéro de compte de Missio : BE19 0000 0421 1012.

Connaissez-vous le site de l’unité pastorale « Pays de Saint Remacle » de Stavelot-Francorchamps ?   Ce site internet vous informe sur la vie et les activités dans notre Unité et ses différentes communautés paroissiales ; en plus de horaires des messes et des informations concernant la pastorale des baptêmes, des mariages, la catéchèse, etc., vous y trouverez des réflexions sur l’actualité et les évènements religieux, des homélies, des invitations pour des concerts ou autres manifestations culturelles ou caritatives. Si vous ne le connaissez pas encore, emportez un des flyers au fond de votre église ou bien surfez sur https://paysdesaintremacle.wordpress.com . Bonne visite !

7 octobre 2023 – 7 octobre 2024.

Un an et combien de morts, de part et d’autre… ? De blessés ? De destructions, de vies à jamais broyées et de rêves écrasés sous les bombes… ?

J’assiste comme vous depuis un an, impuissant, à ce déchaînement de violence qui s’abat sur le Proche-Orient depuis l’attaque meurtrière du Hamas ce jour fatidique du 7 octobre, qui pour les chrétiens catholiques correspond à la fête de Notre-Dame du Rosaire. Il ne semble guère y avoir de rapport entre ces deux faits.

Cependant, la fête de Notre-Dame du Rosaire aurait été instituée suite à la bataille de Lépante en 1570 contre les Turcs. Les puissances de l’époque se disputaient alors le contrôle de la méditerranée. Mis en échec devant Malte en 1565 par la défense héroïque des chevaliers de l’ordre de Malte, les Turcs continuèrent pourtant leurs offensives sur ce qu’on appelait alors « la chrétienté », au point qu’en 1570 le pape Pie V invita les princes occidentaux chrétiens à se joindre à la « sainte Ligue » de résistance – une croisade – qu’il voulait mettre en place. Seuls les Espagnols, Venise et les différentes principautés italiennes répondent à l’appel du Pape. La division religieuse du protestantisme rend indifférente une bonne partie de l’Europe.

En infériorité numérique, en navires comme en hommes, les chrétiens sont néanmoins galvanisés par les harangues de leur chef, Don Juan d’Autriche, qui les exhorte au nom du « Dieu des armées » et qui leur distribue en quantité médailles, scapulaires et rosaires. La bataille tourne à l’avantage des chrétiens et les Turcs sont défaits. Le pape Pie V attribue la victoire à l’intercession de la sainte Vierge et fixe une fête de Notre-Dame des Victoires à la date du 7 octobre. Plus tard, la fête prend le nom de fête de Notre-Dame du Rosaire.

On a du mal aujourd’hui à comprendre qu’on puisse se réclamer d’une volonté divine pour justifier une guerre, ou attribuer à une intervention de la Mère de Dieu ou d’un autre saint, la victoire sur les ennemis. Certains, pourtant, se servent toujours de cette justification lorsque leurs intérêts sont en jeu. Le mot même de « croisade » contre « l’axe du mal » – n’a-t-il pas été évoqué par le président américain George W. Bush lors d’une allocution au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 pour qualifier l’intervention des forces américaines contre l’Irak de Saddam Hussein ?

Aujourd’hui, il semblerait qu’on est pareillement sorti de la rationalité dans le conflit qui oppose Israël non seulement au Hamas et au Hezbollah, mais aux populations de Gaza, de Cisjordanie et du Liban qui paient très cher les frais d’une guerre qui se veut « totale », selon les mots du premier ministre d’Israël. Pour éradiquer le mal, la capacité des organisations terroristes de frapper à nouveau, jusqu’où peut-on aller ? Sans justice, il ne pourra y avoir de paix. Or, chez les extrémistes juifs ou palestiniens, iraniens, on dénie clairement de part et d’autre le droit d’exister en tant que peuple, ou Etat. Chaque coup reçu en entraîne un autre, plus fort, en réponse – sans aucun respect pour les civils innocents. Ce qu’on appelle pudiquement « les dégâts collatéraux » est complètement négligé. Et les discours sont aussi meurtriers que les armes : il est même question chez certains de « guerre d’extermination » pour « nettoyer ethniquement » des territoires…  Cela nous rappelle de tristes souvenirs : la guerre entre la Serbie et les musulmans de Bosnie-Herzégovine (Srebrenica), le Rwanda, le Kosovo, … et même la Shoah.

Pourquoi l’histoire doit-elle sans cesse se répéter ? Il faudra bien qu’un jour les humains apprennent à vivre ensemble quelle que soit leur culture, leur race, leur religion… et sans que ce soit le droit du plus fort qui doive toujours gagner. Mais quel long chemin à faire, quand les armes se seront tues ! La haine, la rancœur et le désir de vengeance, elles, ne désarment pas si vite. Pour aider ces peuples à s’engager sur ce chemin de réconciliation, les chrétiens n’auraient-ils pas une certaine mission que l’Evangile leur confère, ces chrétiens d’Orient qui ont eux aussi payé un lourd tribut à cause de cette guerre : beaucoup sont partis mais certains sont restés, et témoignent que le vivre-ensemble est possible si on s’accepte d’abord en tant qu’humains, et fils du même Dieu. Joignons nos prières aux leurs, et donnons chez nous le même exemple d’accueil et de respect des différences !

Bernard Pönsgen


L’œuvre de la justice sera la paix, Et le fruit de la justice le repos et la sécurité pour toujours. Isaïe 32,17

Semez selon la justice, moissonnez selon la miséricorde, Défrichez-vous un champ nouveau! Il est temps de chercher l’Eternel, Jusqu’à ce qu’il vienne, et répande pour vous la justice.
Osée 10,12

Tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre, sera délié dans le ciel.

Matthieu 18,18

NOUS SOMMES EN GUERRE

Ce 4 octobre, fête de saint François d’Assise et clôture du mois pour la Création, je voulais vous partager ces lignes :   

« Ne vous mentez pas, nous sommes en guerre. En fait, la paix n’existe pas. Nous n’en connaissons que des simulacres. Pour que la paix devienne un jour réalité, il faudrait non seulement que tous les humains la désirent, mais également qu’ils évoquent la même chose quand ils en parlent. Or, personne ne lui donne un sens identique. Pour certains, la paix n’est qu’une situation permettant d’exploiter les populations, pour d’autres d’exploiter la nature, pour d’autres encore de favoriser leur nation ou d’entasser de l’argent dans les coffres-forts. En réalité, les gens, surtout les dirigeants et les puissants, attendent de la paix un bénéfice comparable à celui de la guerre : leur profit, leur impunité, le maintien de leurs privilèges, leur plaisir immédiat plutôt que le salut de l’humanité ou des générations à venir. Abandonnons cette illusion de paix et engageons-nous dans la véritable guerre, celle qui a commencé sans prévenir et que nous devons remporter.

Vous, les adultes, vous érigez la consommation en but, la concurrence en modèle unique. Vous corrompez notre enfance et les années qui suivront votre départ. Ni matures ni responsables, vous, les adultes, vous ne méritez pas ce titre. Nous sommes en guerre. Qui est l’ennemi ? Nous-mêmes, cette humanité arrogante, pleine d’insouciance ! »

Éric-Emmanuel SCHMITT, La Lumière du bonheur, pp. 331-333

XXX

Ces mots mis dans la bouche de Britta Thorensen, personnage du roman de l’auteur et fac-simile de la jeune activiste écologiste Greta Thunberg, ont des accents de vérité car ils mettent le doigt sur l’illusion que nous avons tous d’un ‘état de paix’ qui n’est qu’apparent parce qu’il repose sur des rapports de force économiques et financiers et qui sont pour l’instant en notre faveur, mais qui sont complètement défavorables et même destructeurs envers de nombreuses autres parties du monde, et, à terme, à l’ensemble de l’humanité nous compris.

Je fais partie de ces adultes que Greta Thunberg prend souvent à partie. Je ne sais pas quel monde nous allons laisser aux générations suivantes – je n’ai pas d’enfants, cela ne m’empêche pas d’être hanté par cette question. Je voudrais quand je rendrai mon dernier souffle ne pas devoir me dire : Qu’as-tu fait – ou pas fait – pour que les enfants du futur ne tombent pas dans un monde en guerre complète et totale ? (C’est ce que nous prédisent beaucoup d’observateurs et de scientifiques qui analysent l’état de la planète.) 

Éric-Emmanuel Schmitt parle en effet lui aussi de guerre : « Nous sommes en guerre », fait-il dire à son personnage Gretta Thunberg. Mais ne nous trompons pas de guerre ! Nous ne sommes pas en guerre contre les migrants, les réfugiés qui par milliers et bientôt par millions, essayeront de se soustraire à un sort complètement injuste qui les condamne à une mort lente ou une existence épouvantable dans des conditions dont aucun de nous ne voudrait. Eux aussi sont victimes – avant nous – de nos comportements inconsidérés et de leurs impacts sur le climat. Nous ne sommes pas en guerre contre les touristes, ceux qui prennent occasionnellement l’avion pour s’offrir des vacances bien méritées et découvrir des pays qui ont bien besoin de cette manne financière. Mais nous sommes en guerre contre les opérateurs touristiques, les propriétaires de paquebots géants, les avionneurs et les gestionnaires d’installations aéroportuaires qui avec le soutien de leur gouvernement augmentent sans cesse l’offre et permettent un surtourisme qui génère de plantureux bénéfices pour eux, et une dégradation catastrophique de l’environnement – du climat.

Nous pouvons continuer cette énumération. Nous ne sommes pas en guerre contre les automobilistes, en particulier ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir une voiture électrique coûteuse, ni contre les petits propriétaires ou locataires qui faute de moyens ne peuvent pas investir dans des panneaux photovoltaïques, isoler leur habitation ou installer des pompes à chaleur. Mais nous sommes en guerre contre les gros producteurs de pétrole et de gaz qui ont si bien su rendre nos économies dépendantes des combustibles fossiles avec la complicité des puissants ; nous sommes en guerre contre les lobbys industriels et les gouvernements qui retardent autant qu’ils peuvent l’application de mesures visant à créer une mobilité propre où la voiture personnelle prend moins de place, et un habitat sain et moins gourmand en énergie, accessible à tous quel que soient leurs revenus. Nous ne sommes pas en guerre contre le petit paysan brésilien qui met le feu à un petit coin de la forêt amazonienne pour planter ses cultures vivrières et nourrir sa famille, mais nous sommes en guerre contre les grands consortiums agro-alimentaires qui importent à grande échelle des milliers de tonnes de soja pour produire chez nous de la viande, et qui obligent les amazoniens à défricher d’immenses zones boisées pour produire ce soja ou l’huile de palme utilisée dans notre industrie de transformation alimentaire.  

Ne nous trompons donc pas de guerre. Mais que nous le voulions ou non, nous y sommes tous engagés, co-responsables, car laisser faire, c’est consentir à ce que l’on obère définitivement l’avenir de nos enfants. Ce que le pape a nommé « le péché contre la création ». Faisons ce qui est à notre portée, chers amis, en choisissant ce que nous mangeons, ce que nous consommons, les vêtements et les comportements de déplacement qui ont le moins de coût en termes d’empreinte carbone. Chaque petit geste compte pour éteindre l’incendie, en petits colibris porteurs d’eau que nous avons le bonheur d’être tous ensemble si nous le voulons !   

En cette fête de saint François d’Assise, ne pourrions-nous pas nous rappeler qu’il y a de la joie, une ‘’sainte joie’’ à pratiquer la sobriété, en usant avec respect et modération des biens que nous offre la création ? – et en esprit de partage, car la Terre ne nous appartient pas en propre, elle est à tous et surtout aux générations à venir.

Bonne fête à tous les François et à ceux-celles que son esprit anime !

Bernard

Précédent article : « Tueurs à gage ? » : https://paysdesaintremacle.wordpress.com/actualite/

Quelques citations encore de Greta Thunberg :

«On n’est jamais trop petit pour faire une différence.»

«Nous ne pouvons pas sauver le monde en respectant les règles. Car les règles ont besoin d’être changées. Tout doit changer et cela doit démarrer aujourd’hui.»

«Plus grande est votre empreinte carbone, plus grand est votre devoir.»

«Vous ne parlez que d’aller de l’avant avec les mêmes mauvaises idées qui nous ont mis dans ce pétrin, même si la seule chose raisonnable à faire est de tirer le frein à main.»

«Nous devons coopérer et partager les ressources de la planète de façon équitable. Nous devons commencer à vivre dans les limites de ce que la planète propose, à nous concentrer sur les questions d’équité, et prendre quelques pas de recul au nom de la vie des différentes espèces. Il faut que nous protégions la biosphère. L’air. Les forêts. La terre.»

«Quand on commence à agir, l’espoir est partout. Alors, au lieu d’attendre l’espoir, cherchez l’action.»

«Nous savons que les hommes et femmes politiques ne veulent pas nous parler. Très bien, nous ne voulons pas leur parler non plus. À la place, nous voulons qu’ils parlent aux scientifiques, qu’ils les écoutent enfin.»

«Résoudre la crise climatique est le défi le plus important et le plus ambitieux que l’Homo sapiens ait eu à affronter. La solution est pourtant si simple que même un enfant pourrait la comprendre.»

«Notre maison brûle. […] Je veux que chaque jour vous ayez peur comme moi. Et je veux que vous agissiez. Je veux que vous agissiez comme si vous étiez en crise. Je veux que vous agissiez comme si notre maison était en feu. Parce qu’elle l’est.»

«Et pourquoi au juste est-ce que je devrais étudier pour un avenir qui pourrait bientôt ne plus exister parce que personne ne fait rien pour le sauver? Quel est l’intérêt de suivre les enseignements du système scolaire quand les plus grands scientifiques issus du même système ne sont pas écoutés par nos politiques et nos sociétés?»

«Tant que vous ne commencez pas à vous concentrer sur ce qui doit être fait plutôt que sur ce qui est politiquement possible, il n’y a aucun espoir.»

«En arrivant dans le port [de New York], je me suis réveillée et j’ai tout à coup senti quelque chose. C’était l’odeur de la pollution.»

«J’ai le syndrôme d’Asperger et cela signifie que suis parfois différente de la norme. Et dans les bonnes circonstances, le fait d’être différente est un superpouvoir.»

«Vous dites que vous aimez vos enfants. Pourtant, vous volez leur avenir sous leurs yeux.»

«Un murmure peut être plus puissant qu’un cri.»

« Tueurs à gage » ?

Une phrase certainement maladroite du pape François dans l’avion qui le ramenait dimanche dernier à Rome a fait bondir pas mal de monde, dont évidemment les tenants de la laïcité qui n’ont pas manqué de le tacler dans les médias : Le pape, interrogé par les journalistes qui voyagent avec lui, a comparé l’avortement à un homicide, et a ajouté que les médecins qui s’y prêtent sont, selon son expression, « des tueurs à gage ».

Cela a relancé la polémique sur le sujet de l’interruption de grossesse, d’autant plus que le pape venait d’annoncer l’ouverture de la cause de béatification du roi Baudouin qui avait refusé de signer la loi de dépénalisation de l’avortement.

Il faut bien reconnaître que le sujet divise les chrétiens catholiques eux-mêmes. Tous ne partagent pas cette sorte d’intransigeance de l’Eglise qui met les droits de l’enfant à naître au dessus du droit de la femme à disposer de son propre corps. Cela est perçu dans les milieux féministes en particulier comme un mépris des femmes que l’Eglise voudrait, selon eux, réduire à être des « pondeuses d’enfants » – et le discours du pape à l’UCL Louvain, qui a été très mal compris, a encore renforcé cette impression (Je vous invite à le relire en intégralité sur le site de RCF, il est bien plus profond que les échos qu’on en a donnés).

Partisans comme détracteurs ne font pas souvent dans la nuance, hélas. Et l’on se regarde en chiens de faïence, les ‘pros’ comme les ‘antis’, peu disposés à écouter les arguments les uns des autres.

Le problème du pape, c’est qu’il évolue dans des milieux où il n’est presque jamais contredit, et où il ne risque guère d’entendre d’autres sons de cloche que ceux de la bonne parole catholique. Il ne s’est donc pas méfié, et a répondu à l’emporte-pièce aux journalistes qui n’attendent que ça. Or, la position et le discours de l’Eglise concernant l’avortement est beaucoup plus nuancée que cette espèce de « cri du cœur » d’un pontife sans doute effrayé et profondément attristé par l’avalanche actuelle des avortements chez nous et dans le monde (voir statistiques en bas de page).

On sait tous, et le pape aussi, qu’un avortement, qu’il soit volontaire ou subi, n’est jamais une partie de plaisir pour la femme (et je dirais aussi pour la plupart des médecins pour qui ce n’est pas un simple acte technique banal). Il y a beaucoup de souffrances psychologiques et parfois de déchirements derrière cette décision. Et même si on ne reconnaît pas que l’embryon humain est, comme l’affirme l’Eglise, une personne, qui peut dire que l’acte de supprimer cette vie à naître est un « bien » ? Tout au plus peut-on reconnaître que, dans certaines conditions évidemment, l’IVG est un « mal nécessaire », ou un « moindre mal ». Un mal pour éviter un mal plus important encore… Or c’est souvent sur ces conditions que l’on diverge et s’affronte.

 Il est bon aussi de rappeler qu’en dernier ressort, la décision, le choix appartient à la femme ; cela, même l’Eglise catholique le reconnaît quand elle affirme qu’en matière de morale, c’est en fin de parcours la conscience de chacun qui doit guider les actes. Mais, ajoute-t-elle, la conscience doit toujours être éclairée. Et que la personne qui doit prendre la décision soit accompagnée positivement, humainement, psychologiquement et spirituellement, pour la résolution de son choix ; pas seulement médicalement. Et là aussi on a des divergences d’approche selon les centres auxquels on s’adresse, et qui sont souvent porteurs d’une certaine idéologie « pro » ou « anti ». Trop souvent on vient avec des a priori mentaux pour presque forcer ou pousser la personne, enceinte malgré elle et souvent en détresse, soit à le garder, soit à s’en débarrasser. Rien ne m’énerve plus, par exemple, que certains discours des pro-vita qui argumentent – sans avoir vécu eux-mêmes ce genre de situation – en se servant de photos glauques ou de films d’avortement !  C’est de l’idéologie !  Mais il y a des pressions toutes aussi insupportables de l’autre bord…

Il est sain d’avoir des débats. Il ne faut pas en avoir peur. Surtout quand il s’agit de sujets aussi importants que la vie humaine à son commencement ou à sa fin. Car on touche à ce qui est le plus essentiel ; le respect de l’humain, sa dignité, l’encadrement et le soutien dû aux personnes qui vivent ces situations, en préservant leurs droits et en protégeant les plus faibles. C’est l’honneur d’une société démocratique d’en débattre, à condition que cela se fasse dans le respect des personnes et par des arguments fondés rationnellement et non pas seulement émotionnels. (De ce point de vue, traiter des médecins de « tueurs à gage » est injustifié.) Le rôle de l’Eglise devrait être, en matière éthique, de proposer une « règle générale », comme le fait Jésus dans l’Evangile quand il dit que le divorce (la répudiation) n’est pas un bien – et qui pourrait le contester ? – mais elle devrait davantage laisser les personnes confrontées à ces choix pouvoir prendre elles-mêmes ces décisions sans les juger. Qui sommes-nous pour cela ? N’empêche que nous avons besoin de balises pour éclairer nos choix. 

D’autre part, la loi n’arrange pas tout. Elle n’est d’ailleurs jamais définitive, le point final des discussions. On a le droit de contester une loi si on l’estime injuste moralement. La question de la dépénalisation totale ou celle de l’inscription du droit à l’IVG dans la constitution est délicate, car on supprime ainsi le tabou « Tu ne tueras point », un garde-fou dont le rôle est justement de protéger la vie humaine. Toute vie humaine. Maintenir ce tabou dans un cadre juridique légal n’était pourtant pas incompatible avec des exceptions liées aux conditions par exemple concernant la santé de la mère, la façon dont a eu lieu la procréation (viol, contrainte morale ou autre), et toute autre condition sur lesquelles les législateurs pouvaient se mettre d’accord. Plus délicat encore, la question du moment de la grossesse au-delà duquel l’IVG ne serait plus admis… À partir de quel moment l’embryon peut-il être considéré comme une personne ? L’Eglise dit : dès la conception. Les partisans du droit absolu à l’avortement disent : seulement s’il y a un « projet d’enfant », c-à-d si l’enfant est désiré. Entre les deux positions, totalement contradictoires, il est compliqué de s’accorder.

Je voudrais réfléchir avec vous deux minutes à ce concept de « projet d’enfant ». Justement, l’Évangile de ce dimanche nous donne l’occasion de nous poser la question : Qu’est-ce que c’est, accueillir un enfant ?  Depuis Descartes, la culture européenne a pour projet de nous faire devenir « maître et possesseur de la nature ». Cela déteint sur l’enfant, qui devient « un projet parental » et non un être à accueillir ; une réussite à programmer et non la confiance en une potentialité propre. Une certaine mentalité contraceptive nous a déjà habitué à « faire » un enfant quand nous le voulons, comme on commande sur Amazon. Si ce n’est pas le bon moment, mieux vaut l’éliminer… La peur de l’avenir nous pousse à fabriquer l’enfant à venir : il doit être à l’abri de tout risque, sa voie doit être tracée par le désir parental, la société doit répondre à certains critères pour qu’il s’y insère etc. etc.

Or dans la foi chrétienne, l’enfant n’est pas à faire, mais à accueillir. Le rituel du sacrement de mariage le dit bien dans la question du prêtre aux fiancés : « Êtes-vous prêts à accueillir les enfants que Dieu vous donnera ? »

Accueillir un enfant, c’est le laisser venir à la vie même lorsque les parents ne l’ont pas programmé (évidemment, je ne parle pas du viol !), même s’il est handicapé, même s’il naît en milieu pauvre ou difficile. Faire un enfant, au contraire, c’est le soumettre à un rêve parental, aux critères de réussite et de survie imposés par la mère et/ou le père. Je ne prétends pas, et l’Eglise non plus, qu’il ne faille aucune prévision de la part des parents pour que l’enfant puisse être accueilli dans de bonnes conditions, évidemment, mais c’est une question de mentalité, vous m’avez compris. L’exemple extrême a contrario serait celui de ces femmes de plus en plus nombreuses qui ont sacrifié leur désir d’enfant à leur carrière, et qui une fois arrivées à un âge où normalement on ne sait plus avoir d’enfant, recourent à des technologies médicales très poussées (et lucratives pour les praticiens) pour en « faire » à tout prix, avec en prime des embryons surnuméraires qui pourront servir à la recherche ou dans l’industrie cosmétique.

Dans notre Évangile, Jésus demande d’accueillir le Royaume de Dieu comme on accueille un enfant. Il est alors logique qu’une culture qui accueille peu d’enfants (et on assiste aujourd’hui à une chute vertigineuse de la fécondité dans nos pays – surtout les pays les plus riches) – logique donc qu’une culture qui accueille peu d’enfants s’éloigne d’elle-même de cet Évangile.

Si nous ne savons pas accueillir, mais seulement faire, fabriquer, programmer, ne nous étonnons pas d’être très éloignés du Royaume de Dieu !

Bernard P.

N.B. À propos des enfants qui viennent au monde dans de mauvaises conditions, il est quand même intéressant de constater qu’il n’y a pas toujours une malédiction qui les poursuit toute leur vie : Ainsi, savez-vous que Beethoven était fils d’un alcoolique, brute notoire, et d’une mère tuberculeuse ? Steve Jobs, ce génie de l’informatique, a été abandonné à sa naissance par un père syrien et une mère célibataire.

Plus près de nous, les Jeux paralympiques de Paris 2024 nous ont montré des athlètes étonnants, comme ce nageur brésilien Gabrielzinho né sans bras, mesurant 1,22m, avec deux petites jambes difformes, devenu pourtant triple médaillé or paralympique à Paris… 

Qui peut prétendre maîtriser absolument le destin d’un petit être humain ? Qui peut prédire ce qu’il va devenir ? 

Complément d’info : 

En 2022, le nombre d’IVG en France a atteint 234 300, en augmentation de 7,2 % par rapport à l’année précédente. La même année, le nombre de naissances a décru de 2,2 % pour un total de 726 000 naissances. Cela signifie qu’une grossesse sur quatre (24,4 %) est interrompue volontairement par une IVG.

 SOURCE : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiquesur drees.solidarites-sante.gouv.fr (consulté le )

Je n’ai pas trouvé de statistiques pour la Belgique, mais les tendances (la proportion) doivent être grosso modo comparables.

« Ne l’empêchez pas » (prédication pour le 26è dimanche B)

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https://les-homelies-du-padre.blogspot.com/p/b-dim-26-ne-lempechez-pas.html