Alors que le monde retient son souffle en se demandant si les déclarations visant à entamer d’éventuelles négociations en vue d’un accord de paix en Ukraine allaient enfin déboucher sur quelque chose, et que l’actualité, elle, continue à nous démontrer tous les jours que ce monde est cassé, déchiré, détraqué par la violence, je médite ce matin sur la difficulté de rester dans l’espérance à propos de l’avenir de l’humanité – si on refuse de fermer les yeux en choisissant l’ignorance – ce que j’essaie d’éviter malgré tout.
Mon constat est qu’au fond de moi s’insinue insensiblement, au fil du temps et des informations atroces que déversent quotidiennement les médias, un pessimisme latent qui tend à me couper de la source de la joie : cette joie qui est précisément un fruit de l’espérance.
Je ne dois pas être le seul, puisque le pape François appelle avec force les chrétiens à devenir pèlerins d’espérance en cette année jubilaire.
Toute la terre habitée est pleine de pauvres désespérés, d’enfants mourant de faim, de personnes déracinées et de victimes innocentes de guerres et de conflits ethniques, de violences sexuelles et de meurtres. La menace de l’apocalypse nucléaire continue à assombrir notre horizon et notre planète est en pleine crise écologique. Comment éprouver cette « joie de l’espérance » ?
C’est à ce point de mes réflexions désabusées qu’au même moment, j’entends au micro de ma radio préférée (RCF) Mgr Mourad, l’évêque syro-chaldéen d’Oms en Syrie –ville martyre– répondre au journaliste qui lui demandait s’il avait confiance dans le nouveau gouvernement de la Syrie issu d’une frange du mouvement islamiste Daesh. – À cette question évidemment pertinente, l’évêque réagit avec un petit rire amusé en disant : « Nous n’avons confiance qu’en Dieu. »
Cette réponse m’invite donc à ne pas chercher les raisons d’espérer ailleurs qu’en Dieu. Comme le soulignait le représentant du Conseil Œcuménique des Eglises Kosuke Koyama dans le discours d’inauguration de la 8ème assemblée, à propos de l’injonction paulinienne : « Soyez joyeux dans l’espérance » (Romains 12,12) :
« Notre perception quotidienne de la joie et de l’espérance ne nous permet pas de comprendre le mystère qui entoure ce message d’espérance, motif de joie. Le mystère est celui d’un Dieu compatissant qui embrasse le monde. Plus le monde tombe dans le désespoir, plus intime et déterminée devient cette étreinte vivifiante de Dieu. Telle est notre foi. Telle est notre position. »
Magnifique ! je vibre et je tremble à la pensée que Dieu m’embrasse et étreint notre monde de son amour !
L’orateur développe sa pensée : « La relation entre le monde et ce Dieu qui l’étreint est une relation douloureuse. Par le truchement du prophète Osée, Dieu dit : « Mon cœur est bouleversé en moi. En même temps, ma pitié s’est émue » (11, 8). Israël s’avère infidèle mais Dieu refuse de l’abandonner. Le monde est infidèle mais Dieu refuse de l’abandonner. Dieu est pris dans un dilemme, un désarroi accentué par l’amour. Le mystère de notre thème « la joie de l’espérance » se dissimule dans cette histoire extraordinaire de la vie intérieure de Dieu. L’espérance a-t-elle trait à l’avenir ? Mais elle est encore plus liée à l’amour. L’espérance n’est pas une histoire de temps. C’est une histoire d’amour. »
Nos manques d’espérance et de joie – et les miens bien sûr – seraient liés de fait à une conscience insuffisante que Dieu est Amour (1 Jn 4, 8), et que de ce fait il ne peut abandonner ce monde et cet homme qu’il a créés. Et l’avenir est entre ses mains : entre les mains de l’Amour. Il l’a prouvé en envoyant son Fils mort par amour sur la croix et ressuscité pour notre vie.
« L’Evangile ose placer l’amour au-dessus du temps. Toutes les guérisons que relatent les évangiles et finalement la confession de foi que nous récitons – « est ressuscité des morts le troisième jour » (Symbole des apôtres) laissent entrevoir cette formidable vérité. »
La joie dans l’espérance est donc possible – et requise ! Mais elle n’est pas un fleuve tranquille, une sinécure où nous pourrions nous reposer en laissant Dieu tout faire :
« Lorsque Dieu étreint ce monde avec compassion, celui-ci en est « révolutionné » (Ac 17, 6). […] La grâce est source de bouleversement, pas de tranquillité. L’Eglise est le Corps du Christ qui court accueillir le monde brisé. Notre espérance, par nature, n’est pas tranquille, elle est pleine d’émoi. Le commandement apostolique – « soyez joyeux dans l’espérance » – est donné à un monde « révolutionné » par un Dieu qui court, comme le père de la parabole au-devant de son fils prodigue. Un Dieu qui court! Que faire de ce Dieu du centre qui court à la périphérie ? Nous ne sommes pas revenus de notre étonnement que la périphérie est devenue le centre! La lumière brille de la périphérie, pas du centre. « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs » c’est d’elle qu’est venu le salut (Mc 12, 10). Quelle surprise et quel émoi! »
Qu’attendons-nous pour courir à notre tour ?

Dans la joie de l’espérance à partager au monde, avec vous !
Le flocon
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(Les citations sont tirées de l’intervention de Kosuke Koyame, WCC eighth Assembly , Harare Zimbabwe, 4.12.1998)


Merci Bernard pour cette méditation profonde, variée et riche…Que dire de plus? Simplement que pour moi, l’espoir est une valeur humaine qui repose sur de l’humain: la chance, la force, le caractère, la volonté etc…L’Espérance est une valeur spirituelle, voire même divine: elle repose sur la confiance en l’amour de Dieu, sur ma foi, sur son Amour inconditionnel et plus fort que tout. un ami du Kivu, confronté aux drames du MR23 m’écrivait hier: « Je crois que Seul l’Eternel pourra nous sauver… »…Je pense qu’il s’accroche à l’Espérance avec son épouse et ses enfants en bas âge…Un monde sans Dieu ne vit plus l’Espérance! Merci aussi de reprendre la petite Luce que peu de journalistes utilisent…Et pourtant! aussi riche que l’autre logo plus chrétien??? Communion. (Suzanne Carabin-Diérickx)