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Les réseaux sociaux : faut-il les interdire aux enfants ? Comment vivre avec sans en devenir esclaves ? Une réflexion du Ploumtion (n° 25)

N’ayant perso aucun compte Instagram, Snapchat, TikTok,… mais juste un Facebook pour pouvoir accéder à certaines infos (difficile d’y échapper), je suis mal placé, je l’avoue, pour traiter du sujet qui retient aujourd’hui notre attention : « Faut-il ou non interdire les réseaux sociaux aux plus jeunes ? »

N’empêche que le sujet est sur la table. L’adoption cette semaine par la France, après l’Australie et possiblement avant d’autres pays, d’une loi interdisant l’accès aux dits réseaux par les enfants de moins de 15 ans, cette adoption fait beaucoup de vagues. Moi qui suis de la ‘vieille génération’, je ne suis donc évidemment pas touché par cette interdiction et je n’en souffre aucunement vu mon peu de pratique – et ma méfiance – pour ce moyen de communication qui est devenu en quelques années incontournable pour toute une tranche de la population mondiale, et en tout cas de la plus jeune.

Mais qu’en est-il ? Y a-t-il réellement une dépendance vis-à-vis de ces médias, et un risque pour la santé mentale des plus jeunes ?

D’abord, l’addiction aux réseaux sociaux n’est pas qu’une impression. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ un adolescent sur dix présente des signes cliniques de dépendance. C’est à partir de 2001 que des sites web de réseautage social en ligne ont commencé à apparaître. MSN Messenger fut le premier réseau social à marquer le début d’une nouvelle ère du tchat numérique sur Internet, notamment chez les jeunes et les adolescents. C’est avec l’essor de Facebook, créé en 2004 et devenant public en 2006, que les termes de « médias sociaux » sont couramment utilisés. L’utilisation de ceux-ci connait une importante augmentation dans les années qui suivent : aujourd’hui, il en existe plus de 200 dans le monde. Ainsi, dès la fin des années 2000, ils sont largement entrés dans les mœurs ; les plus connus chez nous sont TikTok, Insta, Snapchat et encore un peu Facebook dont le public a fort vieilli et est déserté par les plus jeunes, davantage attirés par TikTok entre autres (produit par la Chine).

Le principe est simple : à partir d’une identité et d’un compte anonyme avec pseudo ou avatar, il est désormais possible de faire partie d’une ‘communauté’ qui partage les même intérêts, en échangeant et interagissant avec les autres membres pour partager des contenus, textos, photos, enregistrements filmés, etc. Cela favorise évidemment la possibilité et la recherche de rencontres selon les profils souhaités. Pour maintenir l’attention des utilisateurs, des algorithmes de recommandation analysent vos comportements (ce que vous regardez, ce que vous aimez) pour vous proposer des contenus ou des amis « affinitaires ». Le résultat est que se tissent des liens de plus en plus forts entre utilisateurs de même goûts, opinions et sensibilités, et que, particulièrement chez les adolescents – en quête d’identité -, une forme d’addiction risque très vite de s’installer.  

Certains, dans la sphère commerciale mais aussi politique, ont très vite compris l’intérêt de ces réseaux et de leur influence pour manipuler et orienter les esprits afin de favoriser des comportements d’achat, des choix électoraux, ou encore par exemple de répandre des idéologies complotistes ou extrémistes (qu’elles soient de droite, de gauche, religieuses ou laïques). D’ailleurs, une nouvelle profession est née de cette révolution technologique et sociale : les influenceurs-ceuses. Les jeunes sont particulièrement réceptifs à ces injonctions qui leur donnent le sentiment d’appartenir à une même communauté qu’ils ont choisie.

Aujourd’hui, si l’usage des réseaux sociaux n’est pas assimilé à une drogue, il est incontestablement un fait de société qui n’a jamais fait l’objet de tentatives de régulation en dehors de la sphère familiale où certains parents essaient malgré tout de limiter son usage chez leurs enfants ou de mettre en garde sur certains contenus malsains. La récente interdiction chez nos voisins français qui vise les moins de 15 ans a donc fait l’effet d’une bombe et a été diversement commentée : soit, on a trouvé cette décision formidable : « Les réseaux sociaux, un poison pour les enfants, ils sont complètement addicts, ils n’en dorment plus, ils sont épuisés physiquement et moralement, ils ne peuvent plus se concentrer à l’école, les parents n’en peuvent plus et ne savent plus comment faire, enfin une loi qui vient éradiquer ce fléau… » ; soit (surtout chez les jeunes) on la critique comme une atteinte à la liberté ou en dénonçant une certaine hypocrisie : « Vous les adultes, les parents, vous saluez l’interdiction des réseaux sociaux aux ados, mais vous-mêmes, vous passez votre temps sur votre téléphone à scroller toute la journée ! »

Bref, les avis sont tranchés et la polémique pas près de s’éteindre. Ce qui est certain et bien établi par les études qui ont été réalisées, c’est que depuis le développement des réseaux sociaux surtout dans les années 2010, la santé mentale des jeunes s’est très brutalement dégradée, les troubles anxieux et dépressifs ont explosé, plus 145% de cas de dépression majeure chez les adolescentes américaines, plus 161% pour les jeunes hommes, plus 140% pour les jeunes adultes de 18 à 35 ans. Les dégâts sont déjà considérables : la privation sociale, les jeunes voient moins physiquement leurs amis, le manque de sommeil, les jeunes ne dorment pas assez pour la construction de leur cerveau, la perte de l’attention qui impacte la scolarité et l’addiction à des contenus inappropriés, violents, sexuels ou liés à l’automutilation et au suicide. Les problèmes d’estime de soi : La comparaison constante avec des standards irréalistes d’apparence et de réussite fragilise l’image de soi. Des troubles dépressifs : Une étude de l’AP-HP citée dans une récente émission de RCF estime que les réseaux sociaux pourraient être responsables de 600 000 cas supplémentaires de dépression chez les adolescents en France… En fait, on se demande si ne rien faire (ou laisser faire) n’équivaut pas à sacrifier tout une génération ? C’est un sujet éminemment grave.

Maintenant, faut-il ou non passer par une interdiction légale ? Pour Grégoire Bost, directeur du laboratoire de psychologie, du développement et de l’éducation de l’enfant au CNRS, invité sur le plateau de RCF, l’interdiction seule ne répond pas à ces enjeux ; c’est même en réalité l’aveu d’une faiblesse politique face à la complexité du rôle parental concernant les usages numériques. Il dit, je le cite, « il faut des moments où dans la famille, personne n’est sur un écran, ce sont des moments où l’on se parle, et se parler, c’est la clé des interactions sociales et humaines, particulièrement pour les enfants. » Du bon sens, oui, mais les parents eux-mêmes ne sont-ils pas dépassés, qui sont eux-mêmes rivés tout le temps à leurs écrans ? Il y a du travail pour tous les addictologues…

C’est toute une réflexion de société qu’il faudrait avoir, avec cette évolution vers un monde de plus en plus numérique et connecté. En tant que chrétiens, ne devons-nous pas y être particulièrement attentifs puisque Dieu a inscrit la relation au cœur de l’humain -et même de sa chair-pour le faire grandir en tant qu’être incomplet qui ne peut s’accomplir que dans cet échange ?

Alors, comment savoir si on est soi-même addict ? Je vous invite à faire l’expérience de regarder dans vos paramètres combien d’heures vous passez à scroller sur les différents réseaux, sous la rubrique « bien-être et contrôle parental ». Vous serez étonnés ! Bien sûr, une addiction problématique n’est le fait que d’une minorité d’individus, mais cela commence souvent insensiblement.

En fait, l’addiction est un dérèglement du système de la récompense qui à la base est utile à notre survie car il nous fait reproduire des comportements positifs pour la pérennité de notre espèce. Mais arrivé à un certain stade, quand ce système de la récompense est trop sollicité, il nous enferme dans un cercle vicieux avec un effet de manque qui veut sans cesse recréer et accroître la récompense. C’est le principe des algorithmes, ce système mis en place par les grandes plateformes qui connaissent grâce à leurs équipes de chercheurs tous les secrets de notre cerveau et surtout comment le rendre dépendants : ils utilisent  notre circuit de la récompense et notamment les effets de la dopamine sur nos comportements. La dopamine c’est ce messager chimique produit par notre cerveau pour transmettre des informations à nos circuits cérébraux. La dopamine est notamment produite lorsque nous sommes satisfaits et que nous sommes récompensés. Ce circuit est associé à un sentiment de bien-être et cela nous pousse à recommencer l’expérience satisfaisante. Or, comme par hasard toute la stratégie des réseaux sociaux est de nous pousser à rester connectés grâce à des stratégies comme « les petits pouces en l’air, les Like », et cette impression d’appartenir à une communauté chaleureuse qui pense comme nous, qui nous amènent un sentiment de bien-être instantané et nous donnent envie de le ressentir à nouveau !

Alors, si vous pensez que vous passez trop de temps sur les réseaux, comme reprendre le contrôle ? Je vous propose quelques astuces au niveau personnel de Joëlle Iland, coach & formatrice. :

•          Couper les notifications et les signaux qui nous conditionnent.

•          Mettre votre téléphone de côté pour ne pas le voir pour moins de tentation

•          Passer votre smartphone en mode noir et blanc le rendant moins attractif

•          Choisir des occupations bien-être et sociales

•          Apprendre à faire avec : garder nos smartphones pour leur utilité et leur place d’objet – sans plus.

Et si vous êtes parents, s’il faut certainement limiter voire interdire l’usage des réseaux (et du smartphone) à vos enfants avant un certain âge où ils deviennent capables de discerner, il est en tout cas nécessaire de dialoguer toujours avec eux, et d’informer le mieux possible et le plus tôt possible sur les risques éventuels. Et puis, ne faut-il pas montrer l’exemple ? Une ballade dans la nature en famille vaut certainement mieux que deux heures passées à « scroller » !

En conclusion, essayez d’intégrer ces petites astuces dans votre quotidien et vous verrez que vous pourrez reprendre le contrôle et consacrer du temps à votre bien-être et créer des liens « en vrai » en levant les yeux de vos « écrans de fumée » !

Prenez soin de vous et regardez le beau partout autour de vous ! Dieu vous bénisse, lui qui a le meilleur réseau social, celui de la prière et de la ‘communion des saints’ – à consommer sans modération !

Le Ploumtion

Sauvés !

…Le monde est sauvé, la paix est sauvée !

Le Président du Monde, Donald Trump, vient de lancer solennellement le « Conseil pour la Paix » (Board of Peace) à Davos, en marge du sommet international sur l’économie qu’il a ainsi en quelque sorte confisqué. Ce ‘plus prestigieux conseil d’administration du monde’ comme il l’appelle, est bien sûr dirigé par lui-même s’autoproclamant dans les statuts président à vie.  Donc, Donald est bien président du monde, qu’il entend gérer à sa façon.

De la soixantaine de pays -dont la Russie- invités à participer à ce club très fermé (droit d’entrée : un milliard de dollars, rien que ça), une dizaine d’affidés de la politique trumpienne ou du personnage ont répondu présent, une douzaine d’autres sympathisants assisteront à la cérémonie. Les autres ont décliné poliment. La Russie, elle, « étudie la question ». Quels sont donc ces pays ‘pacifistes’ ? Qui a accepté de rejoindre Trump ?

Citons-les : Hongrie -seul membre de la CE-, Maroc, Turquie, Israël (évidemment), les Émirats arabes unis, la Biélorussie de Youkachenko (soutien actif de la Russie en guerre contre l’Ukraine), Argentine, Paraguay, Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Égypte, Arabie saoudite, Pakistan (puissance nucléaire), Ouzbékistan, Kazakhstan, Indonésie, Vietnam, Kosovo, Qatar, Bahreïn, Jordanie.

Intéressant de se pencher sur le profil de ces dirigeants si passionnés par la cause de la paix : Le Financial Time de jeudi décrit ainsi ce Conseil de la paix qui, souligne-t-il, regroupe 6 monarques absolus, 3 anciens apparatchiks soviétiques, 2 régimes soutenus par l’armée et un dirigeant recherché par la Cour Pénale Internationale, en l’occurrence Netanyahou. « Les plus grands dirigeants de la terre », les appelle ce cher Donald ; « ce sont mes amis, d’ailleurs, je les aime tous ! »

Cela pourrait porter à sourire (jaune), mais il ne faut pas sous-estimer ces soutiens de Trump et de sa volonté de reconfigurer complètement les équilibres mondiaux à son avantage et à celui des USA. Trump exècre l’ONU, il exècre le multilatéralisme, mais ce machin qu’il lance pour supplanter l’ONU et son Conseil de Sécurité qu’il considère (un peu à juste titre quand même) comme inefficace, obsolète et donc inutile, cette nouvelle entité entièrement à sa botte a pour but en plus du prestige qu’il est sensé lui rapporter, lui, le ‘Président de la Paix’, de définir de nouveaux blocs d’influence constitués sur des rapports de force.

Hélas, il faut bien reconnaître que l’ONU est devenue une naine politique en quelques décennies. Héritière de la Société des Nations créée après la guerre, elle regroupe actuellement quand même 180 pays, et avait pour objet en premier lieu de trouver des solutions pour éviter de futurs conflits ou arrêter ceux en cours. Mais elle a rarement pu les empêcher : combien de résolutions sont restées lettre morte à cause du fameux droit de veto dont usaient en particulier les américains pour protéger leur allié Israël par exemple ?  

L’objectif de Trump en lançant son ‘Conseil pour la Paix’ – et l’objectif depuis le départ de son administration est de mettre à bas justement ce qui demeure de l’ordre international post-45 et nous ramener dans une ère du bilatéralisme ou la loi du plus fort-prime. Donc bref, ce ‘machin’ n’a pas pour objet de créer un nouveau système multilatéral : son objectif, il faut le dire très simplement, c’est de créer un outil qui lui permette par une sorte d’OPA de mettre en place un nouvel ordre international, bilatéraliste, violent, où les relations sont frontales et les alliances de circonstances. Les derniers exemples en date, ceux du Venezuela et du Groenland, ne laissent aucun doute à ce sujet.

Trump n’est pas lui-même responsable de la déliquescence de l’ONU qui n’existe aujourd’hui pratiquement plus que par ses grandes agences humanitaires, PNUD, l’UNICEF, etc., et est en fait totalement absente des grands dossiers internationaux, totalement absente de l’Ukraine, Gaza… où elle est présente uniquement sur l’humanitaire. Le Président Donald n’avait plus qu’à donner le coup de grâce en construisant son système à côté de cette coquille vide. Ce qui est fait. Ses appels à une collaboration du Conseil de Sécurité avec son Conseil pour la Paix pour ‘faire des choses extraordinaires ensemble’ ne semble devoir seulement donner le change car c’est bien lui qui aura toujours la main.

Le discours triomphaliste (et en grande partie mensonger) de Trump sur les « paix » qu’il a selon lui imposées ‘dans 8 guerres’ est aussi une poudre aux yeux, juste un cosmétique pour ses fans électeurs, ou l’art de mettre la poussière sous le tapis. Ces guerres dont les causes n’ont jamais été traitées mais juste occultées avec les moyens de ‘persuasion’ économiques ou autres dont dispose Trump finiront toujours par renaître… et dans plusieurs cas elles n’ont jamais cessé. Le cynisme quand il affirme qu’à Gaza, « il n’y a plus que quelques ‘petits foyers’ (de guerre), « on a très très bien réussi… on n’entend plus parler de gens qui ont faim et on va tout reconstruire ». Au profit de qui ? Je doute que ce soit à celui des Gazaouis, des palestiniens… Et, en effet, on n’en entend plus parler. Les morts ne font plus de bruit.

Le Ploumtion (n°24)

Un livre à lire :

Craus-Montana, ou comment partager l’espérance ? (témoignage) – Le Ploumtion 23

Comme tout un chacun, j’ai été frappé d’horreur le matin de ce premier janvier 2026 en apprenant par les chaînes de radio et de télévision qui en traitaient en direct, le drame qui a ôté la vie à des dizaines de jeunes et blessé (souvent gravement) près d’une centaine d’autres lors du réveillon de la Saint-Sylvestre dans un bar-discothèque de cette station des Alpes suisses.

Cet incendie meurtrier dont les causes semblent devoir être attribuées à la négligence dans les mesures de sécurité, a plongé de très nombreuses familles dans un deuil extrêmement douloureux mais aussi à travers elles, tout un pays et diverses autres nations dont certaines victimes étaient des ressortissants : France, Italie et même notre Belgique – une jeune Belge de 17 ans était de ces jeunes fêtards que la mort a brutalement arrachés à ses proches.

Les circonstances atroces de ce drame nous ont tous tétanisés, rendus muets. Devant tant de souffrances, peut-on faire autre chose que se taire ? N’est-ce pas la plus élémentaire marque de respect à avoir, que de garder le silence et de ne proférer aucune parole même se voulant consolatrice, celle-ci ne pouvant manquer que de tomber à plat et aviver encore la douleur ?

Voilà justement le sujet que je voudrais aborder avec vous. Si dans les grandes douleurs, les catastrophes et les tragédies qui frappent aveuglément ci et là, le silence, selon l’adage, est d’or, quelle parole, quelle attitude l’Eglise et ses membres ou ses représentants peuvent-ils alors avoir pour témoigner d’une possible espérance comme les y invite l’Evangile ? N’est-ce pas incongru, voire extrêmement maladroit ?

J’en étais là dans mon questionnement quand j’ai entendu peu de temps après à la radio-RCF dans l’émission des « grands témoins » présentée par Louis Daufresne, le témoignage d’un prêtre du diocèse de Sion dans le Valais, le Père Joël Pralong, par ailleurs de formation infirmier en psychiatrie et auteur de nombreux ouvrages. Il rejoint en fait une conviction que je porte ancrée en moi depuis toujours et qui m’a animée tout au long de mon ministère: Devant la souffrance, et en particulier quand celle-ci est extrême et touche de nombreuses personnes, des collectivités ou des nations entières, l’Eglise en tant que fraternité rassemblée autour du Christ et solidaire de tous les hommes et femmes dont elle partage la condition, l’Eglise ne peut pas faire que se taire ; elle doit aussi oser une parole, des gestes concrets qui témoignent de cette solidarité, mais aussi de la Présence de celui qui nous sauve, le Christ Jésus. Et cela ne doit pas venir seulement de sa hiérarchie, mais aussi de sa base, de tous les chrétiens proches ou plus lointains mais qui veulent se faire les prochains (cf Lc 10,29 ss) de ceux qui traversent le gouffre du désespoir, « les ténèbres et l’ombre de la mort ».

Dans ce témoignage de compassion et de proximité envers ceux qui sont victimes de ces tragédies, ceux qui ont mission de pasteurs ont évidemment une responsabilité particulière pour donner à leur communauté un message fort, un message d’amour, de foi et d’espérance qui les éclaire et les soutienne – alors que ces drames peuvent impacter leur foi. J’en ai toujours été fort conscient. Cela a commencé, je crois, lorsque jeune prêtre, j’ai été moi-même secoué et interpellé par certains événements qui nous ont marqués tragiquement ainsi que nos contemporains :

Je me souviens en particulier de la guerre de Bosnie en 1995 et du massacre de Srebrenica avec ses charniers ; de la guerre du Kosovo (1998-1999) et de ses atrocités ; plus ancien mais près de nous, le drame du stade du Heisel du 29 mai 1985… Et puis plus tard, les tremblements de terre qui ont fait des milliers de victimes : à Sumatra (26/12/2004 – 230.000 victimes) ; à Haïti (12/01/2010) -plus de 200.000 morts ; le séisme au Japon suivi du tsunami provoquant la catastrophe de Fukushima le 11 mars 2011 (25.000 morts ou disparus)… et puis d’autres encore… N’oublions pas l’attentat du 11 septembre 2001sur les tours jumelles du World Trade center à New York (3000 morts) et qui a frappé de stupeur le monde entier…

On pourrait allonger indéfiniment la liste. Les drames qui ont touché le plus notre petite Belgique ne manquent pas non plus : les attentats islamiques du 22 mars 2016 à Molenbeek et à l’aéroport de Zaventem, suivant de près ceux en France de Charlie Hebdo (7 janv. 2015) et du Bataclan (16 nov. 2015). Mais l’événement abject et sordide le plus médiatisé, qui a suscité la plus grande émotion et la manifestation la plus imposante de toute l’histoire de notre pays, est assurément le calvaire mis à jour des petites filles Julie et Mélissa (1995) et des autres victimes de prédateurs sexuels vers la même époque : An, Eefje, Sabine et Laetitia… La population entière a été traumatisée par ces révélations. (Un certain temps après, ça a été au tour de l’Eglise d’être mise sur la sellette après la mise en examen de l’évêque de Bruges et les centaines de dénonciations d’actes d’abus sur des mineurs commis par des religieux, qui ont défrayé la chronique…). Les sujets actuels, eux, tournent souvent autour de Gaza, de l’Ukraine ou de l’Iran.

Bref, face à tous ces événements dramatiques qui m’interpellent autant qu’ils choquent et consternent nos paroissiens (et la population en général, chrétienne ou non), à chaque fois, je me sens poussé à réagir ; en tant que prêtre, mais aussi en tant qu’homme, frère en humanité. Je le fais en en parlant dans mes homélies, en rédigeant aussi des messages que je publiais ensuite sur internet ou déposais dans les églises. Plus simplement parfois, en en discutant lors des réunions et rencontres informelles. Quand les autorités ecclésiastiques, les évêques publient des déclarations (mais cela arrive parfois tardivement), évidemment je les diffuse.  

Le plus souvent, ces réflexions sont nourries par ma foi mais aussi par une sensibilité que je veux « vulnérable », capable de partager authentiquement l’émotion et les questionnements, la colère et la révolte. Il reste pour moi fondamental de partager la tristesse, la douleur de mes contemporains, en donnant droit à l’expression du scandale que représente la souffrance des innocents : ces drames interpellent en effet nos croyances en un Dieu bon qui veut le bonheur des hommes. Sans vouloir faire de l’apologétique, je me sens toujours appelé à rendre compte de l’espérance chrétienne, qui ne se résume pas à de bons sentiments et des consolations faciles du genre : « Ils ont souffert, après ce sera mieux dans le Royaume… ». Ainsi, à de très nombreuses reprises, j’ai payé de ma personne : j’ai chaque fois ouvert mon cœur pour dire ma peine et ma compassion, mais aussi ce que, depuis mon for intérieur, moi Bernard, disciple du Christ Jésus, je devais dire en Son nom… et qui n’était pas facile ! Pour cela, il me fallait constamment casser l’image d’un dieu impassible et manipulateur, pour proposer une autre, celle du Dieu de Jésus Christ : un Dieu vulnérable qui se laisse toucher, qui pleure avec nous et nous accompagne… nous fait sortir de nos impasses de mort…

Cette image-là, pour être crédible, doit forcément être reflétée quelque part dans le comportement de celui qui la représente. C’est une exigence à laquelle je pense que nous, hommes (et femmes) de foi, nous devons répondre – tout en n’occultant pas pour la cause nos propres doutes ou difficultés face à l’intolérable. Comme Job, nous osons questionner Dieu. Je me souviens encore comment, alors jeune vicaire, j’avais crié, pleuré et engueulé Dieu quand j’ai dû accompagner pour la première fois une famille qui venait de perdre son enfant – avant qu’Il ne mette dans mon cœur et mon esprit Sa douceur pour la soutenir…

Alors donc que je venais d’apprendre le drame de Crans-Montana, ce que Joël Pradong, prêtre du diocèse de Sion, a partagé ensuite sur les ondes de RCF m’a rejoint instantanément. Je me suis dit : Mais bon, voilà quelqu’un qui ne parle pas la langue de bois ni n’occulte la peine, la douleur, avec des formules toutes faites. J’ai été touché par son témoignage. Je vous invite à le lire aussi ou à l’écouter (sur RCF podcast *), quand il nous parle du cœur, de « ce cœur qui ne vient pas nous donner une réponse logique, mais vient nous donner quelque chose de transcendant qui nous dépasse complètement, soudainement, et par lequel on se sent frère et sœur de tous et solidaire de tous… »

Ce qu’il dit aussi, c’est que même si on ne croit en rien, il y a quelque chose de transcendant dans l’homme, qui est beaucoup plus fort que ce qui lui arrive. Cela, je l’ai expérimenté au travers des nombreuses funérailles que j’ai célébrées – entre autres celles de jeunes partis trop tôt : Au départ, les gens disent ne croire en rien, mais après un certain temps, « la personne, le défunt est avec moi, celui ou celle qui est parti.e est devenu.e ma force » disent-ils.

Il y a là quelque chose qui n’est pas logique, rationnel, mais qui relève de ce sentiment qu’on est tous frères ou sœurs, faits à l’image de Dieu. On est évidemment dans l’émotionnel, et les gens inconsciemment cherchent une réponse que la raison seule ne peut pas donner : elle ne peut venir que du cœur. C’est donc ce langage-là que nous croyants nous devons tenir devant ceux que frappe le malheur : celui du cœur, uniquement. Et nous méfier par-dessus tout des réponses toutes faites et soi-disant consolatrices que nous fournit notre théologie ou notre raison bien-pensante.

Quand il y a une catastrophe, l’Eglise doit être là, l’Eglise doit se déplacer, être avec. « On n’est plus une Eglise reconnue qui a le vent en poupe », dit le Père Pradong, mais pourtant, ajoute-t-il, l’Eglise aujourd’hui demeure le lieu de la consolation et du témoignage fraternel. « C’est le témoignage qui doit être la réponse, humblement, humblement. » L’engagement et la solidarité des gens, eh bien c’est cela qui touche. Et la prière vient spontanément au secours. « L’Eglise, conclut-il, elle est un message d’espérance alors qu’on pensait que la foi était morte… » Ces drames nous réveillent.

J’ai rédigé ce témoignage à l’intention de tous et spécialement de mes frères prêtres, diacres… avec lesquels je partage la mission de parler de Celui qui nous sauve. Merci de m’avoir lu.

Le Ploumtion

(*) Père Joël Pralong : « Dans l’épreuve, l’Église devient un lieu de parole et de consolation » Un article rédigé par Colombe Vissac – RCF, le 6 janvier 2026 – Modifié le 6 janvier 2026

https://www.rcf.fr/articles/actualite/pere-joel-pralong-dans-lepreuve-leglise-devient-un-lieu-de-parole-et-de

Le grand Témoin : « Après le drame de Crans-Montana, quelle parole pour l’Église ? » écouter (17 min) :

https://www.rcf.fr/actualite/le-grand-temoin?episode=645869&share=1

RESUME DE L’ARTICLE

Le temps de l’émotionnel, le langage du cœur

« On est dans l’effondrement, et donc dans l’émotionnel », explique le père Joël Pralong. Face à un événement traumatisant, la raison vacille et ne suffit plus : seul demeure ce qu’il appelle le « langage du cœur ». Dans ces moments-là, la présence simple et spontanée devient essentielle. L’émotion marque alors un retour à l’essentiel et favorise naturellement la solidarité et l’empathie.

« Nous devenons tous frères et sœurs », souligne-t-il. De nombreux jeunes se sont sentis directement concernés par le drame. « Ils n’ont pas d’autre langage que la présence : ils sont solidaires, ils pleurent ensemble, ils se prennent dans les bras. » Leur compassion s’exprime avant tout par cette proximité, souvent plus précieuse que les mots. Certains témoignent également d’une foi vécue de manière très concrète, notamment par la prière.

Le père Joël Pralong évoque à ce propos le témoignage bouleversant d’une jeune fille de 17 ans. Coincée sous des victimes, elle raconte avoir serré une petite croix dans sa main et prié : « Seigneur, je suis trop jeune pour mourir. J’aimerais encore vivre. Mais si je dois mourir, alors je mourrai. » Tentant de passer sa main entre les corps, elle est finalement aperçue, puis sauvée. “Il y a quelque chose de très fort de l’ordre de la mort, de la résurrection.” explique l’ancien supérieur du séminaire de Sion. 

L’Église, lieu de consolation

Dans l’épreuve, l’Église demeure un lieu de consolation. Dimanche dernier, malgré le froid, des centaines de personnes ont assisté à la messe célébrée à l’extérieur de la chapelle Saint-Christophe de Crans-Montana. Dans son homélie, Mgr Jean-Marie Lovey, évêque du diocèse de Sion a rappelé que « Dieu n’est pas ailleurs que là où un enfant de cette terre souffre ».

Face à un événement que la raison seule ne peut pas expliquer, on assiste à un retour au spirituel. Le président de la Confédération suisse a lui-même appelé à prier pour les victimes et leurs familles. « Voilà comment le langage du cœur se concrétise », observe le père Joël Pralong.

Selon lui, le rôle de l’Église n’est pas d’apporter des explications aux faits, mais de porter un message de soutien et d’espérance. Elle ne cherche pas la reconnaissance, mais se tient aux côtés de ceux qui souffrent, partageant leur douleur.

« De la faiblesse de l’horreur surgit une force »

Interrogé sur la question du sens et sur l’idée d’un drame attribué au hasard ou à la seule responsabilité humaine, le père Joël Pralong cite l’Evangile selon saint Luc et la tour de Siloé, “qui tombe et qui écrase 18 personnes (…) les gens en sont terrorisés (…) ils cherchent les coupables (…) ou alors, ces gens-là étaient coupables, puisque la tour leur est tombée dessus. Et Jésus a une bonne réponse. Il balaye cette culpabilité. Et puis, simplement, devant l’horreur, il invite les gens à se convertir. Ça veut dire que, quelles que soient les situations de mal, Dieu est toujours du côté de ceux qui souffrent.”

Ces drames font naître une recherche de lumière à laquelle aucune réponse intellectuelle ne suffit. “La seule réponse possible vient du cœur”, affirme-t-il, avec cette conviction que Dieu est présent, à l’image de saint Paul : “Je peux tout en celui qui me rend fort. »

Les étapes du deuil

Ancien infirmier en psychiatrie, le père Joël Pralong distingue plusieurs phases dans le processus de deuil. Après l’émotion vient la colère, marquée par la recherche de responsabilités. Cette étape sera particulièrement éprouvante, tant pour les familles que pour les personnes mises en cause.

Cette colère est centrale souligne d’ailleurs le père Joël, “la colère est quelque chose qui nous préserve du gouffre aussi, qui nous préserve de nous jeter dans le désespoir, explique-t-il, il y aura un moment difficile, mais ce moment difficile va être nécessaire pour faire la lumière, ça ne va rien changer à l’événement (…) il va permettre aux personnes aussi de comprendre pourquoi elles sont victimes.”

Ce n’est qu’à ce moment-là que l’Église est appelée à porter un message de pardon et de réconciliation. Non pour nier la légitimité de la colère, mais pour éviter qu’elle ne devienne enfermante, grâce à un accompagnement humain et spirituel inscrit dans la durée.

BONNE ANNEE DANS LA LUMIERE DE LA VIE !

Chers Amis et Amies,

À la demande de plusieurs d’entre vous, voici le lien pour relire ma méditation de Noël : https://les-homelies-du-padre.blogspot.com/p/a-noel-un-jour-desperance-pour-un-monde.html

Puissent ces pensées aider le plus possible de nos amis et proches à accueillir Celui qui est Lumière et dont parle le Prologue de Jean, le Verbe divin qui veut habiter tous les coeurs. N’hésitez pas à transmettre ce lien et à le diffuser autour de vous.

J’en profite pour vous souhaiter à chacun-e une bonne année dans la Lumière de la Vie sans laquelle nous trébuchons et nous nous cognons à tous les impedimenta -les obstacles- au lieu d’en faire des tremplins pour aimer !

Le Ploumtion (padre Bernard)

Jésus dit : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. » (Jn 8,12)

« Tant que vous avez la lumière, marchez dans la lumière afin que les ténèbres ne vous surprennent point: croyez en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière. » (Jn 12,35-36)

…Et, pour la soif qui vient : une belle méditation sur Jean 1,1-14 https://drive.google.com/file/d/1NhymFuBOYbB_S5cBP9psZc9wNvFFbh-t/view?usp=sharing

Pays de Saint Remacle – méditation pour la fête de la Sainte Famille (Le Ploumtion n°22)

Cette année, j’ai perdu mon vieux papa (94 ans). Il vivait depuis +/- 4 ans dans une maison de repos médicalisée, qu’en France en nomme maintenant des « EHPAD » (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes).

Durant toutes ces années, j’allais le voir deux fois par semaines, faisant pour cela un assez long déplacement en voiture depuis ma chère Ardenne vers la région limitrophe de l’Allemagne où se trouvait son établissement. Papa s’était plutôt bien acclimaté à la vie dans sa maison de retraite où maman avait déjà fini ses jours il y a dix ans ; sa vie tournait de plus en plus autour de ses besoins primaires et ses petites envies que j’essayais de satisfaire de mon mieux – entre autres, il raffolait du sirop de Liège bien collant (chez nous, on dit « plaquant ») que hélas il répandait un peu partout ! Souffrant d’arthrose dans les genoux, je devais lui procurer également toutes les quinzaines un tube d’onguent pour calmer ses douleurs et l’aider à marcher avec son gadot (cadre de marche). Cela a duré jusqu’à la fin, alors que la diminution de ses facultés mentales alliée à une surdité de plus en plus profonde rendait la communication compliquée mais encore toujours possible, quoique appauvrie. Se désintéressant de plus en plus du monde extérieur et de la télévision qu’il ne regardait plus, papa était pourtant toujours heureux des visites qu’il recevait de ma sœur et de moi-même, et il le manifestait par des sourires et des « merci, merci ! » Souvent, il fabulait, méfiant, s’imaginant des complots de personnes qui voulaient le dérober ; en plus d’être désorienté dans le temps et les horaires, il perdait parfois un peu le sens des réalités, celui de l’équilibre, et des chutes répétées -heureusement sans trop de gravité- l’emmenaient régulièrement faire un petit tour à l’hôpital…

Alors qu’il était à nouveau alité, sentant que ses forces le quittait, douloureux de partout, il m’a dit avant que je l’embrasse et le bénisse: « Je vais mourir ». Le lendemain, il sombrait dans l’inconscience, et alors que je me préparais à le veiller après lui avoir donné les sacrements, il prit deux fois de suite une dernière aspiration puis s’endormit pour de bon.

Mes visites régulières au home m’ont donné l’occasion de mieux connaître une partie des résidents et d’appréhender leur vie, ce qui faisait leur quotidien, rythmé par les soins, les repas, et quelquefois par des animations ou des visites, le kiné ou la coiffeuse… La messe aussi dans le restaurant de la Résidence, à laquelle ils participaient nombreux et avec une ferveur silencieuse.

Je considère ce temps passé pour et avec papa, et avec les résidents, comme une grâce. Oui, on n’en sort pas indemne, et parfois, en quittant l’établissement, j’avais le cœur bien gros. Mais quelle expérience humaine et spirituelle ! Au travers de ces sœurs et frères aînés, fragiles et dépendants, je touchais quelque chose du Christ Jésus. Celui de la crèche et celui de la croix. Et aussi dans le dévouement et les gestes attentifs et pleins de tendresse des soignants. Cette expérience s’ajoutant à toutes celles qui ont précédé dans ma vie m’ont encore fait approfondir le sens et la pratique de mon ministère d’accompagnement.

Oui, une grâce, et ici je rejoins parfaitement la parole du sage Ben Sira que nous avons écoutée dans la première lecture de cette fête de la Sainte Famille :  

« Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie.
Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force.
Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée… »

Aujourd’hui, on a peu conscience de l’épreuve que représente le grand âge pour celles et ceux qui le vivent, et qui avait fait dire au général De Gaulle cette phrase célèbre : « La vieillesse est un naufrage ! » On en a peu conscience, en partie à cause de la séparation-dislocation des générations qui ne vivent plus ensemble et ne partagent plus des intérêts communs, et aussi à cause de la relégation (camouflage ?) des personnes les plus atteintes et déficientes dans des unités spécialisées, les « cantous » qui dans certains cas ressemblent à des mouroirs.

Avez-vous déjà été saisis, en entrant dans un de ces établissement, par la batterie de chaises roulantes ou de fauteuils alignés en face des portes coulissantes et dans lesquels une dizaine ou une quinzaine de résidents, surtout des dames, attendent on ne sait quoi on ne sait qui, dans un silence profond où on entendrait presque le tic tac de l’horloge de Jacques Brel… (« Les vieux ») ? Parfois, heureusement, une conversation s’engage avec un des visiteurs moins pressé que les autres, et qui parle un peu avec eux de la pluie et du beau temps pour cacher sa gêne…   

Est-ce donc encore vivre que de laisser le temps s’écouler ainsi, sans autre objectif que d’attendre le prochain repas, sans autre perspective que le coucher du soir et la venue peut-être, au-delà de la nuit sous médicaments somnifères, d’une nouvelle journée toute pareille ? Certains répondront par la négative en évoquant ceux qu’on qualifie d’ Alzheimer, de plus en plus nombreux à cause de l’allongement de l’espérance de vie, qui errent hébétés et à moitié déshabillés dans les couloirs ou se terrent dans leur chambre, en ne reconnaissant plus personne, en n’ayant plus conscience du jour, de l’année, de leur dignité ni de leur identité…

Le grand âge c’est donc cela aussi, et pour beaucoup ! Nous vivons maintenant si vieux que statistiquement il y a de grandes chances que nos 10 dernières années, autour des 80-90 ans, se transforment en longue dérive dégradante. On est loin des seniors en pleine forme de nos publicités pour happy-boomers ! Sans doute De Gaulle avait-il raison en proclamant que « la vieillesse est un naufrage »… On y échappe rarement.

Aussi l’avertissement de Ben Sirac le Sage résonne-t-il avec d’autant plus de violence dans ce contexte. « Soutiens ton père dans sa vieillesse… ne le méprise pas, toi qui es en pleine force » (Si 3,2-14).

En cette fête de la Sainte Famille, voilà un devoir familial dur à entendre. Car c’est épuisant que d’accompagner ainsi des vieillards dans leur déclin programmé et qui peut aller – si on refuse de détourner le regard et d’abandonner l’entièreté de notre rôle filial à l’institution – , qui peut aller jusqu’à les aider dans leurs pipis et cacas ? En outre, le coût de l’hébergement dans ces établissements spécialisés est devenu si cher que bientôt notre société ne pourra plus payer pour des conditions d’accueil et de soins dignes. On risque de plus en plus – et je n’ose pas le dire trop haut – de pousser à l’euthanasie ceux qui sont devenus un poids pour les familles et la société…

Pourtant, le sage nous avertit : « ne méprise pas tes vieux parents lorsque l’esprit (et le corps, les capacités) les abandonne »sinon pourrais-tu toi-même espérer de la miséricorde et de la compassion pour toutes tes déchéances actuelles ou à venir ?

C’est l’ancien commandement : « honore ton père et ta mère » que la sagesse nous invite à revisiter. Que veut dire : honorer ses vieux parents, lorsqu’apparemment ils sont réduits à une survie, mais une vie quand même ? On ne sait rien ou presque de l’attitude de Jésus vis-à-vis des personnes âgées de son époque. Tout simplement parce que dans ce temps-là on ne vivait pas vieux ! De Joseph même, dont certaines traditions orales ont fait un vieillard et qui serait mort avant le début du ministère public de Jésus, on ne dit, on ne sait rien, sinon qu’il était attentif aux songes ou inspirations de l’Esprit à qui il obéissait comme dans l’évangile de cette fête d’aujourd’hui… Par ailleurs, dans le monde biblique et sa culture qui est aussi encore celle des peuples du Moyen-Orient actuel et du sud global, il y a un grand respect des aînés, de ceux qui ont transmis le flambeau de la vie et surtout le sens à lui donner, qui l’ont fait dans les difficultés qui furent celles de leur époque et auxquelles ils ont répondu de leur mieux avec courage et générosité, oubli de soi. Leur témoignage de vie et leurs sacrifices méritent reconnaissance de notre part et assistance autant que cela se peut, en s’investissant non pas seul mais avec tous les acteurs du monde du ‘care’ (soin) et les familles dans ce champ d’humanité qui est malheureusement trop souvent délaissé dans une société où seules la performance et la rentabilité sont valorisées.

Ce n’est plus en prenant chez soi ses parents ou beaux-parents, comme on faisait autrefois à la ferme, que nous pouvons réaliser cet accompagnement. Car nos appartements, nos rythmes de vie ne sont plus compatibles avec cela, en plus des nombreux soins médicaux que requièrent les très âgés. Et cette cohabitation de générations engendrait bien des frustrations dont nous ne voulons plus. Mais humaniser les lieux de vie (et pas seulement de survie) que doivent être les maisons de repos, de retraite, EHPAD et autres, en affirmant a priori la valeur et la dignité de toute personne humaine justement et plus encore lorsqu’elle n’a plus apparence humaine à cause du grand âge, cela doit être une préoccupation constante de chacun, car toute personne peut y apporter sa pierre, qu’elle soit ou non croyante : proches parents, enfants, visiteurs bénévoles, animateurs et personnel soignant ainsi que les directions d’établissement, aumôniers et aumônières, chacun dans son rôle et en collaborant le mieux possible pour créer un vrai climat de sérénité et d’amour où les vieillards puissent se sentir exister, être quelqu’un encore et toujours.

Le Christ a fait l’expérience de devenir un rebut de l’humanité, humilié, méprisé, regardé « comme un ver » et non comme un être humain. C’était pour que les défigurés de nos sociétés trouvent en lui un compagnon de route qui rappelle à tous la vraie beauté humaine que même la démence sénile et la déchéance des années ne peuvent extirper de l’existence de chacun.

En fêtant la Sainte Famille, réfléchissons aux engagements personnels et collectifs à prendre pour que nos aînés ne soient pas déshonorés par la perte de leurs facultés. 

À nous d’inventer les chemins de respect et d’affection pour entourer nos aînés !

Le Ploumtion

NEWSLETTER DE L’U.P. « PAYS DE SAINT REMACLE STAVELOT-FRANCORCHAMPS » – NOËL 2025

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