James Webb et la Pentecôte, ou : faut-il se résigner à l’entropie? (Le Ploumtion n°33)

Le télescope James Webb vient de recenser et cartographier 164.000 galaxies en remontant ainsi à travers 13 milliards d’années d’histoire de l’univers (le temps que la lumière émise par ces galaxies étoilées qui s’éloignent les unes des autres à une vitesse sidérale depuis le Big Bang, arrive jusqu’à nous). Il était temps !

Oui, il était temps de découvrir tous ces mondes lointains et leur existence, avant que le nôtre – notre minuscule terre – ne finisse la sienne dans un chaos qui n’est plus cette fois primordial mais final…

Désolé, mais l’actualité ne me rend pas optimiste.

D’un côté, grâce au blocage du fameux détroit d’Ormuz par nos ’’amis’’ iraniens qui ont compris qu’une petite souris comme eux pouvait énerver l’éléphant Trump et le rendre fou de rage impuissante, grâce à cette astuce donc, on découvre avec étonnement qu’on est loin, très loin d’avoir progressé vers une nécessaire sortie des énergies fossiles afin de préserver un tant soit peu le climat comme s’y étaient engagés de nombreux pays lors des accords de Paris. Il apparaît au contraire clairement la dépendance quasi-totale et grandissante de ces mêmes pays et de l’économie mondiale à ces sources d’énergie que sont le pétrole et le gaz. Les marchés s’emballent, les prix flambent, les chaînes de production se grippent et déjà pointent des faillites et même des ruptures d’engrais agricoles qui pourraient engendrer à terme des famines dans certains endroits. Le monde politique s’agite pour calmer l’inquiétude des consommateurs en redoutant des clashs sociaux.

Les iraniens ont visé juste : le point faible du système économique international (lui-même déjà mis à mal par la politique des droits de douane de Trump), cette dépendance toujours accrue à une énergie autrefois bon marché et abondante mais qui ne l’est plus – au point de menacer le monde entier d’une crise sans précédent. Les experts nous l’assurent : on ne reviendra pas à la normale. La machine fonctionne tant qu’elle est lancée en avant à pleine vitesse. Si elle ralentit, elle vacille puis peut s’écrouler comme un coureur cycliste qui ne peut pas arrêter de pédaler (et qui est dépendant de ses hormones de dopage – pour nous: le pétrole). Et l’énergie est devenue une arme – comme la nourriture, l’eau, et tous autres éléments nécessaires à la vie – dont les puissants n’hésitent plus à se servir pour dominer et asservir. La fin d’un monde rêvé où tout (la terre, l’air…) appartenait à tous. Mais ça va pêter immanquablement à un moment donné!

Autre fait d’actualité : l’épidémie d’ébola en RDC (République Démocratique du Congo) qui prend des proportions inquiétantes, faisant déjà des centaines de victimes. Des pays voisins comme le Rwanda ont commencé à fermer leurs frontières. Mais les virus ne connaissent pas de frontières ! Surtout à notre époque de voyages tous azimuts et de mobilité dont l’ampleur ne cesse pas de me surprendre… Ces derniers jours, lors du week-end de l’Ascension, j’entendais à la radio que les riverains de Bruxelles-national se plaignent du bruit des décollages d’avion qui ont lieu… toutes les trois minutes, jour et nuit ! Le trafic aérien augmente, on le sait, de plusieurs pourcents tous les ans. Et là aussi, toute une économie impliquant des milliers de personnes et de travailleurs s’est construite autour et en est totalement dépendante. Alors, augmentons encore la cadence ! De toute façon, les virus se multiplieront toujours plus vite eux aussi, qu’ils se nomment H1N1 grippe aviaire, hantavirus, ébola, coronavirus Covid-1, peu importe… la course est engagée.

Enfin, dans l’actualité, comment ne pas citer ces images scandaleuses mais révélatrices, de ces centaines de militants pacifistes de la « Flotille pour Gaza » arraisonnée par les israéliens dans les eaux internationales, alignés brutalement, les mains liées dans le dos et à genoux sous le canon des mitraillettes (peut-être fabriquées par notre F.N. belge?) pendant qu’un ministre d’Etat (Itamar Ben Gvir) les invective grossièrement en se moquant d’eux et en les insultant sous l’œil des caméras. Cette vidéo humiliante a été diffusée pour l’électorat israélien de l’extrême-droite à laquelle appartient le ministre, et dont le parti est un pilier indispensable du gouvernement Netanyahou (lequel, embarrassé, a quand même déclaré cette attitude de son ministre « non conforme aux valeurs d’Israël »). N’empêche que ce dernier « glorieux » fait d’armes et surtout le mépris ouvertement haineux d’une extrême droite à dominante religieuse qui semble ne plus avoir de frein et domine de plus en plus la scène politique en Israël, fait froid dans le dos. Si ces militants originaires principalement d’Europe n’étaient pas protégés par leur statut mais avaient été au contraire de simples palestiniens, que serait-il advenu d’eux ? N’était-ce pas ce même Ben Gvir qui était allé trouver récemment des palestiniens en prison pour leur cracher à la figure avec délectation qu’ils allaient « crever en ce lieu » (!). Gaza et ses 75.000 morts, le sud-Liban écrasé sous les bombes, la Cisjordanie occupée avec violence par les colons juifs qui dynamitent les maisons et molestent ou tuent les habitants qui refusent de partir… tout cela finira-t-il par devenir un « détail de l’histoire » pour reprendre une expression insupportable d’un certain Le Pen ?

L’extrême-droite (qu’elle soit israélienne, américaine ou de chez nous) est un chien méchant et agressif qui plus on lui donne de liberté en allongeant sa chaîne finit toujours par mordre tout qui passe à sa portée. Or il apparaît aujourd’hui qu’après avoir été confinée durant des décennies après la dernière guerre et l’écrasement du nazisme, les germes fascistes se répandent à nouveau en Europe et un peu partout dans le monde comme les virus dont je parlais il y a un instant. Il semble que la tolérance manifestée à leur égard n’a fait que renforcer leur assurance et une prise de pouvoir qui commence ou continue à se manifester ouvertement partout, avec l’assentiment ou la complicité des populations contaminées par les discours populistes xénophobes, flatteurs égocentriques et nationalistes revanchards. Le fruit de ce nationalisme illibéral ne peut être que… la guerre, comme on le constate hélas en ce moment. Et le monde se réarme frénétiquement, ne voyant plus dans les autres nations ou peuples que des adversaires potentiellement menaçants, à écraser économiquement ou physiquement avant qu’ils ne le fassent eux-mêmes.

Bref ! Ce petit flash d’actualité me confirme assez dans mon impression qu’on se dirige vers un chaos de première grandeur – j’espère malgré tout me tromper. Il est vrai que d’après certaines théories scientifiques, pour reprendre l’image des galaxies de mon introduction, l’univers lui-même devrait, après sa période d’expansion, se rétracter – le phénomène d’entropie – pour finir en un point collisionnel (après quand même quelques milliards d’années). Il pourrait sembler que l’évolution humaine suive une trajectoire quelque peu analogue, passant de phases davantage ouvertes, démocratiques, collaboratives et universalisantes, à des phases de régressions violentes et destructrices… En fait, les deux forces antagonistes sont constamment à l’œuvre dans le monde, comme peut-être dans l’univers. Nous ne pouvons pas les contrôler, seulement les influencer (du moins dans notre environnement immédiat), en choisissant de quel côté nous nous situons – celui de la méfiance et du repli sur soi, ou celui de l’accueil des différences et de la solidarité constructive.

L’évangile dont nous sommes porteurs nous oriente de façon claire et définitive vers la deuxième voie, qui de façon urgente peut seule ouvrir un avenir d’espérance à l’humanité. Scruter les étoiles, c’est bien, oui ; mais ne rêvons pas d’y trouver un deuxième berceau comme le fait Elon Musk et ses adeptes nietzschéens transhumanistes. C’est sur cette terre où nos pas ont commencé il y a 300.000 ans (homo sapiens) que nous avons à construire un Eden où l’homme (l’humain homme et femme) puisse vivre réellement à la ressemblance du Dieu trinitaire. Nous n’avons plus le temps d’attendre encore quelques millénaires… peut-être même plus seulement quelques dizaines d’années… – pour construire l’unité fraternelle voulue par le Christ et empêcher la phase régressive. La collision.

En cette veille de la commémoration de la pentecôte de Jérusalem de l’an 33 ap JC, je prie pour Israël et la Palestine et pour tous les peuples de notre immense Tour de Babel, afin que celle-ci ouvre ses moyens et ses facultés si importants aujourd’hui à la force unitive et compréhensive de l’Esprit.

Le Ploumtion  

addendum:

 « À l’heure où les crises se succèdent, géopolitiques, climatiques, économiques, on pourrait être tenté de voir l’entraide comme une goutte d’eau dans un océan de difficultés. Ce serait une erreur. Elle est au contraire l’un des leviers les plus puissants dont nous disposons pour reconstruire, réparer et imaginer l’avenir. Ce n’est pas un remède miracle, mais c’est une énergie renouvelable : plus on l’utilise, plus elle grandit. Changer un destin peut sembler une ambition immense. Pourtant, cela commence souvent par presque rien. Une rencontre. Une personne qui décide de faire un pas vers une autre. Et de fil en aiguille, l’entraide tisse des ponts là où il n’y avait que des murs. Dans cette capacité à transformer les trajectoires humaines, il y a quelque chose de profondément réconfortant. À travers elle, l’humanité se raconte autrement : non pas comme un ensemble d’individus en concurrence, mais comme une communauté capable de s’entraider, de se relever, de se dépasser. Et c’est peut-être là, dans ce pouvoir silencieux et obstiné, que réside l’une des plus belles forces du monde – une énergie entièrement renouvelable ! »

René Bernard

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