LE RETOUR DE LA FORCE

Ce matin 7 novembre, les premières pages et les titres de la presse traduisaient unanimement un fort sentiment d’inquiétude, voire de désarroi. J’ai relevé quelques-uns de ces titres les plus marquants (in RTBF Actus 7.11.2024) :

« Le revoilà » (De Morgen)

« Le choc Trump, Acte II. » (La Libre)

« Trump prend sa revanche, plus dangereux, plus en colère et plus puissant que jamais. » (De Standaard)

« Plus personne maintenant n’arrêtera Trump. » (Het Laatste Nieuws)

« Et maintenant ? » demandent Le Soir et L’Avenir.

Oui, et maintenant ? Quel avenir pour les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ? Quel futur pour l’Otan et l’Europe ? Quel lendemain pour la démocratie ? Quel espoir encore pour les femmes, les minorités, les migrants, l’environnement et le climat ?  Le monde entier se pose ces questions après cette victoire. Et bien d’autres tout aussi dérangeantes. Car le phénomène Trump ou ‘’Maga’’ pourrait bien faire tache d’huile chez nous et ailleurs dans le monde.

Car comme l’écrit le commentateur dans Le Monde, « ils [les Américains] ont choisi en toute connaissance de cause. En 2016, les électeurs américains ignoraient à quoi ressemblerait une présidence Trump. Cette fois, non seulement les électeurs américains connaissaient parfaitement le candidat Trump – jusque dans ses comportements les moins glorieux, mais surtout, le candidat est encore plus radical qu’il y a 8 ans. Son électorat SAIT où ce président va les emmener, et il en redemande« .

Kamala Harris dans un discours, déclarait en parlant de toutes ces dérives outrancières, intolérantes, vulgaires, racistes et misogynes : »ce n’est pas ce que nous sommes. Ce n’est pas l’Amérique« . Il s’avère pourtant que malheureusement, c’est exactement ce qu’est aujourd’hui l’Amérique,ou en tout cas une partie majoritaire de ce continent, et celane va probablement pas se limiter aux Etats-Unis. « L’ère Trump ne s’ouvre pas que pour les Etats-Unis, écrit Le Soir. C’est une nouvelle ère politique conquérante qui va s’ouvrir pour le Monde. » « Donald Trump n’est plus l’anomalie, il est désormais la norme. » (De Standaart)

Comme l’écrit l’Avenir – en donnant froid dans le dos, « Aux 4 coins du Vieux Continent, d’autres petits Trump attendent désormais leur heure de gloire« . La montée des extrêmes-droites un peu partout dans le monde semble donner raison à ce sombre pronostic.

Qu’est-ce qui a fait pencher la balance en faveur du populiste Trump et pousser les indécis, les latinos et même les femmes à l’élire ? On pointe les promesses économiques du candidat, sur fond d’inflation qui frappe davantage les revenus les plus bas. Sans doute que ce thème, davantage exploité par Trump que par Harris, a joué dans la compétition. Mais ce qui ressort peut-être davantage, c’est semble-t-il sa façon de paraître et de s’exprimer. Brutale. Viriliste. Sans nuances. Méprisante pour les adversaires (qu’il traite d’ennemis). Il a su chauffer les esprits avec un charisme certain en permettant à des foules entières d’Américains tant de condition modeste qu’issus de la ‘’middle class’’ de se projeter dans ce personnage qui catalyse à la fois leurs aspirations et leurs frustrations. Grâce à lui, ils peuvent proclamer tout haut les pensées auparavant inavouables, en quelque sorte il a libéré la parole en donnant une sorte de ‘caution morale’ à ce qui n’était pas politiquement ni chrétiennement correct. Ainsi que l’écrit le journaliste de l’Echo, c’est le « triomphe des pulsions ». Le discours rationnel est balayé au profit des affects par la démagogie de Donald Trump, orfèvre en la matière.

Hélas pour Kamala Harris, l’Amérique a manqué une deuxième fois son rendez-vous avec l’Histoire en refusant d’élire une femme à sa présidence.

Le plus étonnant peut-être est le soutien très marqué des chrétiens, y compris les catholiques, dévolu au candidat Trump. Les évangélistes l’ont sacré défenseur de la loi anti-avortement (malgré quelques ambigüités de Trump qui n’a voulu s’aliéner aucun camp) ; mieux, ils en ont fait un ‘’messie’’ envoyé de Dieu qui doit rétablir l’ordre conservateur et la morale (sic). Les catholiques voient aussi un lui un défenseur des valeurs dites chrétiennes – le sont-elles vraiment ?

Comme au temps de Jésus, on confond le Royaume de Dieu avec un ordre social et politique, une puissance qui impose une façon de concevoir le monde et une morale à tous les citoyens d’un pays. Derrière cette conception religieuse où la société est soumise aux lois divines (qui est aussi la vision de l’Islam, nota bene), il y a un piège énorme que le Christ a dénoncé maintes fois en rappelant que « son royaume n’est pas de ce monde » : ce piège, ainsi que le souligne Aymeric Christensen, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie, c’est de préférer une loi d’apparence chrétienne à la liberté évangélique ; prétendre instaurer par le haut un ordre social fondé sur des « valeurs » chrétiennes.

Nous savons à quelles dérives cela a conduit dans l’Histoire…

Mais derrière tout cela, derrière ce pari risqué de voter pour une sorte de messie à qui on remet sa conscience personnelle en plus de tous les pouvoirs, est-ce qu’il n’y aurait pas, se demande Christensen, – y compris chez les chrétiens – une fascination malsaine pour la force et le pouvoir ? (…Il n’y a pas que dans les stades!)

« Richer, safer, stronger » (plus riches, plus sécurisés, plus forts) : ce sont les trois mots-clés de la campagne de Donald Trump pour électriser les foules et se les rallier à lui. De la sorte, en délaissant tout ce qui unit et rassemble au-delà des différences, en rejetant la solidarité, il est clair que le débat politique ne peut que jouer toujours davantage sur les instincts, instillant la haine et la polarisation. Comment construire sur ces bases une société où toutes les composantes cohabitent harmonieusement ?

=>Est-ce qu’il ne serait pas temps pour tous les chrétiens (chez nous et partout dans le monde) de choisir non pas le chemin de la force, que le Christ a refusé, mais celui de la solidarité et de la fraternité qui abat les murs et les frontières ?

La seule puissance légitime aux yeux de Dieu, c’est celle de l’amour. Ne l’oublions jamais.

Bernard

5 réflexions au sujet de « LE RETOUR DE LA FORCE »

  1. Avatar de Suzanne Carabin-DiérickxSuzanne Carabin-Diérickx

    Ton texte, Bernard, redit avec justesse, tout ce qui se bouscule dans nos têtes depuis mardi/mercredi! Je me demande toujours comment c’est possible… Et ça fait peur pour l’avenir… La force, le pouvoir, la richesse: que de fausses valeurs à nos yeux… Je me demande parfois, si les chrétiens de chez nous, donc moi aussi, avons assez prié l’Esprit Saint avant ces élections? Mais l’Esprit-Saint n’est pas magicien; il n’enfonce pas les portes fermées mais il peut souffler sur les consciences. Le 9 juin, comme le 13/10, chez nous, j’ai été frappée qu’aucune intention ne soit formulée aux messes pour cela… A-t-on oublié les grâces du discernement « dans l’Esprit Saint »? Savons-nous encore discerner en conscience? Beaucoup de questions, beaucoup d’inquiétudes et de tristesse après ces élections aux USA! God save the world! Suzanne Carabin

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  2. Avatar de Madeleine et Jean-Servais SchairMadeleine et Jean-Servais Schair

    Merci Bernard,

    Il est temps de réagir et de semer, chacun à notre niveau, des graines d’espérance et d’amour pour créer autour de nous un monde plus juste et plus fraternel.

    Madeleine Schair

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  3. Avatar de p06775p06775

    Salut Bernard, Je ne suis pas du tout d’accords avec l’article que tu as mis en ligne.Trump est pour la paix, ce n’est pas un guerrier, c’est un homme d’affaire pour qui le commerce est la priorité.. il n’a fait aucune guerre et promet d’arrêter celle d’Ukraine et du moyen orient.. il avait fait les accords d’abrams lors de son premier manda qui était des accords de paix.. et projette de les renouveler. Je comprends que les Eveques d’Amérique ont tous demandé de voter pour Trump.Kaméla est pour le nouvel ordre mondial, ou les usa écrase tout le monde, lui il est pour un replis sur l’Amérique et ne plus faire d’ingérence chez les autres… je suis dac.Dans notre monde occidental, on n’a pas arrêté de le diaboliser…or on sait que notre presse n’est pas du tout chrétienne… de quoi nos dirigeants ont ils peur? qu’on leur enlève leurs privilèges ? que leur magouilles soit misent au grand jour ?  Qu’ils doivent arrêter les guerres ou ils se font plein de fric sur le dos des populations (les entreprises ukrainiennes et les terres sont rachetées par les occidentaux pour une bouchée de pain) ?Avec Trump il y a du bon et du moins bon.. la on est dac                                Mais faut pas non plus oublier la providence divine qui a tout en main… sa victoire écrasante était donc voulue ou permise par Dieu…De toute façon notre société ne pouvait pas continuer dans le sens ou elle allait… car tout le monde s’en rend compte, dans tous les domaines on va dans le mur.Et maintenant d’un coup il y a deux changements majeur dans le monde… les brics et trump.Attendons de voir avant de juger… Bien a toi Marc

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