Le mois d’août dernier, qui vient d’être classé comme le plus chaud jamais enregistré pour l’ensemble de la planète, affichant une température qui n’avait plus été atteinte depuis 125.000 ans selon les scientifiques de L’institut Copernicus – ce mois d’août a vu une grande partie de nos Hautes Fagnes partir en fumée.

À l’échelle du monde et en comparaison avec tous les méga-feux ravageurs qui ont éclaté un peu partout sur tous les continents, la destruction partielle de ce petit havre de nature et de biodiversité peut sembler anecdotique. Il s’agit quand même du plus important incendie de l’histoire moderne de la Belgique : 3.366 hectares (soit un peu plus de 33 km²) ont été calcinés ; cela représente plus de la moitié de la réserve naturelle historique qui fait 5000 hectares, récemment élargie à 6.200 hectares d’espaces protégés.
Pour les habitants de la région, dont je fais partie, cela a été un choc. Pour moi, personnellement, ‘mes’ Fagnes, c’était ma cathédrale, et je ne pouvais pas m’empêcher de comparer l’incendie qui les ravageait à celui de Notre-Dame de Paris en 2019 : un drame qui nous rappelle notre petitesse et la fragilité de ce qui nous est cher.
La mobilisation générale a été à la hauteur du désastre, tant du point de vue des pompiers y compris ceux venus des pays voisins et des agents forestiers, que de la population.
Sera-t-elle suivie d’une prise de conscience de l’enjeu climatique ? Rien n’est moins sûr. Comme le relève l’anthropologue Elise Boutié interrogée sur La Première RTBF, « A la fois des personnes disent : c’est du jamais vu, on est extrêmement choqué. Mais parallèlement, elles disent cela sans le rattacher aux dimensions internationales du changement climatique ni à la dimension politique, et ils essaient ainsi d’en faire un simple accident. Ils essaient de voir quel est le paramètre qui aurait pu ne pas être présent, qui aurait pu en faire un événement moins intense : s’il y avait eu moins de vent, si les pluies étaient arrivées plus tôt… Et selon la position politique ou idéologique des personnes, ce que l’on met derrière le « Si » change. Mais oui, il y a très peu de prise de conscience ».
Les commentaires des journalistes sur les chaînes grand public vont souvent dans le même sens : on se réfugie derrière les détails (le fameux « drapeau rouge » non hissé par exemple), en laissant l’essentiel de côté : la grande question du réchauffement climatique et de son impact sur la vie et la survie de l’humanité si on ne fait rien.
Depuis un certain temps déjà, je me pose cette question : D’où vient ce déni ? Pourquoi cherche-t-on à minimiser, à masquer plus ou moins consciemment ce qui nous dérange ? Même chez les victimes des conséquences de ce changement climatique et qui sont donc les premiers concernés, ce lien n’est ni évident ni souhaitable, dit encore l’anthropologue précitée – comme si on préférait occulter quelque chose que notre cerveau refuse d’envisager. Pourquoi ne réagit-t-on pas ? Que se passe-t-il pour que nous ne luttions pas contre la cause avérée de ces catastrophes et qui est notre mode de vie global, énorme émetteur de gaz à effet de serre ?
Nous n’avons plus l’excuse de la distance : Jusqu’à il y a peu, c’étaient des événements lointains qui de temps en temps parvenaient à notre connaissance plus ou moins attentive : la banquise ou des glaciers qui fondent, des ouragans dévastateurs ou des pluies torrentielles au bout du monde… Autant d’événements qui avaient épargné la Belgique avant qu’elle soit touchée de plein fouet lors des inondations dans la vallée de la Vesdre au cours de l’été 2021. Et à présent, surtout depuis cet été surchauffé de 2026, les conséquences du réchauffement climatique s’immiscent de plus en plus dans notre quotidien : difficile désormais de les ignorer ! La surmortalité due à la chaleur depuis le mois de juin (3.000 morts surnuméraires en Belgique !), la température insupportable dans les logements, les transports publics et les infrastructures qui tombent en panne, des centrales nucléaires à l’arrêt, les dégâts considérables pour l’agriculture… bref, tout le monde ou presque se voit bientôt touché par ce phénomène dont on ne veut pas dire son nom. Tout au plus pourtant parlera-t-on de « canicule exceptionnelle ».
Roxane Beys, écologue et biologiste de la conservation à l’ULB, se demande par exemple ce qu’il adviendra « lorsque les flammes seront éteintes, que le feu quittera les écrans et que l’actualité passera à autre chose« . « Ce que je crains, c’est qu’on classe cet événement, tout comme les inondations de la Vesdre, dans la catégorie des catastrophes exceptionnelles, qu’on rangera parmi les mauvais souvenirs, évidemment, jusqu’à la fois suivante« , explique-t-elle à la RTBF.
Le hic, c’est que l’exception devient de plus en plus la règle. Ce n’est pas seulement la hausse des températures qui est alarmante, c’est sa vitesse vertigineuse. Il y a un effet d’emballement, et il ne faudra pas attendre 2050 pour connaître une planète Terre telle que l’on ne l’a jamais connue.
Alors, notre cerveau est-il décidément programmé pour faire l’autruche ? On invoque les « biais cognitifs », ces phénomènes de distorsion de la réalité, phénomènes inconscients qui trompent notre cerveau (pour éviter peut-être une paralysie totale due à la peur). Selon le psychologue Daniel Kahneman, il faudrait se dégager de l’idée que notre cerveau a pour but de représenter la réalité telle qu’est, mais qu’il a plutôt la fonction de nous permettre de vivre bien – quitte à enjoliver ou à masquer certaines choses.
C’est possible. Les sources de résistance sont nombreuses, et nous les expérimentons nous-mêmes : la mise à distance psychologique, les questions d’identité, le repli pessimiste… et ce phénomène nouveau qui prend de l’ampleur : la lassitude face à l’apocalypse. Ainsi, le fait de voir (presque en boucle cet été) des images de désolation liée au réchauffement climatique peut entraîner une certaine « fatigue de l’apocalypse« , on se blinde et on zappe intellectuellement (et émotionnellement) en évitant de voir l’anormal (ou à l’inverse en s’y habituant). Je connais ainsi des personnes qui ne regardent plus les journaux télévisés pour ne plus être saturés par les mauvaises nouvelles ; d’autres déjeunent paisiblement devant leur écran montrant les sinistrés devant leur habitat détruit…
En tant que chrétien, mais aussi en tant que citoyen du monde et membre de l’humanité, je récuse le complotisme qui nie volontairement la réalité scientifique – ce qui relève désormais de l’aveuglement volontaire et d’une irresponsabilité criminelle envers les générations futures ; je dénonce l’immobilisme des responsables politiques s’ils ne sont pas liés aux lobbys financiers et industriels mais qui caressent leur électorat en évitant soigneusement de prendre des mesures radicales pour sauvegarder le climat et en fermant les yeux et les oreilles aux avertissements pressants des scientifiques. Je me mets personnellement aussi en cause, car que fais-je pour transformer ma propre manière de vivre et de penser, afin de ne pas peser davantage par mon empreinte carbone dans ce processus global ? Peu, je l’avoue. Mais je peux commencer chaque jour, à moins vivre à crédit sur la planète et les générations futures, par un mode de vie plus sobre et plus responsable.
Comme l’écrivait saint Paul : « Je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, […] que ceux qui font des achats soient comme s’ils ne possédaient pas, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas… car il passe ce monde tel que nous le voyons. » (1Co 30-31)
Voulez-vous commencer avec moi ? – lisez alors ce qui suit.
Le Ploumtion
« Comme image, comme émotion, comme histoire, l’apocalypse crée en nous l’opportunité d’une réorientation existentielle et questionne en profondeur notre culture. Peut-être que certains de nos modes de vie et de nos façons de penser doivent prendre fin, mourir, pour que d’autres puissent voir le jour« .
Per Espen Stoknes, psychologue et économiste norvégien et prix Nobel de la Paix, auteur d’un TED Talk sur « Comment transformer la lassitude face à l’apocalypse en action contre le réchauffement climatique ?«
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Pour prolonger de façon positive cette réflexion et transformer l’espoir en résultats, voici quelques pistes d’action :
- S’engager seul risque d’être très difficile tant nous sommes accros aux énergies fossiles et au mode de vie qu’elles permettent, et on risque de se décourager assez rapidement (puisque les autres ne font pas d’effort). Il faut donc impérativement se mettre ensemble pour s’encourager mutuellement à progresser dans un style de vie plus sobre et responsable. Des petits groupes conscientisés partageant leurs expériences peuvent, par contagion, créer des mouvements citoyens, une sorte de soft power climatique qui pourrait susciter des changements comportementaux dans la population.
- Réfléchir ensemble et approfondir les données scientifiques en se servant des études, des films documentaires et en se tenant au courant de l’actualité ; savoir en parler autour de soi (sans assommer, avec à propos). Soutenir les actions militantes des jeunes qui protègent la Terre (Adelaïse Charlier, Greta Thunberg…), d’ONG comme Greenpeace, Reporterre, Natagora, Canopea etc , ou les initiatives du Service de la Transition du diocèse… Soutenir et encourager les projets politiques qui vont dans le bon sens, en souscrivant aux pétitions ou en manifestant (Marche pour le Climat)…
- Se fixer ensemble des objectifs, limités au départ pour qu’ils restent atteignables mais qui pourraient devenir des paliers vers un style de vie alliant sobriété et responsabilité. Se réunir de temps en temps pour évaluer les progrès et les difficultés rencontrées serait une excellente méthode, comme si on suivait un programme de désintoxication analogue à celui qui est pratiqué chez les A.A. (Alcooliques Anonymes). Il s’agit au fond de lutter contre une semblable addiction.
- Enfin, AGIR en réduisant son empreinte carbone personnelle et collective : Pour réduire son empreinte carbone au quotidien, il faut agir en priorité sur les transports, le logement et l’alimentation (la consommation).
Transport
- Privilégier les mobilités douces : Utilisez la marche ou le vélo pour les petits trajets afin de réduire fortement les émissions.
- Choisir les transports en commun ou le train : Préférez le train à la voiture ou à l’avion pour les plus longues distances.
- Faire du covoiturage : Partagez vos trajets en voiture pour diminuer le nombre de véhicules sur la route.
Logement et Énergie
- Baisser le chauffage : Réduire le thermostat de seulement 1 °C (pour viser 19 °C) permet de baisser significativement votre consommation d’énergie.
- Améliorer l’isolation : Isolez votre habitation pour limiter les déperditions de chaleur et économiser l’énergie.
- Changer de fournisseur d’énergie : Passez à une offre d’électricité ou de gaz d’origine renouvelable.
Alimentation et Consommation
- Manger moins de viande : Réduisez notamment votre consommation de viande rouge et privilégiez une alimentation végétale et locale.
- Acheter de seconde main : Privilégiez les objets et les vêtements d’occasion plutôt que le neuf.
- Réparer au lieu de jeter : Allongez la durée de vie de vos équipements (appareils électroniques, électroménager) en les faisant réparer.
=>Vous pouvez consulter des conseils plus détaillés sur le site de Hellio ou explorer les 15 gestes d’EcoCO2. Voir aussi le Portail Européen de la Jeunesse (European Youth Portal) : Qu’est-ce que l’empreinte carbone ? Comment la réduire ? – très détaillé !
Bonne Transition vers une sobriété heureuse !



