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SOMMES-NOUS DES BISOUNOURS ?

Choqué et interpellé par l’avalanche et le ton des informations concernant les frasques et les déclarations tonitruantes d’un certain Donald Trump, j’ai réuni dans cet article des éléments de réflexion pour pouvoir, en tant que citoyens du monde et de l’Union européenne, nous faire une idée de ce qui nous attend peut-être si nous restons indifférents à ce qui se passe ailleurs. D’abord, quelques phrases relevées ci et là :

« l’Union Européenne a été créée pour emmerder les Etats-Unis ; c’est leur but : ils ont bien réussi à le faire ! » « Ils nous traitent tellement mal, ils sont méchants ! » (Donald Trump, président des Etats-Unis)

« Un nouvel ordre mondial se met en route. On est dans le monde des hippopotames, les animaux les plus dangereux qui soient ! » (Sébastien Abis, chercheur associé à l’Iris)

« L’Union Européenne, pour Trump, est une gigantesque usine à produire de la norme. Donc, l’UE est clairement le modèle à abattre : trop sociale et à gauche, trop de régulation, trop de taxes, trop de normes… En réaction, il veut casser – enterrer l’UE ! » (Claire Fournier et Magali Barthès, éditorialistes internationales sur LCI)

« Trump abhorre tout ce qui est international, multilatéral : l’ONU et les agences onusiennes, Le TPI, l’OTAN… Il n’aime que le bilatéral : là où il peut exercer un rapport de force. » (Général J-P Paloméros, ancien commandant en chef des forces de l’OTAN)

« L’objectif à long terme de Trump est de rapatrier aux Etats-Unis l’industrie, le data et les cerveaux, les talents pour rendre à nouveau grande l’Amérique MAGA et redevenir la première puissance devant la Chine. »  (Emmanuel Véron, docteur en géographie, spécialiste des relations internationales)

« La méthode américaine : ils se sont toujours payés sur la bête. Je prends les terres rares, je prends le pétrole, je monnaie mon aide…  Aux européens d’assurer le service après-vente en organisant la sécurité de l’Ukraine. Les USA ont toujours trouvé leur intérêt, y compris quand ils sont venus se battre en Europe en 1944-45 (ex. le plan Marshall). » (entendu sur LCI)

Et enfin :

« Les Européens sont des Bisounours égarés dans Jurassic Park » (Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères)

: Sommes-nous donc, nous les européens, les Bisounours de la real-politik du monde actuel ?

Diverses observations tendraient à le prouver. En-dehors de notre dépendance chronique et grandissante vis-à-vis des hydrocarbures d’origine américaine (après celles de la Russie), nous ne cessons depuis le 7 janvier 2025 – date de l’investiture du président des Etats-Unis Donald Trump – de prendre des claques qui nous invitent à réviser en profondeur notre conception des rapports entre les USA et le reste du monde – dont l’Europe, qui s’était réfugiée longtemps sous le parapluie-bouclier américain et que nous considérions comme un allié indéfectible.

Relevons quelques-unes de ces observations  (la plupart de ces informations proviennent du journal ’’Le Monde’’ et de la chaîne de décryptage d’actualité LCI ) :

En vrac :

  • Abandon de l’Ukraine et de ses territoires face à l’agression russe et en même temps hold-up des USA sur ses terres rares. Trump se décharge sur l’Europe pour assurer la sécurité de l’Ukraine et laisse tomber le président Zelenski tout en faisant les doux yeux à Poutine qui est un criminel poursuivi par le TPI.
  • Soutien inconditionnel à la politique de Netanyahou, le premier israélien, avec proposition par Trump de transformer Gaza en station balnéaire de luxe après en avoir déporté la population (2 millions) en Egypte et en Jordanie – Gaza, où 48.000 palestiniens ont perdu la vie sous les bombes israéliennes.
  • Déclaration d’intention par le président Trump d’acheter ou d’annexer par la force le Groenland, le canal de Panama et même le Canada.
  • Mensonge éhonté répété par Donald Trump sur le déficit de la balance commerciale entre les USA et l’UE, prétendument de 350 milliards de dollars – alors qu’il n’est que de la moitié (180 mds en 2024), pour justifier l’instauration de droits de douane de 25 % sur les exportations européennes, tout comme celles imposées au Mexique et au Canada.
  • Humiliation de la cheffe de la diplomatie européenne, Ursula von der Leyen, que Trump refuse de recevoir à la Maison Blanche.
  • L’administration Trump fait voler en éclat la régulation financière américaine mise en place après la grande crise des subprimes de 2008, en ciblant en premier lieu l’agence de protection contre la fraude financière, le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB). Toutes les poursuites judiciaires ont été arrêtées, et les archives seront effacées. Elon Musk n’a pas caché sa satisfaction !
  • L’administration Trump va tailler drastiquement dans les programmes d’aide à l’étranger : moins 92 % de financement d’aide internationale (64 milliards de dollars), soit 5800 projets de développement et d’aide humanitaire dans le monde, supervisés par l’agence US Aid et dont dépendent de nombreuses ONG humanitaires qui vont devoir cesser leurs activités : p.ex. déminage en Colombie, éducation inclusive… des écoles vont devoir fermer, ainsi que des hôpitaux dans les camps de réfugiés ; les soins aux enfants malnutris sont interrompus…
  • Expulsion en masse des immigrés illégaux résidant sur le sol américain, qualifiés par Trump de ’’criminels’’ ; cette déportation de masse, la plus grande de l’histoire des USA, vise 12 millions de clandestins dont la majorité contribuent largement à l’économie du pays bien qu’étant sans papiers. Actuellement, plusieurs milliers auraient déjà été expulsés.
  • Expulsion des personnes transgenre de l’armée américaine ; parallèlement, le discours masculiniste qui a fait bien des émules depuis les dernières élections tranche en faveur du mouvement des « tradwifes« , qui se propage sur les réseaux sociaux, célébrant le retour aux rôles traditionnels d’épouses soumises. Donald Trump s’est également dit favorable à l’interdiction de l’avortement, de la fécondation in vitro et du contrôle des naissances.  
  • Renvoi de fonctionnaires américains par milliers grâce aux bons soins de M. Elon Musk – et même ceux qui sont chargés des contrôles sanitaires et de la sécurité alimentaire, par exemple celle des fermes de production d’œufs, victimes du virus aviaire H5 NA.
  • Prise de contrôle sur l’information via les réseaux sociaux, l’ex-Twitter acheté par Elon Musc et devenu X ; Facebook et instagram de Mark Zuckerberg qui s’est aplati devant Trump et la chaîne de télévision Fox News qui a favorisé son élection.
  • Musèlement de la presse écrite (par ex. le Washington Post acheté par un milliardaire, Jeff Bezos, opposé à toute forme de régulation économique et d’opinion divergente par rapport à la liberté d’expression débridée qui est le socle du pouvoir actuel) *. Parallèlement, l’administration Trump va changer les règles d’accès des médias à la Maison Blanche pour l’ouvrir à des journalistes uniquement sélectionnés par l’exécutif.
  • L’administration Trump aurait supprimé 8.000 pages web ayant trait à l’écologie. De plus, sur le site même de la Maison Blanche, il n’est plus possible de consulter les pages sur le réchauffement climatique ; des scientifiques américains ont également remarqué que leurs études avaient disparu.

Ces observations ne suffisent-elles pas à démontrer que pour l’actuel occupant de la Maison Blanche, le mot même de démocratie n’a aucun sens, que seule compte la force brutale, la puissance économique et militaire, et qu’il préfère traiter avec des chefs autocrates et puissants (les « hippopotames ») qu’avec des alliés historiques dont il n’a que faire ? – Son but affirmé est d’ailleurs de refaire des USA la première puissance mondiale pour dépasser la Chine qui les talonne. D’autre part, on peut se demander aussi s’il n’essaie pas de refaire le partage du monde en deux blocs comme au temps de la guerre froide, étant prêt pour cela à s’arranger avec la Russie sur le dos des petits pays européens pour qui il n’a pas de considération.

Mais Trump n’est pas seul. Il peut compter sur une très large assise électorale populaire qui partage ses idées. À la lumière de ce constat, il se pourrait bien que nous, les européens, ayons à réviser une conception des relations et du droit international qui nous paraissaient universellement évidents et acquis définitivement… en découvrant que, finalement, nous serions bien « des Bisounours égarés dans Jurassic Park », selon l’expression de Hubert Védrine.

Ce dernier, interrogé sur l’antenne de la RTBF par Thomas Gadisseux **, déclarait également que l’arrivée de Trump au pouvoir a révélé une autre facette de l’Amérique : une puissance unilatéraliste, davantage préoccupée par ses propres intérêts que par ceux de ses alliés traditionnels. « C’est un choc pour l’ensemble de ceux qui ont cru à la vision de la mondialisation heureuse, l’ensemble de ceux qui croyaient aux règles diplomatiques et multilatérales et pour la planète progressiste » – sans parler des militants de l’écologie et défenseurs du climat. Que deviendra l’Europe dans cette jungle qu’elle n’avait pas anticipée car croyant toujours en ses valeurs « universelles » de droit des nations à disposer d’elles-mêmes, de respect des lois internationales et des traités et de protection des plus faibles ?

« Les Européens, explique Hubert Védrine, ont du monde une vision très idéalisée – la communauté internationale, la Cour pénale internationale pour punir les méchants –, qui ne suffit pas tellement le monde est autre… Pour les Américains, c’est à la fois vexant, humiliant et inquiétant : pour être en sécurité, ils passent leur temps à osciller entre vouloir contrôler le monde entier et chercher à se claquemurer chez eux. […] Barack Obama, pour sa part, malgré son charme et son intelligence, avait déjà montré qu’il n’intégrait plus comme ses prédécesseurs la mission wilsonienne de démocratiser le monde – la chrétienté disait « évangéliser », ou l’Occident dit « droit-de-l’hommiser ». C’est la fin du rêve missionnaire et civilisateur des États-Unis. »

On n’est plus dans l’Amérique du 21e siècle, ni même du 20e : on est bien revenu à celle du 19e, celle du Far-West et des chasseurs de prime. La loi est celle de celui qui sait tirer le premier, ou qui possède le plus de bétail comme dans les westerns. Qu’y peuvent quelques malheureux peaux-rouges dans ce passé mythique et glorieux réinventé ?

« On n’a plus de valeurs communes. Il faut arrêter de parler d’Occident. On peut parler de la relation transatlantique. » En conclusion, sans se renier elle-même et ses valeurs en se laissant marcher dessus par les hippopotames, l’Europe doit redéfinir son positionnement dans un monde où les équilibres traditionnels sont bouleversés et s’affirmer plus que jamais en tant que communauté de nations, l’Union qui parle d’une même voix. Le moment est « historique » : l’Europe ne doit pas attendre, conclut Hubert Védrine, elle doit prendre les devants et affirmer son rôle dans le monde. Défendre ses valeurs humanistes et d’inspiration chrétienne. Ce qui ne sera pas chose aisée, vu les tiraillements qui la secouent venant d’une extrême-droite transnationale et décomplexée, encouragée par les débordements d’outre-Atlantique…

Bernard Pönsgen

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(*) Après avoir interdit à la rédaction du Washington Post (journal de centre-gauche) de soutenir publiquement la candidature de Kamala Harris, le propriétaire du prestigieux quotidien, Jeff Bezos, par ailleurs fondateur et président-directeur général d’Amazon et première fortune mondiale juste devant Elon Musk, réduit drastiquement le spectre des opinions exprimées dans le journal. Dans les pages « Opinions », il n’y aura plus que deux sujets autorisés : les libertés personnelles et les marchés libres. Toute pensée contraire, prônant une forme de régulation par exemple, sera bannie. Le responsable des pages Opinions a démissionné et parmi les milliers de commentaires outrés, certains rappellent à Jeff Bezos la devise du Washington Post : « La démocratie meurt dans l’obscurité ». Il est loin le temps où le quotidien révélait le scandale du Watergate !  (source : RTBF Actus 26.02.2025)

(**) https://www.rtbf.be/article/les-europeens-sont-des-bisounours-egares-dans-jurassic-park-hubert-vedrine-appelle-l-europe-a-se-reveiller-11510242

N’enterrons pas encore François !

Je relaie cet édito bien senti d’Armelle Delmelle (L’Edito de la rédaction de 1RCF Belgique du 20 février), retranscrit pour la facilité, et que vous pourrez retrouver en audio par le lien  https://www.rcf.fr/points-de-vue/ledito-de-la-redaction-de-1rcf-belgique?episode=559771 Pour moi, la bonne attitude consiste à prier pour François et pour l’Eglise, et que chacun puisse accomplir sa mission dans l’Eglise aussi longtemps que Dieu le voudra. Bernard P.

Le pape François est malade : cette information n’est pas nouvelle. Les dernières informations disponibles au moment de l’écriture de cet éditorial sont qu’il a une double pneumonie et que le tableau médical est toujours aussi complexe. N’importe qui serait le sujet d’inquiétude lorsqu’on combine son âge, l’ablation d’une partie d’un poumon lors d’une opération durant sa jeunesse et une maladie multi-microbienne actuelle. En plus de l’inquiétude compréhensible, le pape par sa position est sous le feu des projecteurs malgré la protection des murs de l’hôpital Gemelli de Rome. Ces derniers jours, on a entendu de tout dans les médias, allant des prières et vœux de rétablissement – que nous réitérons par ailleurs, aux questions sur son âge : Certains articles et séquences nous donnent l’impression qu’on enterre déjà François avant l’heure. Nos collègues de LN24 ont fait une séance sur la maladie du pape dans « Tout le monde en parle », dans laquelle il est question de l’âge, de l’élection des papes et, à nouveau, de ses propos lors de sa visite en Belgique. « Ne faudrait-il pas choisir un pape plus jeune ? Est-ce qu’on ne doit pas le pousser vers la sortie ? Est-ce que son âge et son état de santé ne seraient pas la cause de ses propos ? Un pape plus jeune aurait-il permis une autre issue concernant de ‘l’opération Calice’ ?… » Des questions posées à, ou par des invités qui ne semblent pas avoir de liens avec l’Eglise. Aucune contrepartie contradictoire, aucune remise en contexte ! Permettez-nous alors de remettre un peu d’ordre.

Si les cardinaux peuvent être électeurs (et donc élus) jusqu’à 80 ans, ils ont a priori remis leur démission comme évêques à 75 ans pour prendre leur retraite, à l’image de Mgr De Keysel, âgé aujourd’hui de 77 ans. On pourrait nommer un pape plus jeune : cela ne le met pas à l’abri de problèmes de santé ; personne n’a jamais été à l’abri de problèmes de santé d’ailleurs. Nous en venons à ceux qui ont l’air de l’enterrer avant l’heure, comme avec cette phrase prononcée par Dany Streutels, avocat, toujours sur LN24, après avoir mentionné les propos du Saint-Père sur l’avortement dans l’avion qui le ramenait de Bruxelles, je cite : « Je suis triste pour lui s’il n’est pas en bonne santé, mais je ne suis pas triste pour lui si on devait le remplacer » – fin de citation. La fonction du pape étant une mission à vie, cette remarque nous pose un problème. Remplacer le pape François signifierait qu’il a soit renoncé – ce qu’il a dit à de nombreuses reprises ne pas vouloir faire ; soit qu’il est décédé, et alors cela est extrêmement indélicat de la part de cet avocat.

Quittons la télé et intéressons-nous aux articles qui fleurissent par dizaines sur le sujet. L’un d’eux, publié sur le site de la RTBF, a retenu notre attention. Aujourd’hui titré : « Santé du pape François : ce que le silence sacré du Vatican murmure en secret », il pose la question du pourquoi il n’y a pas plus d’informations qui filtrent, et cette question est aussi celle du silence qui pourrait, selon lui, « être utilisé pour préparer la suite ». La suite, rappelons-le, elle est régie par un protocole qui sera a priori suivi à la lettre et donc prêt, quoi qu’il arrive. La suite est aussi prête dans les médias, chez nous (RCF) aussi, soyons honnêtes. Mais en aucun cas, cela ne doit autoriser qui que ce soit à aller trop loin dans les spéculations sur la suite des événements pour le pape, et à l’enterrer avant l’heure.

« LA JOIE DE L’ESPERANCE » = méditation du flocon 2

Alors que le monde retient son souffle en se demandant si les déclarations visant à entamer d’éventuelles négociations en vue d’un accord de paix en Ukraine allaient enfin déboucher sur quelque chose, et que l’actualité, elle, continue à nous démontrer tous les jours que ce monde est cassé, déchiré, détraqué par la violence, je médite ce matin sur la difficulté de rester dans l’espérance à propos de l’avenir de l’humanité – si on refuse de fermer les yeux en choisissant l’ignorance – ce que j’essaie d’éviter malgré tout.  

Mon constat est qu’au fond de moi s’insinue insensiblement, au fil du temps et des informations atroces que déversent quotidiennement les médias, un pessimisme latent qui tend à me couper de la source de la joie : cette joie qui est précisément un fruit de l’espérance.

Je ne dois pas être le seul, puisque le pape François appelle avec force les chrétiens à devenir pèlerins d’espérance en cette année jubilaire.

Toute la terre habitée est pleine de pauvres désespérés, d’enfants mourant de faim, de personnes déracinées et de victimes innocentes de guerres et de conflits ethniques, de violences sexuelles et de meurtres. La menace de l’apocalypse nucléaire continue à assombrir notre horizon et notre planète est en pleine crise écologique. Comment éprouver cette « joie de l’espérance » ?

C’est à ce point de mes réflexions désabusées qu’au même moment, j’entends au micro de ma radio préférée (RCF) Mgr Mourad, l’évêque syro-chaldéen d’Oms en Syrie –ville martyre– répondre au journaliste qui lui demandait s’il avait confiance dans le nouveau gouvernement de la Syrie issu d’une frange du mouvement islamiste Daesh. – À cette question évidemment pertinente, l’évêque réagit avec un petit rire amusé en disant : « Nous n’avons confiance qu’en Dieu. »

Cette réponse m’invite donc à ne pas chercher les raisons d’espérer ailleurs qu’en Dieu. Comme le soulignait le représentant du Conseil Œcuménique des Eglises Kosuke Koyama dans le discours d’inauguration de la 8ème assemblée, à propos de l’injonction paulinienne : « Soyez joyeux dans l’espérance » (Romains 12,12) :

« Notre perception quotidienne de la joie et de l’espérance ne nous permet pas de comprendre le mystère qui entoure ce message d’espérance, motif de joie. Le mystère est celui d’un Dieu compatissant qui embrasse le monde. Plus le monde tombe dans le désespoir, plus intime et déterminée devient cette étreinte vivifiante de Dieu. Telle est notre foi. Telle est notre position. »

Magnifique ! je vibre et je tremble à la pensée que Dieu m’embrasse et étreint notre monde de son amour !

L’orateur développe sa pensée : « La relation entre le monde et ce Dieu qui l’étreint est une relation douloureuse. Par le truchement du prophète Osée, Dieu dit : « Mon cœur est bouleversé en moi. En même temps, ma pitié s’est émue » (11, 8). Israël s’avère infidèle mais Dieu refuse de l’abandonner. Le monde est infidèle mais Dieu refuse de l’abandonner. Dieu est pris dans un dilemme, un désarroi accentué par l’amour. Le mystère de notre thème « la joie de l’espérance » se dissimule dans cette histoire extraordinaire de la vie intérieure de Dieu. L’espérance a-t-elle trait à l’avenir ? Mais elle est encore plus liée à l’amour. L’espérance n’est pas une histoire de temps. C’est une histoire d’amour. »

Nos manques d’espérance et de joie – et les miens bien sûr – seraient liés de fait à une conscience insuffisante que Dieu est Amour (1 Jn 4, 8), et que de ce fait il ne peut abandonner ce monde et cet homme qu’il a créés. Et l’avenir est entre ses mains : entre les mains de l’Amour. Il l’a prouvé en envoyant son Fils mort par amour sur la croix et ressuscité pour notre vie.

« L’Evangile ose placer l’amour au-dessus du temps. Toutes les guérisons que relatent les évangiles et finalement la confession de foi que nous récitons – « est ressuscité des morts le troisième jour » (Symbole des apôtres) laissent entrevoir cette formidable vérité. »

La joie dans l’espérance est donc possible – et requise ! Mais elle n’est pas un fleuve tranquille, une sinécure où nous pourrions nous reposer en laissant Dieu tout faire :

« Lorsque Dieu étreint ce monde avec compassion, celui-ci en est « révolutionné » (Ac 17, 6). […] La grâce est source de bouleversement, pas de tranquillité. L’Eglise est le Corps du Christ qui court accueillir le monde brisé. Notre espérance, par nature, n’est pas tranquille, elle est pleine d’émoi. Le commandement apostolique – « soyez joyeux dans l’espérance » – est donné à un monde « révolutionné » par un Dieu qui court, comme le père de la parabole au-devant de son fils prodigue. Un Dieu qui court!  Que faire de ce Dieu du centre qui court à la périphérie ? Nous ne sommes pas revenus de notre étonnement que la périphérie est devenue le centre! La lumière brille de la périphérie, pas du centre. « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs » c’est d’elle qu’est venu le salut (Mc 12, 10). Quelle surprise et quel émoi! »

Qu’attendons-nous pour courir à notre tour ?

Dans la joie de l’espérance à partager au monde, avec vous !   

Le flocon

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(Les citations sont tirées de l’intervention de Kosuke Koyame, WCC eighth Assembly , Harare Zimbabwe, 4.12.1998)

Le Pape se mêle-t-il de ce qui ne le regarde pas (la politique) ? – Réactions à propos de ses déclarations sur la nouvelle politique migratoire aux U.S.A.

En critiquant la politique migratoire prônée par le président américain et les expulsions massives d’étrangers même vivant aux USA depuis des décennies, le Pape François s’est récemment attiré les foudres de l’administration de Donald Trump qui le prie vertement de se mêler de ses affaires. Principal conseiller de Donald Trump sur la question migratoire, Tom Homan, surnommé le Tsar des frontières, a déclaré à des journalistes : «je voudrais qu’il se concentre sur l’Église catholique et nous laisse nous occuper des frontières». Il a ajouté ironiquement : « Il a un mur autour du Vatican, n’est-ce pas ? (…) Nous ne pouvons pas avoir un mur autour des États-Unis ?».

C’est dans une lettre adressée aux évêques américains et dévoilée ce mardi par le Vatican que le Pape François a déploré l’expulsion de «personnes qui, dans de nombreux cas, ont quitté leur pays pour des raisons d’extrême pauvreté, d’insécurité, d’exploitation, de persécution ou de grave détérioration de l’environnement, porte atteinte à la dignité de nombreux hommes et femmes». Le Pape a ajouté que les nations ont le droit de se protéger, mais a souligné que l’expulsion forcée des immigrants « porte atteinte à la dignité de nombreux hommes et femmes, et de familles entières, et les place dans un état de vulnérabilité particulière et sans défense« .

L’intervention la plus récente du Pape intervient alors que Donald Trump a intensifié ses efforts de lutte contre l’immigration, dans le cadre de ce qu’il a promis être une politique de « déportation massive«  selon ses propres mots – « solution«  qu’il verrait bien appliquer aussi à Gaza pour forcer les palestiniens à quitter leur terre. En attendant, Donald Trump veut envoyer jusqu’à 30 000 migrants sans-papiers à Guantanamo, la tristement célèbre base américaine où ont été pratiquées des tortures sur les prisonniers lors de la Guerre du Golfe. Les expulsions pourraient atteindre jusqu’à 800 000 personnes selon les estimations.

On sait l’attachement souvent manifesté par François aux migrants qu’il défend selon ce qu’il estime être un droit qui dépasse celui du sang ou du sol (voir le débat actuel en France) : celui de tout être humain à vivre en sécurité et avec des conditions d’existences dignes. Cette position s’appuie sur la doctrine sociale de l’Eglise, exprimée dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique : L’accueil des migrants s’inscrit dans l’article 2241 du Catéchisme, qui précise que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine ». Evidemment, cette réserve « autant que faire se peut » laisse place à des interprétations… En fait, le texte laisse aux États la décision d’ouvrir ou de fermer leurs frontières, en prenant en compte la notion de « bien commun », c’est-à-dire le bon fonctionnement de la société d’accueil. Mais il est évident que pour François, l’humanité est une, et le plan de Dieu est de rassembler tous les peuples, langues et nations ainsi que l’exprime la Bible. Pas de suprématisme de couleur ou d’origine donc ; et un nationalisme fondé sur la race ne peut que conduire à des dérives graves comme celles que l’on a déjà connues dans l’histoire.

Se référant à des récits bibliques impliquant des migrations comme « souviens-toi que tu as été toi-même un immigré au pays d’Egypte » (Exode 22,21 ; Deutéronome 24,22…), le Pape a déclaré que les gens avaient le droit de chercher refuge ailleurs. « J’ai suivi de près la crise majeure qui se déroule aux États-Unis avec le lancement d’un programme de déportations massives« , a-t-il déclaré. « La conscience justement formée ne peut manquer de porter un jugement critique et d’exprimer son désaccord avec toute mesure qui identifie tacitement ou explicitement le statut illégal de certains migrants avec la criminalité. »

François a ajouté que les actions de Trump n’auront pas de bons résultats. « Ce qui est construit sur la base de la force, et non sur la vérité de l’égale dignité de chaque être humain, commence mal et finira mal. »

Les pays Européens et du reste du monde réagissent mollement – ou ne réagissent pas aux décisions de Trump en matière migratoire, engoncés eux-mêmes dans des débats politiques sur ce thème sensible exploité par les extrême-droites. Le monde chrétien, lui, est également divisé sur ce sujet entre pro et anti-migrants, la ligne de démarcation suivant à peu près celle qui sépare la gauche de la droite…

Le Pape a-t-il le droit de s’immiscer dans les choix politiques d’un Etat souverain ? Est-ce de l’ingérence inacceptable dans ce qui ne relèverait pas du « spirituel » où devrait se cantonner l’Eglise ? Le débat est relancé, après celui qui avait déjà été amorcé lors de la visite de François en Belgique où ses déclarations concernant le rôle de la femme et l’avortement avaient été diversement appréciées (en faisant malheureusement oublier tout le reste)… Au fond, qu’en aurait pensé Jésus ?

Bernard Pönsgen

-Voir aussi l’article sur Cathobel : Le Pape critique la politique migratoire de Donald Trump et se fait remballer

-Egalement sur 1RCF – L’Invité de la Matinale (podcast) :

Que dit l’Eglise sur le droit du sol ? La réponse du jésuite Christian Mellon

NEWSLETTER DE L’U.P. PAYS DE SAINT REMACLE STAVELOT-FRANCORCHAMPS 11 février 2025

Le 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes, est aussi la Journée Mondiale des Malades, instaurée par le pape Jean-Paul II en 1992. A cette occasion, les pastorales de la santé des différents diocèses francophones de Belgique nous invitent à être attentifs aux malades et à ceux qui les entourent (visitent) ou les soignent, que ce soit par la prière ou par des actions concrètes : voir ICI l’article posté sur CATHOBEL. Le sanctuaire de Banneux s’associe aussi à cette action par une bénédiction des malades et une messe (voir sur le site de N-D de Banneux).

JUBILé DES JEUNES 2025 : cliquez sur l’image !

RASSEMBLEMENT DIOCESAIN DES 12-18 : cliquez sur l’image !

« EN ROUTE AVEC ESPERANCE – MESSAGE DU FLOCON »

(cliquez ICI )

L’horaire des messes pour les mois de MARS-AVRIL est disponible !

voir: https://paysdesaintremacle.wordpress.com/horaire-des-messes/

ACTUALITE

La Vierge de La Gleize: un témoin miraculé de l’Offensive des Ardennes

=> un article de Vincent COLSON paru dans Cathobel le 28/01/2025

CLIQUEZ SUR L’IMAGE DE LA VIERGE ou ICI

Horaires, actualités, réflexions, homélies… Click sur l’image ou https://paysdesaintremacle.wordpress.com/

20 JANVIER – LE MONDE NOUVEAU

Ce lundi 20 janvier 2025, nous entrerons dans un autre monde, un monde différent de celui que nous avons connu depuis des décennies. Un monde « trumpisé ».

L’investiture à Washington du 47ème président des Etats-Unis marque certainement un tournant dans l’histoire. Il est symbole – à la fois effet et cause, des changements extrêmement profonds et sans doute durables qui affectent notre civilisation construite sur des idées démocratiques héritées des grecs, et imprégnée à l’origine de la pensée judéo-chrétienne et de la philosophie des lumières qui ont produit ce qu’on appelle « les Droits de l’Homme ».

Je pense que nous sommes à un tournant de civilisation, en effet. Et ce monde nouveau qui advient me fait peur. Il inquiète tous les démocrates, les philosophes, sociologues, qui observent le glissement, la transformation en pleine accélération des mentalités, modelées sur une culture égotique et narcissique implémentée dans des centaines de millions de cerveaux par le formatage médiatique des GAFA et des réseaux sociaux.

Dans ce processus, le concept de vérité n’est plus qu’une notion relative, remplacée par l’opinion, laquelle est évidemment manipulable à souhait selon les intérêts de ceux qui fabriquent l’information et chez qui on retrouve des magnats de la high tech tels que notre ami Elon Musk, proche du président. L’utilisation des algorithmes sur les réseaux sociaux, s’additionnant aux « fake news » (informations fausses ou trafiquées) générant des courants complotistes voire négationnistes, ce phénomène enferme les gens dans des cercles d’opinions et de croyances de plus en plus fermés. Effet collatéral : dans presque tous les domaines de la vie sociale et politique, on pratique de moins en moins le dialogue, l’écoute constructive et la recherche de convergence ou de compromis, mais on se radicalise dans une auto-affirmation sans concession de sa propre identité et de ses choix – ce qui favorise évidemment un communautarisme étroit. (Cela explique en partie bien des blocages actuels dans la vie politique, par exemple).

À partir du moment où il n’y a plus une vérité extérieure à soi-même, on entre dans ce fonctionnement mental pervers et dangereux que Benoît XVI avait dénoncé dans une mise en garde très claire : le relativisme. Cette attitude peut porter atteinte à toutes les valeurs communes – et pas seulement religieuses, et saper aussi bien les institutions que les lois elles-mêmes qui dirigent et protègent la société. Seul compte le pouvoir (la force), et celui qui le possède a le « droit » de modifier, de contourner ou même d’abroger toute règle qu’elle soit nationale ou internationale selon son bon vouloir et ses intérêts. La guerre elle-même devient alors un moyen « légitime » d’obtenir ce que l’on souhaite, ainsi que l’a décidé Vladimir Poutine en envahissant l’Ukraine comme il le fait, au nom de la « sainte Russie ».

Les déclarations récentes de Donald Trump concernant une annexion possible du Groenland aux USA par la force sont également un exemple de cette mentalité, même s’il ne passe pas aux actes. On peut se référer aussi à la manière dont il a voulu forcer l’élection perdue de 2020 lors de son échec contre Biden. Qu’un type pareil accède à la présidence de la première superpuissance mondiale est profondément inquiétant, certes, mais ce n’est que l’épiphénomène d’un bouleversement tout aussi profond qui menace l’ensemble de nos sociétés démocratiques : l’émergence d’une internationale d’extrême-droite décomplexée, et qui a désormais pignon sur rue. Dans presque toute l’Europe, ces courants et ces partis d’extrême-droite s’affichent avec des scores impressionnants et participent ci et là au pouvoir, compliquant voire bloquant parfois le fonctionnement de l’UE.

L’invitation adressée par le futur président Trump pour sa cérémonie d’investiture à plusieurs leaders de ces partis extrémistes ou Etats gouvernés par l’extrême-droite, et en ignorant royalement les autres figures de proue des pays ou institutions européennes tels que la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, le président français Macron et d’autres chefs d’Etat ou ministres dont les critiques lui ont déplu, cela est révélateur d’un état d’esprit complètement fermé à tout ce qui n’est pas dans sa « ligne ».

Vu la déliquescence économique de l’Europe, il est à redouter qu’avec les encouragements de la mouvance trumpiste auprès de ces courants d’extrême-droite et les mensonges qui les accompagneront, les forces vives démocratiques de nos pays soient de plus en plus affaiblies pour devenir à la longue minoritaires : On sent que les mentalités changent, et chez les gens déçus par nos politiques et meurtris par l’inflation, l’extrême-droite est désormais perçue comme une option acceptable et non plus ostracisée (les cordons sanitaires sautent les uns après les autres). Les leçons du passé s’oublient, les discours se radicalisent, et il y a en l’air comme une ambiance qui pourrait évoquer celle des années ’30 d’avant-guerre…

L’avertissement donné par le président sortant Joe Biden quelques jours avant son transfert de pouvoir à Donald Trump au cours de son discours d’adieu, cet avertissement sonne comme un glas : « Je veux mettre en garde le pays contre certaines choses qui m’inquiètent grandement », a lancé le démocrate de 82 ans. « Il s’agit de la dangereuse concentration du pouvoir aux mains de très peu de personnes ultrariches » et des « conséquences dangereuses si leur pouvoir est laissé sans limites »« Une oligarchie prend forme en Amérique » et elle « menace concrètement notre démocratie tout entière, nos droits et libertés élémentaires ».

Sans les nommer, le futur ex-président vise clairement son successeur Donald Trump et les multimilliardaires de la tech désormais derrière le républicain, au premier rang desquels Elon Musk, appelé à occuper un poste-clé au sein de la nouvelle administration.

« Les Américains sont ensevelis sous une avalanche de désinformation qui permet l’abus de pouvoir », a encore déploré Joe Biden, en appelant à faire « rendre des comptes » aux réseaux sociaux et à mettre en place des « garde-fous » pour l’intelligence artificielle. La « concentration de richesse et de pouvoir (…) porte atteinte au sens de l’unité et du bien commun. Elle cause la défiance et la division », a encore dit le 46e président des Etats-Unis. Il s’est alarmé aussi des « forces puissantes » qui voudraient « éliminer les mesures que nous avons prises pour affronter la crise climatique. »

« A votre tour de monter la garde », a-t-il finalement lancé à ses compatriotes, faisant preuve, après 50 années de vie politique, d’une lucidité hélas sans plus de pouvoir.

N’avons-nous pas nous aussi à « monter la garde » pour protéger nos institutions et défendre nos valeurs, que ce soit au nom de l’évangile si nous sommes chrétiens, ou du respect des Droits Humains tout simplement, dans ce monde où la vie humaine, et la vie tout court parfois, a de moins en moins de prix face à l’argent ? Mobilisons-nous et faisons entendre nos voix, mais surtout celle de la Vérité – pour laquelle Jésus est mort.

Sinon ce nouveau monde qui commence lundi pourrait ressembler un jour à un cauchemar…  

Bernard Pönsgen