Cette semaine, du 26 au 29 septembre, le pape François reprendra son bâton de pèlerin pour effectuer une visite pastorale (très ?) attendue en Belgique, à l’occasion des 600 ans de la KUL-UCL de Louvain. Le public catholique belge a réagi de façon assez contrastée, beaucoup disent ne pas se déplacer à Bruxelles pour la messe finale au stade Roi Baudouin (35.000 places distribuées), contrairement aux grands déplacements de foule auxquels on avait assisté lors de la première venue du pape Jean-Paul II en 1985 (100.000 personnes à Koekelberg, 180.000 à Gand, plusieurs dizaines de milliers à Banneux…), laquelle avait revêtu un aspect plus pastoral dans les différents diocèses. N’empêche que c’est un événement qui aura un retentissement sur la vie de notre Eglise et la perception qu’elle donne d’elle-même à l’extérieur.
Là où François est certainement attendu, c’est sans aucun doute sur le sujet douloureux des abus sexuels dans l’Eglise, et que les médias ont largement mis en exergue : la parole des victimes sera directement entendue par le pape, au travers d’une rencontre personnelle (et discrète) avec une délégation de victimes belges. Probablement le pape aura-t-il l’occasion de s’exprimer à ce sujet lors de ses interventions ou homélies. Beaucoup parmi ces victimes souhaitent d’ailleurs le voir prononcer une demande de pardon et une reconnaissance de faute au nom de toute l’Eglise, pour toutes les victimes passées et présentes, chez nous et dans le monde. Le fera-t-il ? C’est possible – car si ces abus ont bien été commis par des personnes particulières et qui doivent être jugées en tant que telles, l’institution Eglise, elle, peut être considérée comme coupable d’avoir laissé s’installer les conditions favorables pour que de tels actes criminels aient lieu, et surtout d’avoir cherché à les minimiser ou à les occulter, et de n’avoir pris que tardivement des mesures – souvent jugées insuffisantes – pour empêcher leur commission à l’avenir. En tout cas, chacun – y compris chez les catholiques – attend du pape François une parole forte qui soit source de libération, de guérison et de reconstruction, ce qui implique une nécessaire reconnaissance du mal commis et, au-delà de la compassion envers les victimes, un engagement vers une indispensable transformation des fonctionnements internes de l’Eglise.
Comment l’Eglise de Belgique – et l’Eglise universelle – pourra-t-elle surmonter ce cataclysme traumatisant qu’a provoqué dans les consciences des croyants et des autres toutes ces révélations de ces dernières années ? On a l’impression que cela ne doit jamais finir : les récentes divulgations concernant l’Abbé Pierre ajoutent encore de la consternation, sinon de la révolte devant l’incroyable, l’innommable.
Pour reprendre le Frère dominicain Laurent Mathelot entendu dimanche sur RCF-Belgique (« Décryptages »), qui répondait aux questions de la journaliste : Arriverons-nous un jour à bout des histoires de prédateurs ? Est-ce qu’on doit s’attendre à ce que chez toutes les grandes figures de l’Eglise on découvre après leur décès des affaires comme cela ? – Laurent Mathelot souligne que, en effet, » c’est toujours ‘tomber de haut’ pour chaque cas, chaque cas est toujours une déception humaine et l’humanité qui tombe de haut. C’est le cas de l’abbé Pierre, qui chute de son piédestal, et c’est le cas aussi de tous ceux qui l’y avaient mis. Il y a tellement de cas, c’est vrai ; on se dit alors « un de plus, malheureusement » et on finirait peut-être par s’habituer à ce genre de révélation : c’est certainement ce qu’il ne faut pas faire. «
Comme de se résigner au fait que l’on découvre des cas et ça devient finalement « normal » : c’est toujours anormal ! Maintenant, dit-il, « je pense qu’il y a des gens très honnêtes dans l’Eglise et qu’ils sont la majorité ; mais certainement, on en trouvera encore de ces prédateurs à mesure qu’on participera à ce phénomène de mise sur un piédestal de quiconque. Nous sommes tous faillibles et il n’y a pas de place pour l’adoration, l’adulation de quiconque dans l’Eglise. Mais il reste bien des personnes très humbles dans l’Eglise, potentiellement des saints, et dont on découvrira la grandeur de cœur ; et on ne découvrira que ça. Bien sûr, il y aura toujours du péché et des pécheurs tant qu’il y aura des hommes (et des femmes car l’inceste féminin est encore un grand tabou), et c’est bien pour cela que des ‘kyrie’ seront toujours priés à la messe, mais tout le monde peut tomber dans la violence un jour et devenir un agresseur. Le danger est plus grand quand on est dans une situation d’aura, de pouvoir (et même un pouvoir sacré, comme chez les clercs), où il est facile de mettre la main sur des personnes en situation de fragilité. »
Maintenant, concernant la réaction d’Emmaüs et celle du Vatican qui est assez tardive – car on sait qu’ils savaient, en tout cas pour ce qui est du pape, depuis 2007 (année du décès de l’Abbé Pierre), Laurent Mathelot estime que c’est une réaction ‘a minima’ : oui, ils ont mis les documents à disposition de qui voulait rechercher ; oui, ils ont mis en place des centres d’écoute et proposé des dédommagements ; mais ils ont d’abord gardé le silence. Aujourd’hui, la réaction doit être plus forte, dit Laurent Mathelot. En particulier tout le discours qui se centre toujours sur la personne de l’Abbé Pierre : aujourd’hui, ce sont les victimes qui doivent parler, il faut que ce soit elles qui racontent leur histoire. Il faut que ces victimes puissent livrer leur propre témoignage, toutes celles d’Emmaüs mais aussi de l’Eglise de France, de Belgique… La question du silence des victimes est une question très complexe ; les victimes de viol sont elles-mêmes dans un grand silence qui peut durer longtemps. Il y a un état de sidération. Il y a des gens qui n’ont parlé qu’après 60 ans ou avant leur mort. On ne doit pas non plus ignorer la sidération, la consternation de ceux qui découvrent les faits – en particulier quand on est un chrétien engagé dans une association comme Emmaüs et qu’on trouve que celui que toute l’association et le monde idolâtrait, que cet homme idéalisé a failli – il faut donc nuancer la question du silence, mais il faut aussi permettre aux victimes de rompre le silence en se libérant du poids de la honte et de la culpabilité ressenties, afin que la honte change de camp.
En cela donc, la démarche du pape François qui a accepté de rencontrer les victimes d’abus lors de sa visite en Belgique est certainement positive ; sera-t-elle suffisante ? Tout dépendra de la suite que l’Eglise-institution donnera à cette crise de la violence intra-ecclésiale qui n’est pas qu’un épiphénomène accidentel mais révélateur d’un profond dysfonctionnement. Encore trop masculine et méfiante par rapport aux femmes et au féminin, mal engoncée dans son discours sur la sexualité, trop strictement hiérarchisée et pas assez fraternelle – sororelle! , l’Eglise de demain devra s’interroger sur son rapport à l’humain et à la vie pour ne pas recréer des situations de dépendance néfastes et potentiellement abusives.
Bienvenue donc, cher pape François ! Mais ce thème ô combien important pour que les catholiques retrouvent leur confiance et espoir en l’avenir de l’Eglise, ce thème ne doit pas éclipser tous les autres sujets que l’Esprit Saint vous suggérera d’aborder ! Et ils sont certes nombreux et pressants en ce premier quart du XXIè siècle…
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(méditation à partir d’Isaïe 50, 5-9 et de Marc 8,27-33)
Il est de bon ton aujourd’hui de se moquer du christianisme et des chrétiens, en particulier dans les sphères médiatiques et culturelles.
Le dernier exemple en date est sans doute la parodie de la « Dernière Cène » lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Paris, le tableau célèbre de Léonard de Vinci, au cours de laquelle des drag-queens ont remplacé le Christ et les apôtres. Malgré le respect que l’on peut et doit avoir pour ces minorités sexuelles, cette évocation tournant en dérision un élément central de la foi chrétienne et de la sensibilité des croyants, n’était certainement pas du meilleur goût et ne rendait pas honneur à la France, « fille aînée de l’Eglise » comme la nommait Jean-Paul II.
Un certain climat antireligieux se répand chez nous, qui se nourrit entre autres des amalgames simplistes que l’actualité hélas facilite : religion = terrorisme ; religion = facteur de guerres, de conflits ; religion = abus, violence, racisme, mépris des femmes, etc…, en faisant abstraction de toute nuance et en encourageant dans le public les jugements à l’emporte-pièce. On ne se donne plus la peine d’analyser en profondeur, en essayant de comprendre comment des religions, en soi bénéfiques et inoffensives, sont hélas parfois détournées et instrumentalisées pour servir à des fins perverses.
La stigmatisation et la raillerie vis-à-vis des chrétiens se révèle parfois de façon plus sournoise, par exemple au travers du harcèlement scolaire vis-à-vis d’élèves qui n’ont pas pu éviter de révéler leur attachement à la religion catholique. Ce phénomène existe depuis des décennies, mais il prend aujourd’hui de l’ampleur dans certains milieux.
Mais cela n’est encore rien à côté des persécutions violentes que subissent de très nombreux chrétiens dans le monde : dans des pays comme la Chine, l’Inde, L’Iran, le Nigéria, le Vietnam, la Libye, le Soudan, le Pakistan, la Corée du Nord, l’Azerbaïdjan etc. L’ONG ‘Portes Ouvertes’ estime que 365 millions de chrétiens dans le monde en 2023 ont été discriminés, exilés, tués, violés, spoliés etc. au nom de leur foi !
L’Europe n’est pas épargnée : Pour l’année 2022, on a documenté 748 crimes de haine anti-chrétiens dans 30 pays différents, allant des attaques incendiaires sur des églises, des graffitis, des profanations et des vols, aux attaques physiques, insultes et menaces. Ces chiffres correspondent à ceux du rapport de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) sur les crimes de haine, publié le même jour, comptant 792 crimes de haine anti-chrétiens dans 34 pays. Ces chiffres sont en augmentation chaque année. Mais ils ne peuvent pas rendre compte de tous les menus actes de vandalisme non recensés, des dégradations volontaires à l’encontre de symboles chrétiens, ou des pressions négatives, des petits harcèlements ou carrément des actes d’exclusion dans le monde du travail et de l’entreprise…
La représentante et chercheuse de l’OSCE, Regina Polak, déclare cette évolution profondément inquiétante et invite les gouvernements et la société à prendre conscience de ce problème et à prendre des mesures politiques afin de le combattre ‘de manière décisive’. (Je n’ai pas l’impression que c’est au top des préoccupations de nos élus…)
Cependant, le pire consiste sans doute dans la tendance qui se marque actuellement à empêcher de plus en plus souvent la prise de parole des chrétiens dans l’espace public : en la disqualifiant systématiquement ou en empêchant tout discours qui ne se réfère pas à la ‘pensée unique’ diffusée par les courants d’opinion majoritaires et laïques – en particulier sur les thèmes d’éthique, de justice ou de respect des croyances.
Après tout cela, comment ne pas reconnaître dans le passage si interpellant d’Isaïele modèle même du chrétien persécuté ? (Mais on pourrait dire aussi, celui du Juif persécuté, du Musulman, ou de l’adepte de toute autre minorité religieuse…)
« Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. » (Is 50,5-9)
La tradition chrétienne a relié ce portrait à la personne du Christ ; d’ailleurs on lit ces lignes lors de la célébration de la Passion le Vendredi-Saint.
Comment réagir ? (face à la stigmatisation, à la moquerie, à la persécution)
On ne peut évidemment répondre à la violence par la violence. Ni au mépris par le mépris.
Peut-être n’est-il pas inutile de se rappeler qu’en d’autres temps, c’étaient de bons chrétiens alors majoritaires et dominants qui harcelaient ou persécutaient les Juifs, les athées, les « mécréants ». Donc, ne nous prenons pas pour des anges ou des martyrs – mais ne laissons pas non plus nous culpabiliser inutilement les discours faciles et sans nuances (car anachroniques et hors contexte) sur l’inquisition, les croisades – ou plus récemment encore, les adoptions forcées d’enfants de mères célibataires par des institutions religieuses au siècle dernier (émission RTBF ‘’Investigations’’ de ce mercredi 11/09) ; ne les laissons pas nous culpabiliser : les chrétiens ne sont pas plus responsables de la shoah, par exemple, que les laïques libres-penseurs actuels de la Terreur révolutionnaire du temps de Robespierre.
L’humain a toujours été tenté par la violence, et cela même quelquefois au nom de motifs élevés ou pour ce qu’il estimait être le ‘bien commun’. « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour tout le peuple » affirmait le grand-prêtre Caïphe en condamnant Jésus.
Malheureusement, nous le savons, la violence et la haine engendrent la haine et la violence. L’illustration la plus affligeante et terrible de ce cercle vicieux est bien le conflit israélio-palestinien, envenimé par des décennies d’injustices et d’éclats de haine meurtrière réciproque, qui est entré dans un paroxysme absolu après le 7 octobre 2023 et dont on ne voit pas une issue possible vers une réconciliation et une cohabitation pacifique avant de très nombreuses générations peut-être…
Comment briser l’engrenage de la haine ?
Le processus à la base de toute confrontation menant à la violence est en fait un sentiment identitaire qui implique d’abord une peur, puis une haine de l’autre, dont on souligne les différences pour s’en démarquer (cf Amin Maalouf, « Les identités meurtrières », ed. Grasset 1998).
La façon dont les identités se constituent est déterminante pour expliquer la séparation, puis le rejet des « autres » et leur mise à l’écart (définition de l’apartheid), jusqu’à justifier parfois au bout du processus leur destruction éventuelle ou leur éradication. Ainsi, Ie peuple juif s’est presque toujours vu menacé et souvent conquis par des peuples plus puissants que lui. Il a donc cherché sa force et sa cohésion dans les récits qui le désignaient comme « élu » de son Dieu en le mettant à part du reste de l’humanité. Les persécutions qui se sont abattues sur les israélites au cours des siècles ont constamment renforcé cette identité, jusqu’à la création de l’état d’Israël en 1948 et l’avènement du sionisme. Les colons juifs extrémistes (de Cisjordanie, de Palestine occupée, sont fortement imprégnés de cet imaginaire de la « Terre promise », tout comme le sont aussi les suprématistes blancs des Etats-Unis, descendants des puritains dissidents anglais du « Mayflower » ou des colons irlandais catholiques fuyant les persécutions des protestants. Ou encore, les Boers, anciens employés exploités par la Compagnie néerlandaise des Indes, devenus colons (les Afrikaners) de la future République d’Afrique du Sud, société calviniste fondée sur l’apartheid.
Ce phénomène est récurrent dans l’histoire de l’humanité. Le persécuté devient à son tour persécuteur. Le mépris dans lequel a été tenu le monde musulman après la chute de l’empire ottoman et la colonisation de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient peuvent aussi expliquer possiblement la volonté fantasmée et en partie réalisée d’un « Etat Islamique » et l’émergence de sociétés basées sur la violence comme Al-Qaïda, Daesh, Boko-Aram…
Pour briser l’engrenage de la haine, il faut donc que ces identités étroitement exclusives (et excluantes) s’ouvrent à une dimension plus universaliste et deviennent inclusives (comme le christianisme est sensé l’être dans son essence). Autrement dit, il faut la prise en compte d’une identité plus fondamentale englobant toutes les autres : celle de notre Humanité. Par -delà des religions, des cultures, des races et des civilisations, notre identité la plus profonde et commune à tous est celle d’être des humains. Pour arriver à cet élargissement de nos identités et dépasser la peur ou le mépris, nous devons arriver à nous projeter dans l’autre pour reconnaître en lui un semblable.
C’est ce que fait Jésus le Christ. Il n’enferme pas l’autre dans ses particularismes (de religion, de race, etc) mais l’interpelle en tant qu’humain habité de l’étincelle divine. Il révèle à chacun sa véritable identité, en fait, celle d’enfant de Dieu créé à son image, et il fait tout pour restaurer cette image.
Les régimes totalitaires fondés sur des idéologies comme le nazisme persécutaient ceux qui n’appartenaient pas à leur système identitaire, en niant leur humanité, c-à-d en les déshumanisant : ils ne les considéraient pas comme des êtres humains. Le Christ, lui, fait tout le contraire. Il voit en chaque homme un frère, une sœur, un fils ou une fille de Dieu. Et il l’inclut s’il le désire dans son Royaume universel.
Mais que faire si on est victime soi-même ?
Le respect de soi-même impose qu’on se défende, mais pas nécessairement par des moyens violents : si le mal reçu transforme l’agressé en agresseur, il gagne deux fois ! Quand Jésus annonce sa Passion aux disciples dans l’Évangile de ce dimanche (Mc 8,27–35), il ne leur demande pas de riposter par des attentats ou des prises d’otages. Ça, c’est la façon de faire de Judas.
Il ne leur demande pas non plus de l’aider à éviter la Passion. Ça c’est la manière de penser de Pierre, que Jésus traite à l’occasion de Satan, parce qu’il fait obstacle à la révélation de la puissance de la non-violence de l’amour : « tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celle des hommes ».
Non : il leur demande de « perdre » (la vie, l’honneur, la richesse, la gloire, la puissance…) là où tout le monde veut gagner !
C’est ce qui certainement nous paraît le plus difficile – à comprendre et à pratiquer – dans son message évangélique : le mode de défense du Christ, qui à première vue pourrait sembler naïf ou inefficace, en tout cas risqué.
Jésus a été au bout de cette réaction non-violente : il ne s’est pas dérobé aux soldats venus l’arrêter ; il a enduré le fouet qu’il aurait pu briser ; on l’a tourné en dérision, nu sur le bois, sans qu’il appelle à la vengeance ; on l’a éliminé comme un moins-que-rien sans qu’il rêve de revanche. On l’a maudit sans qu’il maudisse. Au contraire, il a prié pour les soldats qui le clouaient.
Cependant, il s’est tenu droit devant ses agresseurs, leur imposant son Humanité qu’ils ne voulaient pas voir : il a demandé la justice : « si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jn 18,23) – Il a fait face à Pilate, jusqu’à le déstabiliser par ses paroles, son regard, son silence.
Bien sûr, cela ne l’a pas empêché d’être crucifié. Mais le ver a été dès ce moment introduit dans la pomme, le pouvoir des méchants n’est plus automatiquement le plus fort : le combat de la non-violence digne subvertit de l’intérieur le cycle infernal des représailles, des vengeances, des violences infligées pour ‘panser’ d’autres violences.
N’oublions pas que pendant les trois premiers siècles, la foi chrétienne s’est répandue comme une traînée de poudre autour du bassin méditerranéen grâce au témoignage des martyrs : humiliés, ridiculisés, caricaturés, diffamés, suppliciés sous les rires et les applaudissements des foules des stades romains, ils ont pourtant transmis la flamme au monde entier. Et par contagion, une nouvelle manière de vivre les relations humaines, d’apprivoiser les identités s’est répandue. La Résurrection du Christ a en quelque sorte signé la victoire de l’amour sur la haine, promesse qui s’appliquera à tous ceux qui s’engagent sur ce chemin.
L’amour désarme la haine, d’accord, mais il faut en payer le prix. Et ce n’est certes pas facile, car tant qu’on n’y est pas confronté en personne, qui sait comment nous allons réagir vraiment en cas d’insultes, de harcèlement, de dérision meurtrière ?
On ne peut lire sans trembler Matthieu 5,11 : « heureux êtes-vous si l’on persécute… ». Et pourtant c’est en le lisant, en le disant, que la force nous est donnée d’en-haut : « Quand on vous livrera, ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10,19-20).
Oui, se défendre en croyant défendre Dieu ou l’Eglise, ce n’est pas invectiver « les autres », adversaires présumés ou déclarés de la foi chrétienne, ni les caricaturer comme nous nous sommes sentis quelquefois caricaturés et incompris, moqués.
Tendre l’autre joue à celui qui me frappe, n’est-ce pas lui montrer une joue non meurtrie par son insulte, non salie par son crachat – lui montrer ma vraie dignité d’enfant de Dieu, et en appeler à notre humanité commune ?
Pour en revenir à la parodie de la Cène lors de la cérémonie d’ouverture des J.O., plutôt que de s’en offusquer et « renvoyer la balle » en dénonçant une volonté d’agression (non vérifiée) et vilipender le monde homosexuel, ne vaudrait-il pas mieux s’unir pour demander le respect pour tous au lieu de nous opposer en tournant l’autre en dérision ? Ne sommes-nous pas, nous les catholiques, et elles, les personnes LGBTQIA+, finalement deux minorités discriminées chacune à sa manière : il serait plus judicieux de chercher à comprendre et à s’entendre – d’autant qu’il y a nombre de personnes homosexuelles qui sont sincèrement et authentiquement chrétiennes. Ce qui n’empêche pas de demander comme Jésus : « Pourquoi me frappes-tu ? »
Puisque nous sommes dans le « mois pour la Création » (et dans la cité de saint Remacle, qui a eu aussi affaire à un « méchant loup »), prenons exemple sur François d’Assise qui a su apprivoiser le loup qui terrorisait les gens du village de Gubbio. Croyons qu’il nous est également donné d’apprivoiser les loups violents de notre société – et peut-être aussi celui qui sommeille en nous – en commençant par les aimer, en les considérant du point de vue de Dieu, et non du point de vue des hommes.
Les traditions bibliques sont souvent accusées de porter la responsabilité de la crise écologique dans laquelle nous nous enfonçons. Cela est notamment imputé au fameux verset « Dominez et soumettez la Terre » (Gn 1,28).
Cette domination confère-t-elle un mandat pour détruire la planète ? A la lumière des Écritures et de la parole sociale de l’Eglise, nous verrons qu’il n’en est rien.
Comme toutes les sociétés occidentales, l’Eglise latine est guettée par la tentation d’un rapport violent à la création qui est une trahison de la proposition évangélique. Cette dernière, au contraire, invite, via l’élaboration de communs écologiques, sociaux, politiques, à prendre soin de notre maison commune.
Le mardi 3 septembre 2024, Gaël Giraud, jésuite, économiste et théologien, a donné une conférence sur La polycrise écologique et le christianisme, aux auditoires Montesquieu à Louvain-la-Neuve.
Cette conférence s’inscrit dans le cadre du Temps pour la Création, un temps pensé pour renouveler notre relation avec notre Créateur et avec toute la création en célébrant, en changeant et en nous engageant ensemble à agir.
Bonjour Bernard, comment te sens-tu dans tes nouveaux ministères ?
Par Jean P, j’ai reçu tes réactions aux actualités du moment, l’ouverture des JO et les révélations concernant l’Abbé Pierre …
J’ai envie de te partager quelques-unes de mes réflexions suite à ton message, comme je l’ai fait à Jean et à d’autres amis… les voici …
L’ouverture des JO … oui j’ai apprécié le spectacle grandiose , le courage et la détermination de tous les acteurs de cette soirée : les sportifs dans leurs embarcations respectives, les artistes sur les bords de Seine et les divers sites, les nombreux bénévoles, les techniciens, les forces de l’ordre … qui ont « assuré » jusqu’au bout sous une pluie battante et dans des conditions à la limite du supportable.
Oui, je me suis posée des questions sur la pertinence des performances de certains artistes, de certaines scènes (Cène) …
La satire à l’encontre des religions est maintenant monnaie courante et constamment présente chez de nombreux acteurs de notre société… aussi, faut-il s’étonner que lors de « LA » grande fête des JO, les réalisateurs s’en soient emparés?
Ce qui me déçoit tout autant c’est que les communautés chrétiennes et croyantes de tous bords ne se soient pas davantage manifestées.
Le dimanche 21 juillet, l’émission protestante de France 2 était consacrée aux JO … présentation d’un lieu de ressourcement au coeur de Paris pour les participants aux JO, sportifs et autres …et une belle célébration « d’ouverture » pour confier à Dieu cet événement.
Le dimanche 28 juillet, l’émission catholique « Le Jour du Seigneur » , dans le cadre du projet « Holy games » créé il y 3 ans en vue des JO,proposait une célébration pour le moins confidentielle dans la chapelle « ND de bon secours », dans le 14ème arrondissement à Paris, messe présidée par Mgr Marsset, évêque auxiliaire pour la capitale et délégué épiscopal pour les JO.
Alors QUOI ?
Comment ne pas avoir imaginé, proposé, préparé avec des chrétiennes et chrétiens, mais aussi des représentant-e-s de toutes les religions et opinions philosophiques de la France un grand moment de célébration … avec des témoignages de sportifs mais aussi de personnes impliquées dans la préparation des JO…. Comment ne pas avoir donné de l’Eglise de France, traumatisée par tant de malversations du clergé, l’image d’une Eglise vivante, accueillante à l’image de Jésus sur les routes de Palestine, osant dénoncer la mise à l’écart des personnes les plus précarisées des quartiers de Paris, une Eglise engagée dans la dynamique de Laudato si, de Fratelli tutti …pour la défense des personnes fragilisées et différentes, et dans la transition écologique. Comment ne pas saisir l’occasion de donner la parole à toutes ces soeurs et frères humains oubliés et maltraités de nos sociétés?
Il est plus facile bien sûr de s’indigner à postériori …
Un grand moment d’Eglise se prépare chez nous avec la venue du pape François …qu’allons-nous en faire ?
Oserons-nous faire remonter vers lui le mal-être de tant de chrétiennes et chrétiens, de prêtres, d’évêques …et lui proposer des projets résolument novateurs de synodalité pour nos petites communautés et nos diocèses ?
L’Abbé Pierre … eh oui … lui aussi, diront certains …
Dans la réflexion, il est question du « pouvoir » des chefs de file d’associations et communautés … mais dans nos communautés et paroisses, sévissent aussi des hommes de pouvoir … nommés par d’autres hommes de pouvoir !
Bien sûr des hommes puisque les femmes n’ont pas accès au sacerdoce et si rarement encore à des mandats et ministères de responsabilité dans l’Eglise, je devrais dire dans « l’Institution Eglise » …
il y aurait bien davantage encore à en dire mais j’en reste là !
merci pour ce retour et ta réflexion dans laquelle je me retrouve aussi pleinement (d’autres réactions à l’affaire « Abbé Pierre » ont été bien plus virulentes chez des chrétiens convaincus et engagés – voir celle de J-R ci-dessous).
Désolé d’être un homme 😉! – à l’époque où je suis entré au séminaire, on ne posait pas encore de façon aussi claire et forte la question de l’accès des femmes aux ministères ordonnés ou institués. Et on ne savait pas encore qu’on était sur un champ de mines dormantes qui allaient exploser 30 ou 40 ans après (les abus) !
J’aime beaucoup tes remarques sur la presque non-implication des Eglises et des communautés chrétiennes dans les J.O. – encore un train de manqué🤔. Reste à voir ce que donnera la visite du pape François en septembre ; elle promet d’être délicate et peut-être chahutée. Pourvu qu’il puisse susciter un nouvel élan, et surtout… L’ESPERANCE !
Quant à mes nouvelles missions, je me sens soulagé et heureux, enfin délivré de tout le poids des responsabilités organisationnelles et fonctionnelles dans ce contexte de crise et de tensions, pour me consacrer uniquement aux rapports humains et au témoignage évangélique.
Je te souhaite à toi aussi le meilleur (on en a eu et on en aura encore!), dans tous tes engagements et ta vie personnelle.
Je prends le temps de te répondre : excuse-moi d’emblée, pour la dureté (voire la vulgarité) de mon propos, mais c’est vraiment ce que je pense et vis…
Tu as l’air de dire que l’Église a fait du chemin, en ne se voilant plus la face…
Je ne suis pas d’accord : pour moi l’Église catholique romaine porte une ÉNORME responsabilité dans toutes ces affaires, en continuant, de manière ridicule, gravissime et perverse, d’imposer un célibat artificiel, aussi inutile que dangereux, qui entraîne toutes les dérives affectives possibles, toutes les souffrances qu’elles engendrent, pour les consacré(e)s, leurs victimes, ou leurs amoureux.ses… (j’ai failli en être « victime », merci M-M, qui m’a fait « sortir » de ce piège, il y a 42 ans déjà ! 💓 Même si on en a bavé pendant des années !).
Et le cléricalisme exacerbé de notre clergé congolais et/ou tradi, avec l’autoritarisme qui l’accompagne, ne va pas le bon sens.
Et l’Église de France se radicalise de plus en plus… Et en Belgique, à Liège, ce n’est pas triste avec notre Jean-Pierre, de plus en plus tradi (https://www.communautesaintmartin.org/ qui ont failli débarquer chez nous à Verviers !) …
Pour moi, l’Abbé Pierre reste un modèle, un saint, dans tout ce qu’il a osé entreprendre pour lutter contre la pauvreté, avec courage et pugnacité, mais aussi un homme, avec une queue entre les jambes… 😈 (comme tant d’autres « prophètes » qui ont un jour fauté…).
Question : comment devient-on protestant, encore ? 😇
Samedi dernier, la presse (francophone) était unanime pour louer le fabuleux spectacle qu’avait constitué la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques à Paris : Il n’y avait pas assez de mots pour célébrer le talent et l’enthousiasme des participants, et la mise en scène grandiose déployée par les organisateurs. Une cérémonie qui marquera l’histoire des J.O., disaient même certains. On ne peut en effet que reconnaître que, d’édition en édition dans ces « Games opening », on rivalise toujours plus dans le show qui doit impressionner et marquer les esprits – en faisant même sauter la Reine d’Angleterre (son sosie) en parachute comme ce fut le cas à Londres en 2012. Personnellement, j’apprécie plus le défilé des délégations sportives de tous les pays que les tableaux évoquant la fureur révolutionnaire de 1789 et la tête coupée de Marie-Antoinette. Je ne vois pas très bien ce que cela a à voir avec le sport… D’autres images m’ont laissé interrogatif, comme celle de ce bonhomme tout nu peint en bleu : est-il sensé représenter l’Europe ? le stroumph olympique ? Licence poétique et artistique, sans doute. Et puis sont venues les Drag Queens, qui ont donné au spectacle un peu l’allure d’une gay pride. Il en faut certes pour tous les goûts, mais avouons-le, il n’y a que la France pour oser cela.
Mais là où ça se corse davantage encore, c’est quand ces ‘dames’ ont représenté le tableau de la Dernière Cène comme l’a fait en son temps Leonardo da Vinci, mais alors franchement revisitée ! Ce détournement de la Cène ainsi que d’autres allusions visant la religion ont fait réagir l’épiscopat français, qui dans une déclaration de la CEF (conférence épiscopale) a fustigé « des scènes de dérision et de moquerie du christianisme ». Les évêques ont toutefois estimé que cette cérémonie d’ouverture « a offert hier soir au monde entier de merveilleux moments de beauté, d’allégresse, riches en émotion et universellement salués ». L’extrême droite française, elle, par la voix de Marion Maréchal (ex-Reconquête), a critiqué une vision « qui cherche à ridiculiser les chrétiens ». Un sénateur communiste des Hauts-de-Seine, Pierre Ouzoulias, a souligné lui sur X que « le blasphème fait partie intégrante de notre patrimoine républicain » et qu’il est « un trait glorieux de notre histoire révolutionnaire », remerciant Thomas Jolly, directeur artistique de la cérémonie, « de l’avoir rappelé au monde entier à travers cette Cène dont on se souviendra longtemps ».
Cela fait longtemps que je me dis qu’en accentuant volontairement les antagonismes par des provocations gratuites, on offre un boulevard aux extrémismes de droite comme de gauche !
Mais pour moi le vrai débat se situe au niveau des valeurs que le sport est sensé défendre et promouvoir : sont-elles toujours celles de respect, d’ouverture et de tolérance ? Sont-elles encore compatibles avec celles de la foi chrétienne ? Si en plus il y a récupération du sport par la politique et les groupes de pression, les idéologues… Le sport est sensé être « neutre », mais la culture ne l’est manifestement pas.
Pour aider dans cette réflexion, qui soustend aussi plus fondamentalement la question régulièrement agitée dans l’actualité en particulier depuis Charlie-Hebdo : est-il légitime de se moquer de la religion et des croyants ? – je vous propose la lecture de cet avis d’un pasteur de l’Eglise protestante unie de France, Eric Georges , intitulé : « Une Cène offensante ? » Je le rejoins très largement, tout en me demandant pouquoi ces univers, celui de la foi et celui de la culture (ou du sport) qui étaient si proches jadis, au temps de Léonard de Vinci par exemple, semblent aujourd’hui si complètement éloignés, voire opposés…
Eric Georges : Avec une représentation de la Cène, la cérémonie d’ouverture des J.O donne donc au théologien émietteur l’occasion de trahir la promesse qu’il s’était faite de ne pas parler de Jeux qui ne le concernent en rien en parlant d’autre chose que du caractère profondément religieux et liturgique de ce genre de cérémonie et du besoin de religieux et de liturgie de nos contemporains… Je ne vais donc pas me priver.
Comme souvent, je vais me concentrer sur le point de vue des lecteurs et lectrices, des spectateurs et spectatrices sur ce qu’ils et elles choisissent de voir, de comprendre et de commenter plus que sur le point de vue de l’auteur. Je ne parlerai pas du Festin des dieux (Astérix), ni même de la différence entre un tableau de Vinci et une pratique religieuse ou un passage biblique, c’est une Cène qui a été vue et commentée.
Sur un plan universaliste, au regard des droits de l’homme, des croyants chrétiens ont tout à fait le droit de ne pas aimer telle ou telle image que l’on donne de leur religion ou de leur foi, de le dire voire d’intenter des procès (ils n’ont pas le droit au vandalisme ni à la violence). Moi-même, je suis facilement blessé des images qu’on donne de ma foi, de ma religion. (Il se trouve que les images qui m’irritent viennent généralement de mes coreligionnaires, mais là n’est pas le sujet). Ce droit d’être irrité et de le dire rencontre et se heurte à un autre droit, celui de donner d’une religion une autre image que celle qu’en ont ses croyants, même une image négative. Droit contre droit, c’est donc une affaire de juriste ou de philosophe du droit, pas la mienne.
Je reste donc dans le point de vue chrétien qui est le mien (inutile donc de me dire que “et si on faisait ça avec l’Islam, blablabla”) . Et de ce point de vue chrétien, les critiques, les réactions négatives me posent deux problèmes (et les communiqués officiels d’Eglises me scandalisent bien plus que les réactions de particuliers)
Tout d’abord, il n’est pas possible d’humilier Jésus-Christ. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le Nouveau Testament.
“Ayez entre vous les dispositions qui sont en Jésus-Christ : lui qui était vraiment divin, il ne s’est pas prévalu d’un rang d’égalité avec Dieu, mais il s’est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort – la mort sur la croix.”
Philippiens 2, 5 à 8
Ensuite et c’est à mes yeux le plus important : pourquoi trouver la mise en scène des J.O. avilissante ? Je crois qu’en Jésus Christ, Dieu rejoint l’humanité et qu’en tout visage humain, je suis appelé à reconnaître Jésus Christ. Apparemment, pour certains, sauf dans le visage de Leslie Barbara Butch (la comédienne qui incarne le Christ dans la Cène)… Pourquoi ? Parce qu’elle est femme ? Parce qu’elle est grosse ? Parce qu’elle est lesbienne ?
Bien sûr que l’image était provocatrice, comme toute image qui offre un décalage par rapport aux représentations classiques. Mais si ce qu’elle provoque est de la répulsion plutôt que de la réflexion, c’est précisément cette répulsion qu’il faudrait interroger : quelle humanité sommes-nous en train d’exclure ?
Imaginons dans la première partie du XXe siècle une Cène figurée par des acteurs noirs. Que dirions-nous de celles et ceux qui y auraient vu une offense faite aux chrétiens ?
Imaginons, dans la deuxième partie du XXe siècle une Cène figurée par des personnes atteintes de trisomie 21. Que dirions-nous de celles et ceux qui y auraient vu une offensé faite aux chrétiens ? (NB : je n’associe pas le queer* à une maladie, j’interroge notre rapport au décalage)
On a le droit de ne pas aimer l’esthétique Drag, c’est entendu, les goûts et les couleurs…. Mais la question n’est pas celle de nos choix esthétiques…
Je ne sais pas si Thomas Joly (directeur artistique de la cérémonie d’ouverture des JO) a voulu faire de la théologie, c’est nous, chrétiens, que j’invite à en faire en lisant ses tableaux…
Que représente la Cène dans notre foi ?
Quels visages lisons-nous comme des insultes à l’humanité ?
Qui excluons nous de cette humanité rejointe par le Christ ?
à VOTRE REFLEXION !
* Pour les moins avertis => Définitions (Petit Robert) : Drag-queen = Travesti masculin très maquillé et vêtu de manière recherchée et exubérante, généralement dans le cadre d’un spectacle ; Queer = Personne dont l’orientation ou l’identité sexuelle ne correspond pas aux modèles dominants.
Et voilà qu’on repasse les plats ! Chers frères et sœurs, comme moi vous avez entendu ou lu ce qui fait depuis jeudi les grands titres de la presse : L’abbé Pierre, le résistant de la dernière guerre, le député incorruptible, le défenseur des pauvres, fondateur de l’Œuvre des chiffonniers d’Emmaüs, est accusé d’agressions sexuelles par sept femmes dont une était mineure à l’époque. Même s’il ne s’agit apparemment “que” de faits qui ont eu lieu entre 1970 et 2005, c’est évidemment totalement répréhensible, inacceptable aussi bien moralement qu’aux yeux de la loi. Une icône, encore une, est tombée de son piédestal. “Déchu !” – titrait un journal.
Après les scandales d’abus qui ont éclaté ces dernières années et profondément dégradé l’image de l’Eglise, on ne peut qu’être attristé et choqué par ces nouvelles révélations, qui s’ajoutent à celles concernant un certain nombre de fondateurs de communautés religieuses ou d’œuvres sociales (pour ne citer qu’elles, les communautés des Béatitudes, de Saint-Jean, des Légionnaires du Christ, de l’Arche…). Pour toutes les personnes qui se sont engagées et consacrées dans ces communautés, c’est très très dur, car l’opprobre et la suspicion rejaillit sur l’ensemble de l’œuvre. Tous les collaborateurs ou membres des Communautés d’Emmaüs qui accueillent des milliers de personnes en situation de précarité ou d’exclusion, se sentent salis, déçus, désorientés. Mais tous quasiment souhaitent continuer à vivre leur engagement.
On peut légitimement se poser la question : Comment se fait-il que ces fondateurs, hommes de foi et d’action, ces personnalités d’envergure animées par un grand idéal, ont-ils pu tomber dans de tels comportements criminels ? Beaucoup ne comprennent pas et même chez les croyants, il s’en trouve encore pour nier que la chose soit possible, ou qui eussent préféré qu’on n’en ait pas fait état et gardé le silence. Point positif (quand même) : C’est la Fondation Emmaüs elle-même qui a ordonné l’enquête pour vérifier les accusations à l’encontre de l’abbé Pierre. L’Église a enfin décidé de ne plus se voiler la face et d’écouter les victimes. Mieux, elle a entrepris une grosse remise en question de ses fonctionnement, entre autres dans le sens d’une décléricalisation – mais il y a encore beaucoup à faire…
Car tout est encore une fois une question de pouvoir ! Comme l’écrit à propos de l’abbé Pierre le journaliste de RTL Christophe Giltay dont les sympathies pour le monde chrétien sont connues : « ces accusations sont-elles vraiment surprenantes ? »
Car en effet l’abbé Pierre tout comme ces autres “grands formats” de l’Eglise et fondateurs : Ephraïm (Béatitudes), le Père Marie-Dominique Philippe (Frères de Saint-Jean), Marcial Maciel Degollado (Légionnaires du Christ), Jean Vanier (l’Arche), sont de fortes personnalités, doués d’un charisme qui séduit et subjugue les gens à qui ils ont affaire. Un certain nombre de ces “saints” (qui heureusement n’ont pas été canonisés) ont viré dans l’autoritarisme -qui est une forme de cléricalisme- ou la manipulation plus ou moins consciente. Les colères de l’abbé Pierre sont restées célèbres, et, écrit Giltay, “comme tout homme doté de pouvoir, il exerçait sur les autres à la fois une fascination mais aussi une domination”. Sans doute que, sans ce tempérament, l’abbé Pierre et ces personnages exceptionnels n’auraient pas pu réaliser tout ce qu’ils ont entrepris… Mais de là à un jour déraper et à glisser dans d’autres formes d’abus, il n’y a qu’un pas qui malheureusement est parfois franchi. Il a aussi avoué vers la fin de sa vie qu’il n’était pas resté « clean » sur le plan de la chasteté.
Pas d’excuse donc – mais il faut cependant souligner un réel danger : tant qu’on mettra les prêtres, les évêques ou même le pape sur un piédestal, loin au-dessus des humains ordinaires, on les expose -alors que par ailleurs le bien qu’ils font est avéré- on les expose au risque de s’enfermer dans une structure mentale de pouvoir et de domination où la manipulation et les abus deviennent possible, sans même qu’ils en soient forcément conscients.
S’il est utile et souvent nécessaire d’être un leader pour que des projets d’envergure aboutissent et réaliser l’œuvre de Dieu, il est par contre très dangereux de devenir une icône, une idole. L’apôtre Paul a pu heureusement se prémunir contre ce danger -cette tentation : “Et afin que je ne m’enorgueillisse pas, il m’a été donné une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter…” (2 Cor 12,7). Avec sa position et le caractère qu’il avait, Paul aurait fort bien pu tomber dans le piège de l’orgueil et de la séduction ; on ne sait pas ce à quoi correspondait cette “écharde”, mais en tout cas elle a dû fonctionner. Je remercie aussi moi-même toutes les personnes qui par leurs critiques me gardent dans l’humilité ! Dieu veut que son Eglise soit une Église de petits et d’humbles, de “pauvres de Dieu”, et cela y compris dans ses responsables. Une Église de frères et de sœurs. “Tutti fratelli” était d’ailleurs le titre et l’objet d’une lettre du pape François, un axe important de ses orientations pastorales.
Dernier point de mes réflexions : Je voudrais mettre en relation cet événement médiatique des accusations à l’encontre de l’abbé Pierre, avec un autre événement qui a eu autant, sinon davantage, de retentissement, en l’occurrence la toute récente tentative d’attentat contre le candidat à la présidence américaine, Donald Trump. La façon dont il a réussi à retourner en sa faveur cette agression violente est admirable : Désormais, il peut se poser en martyr de sa cause qu’il prétend être la cause de la majorité des américains, lesquels lui vouent d’ores et déjà un culte aveugle. Plus même: il se dit protégé par la main de Dieu – rien que ça ! Mais là, on a affaire à un champion de la manipulation, on joue dans la cour des grands.
N’est-ce pas fantastique qu’un type qui a trompé sa femme avec une actrice porno en la payant grassement pour s’assurer son silence, un homme qui a un nombre impressionnant de procès et de casseroles fiscales à son encontre, qui nie la validité d’élections qui ont été dûment vérifiées et a essayé de reprendre de force le pouvoir en lançant ses fidèles fanatisés à l’assaut du Capitole, que ce gars soit plébiscité et admiré par au moins la moitié de ses concitoyens ? – Avec le soutien total des Eglises protestantes évangéliques et des pasteurs, qui voient en lui un nouveau messie lequel va restaurer les valeurs traditionnelles de l’Amérique, défendre le droit des citoyens à posséder des armes de guerre, protéger le modèle de famille conventionnel (anti LGBT+, anti-droits des femmes, etc). La photo de Trump postée sur instagram par sa belle-fille, avec en arrière-plan le Christ qui pose ses mains sur les épaules de l’ex-président, illustre bien cette instrumentalisation de la religion. Cependant, je suis persuadé que Donald Trump croit vraiment lui-même dans sa mission divine.
L’abbé Pierre, lui au moins, ne s’est jamais pris pour le messie… Et son œuvre d’Emmaüs, comme celle de l’Arche et beaucoup d’autres, continue de faire du bien – sans bruit.