Le Pape se mêle-t-il de ce qui ne le regarde pas (la politique) ? – Réactions à propos de ses déclarations sur la nouvelle politique migratoire aux U.S.A.

En critiquant la politique migratoire prônée par le président américain et les expulsions massives d’étrangers même vivant aux USA depuis des décennies, le Pape François s’est récemment attiré les foudres de l’administration de Donald Trump qui le prie vertement de se mêler de ses affaires. Principal conseiller de Donald Trump sur la question migratoire, Tom Homan, surnommé le Tsar des frontières, a déclaré à des journalistes : «je voudrais qu’il se concentre sur l’Église catholique et nous laisse nous occuper des frontières». Il a ajouté ironiquement : « Il a un mur autour du Vatican, n’est-ce pas ? (…) Nous ne pouvons pas avoir un mur autour des États-Unis ?».

C’est dans une lettre adressée aux évêques américains et dévoilée ce mardi par le Vatican que le Pape François a déploré l’expulsion de «personnes qui, dans de nombreux cas, ont quitté leur pays pour des raisons d’extrême pauvreté, d’insécurité, d’exploitation, de persécution ou de grave détérioration de l’environnement, porte atteinte à la dignité de nombreux hommes et femmes». Le Pape a ajouté que les nations ont le droit de se protéger, mais a souligné que l’expulsion forcée des immigrants « porte atteinte à la dignité de nombreux hommes et femmes, et de familles entières, et les place dans un état de vulnérabilité particulière et sans défense« .

L’intervention la plus récente du Pape intervient alors que Donald Trump a intensifié ses efforts de lutte contre l’immigration, dans le cadre de ce qu’il a promis être une politique de « déportation massive«  selon ses propres mots – « solution«  qu’il verrait bien appliquer aussi à Gaza pour forcer les palestiniens à quitter leur terre. En attendant, Donald Trump veut envoyer jusqu’à 30 000 migrants sans-papiers à Guantanamo, la tristement célèbre base américaine où ont été pratiquées des tortures sur les prisonniers lors de la Guerre du Golfe. Les expulsions pourraient atteindre jusqu’à 800 000 personnes selon les estimations.

On sait l’attachement souvent manifesté par François aux migrants qu’il défend selon ce qu’il estime être un droit qui dépasse celui du sang ou du sol (voir le débat actuel en France) : celui de tout être humain à vivre en sécurité et avec des conditions d’existences dignes. Cette position s’appuie sur la doctrine sociale de l’Eglise, exprimée dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique : L’accueil des migrants s’inscrit dans l’article 2241 du Catéchisme, qui précise que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine ». Evidemment, cette réserve « autant que faire se peut » laisse place à des interprétations… En fait, le texte laisse aux États la décision d’ouvrir ou de fermer leurs frontières, en prenant en compte la notion de « bien commun », c’est-à-dire le bon fonctionnement de la société d’accueil. Mais il est évident que pour François, l’humanité est une, et le plan de Dieu est de rassembler tous les peuples, langues et nations ainsi que l’exprime la Bible. Pas de suprématisme de couleur ou d’origine donc ; et un nationalisme fondé sur la race ne peut que conduire à des dérives graves comme celles que l’on a déjà connues dans l’histoire.

Se référant à des récits bibliques impliquant des migrations comme « souviens-toi que tu as été toi-même un immigré au pays d’Egypte » (Exode 22,21 ; Deutéronome 24,22…), le Pape a déclaré que les gens avaient le droit de chercher refuge ailleurs. « J’ai suivi de près la crise majeure qui se déroule aux États-Unis avec le lancement d’un programme de déportations massives« , a-t-il déclaré. « La conscience justement formée ne peut manquer de porter un jugement critique et d’exprimer son désaccord avec toute mesure qui identifie tacitement ou explicitement le statut illégal de certains migrants avec la criminalité. »

François a ajouté que les actions de Trump n’auront pas de bons résultats. « Ce qui est construit sur la base de la force, et non sur la vérité de l’égale dignité de chaque être humain, commence mal et finira mal. »

Les pays Européens et du reste du monde réagissent mollement – ou ne réagissent pas aux décisions de Trump en matière migratoire, engoncés eux-mêmes dans des débats politiques sur ce thème sensible exploité par les extrême-droites. Le monde chrétien, lui, est également divisé sur ce sujet entre pro et anti-migrants, la ligne de démarcation suivant à peu près celle qui sépare la gauche de la droite…

Le Pape a-t-il le droit de s’immiscer dans les choix politiques d’un Etat souverain ? Est-ce de l’ingérence inacceptable dans ce qui ne relèverait pas du « spirituel » où devrait se cantonner l’Eglise ? Le débat est relancé, après celui qui avait déjà été amorcé lors de la visite de François en Belgique où ses déclarations concernant le rôle de la femme et l’avortement avaient été diversement appréciées (en faisant malheureusement oublier tout le reste)… Au fond, qu’en aurait pensé Jésus ?

Bernard Pönsgen

-Voir aussi l’article sur Cathobel : Le Pape critique la politique migratoire de Donald Trump et se fait remballer

-Egalement sur 1RCF – L’Invité de la Matinale (podcast) :

Que dit l’Eglise sur le droit du sol ? La réponse du jésuite Christian Mellon

4 réflexions au sujet de « Le Pape se mêle-t-il de ce qui ne le regarde pas (la politique) ? – Réactions à propos de ses déclarations sur la nouvelle politique migratoire aux U.S.A. »

  1. Avatar de Vermeulen RosaVermeulen Rosa

    MERCI cher Bernard….toujours autant de bons mots…bien discernés … qui aident à prendre du recul… à réfléchir …. Une belle plume…un beau cœur aimant. Shalom à toi et bonne journée… à demain Jan qui va rentrer de Mdy…et Rosa 😍

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    1. Avatar de bernardponsgenbernardponsgen Auteur de l’article

      Je suis bien d’accord avec toi Françoise ; j’ai écrit cet article en posant la question de façon théorique pour faire réfléchir les gens avec les éléments que je leur donne. Ainsi ils n’ont pas le sentiment qu’on leur impose une vision, car ils y sont arrivés d’eux-mêmes 😉

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  2. Avatar de furryab4c1c95f9furryab4c1c95f9

    C’est un sujet bien délicat que tu abordes ici Bernard! La réaction de Trump ne m’étonne pas! son silence aurait été étonnant! Le Pape a perdu de son influence sur le monde mais il a toujours la liberté, et même le devoir d’interpeler sur des faits qui touchent à la vie des êtres humains. Chacun est libre aussi de l’écouter ou non! Si Trump réagit, c’est qu’il a entendu le message mais qu’il n’a pas envie de l’écouter , encore moins de le suivre…Je crois qu’il faut mieux réguler l’immigration et il faudrait surtout mieux collaborer et aider les pays d’où fuient tant de personnes. Trump préfère des mesures radicales qui ne tiennent pas compte de la valeur humaine des personnes, encore moins de leurs souffrances…Mais pour en revenir à notre pape François, je crois fermement qu’il doit continuer à parler au nom du Christ, à interpeler, à remettre les pendules à l’heure… Il dérange ceux qui veulent détruire la famille « conventionnelle » et pourtant… Si les faamilles étaient plus stables, il y aurait moins d’enfants en famille d’accueil, en institutions, moins de jeunes à la rue, déboussolés… Ses propos à LLN ont choqué et pourtant, c’était une porte ouverte pour un débat plus profond sur le rôle de la femme et sur celui de l’homme! Une femme ne sera jamais un homme et inversément, malgré toutes les techniques médicales et autres…C’est un autre débat…mais pourquoi notre monde va-t-il si mal? On détruit les bases de la Création… Quant à Trump, il est un fameux danger pour l’humanité!

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