Alors que l’été s’étire langoureusement sous un ciel presque invariablement bleu, je me dis que nous avons bien de la chance de vivre dans notre petit pays du nord de l’Europe. Malgré les canicules que nous avons endurées, nous n’avons pas connu -ou si peu- les excès terrifiants qu’ont vécu les régions situées plus au sud, ravagées par des incendies qu’on n’arrive qu’à grand-peine à maîtriser ou pas du tout. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont dû déjà être évacuées et ce n’est pas fini.
La superficie des zones détruites par le feu est incroyable : Depuis le début de la saison estivale et l’apparition des vagues de chaleur en mai, les incendies ont ravagé une superficie considérable en Europe, s’élevant à 254 388 hectares brûlés sur l’ensemble du continent. Cela représente un niveau de destruction de 40 % à 60 % supérieur à la moyenne des deux dernières décennies à la même période, selon les données officielles du Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS).
Le pays le plus durement touché du continent est l’Espagne avec environ 125 000 hectares partis en fumée (actuellement, Madrid est toujours cernée par les flammes). En Italie, les flammes, attisées par des températures extrêmes en Sicile et en Calabre, ont détruit près de 48 000 hectares. La France enregistre un record historique avec environ 44 000 à 46 000 hectares brûlés. Les incendies récents en Gironde et dans les Landes ont entraîné l’évacuation de 40 000 personnes par la route et par bateau… A l’heure où j’écris ceci, la ville d’Arès (Gironde) doit être totalement évacuée par ordre de la préfecture.
Ce sont des scènes d’apocalypse que relaient les chaînes de télévisions et les réseaux sociaux. Des courageux sapeurs-pompiers y ont hélas laissé la vie ; à côté de ces pertes humaines, on ne peut recenser les dizaines de milliers d’animaux qui ont été victimes de ces catastrophes auxquelles ils n’ont aucun moyen d’échapper.
Le reste du monde ne connaît guère un sort plus favorable : En juillet 2026, la saison des incendies a connu une accélération fulgurante à l’échelle mondiale, après un début d’année relativement calme.
Au Canada, environ 3 millions d’hectares sont partis en fumée sur l’ensemble du territoire national. Les fumées massives venues de l’Ontario ont enveloppé d’un brouillard épais toxique des métropoles de l’est des États-Unis comme New York, Chicago et Détroit, provoquant des alertes sanitaires et menaçant même la finale du Mondial 2026 de football ! Aux États-Unis encore, le début d’année a été marqué par de très violents feux précoces dès le mois de mars dans le sud et l’ouest du pays, où plus de 500 000 hectares avaient déjà brûlé avant même le début de l’été. Le continent africain enregistre des records de surfaces brûlées cette année. Une sécheresse extrême en 2026 a transformé l’abondante végétation résiduelle en un immense réservoir de combustible ; la superficie totale touchée par les incendies depuis le début de l’année 2026 s’élève à environ 85 millions d’hectares ( !). Ce bilan, établi principalement sur les quatre premiers mois de l’année, marque un record historique pour le continent.
En Amérique du Sud, le retour d’El Niño assèche sévèrement le nord et le centre du continent. Des feux de forêt de grande ampleur, favorisés par des températures anormalement élevées, détruisent actuellement des pans entiers de forêts tropicales et de zones humides au Brésil et en Bolivie. À l’image du Canada, les régions boréales de Sibérie subissent un réchauffement accéléré. Des incendies géants, déclenchés par la foudre, consument des millions d’hectares de taïga dans des zones reculées et quasi inaccessibles pour les pompiers…
Devant ces chiffres, qui pourrait encore douter de l’impact du réchauffement climatique sur l’état de la planète, et de son principal responsable qui est l’activité humaine ? Et pourtant, il en est toujours qui refusent d’ouvrir les yeux ou se cachent la tête dans le sable. Ainsi un ami pompier rencontré récemment avec qui j’échangeais sur ces problèmes censés concerner toute sa profession, et qui me répondait froidement : « Bof, il y a toujours eu des périodes de réchauffement dans l’histoire, ça passe et puis ça revient à la normale… ». Sauf que, quand le climat s’emballe, ce sera quand « la normale » ? Dans 10.000 ans ? 100.000 ? Dans le sud, en France par exemple, on commence déjà à se battre pour l’eau, devenue ressource précieuse et convoitée…
On a beaucoup entendu dans les médias employer le mot « exceptionnel » à propos de ces événements : records de température exceptionnels, sécheresse exceptionnelle, tempêtes ou orages d’une violence exceptionnelle, risques de coupures de courant suite à des consommations exceptionnelles d’énergie (climatisations…), etc. Et bien sûr, incendies gigantesques provoquant une pénurie exceptionnelle de moyens pour lutter contre le feu…
L’ennui, c’est que l’exceptionnel va devenir la norme, ce l’est déjà ! Chaque année ou presque, on enregistre des chiffres plus élevés, rien n’indique qu’on ralentit ou qu’on revient en arrière. Ces phénomènes sont destinés à durer. Et à s’amplifier encore jusqu’à rendre de nombreuses régions du monde totalement invivables, et d’autres où les conditions de vie seront beaucoup plus difficiles. (On a vu les hospitalisations et la mortalité des personnes fragiles exploser durant et après les canicules).
Les pouvoirs publics le savent – mais feignent souvent de l’ignorer, pour ne pas alarmer une population qui pourrait se retourner contre eux en les rendant responsables de leur inaction. Alors, plutôt que de mettre en place des mesures fortes pour réduire la production de CO² et risquer de mécontenter les gens en les privant d’une infime partie de leur confort, on préfère tergiverser, privilégier « l’adaptation » (laquelle ? Tout climatiser ?) et même comme c’est le cas ces derniers jours en France, carrément tourner le dos à la Transition écologique en annulant par une « Loi d’urgence » tous les efforts consentis depuis dix ans dans ce domaine pour protéger la nature et la santé humaine, sous la pression des lobbys agricoles et industriels. Quelle tristesse !
Je crains le réveil. Il risque d’être très brutal, et les conséquences sociales incalculables pour la démocratie et le vivre-ensemble qui sont déjà fragilisés.
Pourquoi n’écoute-t-on pas les scientifiques ? Est-il déjà trop tard pour essayer de s’obliger à la sobriété, en acceptant enfin de se donner des limites toutes catégories sociales confondues, afin de préserver le Bien commun, cette petite planète qui est notre seul radeau dans l’univers ? – et les générations futures ?

Je voudrais risquer une image. Dimanche dernier, jour de « Grand prix de Formule 1 » à Spa-Francorchamps, je devais rejoindre l’église de Trois-Ponts où j’assurais la messe. En face de moi, sur l’autre côté de la route, s’étirait une colonne sans fin de voitures qui rallaient le circuit en venant en sens contraire pour assister à la compétition. C’était impressionnant, des milliers de voitures l’une derrière l’autre sur une route habituellement peu fréquentée si tôt le matin.
Et il m’est venu soudainement à l’esprit cette pensée : « Bon Dieu, on dirait un exode comme en 1940, alors que plein de gens fuyaient l’arrivée des Allemands ! » – ça devait bouchonner pareillement, même si les véhicules actuels n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’époque à part les 4 roues… 400.000 spectateurs attendus pour cette compétition d’ampleur internationale, un record ! Sans aucun doute la plupart se soucient-ils du réchauffement climatique et de l’avenir de la planète comme de leur première jante en alu ! – Et bien, ma seconde pensée qui m’a traversé alors– et j’espère de tout mon cœur qu’elle ne soit pas prophétique, c’est : « Pourvu Seigneur que, dans peu d’années, ce ne soit un autre exode, comme il y en a déjà tant dans le monde, quand les gens – ces gens que je croise aujourd’hui dans leur voiture – devront peut-être quitter leurs maisons, leurs terres, leur vie… pour fuir et chercher asile en un lieu respirable, à température supportable et sans guerre ! »
Ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ?
Le Ploumtion 🔥🔥🔥🚒

