On vit quand même une drôle d’époque… ! Le gouvernement français vient de décider – après les pays scandinaves et la Pologne, et la Belgique qui l’envisage – de faire distribuer dans tous les foyers…un « manuel de survie » qui prend en compte quatre risques majeurs :
Catastrophe naturelle
Pandémie
Accident industriel (nucléaire, chimique…)
Et enfin… conflit armé !
On se doute que c’est surtout ce dernier risque qui a retenu l’attention. Le copinage récent entre Trump et Poutine sur le dos de l’Ukraine, mais surtout le lâchage complet de l’Europe par les Etats-Unis – traditionnel parapluie militaire de l’Europe depuis la guerre froide, cette situation a fait sursauter toutes les chancelleries européennes qui ont compris que désormais, elles ne devaient plus compter que sur elles-mêmes pour assurer leur défense. Du coup, tous les dirigeants de ces pays devenus soudain sans protecteur sont en train de se demander comment remettre en route une conscience et une solidarité nationale dans leur population, laquelle depuis 80 ans nageait dans un sentiment de sécurité quasi absolu et dont la seule préoccupation était et reste de profiter au maximum de la société de consommation et de ses avantages, garantis par ce sentiment de paix et de sécurité qui paraissait éternel.
On tombe de (très) haut ! Sans m’appesantir sur ces jeux internationaux et militaro-mercantiles qui se passent bien au-dessus de nos têtes, je pense que, malheureusement, au lieu de rassurer et de rendre plus résiliente une population qui se sent de plus en plus déboussolée et inquiète face aux changements radicaux qui agitent le monde, l’effet de ce fameux « manuel de survie » sera à mon avis juste inverse (mais c’est peut-être ce qui est voulu – il faut bien justifier les milliards que l’on va investir dans l’armement). Donc, on va encore rajouter de l’inquiétude et de la peur dans la tête des gens. Et avec cela, très probablement, augmenter cette tendance au repli sur soi qu’on observe déjà un peu partout. Et cela peut être électoralement porteur pour certaines mouvances politiques.
Que conseille donc ce manuel de survie ?
Se protéger. Il s’agit de « se protéger soi, mais aussi protéger les personnes autour : la famille, les voisins… » Il est aussi question du « kit de survie » à avoir chez soi en cas de grave crise. Dans le détail, il est recommandé d’avoir au moins six litres d’eau en bouteille, de disposer d’une dizaine de boîtes de conserve ou encore d’avoir des piles et une lampe torche si l’électricité est coupée. Une radio aussi pour pouvoir se tenir au courant dans son abri pour savoir si la terre est encore habitable… Il est aussi recommandé d’avoir du paracétamol, des compresses et du sérum physiologique dans sa pharmacie. (Se souvient-on de la ruée sur le papier toilette au début du Confinement lors de la pandémie du Covid 19…)
Prévenir. La deuxième partie intitulée « Que faire en cas d’alerte ? » s’intéresse à la conduite à tenir en cas de menace imminente. Il est rappelé les numéros d’urgence (pompier, police, Samu…) et la marche à suivre selon le type de crise auquel il faut faire face. Il est indiqué par exemple de bien fermer les portes de son logement en cas d’accident nucléaire et d’éteindre le gaz. (Ben tiens !)
S’engager : La dernière partie se veut « civique ». Intitulée « Engagez-vous », elle explique comment s’inscrire dans une réserve, qu’elle soit militaire, numérique ou communale. (Bien sûr, il n’est pas inutile de susciter des réflexes de solidarité pour pouvoir compter sur des volontaires en cas de besoin, mais est-ce que cela ne va pas aussi encourager d’autre part des individus et des groupes « survivalistes » qui s’arment eux-mêmes en prévision des conflits ? – il existe déjà des manuels pour « survivre en cas d’effondrement civilisationnel » qui fleurissent sur internet.)
Cette démarche de former la population à la « survie » a de forts relents de la fin des années 30, de sinistre mémoire, où de telles publications avaient déjà lieu.
Bon. Moi, je ne suis qu’un petit belge. Mais je suis aussi citoyen européen et citoyen du monde. Et, par-dessus-tout, je suis un chrétien catholique (ce qui veut dire universaliste en grec). Comme mon Dieu, j’ai foi en l’humanité. Donc, je ne me résous, je ne me résigne pas à la guerre – potentielle, possible, probable ou certaine.
Alors, pour remettre les pendules à l’heure, et sans pour autant se mettre la tête dans le sable, je voudrais proposer en guise de « manuel de survie » une autre attitude, inspirée par ma foi : je préfère le terme « de vie » à celui « de survie », car c’est ce à quoi nous invite l’Evangile qui en soi est le meilleur guide que l’on puisse trouver !
Donc, voilà mon « manuel de vie » :
Au lieu de « fermer les portes », avoir toujours une porte ouverte et une main tendue pour accueillir celui qui a besoin d’aide. (cf Mt 25,31-40)
Me soucier des plus fragiles et chercher à répondre à leurs besoins avant de me protéger moi des autres. (cf Mt 6,26-32)
Avoir la « radio » de ma prière branchée en permanence sur l’émetteur Dieu et Sa parole vivante qui réjouit et fortifie le cœur. (cf Mt 6,6 et Mt 7,7-12) – les « piles » avec l’énergie d’En-haut: « La joie de Dieu est votre rempart ». (Neh 8,10)
Avoir à portée de main des réserves inépuisables de douceur, d’empathie, d’écoute et d’amour fraternel. (Gal 5,22)
Transformer la méfiance et la peur en confiance en refusant les jugements stigmatisant et les excès verbaux des réseaux sociaux (par exemple). (cf Luc 6,37)
Toujours dire à son entourage des paroles bonnes et constructives, positives et encourageantes ; refuser le catastrophisme et la sinistrose mais cultiver la bienveillance. (cf Eph 4,29)
Voir dans chaque personne, fût-elle la plus abîmée, la plus méchante, la plus repoussante, avant tout un fils, une fille de Dieu comme moi et pour laquelle Jésus a donné aussi sa vie. Choisir de prier pour les ‘persécuteurs’. (cf Mt 5,44)
…etc.
Comme le disait Jean-Pierre Delvaux dans l’édito de la matinale (1RCF) de ce 19 mars, en parlant du rapport de la Fondation « Ceci n’est pas une crise » concernant les réactions et le comportement des belges provoqués par l’anxiété dans notre société : « la première chose est de prendre tout ceci au sérieux, avec une bonne dose d’esprit critique ».
Il poursuivait : « Alors, que faire, nous, croyants et humanistes, sinon s’informer et s’informer encore ? Se laisser étonner – et puis : résister ! Cultiver ‘le courage de la nuance’ – ce beau titre de l’ouvrage de Jean Birnboom. Pointer aussi autour de nous tout ce qui est déjà en résistance, en espérance ; et ainsi nous efforcer d’être le sel de la terre. »
« C’est bien ce que je nous souhaite », concluait Jean-Pierre Delvaux, et ce sera aussi ma conclusion.
« Qui n’a pas vu la route, à l’aube entre deux rangées d’arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c’est que l’espérance. »
En titillant ma plume ce matin, je me suis rappelé ce texte magnifique de Georges Bernanos, dont les phrases sont serties comme des diamants sur une broche avec l’éclat de la vérité et la solidité de la franche sincérité – phrases qui d’ailleurs ne s’adressent pas qu’aux chrétiens, mais qu’un chrétien devrait sinon connaître par cœur, au moins les méditer souvent !
Voici d’autres perles du même auteur, bien appropriées pour nous aider à approfondir le thème de ce Jubilé : L’ESPERANCE. Je ne les commenterai pas, elles se suffisent à elles-mêmes. Et si nous en choisissions une pour chaque jour, comme une rumination de carême ?
Georges Bernanos (1888-1948)
« L’espérance est une détermination héroïque de l’âme, et sa plus haute forme est le désespoir surmonté. »
« On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance. »
« L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques. L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme… »
«On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts. Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. »
« Le démon de notre cœur s’appelle « À quoi bon ! ». L’enfer, c’est de ne plus aimer. »
« Les optimistes sont des imbéciles heureux, quant aux pessimistes, ce sont des imbéciles malheureux. » (*)
« Neuf fois sur dix, l’optimisme [différent de l’espérance] est une forme sournoise de l’égoïsme, une manière de se désolidariser du malheur d’autrui ou de faire l’autruche. » « Ça ira mieux demain » n’est souvent qu’une variante bien dissimulée d’« après moi, le déluge ».
« On ne saurait expliquer les êtres par leurs vices, mais au contraire par ce qu’ils ont gardé d’intact, de pur, par ce qui reste en eux de l’enfance (**), si profond qu’il faille chercher. Qui ne défend la liberté de penser que pour soi-même est déjà disposé à la trahir. »
« Si l’homme ne pouvait se réaliser qu’en Dieu ? – si l’opération délicate de l’amputer de sa part divine – ou du moins d’atrophier systématiquement cette part jusqu’à ce qu’elle tombe desséchée comme un organe où le sang ne circule plus – aboutissait à faire de lui un animal féroce ? ou pis peut-être, une bête à jamais domestiquée ? Il n’y a qu’un sûr moyen de connaître, c’est d’aimer. »
« Le grand malheur de cette société moderne, sa malédiction, c’est qu’elle s’organise visiblement pour se passer d’espérance comme d’amour ; elle s’imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses législateurs lui apportent la double formule d’une justice sans amour et d’une sécurité sans espérance. »
– Ça vous va ? Il y a de quoi moudre dans sa tête et dans son cœur, n’est-ce pas ! Si vous n’en êtes pas fatigué – c’est mon cas, j’adore ! – je vous conseille encore cet autre texte ci-dessous, qui lui n’est pas découpé. Il est tiré d’une autre œuvre du grand Georges Bernanos, Les enfants humiliés.On ne peut s’empêcher de faire des liens avec les situations concrètes et injustes dans lesquelles le monde actuel s’enfonce aveuglément et à corps perdu. Vous trouverez sur wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Bernanos) une notice biographique de l’écrivain, décédé en 1948, un « géant des lettres » et un visionnaire engagé dont les œuvres m’ont accompagné durant mes études…
« L’espérance, voilà le mot que je voulais écrire. Le reste du monde désire, convoite, revendique, exige, et il appelle tout cela espérer, parce qu’il n’a ni patience, ni honneur : il ne veut que jouir et la jouissance ne saurait attendre, au sens propre du mot. L’attente de la jouissance ne peut s’appeler une espérance, ce serait plutôt un délire, une agonie. D’ailleurs, le monde vit beaucoup trop vite, le monde n’a plus le temps d’espérer. La vie intérieure de l’homme moderne a un rythme trop rapide pour que s’y forme et mûrisse un sentiment si ardent et si tendre. Il hausse les épaules à l’idée de ces chastes fiançailles avec l’avenir. […]
L’espérance est une nourriture trop douce pour l’ambitieux, elle risquerait d’attendrir son cœur. Le monde moderne n’a pas le temps d’espérer, ni d’aimer, ni de rêver. Ce sont les pauvres gens qui espèrent à sa place, exactement comme les saints aiment et expient pour nous. La tradition de l’humble espérance est entre les mains des pauvres, ainsi que les vieilles ouvrières gardent le secret de certains points de dentelles que les mécaniques ne réussissent jamais à imiter. Croyez-vous que puisse être perdu à jamais le travail de ces diligentes, de ces silencieuses abeilles, avec le miel qui déborde de leurs ruches ? Oh ! Bien sûr, personne ne se pose la question parce que la terre est encore aux brutes polytech-niques, mais le jour viendra — ce jour n’est-il pas venu déjà ? Ne sentez-vous pas sur votre front, sur vos mains, la première fraîcheur de l’aube ? —, le jour viendra où ceux qui courent aujourd’hui, hallucinés, derrière des maîtres impitoyables, les maîtres féroces qui prodiguent la vie humaine comme une matière de nul prix, bourrent de vie humaine leurs forges et leurs fourneaux, s’arrêteront épuisés, sur la route qui ne mène nulle part.
Hé bien, alors — mais pourquoi le dire ? — la parole de Dieu sera peut-être accomplie, les doux posséderont la terre simplement parce qu’ils n’auront pas perdu l’habitude de l’espérance dans un monde de désespérés. Ils posséderont la terre, pas pour longtemps ; ils l’auront possédée et ne s’en seront peut-être pas même aperçu, leur masse innocente aura fait pencher la balance, renversé l’équilibre du monde. Vous trouvez ces mots trop grands ? Écoutez-moi bien, ils ne le sont pas encore assez. Vous vous croyez les maîtres de l’opinion universelle, et vous n’en avez exploré que la part la plus accessible, vous êtes les maîtres de l’opinion universelle comme Christophe Colomb débarquant aux Bahamas se croyait maître des Indes.
Et d’ailleurs, permettez-moi de vous le dire, votre colossale machine publicitaire, dans les premières années de sa mise en marche, n’a fait que remuer l’opinion, l’agiter, la brasser. Vous avez appelé les peuples au profit. Mais, à présent, il vous faut agir. Vous avez promis la liquidation d’une société dont vous dissipiez d’ailleurs effrontément les réserves, et les imbéciles continuent à calculer les profits d’une telle opération, alors que vous savez déjà qu’elle ne laissera qu’un passif immense. Alors, il vous faudra créer.
Nous vous avons vus fiers d’une philosophie : celle qui n’accorde à l’homme, à ce bipède, qu’un mobile : l’intérêt ; qu’un dieu : le bonheur ; et qu’une mystique, celle de l’instinct. L’expérience va nous dire ce qu’elle vaut. Vous avez pu jeter bas une société [chrétienne], mais vous n’en reconstruirez pas une autre avec cette espèce d’hommes. Ce que vous aurez abattu, elle le relèvera derrière vous, une fois, dix fois, cent fois, elle ramassera inlassablement tout ce que vous aurez laissé tomber, elle vous le remettra dans la main en souriant. L’image que vous vous faites de la vie est devenue si grossière à votre insu, que vous croyez avoir trouvé dans la violence le dernier secret de la domination, alors que l’expérience démontre chaque jour que l’humble patience de l’homme a constamment mis en échec, depuis des millénaires sans nombre, les forces hagardes de la nature. Vous ne triompherez pas de la patience du pauvre ! »
(Georges Bernanos, Les enfants humiliés.Journal 1939-1940. Première parution en 1949. Gallimard, collection Folio.)
Paroles prophétiques ! 85 ans plus tard et sous la tyrannie des réseaux sociaux et du « prêt-à-penser » d’une société technocratique et cupide, sourde à tout ce qui n’est pas elle-même, une année Sainte, une année de l’espérance, nous invite à une libération, un nouveau regard sur nos frères en humanité. Quelle grâce ! Et si nous prenions l’Evangile au sérieux, avec Georges ?
« Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint ! »Rom15,13
Le Ploumtion
(*) NOTE: « Imbécile heureux ou malheureux ? » La vision de Bernanos n’est pas déprimante, pour qui fait l’effort de la comprendre. Chez Bernanos, le refus de l’optimisme (béat) n’était pas abandon de poste, mais conscience de l’effort nécessaire pour s’engager dans le combat et mise en garde contre l’illusion des inconscients qui ne doit pas être confondue avec la véritable espérance. Bernanos lui-même notait que « l’optimisme d’un malade peut faciliter sa guérison ». Il s’empressait toutefois d’ajouter qu’il peut aussi bien accélérer sa mort, « s’il l’encourage à ne pas suivre les prescriptions du médecin ».
(**) … « Qu’importe ma vie ! Je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus. »
On croit parfois que Donald Trump est tombé du ciel comme un OVNI dans une société américaine et un monde qu’on pensait globalement ouverts et résilients et dans lesquels les valeurs démocratiques paraissaient généralement acquises, à l’exception de quelques pays totalitaires et autoritaristes comme la Chine, la Corée du Nord, la Russie,…
Or, si Trump est arrivé au pouvoir, ce n’est pas par hasard. Il dispose d’une assise électorale solide, avec pour l’instant un soutien assez massif de la population qui souhaite comme lui une diminution (ou même disparition) du rôle de l’Etat « profond » lequel serait remplacé par des hommes « providentiels » à poigne dont le pouvoir ne serait plus gêné par des juges, des journalistes ou des parlementaires.
Nous pourrions dans notre petite belgitude nous sentir à l’abri de ce type de dérive anti-démocratique et populiste. Une série d’enquêtes menées auprès de la population belge contredit cette croyance: L’aspiration à un pouvoir fort n’est pas le seul apanage des citoyens américains !
-Janvier 2023 : Enquête « Noir Jaune Blues », cinq ans après le premier sondage : un belge sur deux souhaite une gouvernance autoritaire.
-Mars 2025 : Enquête « Ceci n’est pas une crise » publiée dans Le Soir : sept belges sur dix souhaitent un leader politique fort sans contre-pouvoirs ! Les belges sont aussi majoritairement demandeurs d’une société plus homogène, plus repliée sur elle-même ; quant à ceux qui désirent une société plus ouverte, ils ne sont plus que 19 % !
La question qu’on ne peut manquer de se poser est évidemment : Comment en est-on arrivé là ?
Déjà lors du premier sondage en 2017, Benoît Scheuer, directeur de l’institut de sondage Survey&action, constatait : « Nous ne faisons plus société ». « La confiance dans les institutions qui constituent les armatures de la société, s’est effondrée. Pour faire société, il faut également partager des valeurs communes. Or, souligne le sociologue, « jusque récemment, il y avait un consensus, c’était que de génération en génération, on allait vers un mieux. Et c’est pour cette raison qu’on faisait société, c’est collectivement qu’on arrivait à ce résultat-là. Aujourd’hui,c’est le sentiment que nos enfants vivront moins bien que nous qui domine. Il y a une peur de déclassement : 73% des individus pensent qu’il y a de plus en plus d’inégalités sociales en Belgique. »
Selon l’enquête, six personnes sur dix estimaient déjà en 2017 que l’offre politique actuelle ne répond pas à leurs attentes et plus largement que le système est globalement en échec.
Les Belges sont donc demandeurs d’un pouvoir fort comme le montre la dernière étude en date publiée dans Le Soir. 69% des sondés voudraient « un dirigeant fort qui appelle directement au peuple, un rejet de tous les contre-pouvoirs, de toutes représentations de toutes les élites« . Ce score est 4 points plus élevés qu’en 2023, mais surtout 17 points plus élevés qu’en 2020, lors de la première édition de ce sondage. *
Ce lundi 10 mars, j’entendais Aline Goncalveset Sophie Mergennedans le journal de 8 heures de la Première RTBF qui commentent cette enquête :
« Sept belges sur dix affirment « subir leur vie » et ont peur pour l’avenir de leurs enfants. C’est ce qui ressort de cette étude « Noir Jaune Blues » qui prend régulièrement le pouls des citoyens, de leur leurs états d’esprit, leurs inspirations, leurs inquiétudes. Ce qui ressort, c’est qu’une majorité des belges se sent abandonnés ; ils ont perdu confiance dans le monde politique et se replient sur eux-mêmes – c’est ce qu’on observait déjà dans les précédentes vagues d’études, mais c’est encore plus marqué.
« 56 % des belges aspirent à une société du repli ; c’est 10 % de plus qu’il y a 5 ans. Ces citoyens sont en quelque sorte dégoûtés du système, ils ont perdu confiance dans les institutions. D’après Jérôme Van Ruychevelt, chargé d’analyse à la fondation « Ceci n’est pas une crise » : « Il y a une volonté d’une société plus homogène, notamment culturellement (retribalisation) ; il y a une logique d’adhésion à la rhétorique brutale, à l’attaque et à la polémique systématique ; il y a une volonté aussi de penser que « avant, c’était mieux » donc c’est la nostalgie du passé ; et avoir des logiques « boucs émissaires » c’est-à-dire voir tout ce qui est étranger à la communauté comme étant un stigmate dangereux. Aujourd’hui, sept personnes sur dix aspirent à un gouvernement autoritaire dirigé par un leader charismatique, une proportion qui augmente d’année en année. »
« Certaines organisations politiques d’extrême-droite, poursuit-il, ont aussi très bien compris comment fonctionne le cerveau humain : c’est-à-dire qu’en période d’insécurité forte, ou en tout cas de perception d’insécurité, il y a un intérêt à mettre un maximum d’angoisse pour rendre disproportionnés les dangers qui pèsent sur la société de telle manière de pouvoir faire advenir un projet plus autoritaire derrière. »
L’étude « Noir Jaune Blues » montre que la proportion de belges qui aspirent à une société plus ouverte, plus démocratique, plus diversifiée est en recul depuis cinq ans : Juste après les confinements, ils représentaient plus de 30 % de la société, aujourd’hui, seulement 19 % !
Tous les chiffres cités sont proportionnels au niveau d’étude et de culture des sondés. Plus le niveau culturel est bas, plus l’aspiration à un pouvoir fort sans contrepouvoirs est haut, et inversement ; de même le souhait d’une société moins mélangée, le recours aux boucs émissaires et l’agressivité. Les théories complotistes diffusées par les réseaux sociaux amplifient ces phénomènes.
CONCLUSION :
Les résultats de ces enquêtes ont interpellé les journalistes, le monde associatif, les sociologues… Mais nos mandataires politiques s’y sont-ils vraiment intéressés, eux qui sont les premiers concernés ? En France, le mouvement des « Gilets jaunes » connaît actuellement un réveil symptomatique. Chez nous en Belgique, il se pourrait bien que des révoltes sociales et sociétales fassent un jour prochain éclater tout le système et favorisent l’émergence d’un pouvoir fort à la sauce Trump…
Il est temps pour tous ceux (dont nous les chrétiens?) qui croient encore à une société humaniste et démocratique de se réveiller !
Bernard Pönsgen
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(*) Pour arriver à cet à index global, les experts ont mesuré cinq valeurs plus précises à travers un questionnaire (extrait du site de la RTBF) :
Gouvernance : le souhait d’un dirigeant fort qui en appelle directement au peuple et qui n’est pas entravé par des contre-pouvoirs (des juges, des journalistes, des intellectuels, etc.). Seule compte la volonté « du peuple » incarnée par un chef qui est perçu comme comprenant vraiment le peuple, qui « nous » représente vraiment.
Bouc émissaire : le besoin existentiel de désigner des boucs émissaires comme ennemis du peuple, comme des menaces.
Histoire valorisée : la nostalgie d’un passé mythifié, retour à un ordre immuable, « naturel » des choses, des rôles sociaux (les hiérarchies, la loi divine). Les valeurs traditionnelles.
Rhétorique : une rhétorique brutale qui dit mes ressentiments, ma colère avec des insultes, des menaces, des humiliations, des moqueries, des outrances, qui « dévoile » des complots.
Nation : appel à une homogénéité, une rupture purificatrice, société fermée, ethnique, rejet de la solidarité sauf au sein du groupe primaire.
La plupart de ces scores dépassent les 50%, mais sont en légère baisse par rapport à la dernière vague de sondage. Seule la mesure aspirant à un pouvoir fort est significativement en hausse.
Retraite en doyenné ouverte à tous dans le cadre de l’Année Sainte 2025, animée par le doyen de l’Ardenne, l’abbé Vital Nlandu : duvendredi 21 mars à 17h au dimanche 23 mars à 14h au Foyer de Charité de Spa-Nivezé. Informations et inscriptions : cliquez ICI ou sur l’image.
Revoilà le Carême. Comme chaque année, je me demande quel sens il va prendre pour moi, en essayant de le considérer comme une chance de renouveau, de réveil… Il est vrai que chaque année aussi, j’arrive difficilement à tenir mes résolutions ! La seule que j’aie jamais réussi à prendre et à conserver intégralement jusqu’à aujourd’hui, c’est celle d’arrêter de fumer – il y a 18 ans ! – et encore, c’était suite à un accident et à une hospitalisation qui m’a beaucoup aidé. Mais cela ne m’empêche pas chaque année encore de revoir ma vie chrétienne pour essayer de tendre à une meilleure intégration de ma foi et de mon agir, en me laissant « carêmiser ».
Donc, quel sens vais-je donner à ce Carême 2025 qui débute mercredi avec les « cendres » ? Je dirais que pour moi, s’engager dans le Carême, c’est faire acte d’espérance.
D’abord, c’est un entraînement collectif (comme au foot) et pas seulement individuel ; c’est un temps à vivre communautairement – cela veut dire aussi avec l’Eglise universelle, et cela seul est déjà un encouragement. C’est plus motivant de penser qu’on est tout un peuple à avancer sur le chemin de l’Exode, le chemin de la liberté. Et d’ailleurs, je ressens davantage en Carême cette dimension fraternelle, particulièrement dans la semaine sainte et Pâques qui en est l’aboutissement, recevant en communauté le Don de la vie offerte du Christ : « …pour vous et pour la multitude. Faites cela en mémoire de moi. »
Vivre le Carême, c’est un acte d’espérance – qu’on renouvelle chaque année parce que c’est affirmer que l’humain ne se réduit pas à ses défauts, ses failles psychologiques ou morales qui l’enfermeraient dans une sorte de fatalité, mais qu’il est perfectible et qu’il peut, avec la grâce de Dieu qui ne fait jamais défaut, évoluer dans le sens de sa sanctification : Je veux dire par là une meilleure cohérence avec sa vocation de baptisé. Dans le sens surtout de se laisser davantage conformer au Christ dans sa mort et sa résurrection – donc, être habité de son Esprit.
Car, et je veux le souligner, il ne s’agit pas d’une ascèse pour l’ascèse, comme si on pratiquait un sport pour l’exploit et l’orgueil de la victoire : La lutte contre les penchants qui nous tirent vers le bas, les efforts que nous mettons en place pour purifier nos sens, nos pensées, nos désirs et nos actes, ne sont pas une fin en soi. Ils sont juste un moyen pour que la grâce de Dieu puisse en faisant son travail en nous, nous aider à atteindre l’objectif. Et cet objectif, c’est apprendre à vivre en ressuscité avec Jésus dès maintenant et aussi pour l’éternité – intégrer la dimension pascale dans sa vie.
Pour cela, nous avons bien besoin du Carême, qui comme un tremplin nous redonne cette impulsion pour « choisir la vie » et refuser ce qui donne la mort ; et même s’il faut bien souvent et sans doute plus de 100 fois sur le métier remettre son ouvrage, car comme avertit le Seigneur ‘‘l’esprit est ardent mais la chair est faible’’ (Mt 26,31), cette quarantaine est utile et même indispensable pour nous aider à remettre le cap sur l’essentiel, cette orientation fondamentale qui doit être celle de toute notre vie de chrétiens.
Ce faisant, nous avons aussi la confiance – l’espérance, qu’en nous laissant nous-mêmes convertir à ce que Dieu veut pour nous en pratiquant le Carême, nous contribuons à améliorer le monde en permettant au Seigneur d’y être davantage présent et agissant même si c’est dans la discrétion.
À propos des exercices de Carême, je voudrais qu’on me permette de réagir aussi sur un certain vocabulaire qui refait surface me semble-t-il de façon plus ostentatoire ces dernières années avec la montée de courants traditionnalistes – ces derniers voyant sans doute dans les pratiques d’austérité telles qu’elles étaient définies jadis de façon rituelle et obligatoire, une sorte d’assurance pour ‘gagner le paradis’ : J’entends à nouveau (après une quasi-disparition de quelques décennies) les mots de pénitence, d’abstinence, de mortification… et dans la bouche même de certains prélats.
Bien sûr, les réalités que recouvrent ces termes ont sans doute encore une valeur en soi – pour qui sait les pratiquer avec discernement!, mais l’usage qu’on en a fait jadis, a piégé ces mots dans l’esprit des braves chrétiens actuels et surtout des non-chrétiens, qui ne voient plus dans le Carême qu’une entreprise de conditionnement mortifère émanant d’une Eglise hostile à la joie humaine et au plaisir de vivre ! De là à jeter le bébé avec l’eau du bain… Malheureusement, trop de carême (au sens pénitentiel et ascétique) a tué le Carême ! Je plaide donc pour qu’on abandonne ces termes mortificatoires et qu’on les remplace par d’autres, ‘’vivificatoires’’ ! Qu’est-ce qui me rend, qui nous rend plus vivants… pour Dieu, avec les autres ?
En fait, comme l’écrit sur le web un commentateur, il est donc important de conserver la dimension positive du Carême. Le chrétien est joyeux et rayonne de cette joie autour de lui, même durant l’épreuve (le combat spirituel). Car le travail sur soi, ces efforts, sont intimement liée à la remise intime de notre personne entre les mains de Dieu. On ne parvient pas à la vraie joie pascale par ses propres forces mais avec la grâce de Dieu. Et il est la source de la Joie.
Le principal, en conclusion, c’estla relation avec le Seigneur et avec les autres. Le Carême n’enferme pas sur soi, il ouvre sur les autres, il me rend plus sensible à leurs besoins, il me rend plus délicat et plus attentionné. Si je choisis de pratiquer une certaine ascèse, celle-ci est avant tout un moyen au service de la charité, de l’attention aux autres, de la disponibilité à Dieu et aux autres. Je suis d’accord avec cela.
Bien, voilà, chers amis… Il me reste à faire comme vous la liste de mes résolutions de cette année – ou à reprendre celles de l’année dernière, puisque « 100 fois sur le métier… ». J’aime bien sourire -humblement- de mes petites « chutes » , les ratés, les manquements…, et cet humour me permet aussi de garder l’espérance, car je sais qu’à travers tout cela, malgré toute mon épaisseur humaine, « rien ne peut [me] séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » et que, finalement, « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Rm 8,38 et 8,28)
Bon Carême dans le secret de votre cœur !
Le flocon, devenu ce printemps le « ploumtion » – en wallon, une de ces graminées plumeuses portées par le vent