« Tueurs à gage » ?

Une phrase certainement maladroite du pape François dans l’avion qui le ramenait dimanche dernier à Rome a fait bondir pas mal de monde, dont évidemment les tenants de la laïcité qui n’ont pas manqué de le tacler dans les médias : Le pape, interrogé par les journalistes qui voyagent avec lui, a comparé l’avortement à un homicide, et a ajouté que les médecins qui s’y prêtent sont, selon son expression, « des tueurs à gage ».

Cela a relancé la polémique sur le sujet de l’interruption de grossesse, d’autant plus que le pape venait d’annoncer l’ouverture de la cause de béatification du roi Baudouin qui avait refusé de signer la loi de dépénalisation de l’avortement.

Il faut bien reconnaître que le sujet divise les chrétiens catholiques eux-mêmes. Tous ne partagent pas cette sorte d’intransigeance de l’Eglise qui met les droits de l’enfant à naître au dessus du droit de la femme à disposer de son propre corps. Cela est perçu dans les milieux féministes en particulier comme un mépris des femmes que l’Eglise voudrait, selon eux, réduire à être des « pondeuses d’enfants » – et le discours du pape à l’UCL Louvain, qui a été très mal compris, a encore renforcé cette impression (Je vous invite à le relire en intégralité sur le site de RCF, il est bien plus profond que les échos qu’on en a donnés).

Partisans comme détracteurs ne font pas souvent dans la nuance, hélas. Et l’on se regarde en chiens de faïence, les ‘pros’ comme les ‘antis’, peu disposés à écouter les arguments les uns des autres.

Le problème du pape, c’est qu’il évolue dans des milieux où il n’est presque jamais contredit, et où il ne risque guère d’entendre d’autres sons de cloche que ceux de la bonne parole catholique. Il ne s’est donc pas méfié, et a répondu à l’emporte-pièce aux journalistes qui n’attendent que ça. Or, la position et le discours de l’Eglise concernant l’avortement est beaucoup plus nuancée que cette espèce de « cri du cœur » d’un pontife sans doute effrayé et profondément attristé par l’avalanche actuelle des avortements chez nous et dans le monde (voir statistiques en bas de page).

On sait tous, et le pape aussi, qu’un avortement, qu’il soit volontaire ou subi, n’est jamais une partie de plaisir pour la femme (et je dirais aussi pour la plupart des médecins pour qui ce n’est pas un simple acte technique banal). Il y a beaucoup de souffrances psychologiques et parfois de déchirements derrière cette décision. Et même si on ne reconnaît pas que l’embryon humain est, comme l’affirme l’Eglise, une personne, qui peut dire que l’acte de supprimer cette vie à naître est un « bien » ? Tout au plus peut-on reconnaître que, dans certaines conditions évidemment, l’IVG est un « mal nécessaire », ou un « moindre mal ». Un mal pour éviter un mal plus important encore… Or c’est souvent sur ces conditions que l’on diverge et s’affronte.

 Il est bon aussi de rappeler qu’en dernier ressort, la décision, le choix appartient à la femme ; cela, même l’Eglise catholique le reconnaît quand elle affirme qu’en matière de morale, c’est en fin de parcours la conscience de chacun qui doit guider les actes. Mais, ajoute-t-elle, la conscience doit toujours être éclairée. Et que la personne qui doit prendre la décision soit accompagnée positivement, humainement, psychologiquement et spirituellement, pour la résolution de son choix ; pas seulement médicalement. Et là aussi on a des divergences d’approche selon les centres auxquels on s’adresse, et qui sont souvent porteurs d’une certaine idéologie « pro » ou « anti ». Trop souvent on vient avec des a priori mentaux pour presque forcer ou pousser la personne, enceinte malgré elle et souvent en détresse, soit à le garder, soit à s’en débarrasser. Rien ne m’énerve plus, par exemple, que certains discours des pro-vita qui argumentent – sans avoir vécu eux-mêmes ce genre de situation – en se servant de photos glauques ou de films d’avortement !  C’est de l’idéologie !  Mais il y a des pressions toutes aussi insupportables de l’autre bord…

Il est sain d’avoir des débats. Il ne faut pas en avoir peur. Surtout quand il s’agit de sujets aussi importants que la vie humaine à son commencement ou à sa fin. Car on touche à ce qui est le plus essentiel ; le respect de l’humain, sa dignité, l’encadrement et le soutien dû aux personnes qui vivent ces situations, en préservant leurs droits et en protégeant les plus faibles. C’est l’honneur d’une société démocratique d’en débattre, à condition que cela se fasse dans le respect des personnes et par des arguments fondés rationnellement et non pas seulement émotionnels. (De ce point de vue, traiter des médecins de « tueurs à gage » est injustifié.) Le rôle de l’Eglise devrait être, en matière éthique, de proposer une « règle générale », comme le fait Jésus dans l’Evangile quand il dit que le divorce (la répudiation) n’est pas un bien – et qui pourrait le contester ? – mais elle devrait davantage laisser les personnes confrontées à ces choix pouvoir prendre elles-mêmes ces décisions sans les juger. Qui sommes-nous pour cela ? N’empêche que nous avons besoin de balises pour éclairer nos choix. 

D’autre part, la loi n’arrange pas tout. Elle n’est d’ailleurs jamais définitive, le point final des discussions. On a le droit de contester une loi si on l’estime injuste moralement. La question de la dépénalisation totale ou celle de l’inscription du droit à l’IVG dans la constitution est délicate, car on supprime ainsi le tabou « Tu ne tueras point », un garde-fou dont le rôle est justement de protéger la vie humaine. Toute vie humaine. Maintenir ce tabou dans un cadre juridique légal n’était pourtant pas incompatible avec des exceptions liées aux conditions par exemple concernant la santé de la mère, la façon dont a eu lieu la procréation (viol, contrainte morale ou autre), et toute autre condition sur lesquelles les législateurs pouvaient se mettre d’accord. Plus délicat encore, la question du moment de la grossesse au-delà duquel l’IVG ne serait plus admis… À partir de quel moment l’embryon peut-il être considéré comme une personne ? L’Eglise dit : dès la conception. Les partisans du droit absolu à l’avortement disent : seulement s’il y a un « projet d’enfant », c-à-d si l’enfant est désiré. Entre les deux positions, totalement contradictoires, il est compliqué de s’accorder.

Je voudrais réfléchir avec vous deux minutes à ce concept de « projet d’enfant ». Justement, l’Évangile de ce dimanche nous donne l’occasion de nous poser la question : Qu’est-ce que c’est, accueillir un enfant ?  Depuis Descartes, la culture européenne a pour projet de nous faire devenir « maître et possesseur de la nature ». Cela déteint sur l’enfant, qui devient « un projet parental » et non un être à accueillir ; une réussite à programmer et non la confiance en une potentialité propre. Une certaine mentalité contraceptive nous a déjà habitué à « faire » un enfant quand nous le voulons, comme on commande sur Amazon. Si ce n’est pas le bon moment, mieux vaut l’éliminer… La peur de l’avenir nous pousse à fabriquer l’enfant à venir : il doit être à l’abri de tout risque, sa voie doit être tracée par le désir parental, la société doit répondre à certains critères pour qu’il s’y insère etc. etc.

Or dans la foi chrétienne, l’enfant n’est pas à faire, mais à accueillir. Le rituel du sacrement de mariage le dit bien dans la question du prêtre aux fiancés : « Êtes-vous prêts à accueillir les enfants que Dieu vous donnera ? »

Accueillir un enfant, c’est le laisser venir à la vie même lorsque les parents ne l’ont pas programmé (évidemment, je ne parle pas du viol !), même s’il est handicapé, même s’il naît en milieu pauvre ou difficile. Faire un enfant, au contraire, c’est le soumettre à un rêve parental, aux critères de réussite et de survie imposés par la mère et/ou le père. Je ne prétends pas, et l’Eglise non plus, qu’il ne faille aucune prévision de la part des parents pour que l’enfant puisse être accueilli dans de bonnes conditions, évidemment, mais c’est une question de mentalité, vous m’avez compris. L’exemple extrême a contrario serait celui de ces femmes de plus en plus nombreuses qui ont sacrifié leur désir d’enfant à leur carrière, et qui une fois arrivées à un âge où normalement on ne sait plus avoir d’enfant, recourent à des technologies médicales très poussées (et lucratives pour les praticiens) pour en « faire » à tout prix, avec en prime des embryons surnuméraires qui pourront servir à la recherche ou dans l’industrie cosmétique.

Dans notre Évangile, Jésus demande d’accueillir le Royaume de Dieu comme on accueille un enfant. Il est alors logique qu’une culture qui accueille peu d’enfants (et on assiste aujourd’hui à une chute vertigineuse de la fécondité dans nos pays – surtout les pays les plus riches) – logique donc qu’une culture qui accueille peu d’enfants s’éloigne d’elle-même de cet Évangile.

Si nous ne savons pas accueillir, mais seulement faire, fabriquer, programmer, ne nous étonnons pas d’être très éloignés du Royaume de Dieu !

Bernard P.

N.B. À propos des enfants qui viennent au monde dans de mauvaises conditions, il est quand même intéressant de constater qu’il n’y a pas toujours une malédiction qui les poursuit toute leur vie : Ainsi, savez-vous que Beethoven était fils d’un alcoolique, brute notoire, et d’une mère tuberculeuse ? Steve Jobs, ce génie de l’informatique, a été abandonné à sa naissance par un père syrien et une mère célibataire.

Plus près de nous, les Jeux paralympiques de Paris 2024 nous ont montré des athlètes étonnants, comme ce nageur brésilien Gabrielzinho né sans bras, mesurant 1,22m, avec deux petites jambes difformes, devenu pourtant triple médaillé or paralympique à Paris… 

Qui peut prétendre maîtriser absolument le destin d’un petit être humain ? Qui peut prédire ce qu’il va devenir ? 

Complément d’info : 

En 2022, le nombre d’IVG en France a atteint 234 300, en augmentation de 7,2 % par rapport à l’année précédente. La même année, le nombre de naissances a décru de 2,2 % pour un total de 726 000 naissances. Cela signifie qu’une grossesse sur quatre (24,4 %) est interrompue volontairement par une IVG.

 SOURCE : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiquesur drees.solidarites-sante.gouv.fr (consulté le )

Je n’ai pas trouvé de statistiques pour la Belgique, mais les tendances (la proportion) doivent être grosso modo comparables.

« Ne l’empêchez pas » (prédication pour le 26è dimanche B)

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Pour accéder à la lecture de cette homélie, cliquez sur le lien ci-dessous :

https://les-homelies-du-padre.blogspot.com/p/b-dim-26-ne-lempechez-pas.html

Bienvenue, cher pape François !

Cette semaine, du 26 au 29 septembre, le pape François reprendra son bâton de pèlerin pour effectuer une visite pastorale (très ?) attendue en Belgique, à l’occasion des 600 ans de la KUL-UCL de Louvain. Le public catholique belge a réagi de façon assez contrastée, beaucoup disent ne pas se déplacer à Bruxelles pour la messe finale au stade Roi Baudouin (35.000 places distribuées), contrairement aux grands déplacements de foule auxquels on avait assisté lors de la première venue du pape Jean-Paul II en 1985 (100.000 personnes à Koekelberg, 180.000 à Gand, plusieurs dizaines de milliers à Banneux…), laquelle avait revêtu un aspect plus pastoral dans les différents diocèses. N’empêche que c’est un événement qui aura un retentissement sur la vie de notre Eglise et la perception qu’elle donne d’elle-même à l’extérieur.

Là où François est certainement attendu, c’est sans aucun doute sur le sujet douloureux des abus sexuels dans l’Eglise, et que les médias ont largement mis en exergue : la parole des victimes sera directement entendue par le pape, au travers d’une rencontre personnelle (et discrète) avec une délégation de victimes belges. Probablement le pape aura-t-il l’occasion de s’exprimer à ce sujet lors de ses interventions ou homélies. Beaucoup parmi ces victimes souhaitent d’ailleurs le voir prononcer une demande de pardon et une reconnaissance de faute au nom de toute l’Eglise, pour toutes les victimes passées et présentes, chez nous et dans le monde. Le fera-t-il ? C’est possible – car si ces abus ont bien été commis par des personnes particulières et qui doivent être jugées en tant que telles, l’institution Eglise, elle, peut être considérée comme coupable d’avoir laissé s’installer les conditions favorables pour que de tels actes criminels aient lieu, et surtout d’avoir cherché à les minimiser ou à les occulter, et de n’avoir pris que tardivement des mesures – souvent jugées insuffisantes – pour empêcher leur commission à l’avenir. En tout cas, chacun – y compris chez les catholiques – attend du pape François une parole forte qui soit source de libération, de guérison et de reconstruction, ce qui implique une nécessaire reconnaissance du mal commis et, au-delà de la compassion envers les victimes, un engagement vers une indispensable transformation des fonctionnements internes de l’Eglise.

Comment l’Eglise de Belgique – et l’Eglise universelle – pourra-t-elle surmonter ce cataclysme traumatisant qu’a provoqué dans les consciences des croyants et des autres toutes ces révélations de ces dernières années ? On a l’impression que cela ne doit jamais finir : les récentes divulgations concernant l’Abbé Pierre ajoutent encore de la consternation, sinon de la révolte devant l’incroyable, l’innommable.

Pour reprendre le Frère dominicain Laurent Mathelot entendu dimanche sur RCF-Belgique (« Décryptages »), qui répondait aux questions de la journaliste : Arriverons-nous un jour à bout des histoires de prédateurs ? Est-ce qu’on doit s’attendre à ce que chez toutes les grandes figures de l’Eglise on découvre après leur décès des affaires comme cela ? – Laurent Mathelot souligne que, en effet,  » c’est toujours ‘tomber de haut’ pour chaque cas, chaque cas est toujours une déception humaine et l’humanité qui tombe de haut. C’est le cas de l’abbé Pierre, qui chute de son piédestal, et c’est le cas aussi de tous ceux qui l’y avaient mis. Il y a tellement de cas, c’est vrai ; on se dit alors « un de plus, malheureusement » et on finirait peut-être par s’habituer à ce genre de révélation : c’est certainement ce qu’il ne faut pas faire. « 

Comme de se résigner au fait que l’on découvre des cas et ça devient finalement « normal » : c’est toujours anormal ! Maintenant, dit-il, « je pense qu’il y a des gens très honnêtes dans l’Eglise et qu’ils sont la majorité ; mais certainement, on en trouvera encore de ces prédateurs à mesure qu’on participera à ce phénomène de mise sur un piédestal de quiconque. Nous sommes tous faillibles et il n’y a pas de place pour l’adoration, l’adulation de quiconque dans l’Eglise. Mais il reste bien des personnes très humbles dans l’Eglise, potentiellement des saints, et dont on découvrira la grandeur de cœur ; et on ne découvrira que ça. Bien sûr, il y aura toujours du péché et des pécheurs tant qu’il y aura des hommes (et des femmes car l’inceste féminin est encore un grand tabou), et c’est bien pour cela que des ‘kyrie’ seront toujours priés à la messe, mais tout le monde peut tomber dans la violence un jour et devenir un agresseur. Le danger est plus grand quand on est dans une situation d’aura, de pouvoir (et même un pouvoir sacré, comme chez les clercs), où il est facile de mettre la main sur des personnes en situation de fragilité. »

Maintenant, concernant la réaction d’Emmaüs et celle du Vatican qui est assez tardive – car on sait qu’ils savaient, en tout cas pour ce qui est du pape, depuis 2007 (année du décès de l’Abbé Pierre), Laurent Mathelot estime que c’est une réaction ‘a minima’ : oui, ils ont mis les documents à disposition de qui voulait rechercher ; oui, ils ont mis en place des centres d’écoute et proposé des dédommagements ; mais ils ont d’abord gardé le silence. Aujourd’hui, la réaction doit être plus forte, dit Laurent Mathelot. En particulier tout le discours qui se centre toujours sur la personne de l’Abbé Pierre : aujourd’hui, ce sont les victimes qui doivent parler, il faut que ce soit elles qui racontent leur histoire. Il faut que ces victimes puissent livrer leur propre témoignage, toutes celles d’Emmaüs mais aussi de l’Eglise de France, de Belgique… La question du silence des victimes est une question très complexe ; les victimes de viol sont elles-mêmes dans un grand silence qui peut durer longtemps. Il y a un état de sidération. Il y a des gens qui n’ont parlé qu’après 60 ans ou avant leur mort. On ne doit pas non plus ignorer la sidération, la consternation de ceux qui découvrent les faits – en particulier quand on est un chrétien engagé dans une association comme Emmaüs et qu’on trouve que celui que toute l’association et le monde idolâtrait, que cet homme idéalisé a failli – il faut donc nuancer la question du silence, mais il faut aussi permettre aux victimes de rompre le silence en se libérant du poids de la honte et de la culpabilité ressenties, afin que la honte change de camp.

En cela donc, la démarche du pape François qui a accepté de rencontrer les victimes d’abus lors de sa visite en Belgique est certainement positive ; sera-t-elle suffisante ? Tout dépendra de la suite que l’Eglise-institution donnera à cette crise de la violence intra-ecclésiale qui n’est pas qu’un épiphénomène accidentel mais révélateur d’un profond dysfonctionnement. Encore trop masculine et méfiante par rapport aux femmes et au féminin, mal engoncée dans son discours sur la sexualité, trop strictement hiérarchisée et pas assez fraternelle – sororelle! , l’Eglise de demain devra s’interroger sur son rapport à l’humain et à la vie pour ne pas recréer des situations de dépendance néfastes et potentiellement abusives.

Bienvenue donc, cher pape François ! Mais ce thème ô combien important pour que les catholiques retrouvent leur confiance et espoir en l’avenir de l’Eglise, ce thème ne doit pas éclipser tous les autres sujets que l’Esprit Saint vous suggérera d’aborder ! Et ils sont certes nombreux et pressants en ce premier quart du XXIè siècle…

Abbé Bernard Pönsgen

« Pourquoi me frappes-tu ? » – Les chrétiens et la non-violence

  

(méditation à partir d’Isaïe 50, 5-9 et de Marc 8,27-33)

Il est de bon ton aujourd’hui de se moquer du christianisme et des chrétiens, en particulier dans les sphères médiatiques et culturelles.

Le dernier exemple en date est sans doute la parodie de la « Dernière Cène » lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Paris, le tableau célèbre de Léonard de Vinci, au cours de laquelle des drag-queens ont remplacé le Christ et les apôtres. Malgré le respect que l’on peut et doit avoir pour ces minorités sexuelles, cette évocation tournant en dérision un élément central de la foi chrétienne et de la sensibilité des croyants, n’était certainement pas du meilleur goût et ne rendait pas honneur à la France, « fille aînée de l’Eglise » comme la nommait Jean-Paul II.

Un certain climat antireligieux se répand chez nous, qui se nourrit entre autres des amalgames simplistes que l’actualité hélas facilite : religion = terrorisme ; religion = facteur de guerres, de conflits ; religion = abus, violence, racisme, mépris des femmes, etc…, en faisant abstraction de toute nuance et en encourageant dans le public les jugements à l’emporte-pièce. On ne se donne plus la peine d’analyser en profondeur, en essayant de comprendre comment des religions, en soi bénéfiques et inoffensives, sont hélas parfois détournées et instrumentalisées pour servir à des fins perverses.

La stigmatisation et la raillerie vis-à-vis des chrétiens se révèle parfois de façon plus sournoise, par exemple au travers du harcèlement scolaire vis-à-vis d’élèves qui n’ont pas pu éviter de révéler leur attachement à la religion catholique. Ce phénomène existe depuis des décennies, mais il prend aujourd’hui de l’ampleur dans certains milieux.

Mais cela n’est encore rien à côté des persécutions violentes que subissent de très nombreux chrétiens dans le monde : dans des pays comme la Chine, l’Inde, L’Iran, le Nigéria, le Vietnam, la Libye, le Soudan, le Pakistan, la Corée du Nord, l’Azerbaïdjan etc.  L’ONG ‘Portes Ouvertes’ estime que 365 millions de chrétiens dans le monde en 2023 ont été discriminés, exilés, tués, violés, spoliés etc. au nom de leur foi !

L’Europe n’est pas épargnée : Pour l’année 2022, on a documenté 748 crimes de haine anti-chrétiens dans 30 pays différents, allant des attaques incendiaires sur des églises, des graffitis, des profanations et des vols, aux attaques physiques, insultes et menaces. Ces chiffres correspondent à ceux du rapport de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) sur les crimes de haine, publié le même jour, comptant 792 crimes de haine anti-chrétiens dans 34 pays. Ces chiffres sont en augmentation chaque année. Mais ils ne peuvent pas rendre compte de tous les menus actes de vandalisme non recensés, des dégradations volontaires à l’encontre de symboles chrétiens, ou des pressions négatives, des petits harcèlements ou carrément des actes d’exclusion dans le monde du travail et de l’entreprise…

La représentante et chercheuse de l’OSCE, Regina Polak, déclare cette évolution profondément inquiétante et invite les gouvernements et la société à prendre conscience de ce problème et à prendre des mesures politiques afin de le combattre ‘de manière décisive’. (Je n’ai pas l’impression que c’est au top des préoccupations de nos élus…)

Cependant, le pire consiste sans doute dans la tendance qui se marque actuellement à empêcher de plus en plus souvent la prise de parole des chrétiens dans l’espace public : en la disqualifiant systématiquement ou en empêchant tout discours qui ne se réfère pas à la ‘pensée unique’ diffusée par les courants d’opinion majoritaires et laïques – en particulier sur les thèmes d’éthique, de justice ou de respect des croyances.

Après tout cela, comment ne pas reconnaître dans le passage si interpellant d’Isaïe le modèle même du chrétien persécuté ? (Mais on pourrait dire aussi, celui du Juif persécuté, du Musulman, ou de l’adepte de toute autre minorité religieuse…)

« Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. » (Is 50,5-9)

La tradition chrétienne a relié ce portrait à la personne du Christ ; d’ailleurs on lit ces lignes lors de la célébration de la Passion le Vendredi-Saint. 

Comment réagir ? (face à la stigmatisation, à la moquerie, à la persécution)

On ne peut évidemment répondre à la violence par la violence. Ni au mépris par le mépris.

Peut-être n’est-il pas inutile de se rappeler qu’en d’autres temps, c’étaient de bons chrétiens alors majoritaires et dominants qui harcelaient ou persécutaient les Juifs, les athées, les « mécréants ». Donc, ne nous prenons pas pour des anges ou des martyrs – mais ne laissons pas non plus nous culpabiliser inutilement  les discours faciles et sans nuances (car anachroniques et hors contexte) sur l’inquisition, les croisades – ou plus récemment encore, les adoptions forcées d’enfants de mères célibataires par des institutions religieuses au siècle dernier (émission RTBF ‘’Investigations’’ de ce mercredi 11/09) ; ne les laissons pas nous culpabiliser : les chrétiens ne sont pas plus responsables de la shoah, par exemple, que les laïques libres-penseurs actuels de la Terreur révolutionnaire du temps de Robespierre.

L’humain a toujours été tenté par la violence, et cela même quelquefois au nom de motifs élevés ou pour ce qu’il estimait être le ‘bien commun’. « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour tout le peuple » affirmait le grand-prêtre Caïphe en condamnant Jésus.

Malheureusement, nous le savons, la violence et la haine engendrent la haine et la violence. L’illustration la plus affligeante et terrible de ce cercle vicieux est bien le conflit israélio-palestinien, envenimé par des décennies d’injustices et d’éclats de haine meurtrière réciproque, qui est entré dans un paroxysme absolu après le 7 octobre 2023 et dont on ne voit pas une issue possible vers une réconciliation et une cohabitation pacifique avant de très nombreuses générations peut-être…

Comment briser l’engrenage de la haine ?

Le processus à la base de toute confrontation menant à la violence est en fait un sentiment identitaire qui implique d’abord une peur, puis une haine de l’autre, dont on souligne les différences pour s’en démarquer (cf Amin Maalouf, « Les identités meurtrières », ed. Grasset 1998).

La façon dont les identités se constituent est déterminante pour expliquer la séparation, puis le rejet des « autres » et leur mise à l’écart (définition de l’apartheid), jusqu’à justifier parfois au bout du processus leur destruction éventuelle ou leur éradication. Ainsi, Ie peuple juif s’est presque toujours vu menacé et souvent conquis par des peuples plus puissants que lui. Il a donc cherché sa force et sa cohésion dans les récits qui le désignaient comme « élu » de son Dieu en le mettant à part du reste de l’humanité. Les persécutions qui se sont abattues sur les israélites au cours des siècles ont constamment renforcé cette identité, jusqu’à la création de l’état d’Israël en 1948 et l’avènement du sionisme. Les colons juifs extrémistes (de Cisjordanie, de Palestine occupée, sont fortement imprégnés de cet imaginaire de la « Terre promise », tout comme le sont aussi les suprématistes blancs des Etats-Unis, descendants des puritains dissidents anglais du « Mayflower » ou des colons irlandais catholiques fuyant les persécutions des protestants. Ou encore, les Boers, anciens employés exploités par la Compagnie néerlandaise des Indes, devenus colons (les Afrikaners) de la future République d’Afrique du Sud, société calviniste fondée sur l’apartheid. 

Ce phénomène est récurrent dans l’histoire de l’humanité. Le persécuté devient à son tour persécuteur. Le mépris dans lequel a été tenu le monde musulman après la chute de l’empire ottoman et la colonisation de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient peuvent aussi expliquer possiblement la volonté fantasmée et en partie réalisée d’un « Etat Islamique » et l’émergence de sociétés basées sur la violence comme Al-Qaïda, Daesh, Boko-Aram…


Pour briser l’engrenage de la haine, il faut donc que ces identités étroitement exclusives (et excluantes) s’ouvrent à une dimension plus universaliste et deviennent inclusives (comme le christianisme est sensé l’être dans son essence). Autrement dit, il faut la prise en compte d’une identité plus fondamentale englobant toutes les autres : celle de notre Humanité. Par -delà des religions, des cultures, des races et des civilisations, notre identité la plus profonde et commune à tous est celle d’être des humains. Pour arriver à cet élargissement de nos identités et dépasser la peur ou le mépris, nous devons arriver à nous projeter dans l’autre pour reconnaître en lui un semblable.

C’est ce que fait Jésus le Christ. Il n’enferme pas l’autre dans ses particularismes (de religion, de race, etc) mais l’interpelle en tant qu’humain habité de l’étincelle divine. Il révèle à chacun sa véritable identité, en fait, celle d’enfant de Dieu créé à son image, et il fait tout pour restaurer cette image.

Les régimes totalitaires fondés sur des idéologies comme le nazisme persécutaient ceux qui n’appartenaient pas à leur système identitaire, en niant leur humanité, c-à-d en les déshumanisant : ils ne les considéraient pas comme des êtres humains. Le Christ, lui, fait tout le contraire. Il voit en chaque homme un frère, une sœur, un fils ou une fille de Dieu. Et il l’inclut s’il le désire dans son Royaume universel.

Mais que faire si on est victime soi-même ?

Le respect de soi-même impose qu’on se défende, mais pas nécessairement par des moyens violents : si le mal reçu transforme l’agressé en agresseur, il gagne deux fois ! Quand Jésus annonce sa Passion aux disciples dans l’Évangile de ce dimanche (Mc 8,27–35), il ne leur demande pas de riposter par des attentats ou des prises d’otages. Ça, c’est la façon de faire de Judas.

Il ne leur demande pas non plus de l’aider à éviter la Passion. Ça c’est la manière de penser de Pierre, que Jésus traite à l’occasion de Satan, parce qu’il fait obstacle à la révélation de la puissance de la non-violence de l’amour : « tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celle des hommes ».

Non : il leur demande de « perdre » (la vie, l’honneur, la richesse, la gloire, la puissance…) là où tout le monde veut gagner !

C’est ce qui certainement nous paraît le plus difficile – à comprendre et à pratiquer – dans son message évangélique : le mode de défense du Christ, qui à première vue pourrait sembler naïf ou inefficace, en tout cas risqué.

Jésus a été au bout de cette réaction non-violente : il ne s’est pas dérobé aux soldats venus l’arrêter ; il a enduré le fouet qu’il aurait pu briser ; on l’a tourné en dérision, nu sur le bois, sans qu’il appelle à la vengeance ; on l’a éliminé comme un moins-que-rien sans qu’il rêve de revanche. On l’a maudit sans qu’il maudisse. Au contraire, il a prié pour les soldats qui le clouaient.

Cependant, il s’est tenu droit devant ses agresseurs, leur imposant son Humanité qu’ils ne voulaient pas voir : il a demandé la justice : « si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jn 18,23) – Il a fait face à Pilate, jusqu’à le déstabiliser par ses paroles, son regard, son silence.

Bien sûr, cela ne l’a pas empêché d’être crucifié. Mais le ver a été dès ce moment introduit dans la pomme, le pouvoir des méchants n’est plus automatiquement le plus fort : le combat de la non-violence digne subvertit de l’intérieur le cycle infernal des représailles, des vengeances, des violences infligées pour ‘panser’ d’autres violences. 

N’oublions pas que pendant les trois premiers siècles, la foi chrétienne s’est répandue comme une traînée de poudre autour du bassin méditerranéen grâce au témoignage des martyrs : humiliés, ridiculisés, caricaturés, diffamés, suppliciés sous les rires et les applaudissements des foules des stades romains, ils ont pourtant transmis la flamme au monde entier. Et par contagion, une nouvelle manière de vivre les relations humaines, d’apprivoiser les identités s’est répandue. La Résurrection du Christ a en quelque sorte signé la victoire de l’amour sur la haine, promesse qui s’appliquera à tous ceux qui s’engagent sur ce chemin.

L’amour désarme la haine, d’accord, mais il faut en payer le prix. Et ce n’est certes pas facile, car tant qu’on n’y est pas confronté en personne, qui sait comment nous allons réagir vraiment en cas d’insultes, de harcèlement, de dérision meurtrière ?

On ne peut lire sans trembler Matthieu 5,11 : « heureux êtes-vous si l’on persécute… ». Et pourtant c’est en le lisant, en le disant, que la force nous est donnée d’en-haut : « Quand on vous livrera, ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10,19-20).

Oui, se défendre en croyant défendre Dieu ou l’Eglise, ce n’est pas invectiver « les autres », adversaires présumés ou déclarés de la foi chrétienne, ni les caricaturer comme nous nous sommes sentis quelquefois caricaturés et incompris, moqués.

Tendre l’autre joue à celui qui me frappe, n’est-ce pas lui montrer une joue non meurtrie par son insulte, non salie par son crachat – lui montrer ma vraie dignité d’enfant de Dieu, et en appeler à notre humanité commune ?

Pour en revenir à la parodie de la Cène lors de la cérémonie d’ouverture des J.O., plutôt que de s’en offusquer et « renvoyer la balle » en dénonçant une volonté d’agression (non vérifiée) et vilipender le monde homosexuel, ne vaudrait-il pas mieux s’unir pour demander le respect pour tous au lieu de nous opposer en tournant l’autre en dérision ? Ne sommes-nous pas, nous les catholiques, et elles, les personnes LGBTQIA+, finalement deux minorités discriminées chacune à sa manière : il serait plus judicieux de chercher à comprendre et à s’entendre – d’autant qu’il y a nombre de personnes homosexuelles qui sont sincèrement et authentiquement chrétiennes. Ce qui n’empêche pas de demander comme Jésus : « Pourquoi me frappes-tu ? »

Puisque nous sommes dans le « mois pour la Création » (et dans la cité de saint Remacle, qui a eu aussi affaire à un « méchant loup »), prenons exemple sur François d’Assise qui a su apprivoiser le loup qui terrorisait les gens du village de Gubbio. Croyons qu’il nous est également donné d’apprivoiser les loups violents de notre société – et peut-être aussi celui qui sommeille en nous – en commençant par les aimer, en les considérant du point de vue de Dieu, et non du point de vue des hommes.

…Et surtout, évitons de hurler avec les loups !

B.P.

Gaël Giraud : la polycrise écologique et le christianisme

12 septembre 2024

Une émission de 1RCF Belgique, en partenariat avec Eglise catholique en Brabant wallon : franchement, cela vaut la peine de l’écouter !

Les traditions bibliques sont souvent accusées de porter la responsabilité de la crise écologique dans laquelle nous nous enfonçons. Cela est notamment imputé au fameux verset « Dominez et soumettez la Terre » (Gn 1,28).

Cette domination confère-t-elle un mandat pour détruire la planète ? A la lumière des Écritures et de la parole sociale de l’Eglise, nous verrons qu’il n’en est rien.

Comme toutes les sociétés occidentales, l’Eglise latine est guettée par la tentation d’un rapport violent à la création qui est une trahison de la proposition évangélique. Cette dernière, au contraire, invite, via l’élaboration de communs écologiques, sociaux, politiques, à prendre soin de notre maison commune.

Le mardi 3 septembre 2024, Gaël Giraud, jésuite, économiste et théologien, a donné une conférence sur La polycrise écologique et le christianisme, aux auditoires Montesquieu à Louvain-la-Neuve.

Cette conférence s’inscrit dans le cadre du Temps pour la Création, un temps pensé pour renouveler notre relation avec notre Créateur et avec toute la création en célébrant, en changeant et en nous engageant ensemble à agir.

Ecouter l’émission en audio : https://www.rcf.fr/actualite/pres-de-chez-vous-brabant-wallon?episode=510586

(si la page ne charge pas, essayez : https://drive.google.com/file/d/1auhlt3O3promq58GiutNdwe0b0r7WLQ7/view?usp=sharing

Forum : l’abbé Pierre, les J.O., et après ?

Bonjour Bernard, comment te sens-tu dans tes nouveaux ministères ?

Par Jean P, j’ai reçu tes réactions aux actualités du moment, l’ouverture des JO et les révélations concernant l’Abbé Pierre …

J’ai envie de te partager quelques-unes de mes réflexions suite à ton message, comme je l’ai fait à Jean et à d’autres amis… les voici …

L’ouverture des JO … oui j’ai apprécié le spectacle grandiose , le courage et la détermination de tous les acteurs de cette soirée : les sportifs dans leurs embarcations respectives, les artistes sur les bords de Seine et les divers sites, les nombreux bénévoles, les techniciens, les forces de l’ordre … qui ont « assuré » jusqu’au bout sous une pluie battante et dans des conditions à la limite du supportable.

Oui, je me suis posée des questions sur la pertinence des performances de certains artistes, de certaines scènes (Cène) …

La satire à l’encontre des religions est maintenant monnaie courante et constamment présente chez de nombreux acteurs de notre société… aussi, faut-il s’étonner que lors de « LA » grande fête des JO, les réalisateurs s’en soient emparés?

Ce qui me déçoit tout autant c’est que les communautés chrétiennes et croyantes de tous bords ne se soient pas davantage manifestées.

Le dimanche 21 juillet,  l’émission protestante de France 2 était consacrée aux JO … présentation d’un lieu de ressourcement au coeur de Paris pour les participants aux JO, sportifs et autres …et une belle célébration « d’ouverture » pour confier à Dieu cet événement.

Le dimanche 28 juillet, l’émission catholique « Le Jour du Seigneur » , dans le cadre du projet « Holy games » créé il y 3 ans en vue des JO,proposait une célébration pour le moins confidentielle dans la chapelle « ND de bon secours », dans le 14ème arrondissement à Paris, messe présidée par Mgr Marsset, évêque auxiliaire pour la capitale et délégué épiscopal pour les JO.

Alors QUOI ?

Comment ne pas avoir imaginé, proposé, préparé avec des chrétiennes et chrétiens, mais aussi des représentant-e-s de toutes les religions et opinions philosophiques de la France un grand moment de célébration … avec des témoignages de sportifs mais aussi de personnes impliquées dans la préparation des JO…. Comment ne pas avoir donné de l’Eglise de France, traumatisée par tant de malversations du clergé, l’image d’une Eglise vivante, accueillante à l’image de Jésus sur les routes de Palestine, osant dénoncer la mise à l’écart des personnes les plus précarisées des quartiers de Paris, une Eglise engagée dans la dynamique de Laudato si, de Fratelli tutti …pour la défense des personnes fragilisées et différentes,  et dans la transition écologique. Comment ne pas saisir l’occasion de donner la parole à toutes ces soeurs et frères humains oubliés et maltraités de nos sociétés?

Il est plus facile bien sûr de s’indigner à postériori …

Un grand moment d’Eglise se prépare chez nous avec la venue du pape François …qu’allons-nous en faire ?

Oserons-nous faire remonter vers lui le mal-être de tant de chrétiennes et chrétiens, de prêtres, d’évêques …et lui proposer des projets résolument novateurs de synodalité pour nos petites communautés et nos diocèses ?

L’Abbé Pierre … eh oui … lui aussi, diront certains …

Dans la réflexion, il est question du « pouvoir » des chefs de file d’associations et communautés … mais dans nos communautés et paroisses, sévissent aussi des hommes de pouvoir … nommés par d’autres hommes de pouvoir !

Bien sûr des hommes puisque les femmes n’ont pas accès au sacerdoce et si rarement encore à des mandats et ministères de responsabilité dans l’Eglise, je devrais dire dans « l’Institution Eglise » …

il y aurait  bien davantage encore à en dire mais j’en reste là !

Je t’envoie mes amitiés fraternelles

Bernadette

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Bonjour Bernadette, 

merci pour ce retour et ta réflexion dans laquelle je me retrouve aussi pleinement (d’autres réactions à l’affaire « Abbé Pierre » ont été bien plus virulentes chez des chrétiens convaincus et engagés – voir celle de J-R ci-dessous). 

Désolé d’être un homme 😉! – à l’époque où je suis entré au séminaire, on ne posait pas encore de façon aussi claire et forte la question de l’accès des femmes aux ministères ordonnés ou institués. Et on ne savait pas encore qu’on était sur un champ de mines dormantes qui allaient exploser 30 ou 40 ans après (les abus) ! 

J’aime beaucoup tes remarques sur la presque non-implication des Eglises et des communautés chrétiennes dans les J.O. – encore un train de manqué🤔. Reste à voir ce que donnera la visite du pape François en septembre ; elle promet d’être délicate et peut-être chahutée. Pourvu qu’il puisse susciter un nouvel élan, et surtout… L’ESPERANCE !

Quant à mes nouvelles missions, je me sens soulagé et heureux, enfin délivré de tout le poids des responsabilités organisationnelles et fonctionnelles dans ce contexte de crise et de tensions, pour me consacrer uniquement aux rapports humains et au témoignage évangélique. 

Je te souhaite à toi aussi le meilleur (on en a eu et on en aura encore!), dans tous tes engagements et ta vie personnelle.

Amitiés, unité en Christ,

Bernard

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Salut Bernard.

Tout d’abord, j’espère que tu vas bien ?

Je prends le temps de te répondre : excuse-moi d’emblée, pour la dureté (voire la vulgarité) de mon propos, mais c’est vraiment ce que je pense et vis…

Tu as l’air de dire que l’Église a fait du chemin, en ne se voilant plus la face…

Je ne suis pas d’accord : pour moi l’Église catholique romaine porte une ÉNORME responsabilité dans toutes ces affaires, en continuant, de manière ridicule, gravissime et perverse, d’imposer un célibat artificiel, aussi inutile que dangereux, qui entraîne toutes les dérives affectives possibles, toutes les souffrances qu’elles engendrent, pour les consacré(e)s, leurs victimes, ou leurs amoureux.ses… (j’ai failli en être « victime », merci M-M, qui m’a fait « sortir » de ce piège, il y a 42 ans déjà ! 💓 Même si on en a bavé pendant des années !).

Et le cléricalisme exacerbé de notre clergé congolais et/ou tradi, avec l’autoritarisme qui l’accompagne, ne va pas le bon sens.

Et l’Église de France se radicalise de plus en plus… Et en Belgique, à Liège, ce n’est pas triste avec notre Jean-Pierre, de plus en plus tradi (https://www.communautesaintmartin.org/ qui ont failli débarquer chez nous à Verviers !) …

Pour moi, l’Abbé Pierre reste un modèle, un saint, dans tout ce qu’il a osé entreprendre pour lutter contre la pauvreté, avec courage et pugnacité, mais aussi un homme, avec une queue entre les jambes… 😈 (comme tant d’autres « prophètes » qui ont un jour fauté…).

Question : comment devient-on protestant, encore ? 😇

On en parle quand tu veux…

Amitiés.

J-R