« Retour de la religion chez les jeunes » : quelles explications ? – Une réflexion du Ploumtion à l’occasion de la visite apostolique du pape Léon XIV en France

Indéniablement, un regain d’intérêt pour le catholicisme s’observe chez une frange de la jeunesse (la Génération Z), marqué par une hausse des demandes de baptêmes de jeunes ou de jeunes adultes et une visibilité accrue de la foi sur les réseaux sociaux.

La récente visite du pape Léon XIV en France semble avoir boosté ce phénomène (80.000 jeunes à la veillée inaugurale) que l’Eglise met très fort en avant : Feu de paille ou mouvement de fond ? Quelles en sont les raisons ou les motivations ? Quel type d’appartenance à la communauté ecclésiale cela induit-il ? Et comment l’Eglise gère-t-elle ce phénomène ?

Dans un contexte largement déchristianisé qui est le nôtre et celui de presque toute l’Europe, ce changement de paradigme surprend et interpelle, et du coup les questions soulevées sont très largement débattues par les médias qui s’y intéressent à nouveau.

Je me suis livré ici à une petite analyse, étant personnellement d’une génération qui a vu le déclin religieux s’accélérer et l’athéisme ou du moins l’agnosticisme devenir massivement la norme, et la pratique chuter même chez les croyants.

Quelques observations et des chiffres d’abord :

Ce regain d’intérêt chez les jeunes pour la religion recouvre une palette très variée de discours et de comportements dont beaucoup n’ont pratiquement rien à voir avec les pratiques religieuses d’antan, celles de leurs grands-parents, et détonnent : par exemple, ces vidéos sur le « Jesus Glo » (Jésus Glorifié) où des jeunes disent que la foi les fait rayonner physiquement comme un soin de beauté pourrait le faire. On a vu aussi le « voile chrétien » buzzer sur les plateformes ces dernières années…  

D’une manière générale, les jeunes de la génération Z affichent leur foi, contrairement à leurs aînés. On a même vu des curés désemparés d’assister à des jeunes qui se jettent tout étendus par terre devant l’autel en plein milieu d’un office dans leur église de village !

D’autres jeunes, en particulier les « convertis » qui suivent les influenceurs catholiques, redécouvrent ou réinventent des pratiques oubliées ou tombées en désuétude depuis longtemps dans l’Eglise catholique : le Carême, le jeûne et l’abstinence, les neuvaines, et aussi un regain marqué pour les pèlerinages traditionalistes comme Chartres,… Ils affichent souvent aussi un goût prononcé pour les vêtements liturgiques (anciens), les rites d’avant le Concile, les objets de piété : Sacré-Cœurs, rosaires, etc. Dans certains cas – encore rares sans doute – , cela peut mener à adopter des styles de vie qui tranchent radicalement sur la société. Par exemple, le cas des « Trade Wifes », mouvement chrétien antiféministe qui fait des émules sur TikTok et piloté par des influenceuses qui font passer le message que « la soumission à son mari permet de découvrir la vraie vie ». Ces discours sont minoritaires, mais ils existent. Ainsi, une vision du monde plus fondamentaliste semble convenir à un certain nombre de ces convertis.

Ces néo-cathos sont sociologiquement de tous les milieux, mais on observe que ces jeunes attirés par la (une) foi proviennent en majorité de familles où une ou deux des générations précédentes s’étaient éloignées de l’Eglise et se déclaraient non-croyantes.

Il est évidemment intéressant de se pencher sur le nombre de baptisés, en particulier celui des jeunes et des adultes qui a fait des bonds remarquables en quelques années :

En France, l’Eglise catholique a de quoi se réjouir. En 10 ans, le nombre de baptisés a été multiplié par 4 chez les adultes. On comptait environ 4000 nouveaux baptisés en 2016 contre 18 000 aujourd’hui. Et 42% de ces nouveaux convertis ont entre 18 et 25 ans. En Belgique, la situation est un peu différente : 534 catéchumènes ont été baptisés en 2025, un nombre qui a ensuite grimpé à 689 en 2026 (soit une hausse de 29 %). Notons que plus de 70 % des baptêmes adultes ont lieu dans des paroisses francophones.

Mais est-ce que c’est l’effet d’une génération ou est-ce qu’on peut vraiment parler d’une tendance générale ? La réalité, c’est que le nombre total de baptêmes est en baisse depuis des années. Le nombre d’enfants en bas-âge (bébés) baptisés est en chute libre. Selon l’annuaire pontifical, on recensait pour l’ensemble de la Belgique 30.000 baptêmes en 2024, contre 69.000 en 2000 et 105.000 en 1980 (soit 85% des naissances alors). La France, proportionnellement, n’est pas mieux lotie : 300 000 nouveaux baptêmes en 2010 contre 171 000 seulement actuellement (chiffres de 2024). Le nombre de baptêmes a donc baissé de 40% en France en seulement 15 ans, pareil que chez nous.

Selon les sociologues des religions, cette double tendance (baisse drastique des baptêmes des petits enfants et augmentation des baptêmes d’adolescents et d’adultes) est le signe révélateur qu’on est en train de passer d’une forme d’appartenance religieuse de type sociologique et parfois contrainte, à une forme d’adhésion plus libre et spontanée, de choix personnel, mais de degré variable – léger ou plus radical.

Au-delà de cette relativisation des chiffres, le phénomène qui nous occupe est le regain d’intérêt pour la foi (ou réveil religieux) manifesté par une marge non négligeable de la jeunesse – cette jeunesse qu’on qualifiait autrefois d’indifférente –, et l’engouement que la visite papale a suscitée auprès d’elle.

Comment expliquer ce phénomène ? Quelques pistes…

On a posé la question à Charles Mercier. Il est historien et son sujet de prédilection, c’est la religion chez les jeunes.

Il relève d’abord que le Covid a été un épisode traumatisant pour beaucoup de jeunes. C’était aussi un moment d’introspection qui a pu favoriser une quête spirituelle. Après le Covid, il y a eu la guerre en Ukraine, à Gaza ; il y a aussi l’accentuation du réchauffement climatique, tous ces facteurs qui tendent à assombrir l’avenir et qui peuvent rendre la religion attractive dans ce contexte, la religion comme un réservoir de sens qui permet de remédier aux problèmes causés par la modernité.

Ensuite, il y a la recherche de règles : Il y a un goût pour quelque chose qui structure l’existence, peut-être parce que le monde est vu comme ‘liquide’ et n’offrant pas suffisamment de repères moraux. Les prêtres qui sont en contact avec ces jeunes catholiques, notamment ces néo-catholiques, disent qu’ils sont en attente de règles de conduite, un peu comme un pratiquant d’une discipline sportive voudrait des routines pour l’aider à progresser.

Cela leur permet aussi de s’opposer à la génération précédente, celle de leurs parents, en marquant la différence et donc en affirmant une identité partagée avec des néo-chrétiens de leur âge.

On a donc quelques pistes d’explications : résumons-les.

• Quête de sens et de repères : Dans un monde instable et anxiogène, de nombreux jeunes recherchent un cadre spirituel rigoureux, une identité ancrée et des valeurs qui ne se mesurent pas par la société de consommation.

• Le rôle des réseaux sociaux : Des influenceurs chrétiens (comme le frère Paul Adrien ou la sœur Albertine) démystifient la foi ; ils sont un puissant moteur d’évangélisation qui emploie les codes de la jeunesse et crée des communautés numériques – ainsi que certaines Communautés nouvelles qui utilisent également les réseaux sociaux les plus fréquentés par les jeunes comme TikTok et Instagram. Il y a même eu l’année dernière un rassemblement d’influenceurs catholiques appelés missionnaires numériques, organisés directement par le Vatican.

• Réappropriation d’un héritage : Une rupture de transmission par les parents a parfois créé un vide que les jeunes, en quête d’autonomie identitaire, choisissent de combler par eux-mêmes en redécouvrant la culture catholique. Cela permet de trouver une communauté d’appartenance et de sens, avec qui on partage les mêmes valeurs et des convictions (foi).

Alors, effet de mode ou lame de fond ?

Le débat est ouvert et les réponses ne viendront qu’avec l’épreuve du temps. Les sociologues et observateurs (comme Olivier Roy) rappellent qu’il ne s’agit pas d’un retour massif du catholicisme sociologique d’autrefois, mais plutôt d’une démarche plus assumée, parfois minoritaire mais très visible, conjuguant ferveur décomplexée et affichage public. Ce regain s’accompagne parfois d’un tropisme traditionnel ou conservateur, où la religion sert de repère face aux mutations sociétales contemporaines. Il n’est par conséquent pas dépourvu d’ambigüités.

Mais faut-il pour autant dédaigner ou mépriser ce réveil (pour ne pas dire printemps) de la foi chez certains jeunes ? Ne risquons pas de mériter le reproche de Jésus en nous tenant comme ces gamins sur la place qui en invectivent d’autres lesquels ne « pratiquent » pas de la même manière : « Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé… » – la sagesse de Dieu n’a-t-elle pas été reconnue juste dans tous ses enfants ?  (cf. Luc 7,31-35)

Enfin, la réaction d’un internaute qui pourrait être le « mot de la fin » : 

‘Les brebis reconnaissent la voix de leur berger ❤’ !

Le Ploumtion

NOTE : Concernant le pape Léon XIV et l’impact de sa visite,

Outre un charisme indéniable chez ce pape qui touche les jeunes (il a ce sens de la communication comme Jean-Paul II, qui le fait sortir de ses discours à intervalle régulier pour un contact direct et interpellant faisant appel à l’émotion), il faut dire que sa présence a été bien utilisée (instrumentalisée ?) par les responsables de l’Eglise de France ainsi que par certains courants dans cette même Eglise.

Ainsi la veillée inaugurale des jeunes, programmée par les influenceurs catholiques avec la présence remarquée parmi ses intervenants du prêtre traditionaliste Matthieu Raffray et de quelques autres ensoutanés, cette veillée enthousiasmante pour ces 80.000 jeunes catholiques s’est déroulée en grande partie dans un style rappelant un peu la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques (à Paris également), c’est-à-dire avec grand renfort de paillettes, de feux d’artifice et de chanteurs de rock chrétien mais sans qu’il y ait de recueillement ni de prière avant l’intervention du pape.

Soit. Comme dit le Père Benoîst de Sinety, interrogé sur RCF , en fait, la veillée, l’important c’était ce qui s’y est dit. Lui-même était assez intéressé par cette espèce de fil rouge qu’on a voulu mettre en place pendant le voyage du pape, qui était un fil rouge autour de la sainteté, et le pape a selon lui été particulièrement fin dans l’évitement qu’il a eu du piège dans lequel il pouvait éventuellement tomber, d’un discours un peu facile sur une sainteté qui n’est pas – ne serait pas de notre temps.

C’est d’ailleurs la critique que le Père Benoist de Sinety formule sur cette veillée du Stade de France, qui rejoint aussi la mienne : C’est cette espèce de scénographie pendant une petite demi-heure qui a mis en valeur un certain nombre de visages de sainteté – uniquement des visages français, bien sûr.

C’est très bien, moi non plus je n’ai rien contre la sainteté et les scénographies qu’on peut en faire : le défilé de bannières et les preux chevaliers catholiques défendant la croix du Christ… Mais est-ce que ça ne fait pas davantage « Puit-du-Fou » ? Et puis, on est très fort dans le mythe, une certaine imagerie héroïque mais totalement dépassée d’une France chrétienne « de toujours ».

Comme le relève le Père de Sinety, « Ça m’a un peu étonné qu’il n’y ait pas de figure plus contemporaine qui soit mise en évidence. Et puis cette assimilation qui, pour moi, reste quand même très problématique – pardon, je vais passer pour un enquiquineur de service, mais je pense que c’est important de le dire – , cette assimilation entre l’histoire de France et le christianisme. Il faut quand même rappeler que Lazare et Marie-Madeleine, quand ils débarquent en Provence, pour peu qu’ils y débarquent historiquement en tout cas, on n’est pas en France, c’est l’Empire romain. Quand Clovis se fait baptiser, il ne parle pas français, il parle une langue barbare. C’est-à-dire que la France, elle est née en terre christianisée, mais on ne peut pas assimiler l’histoire de France uniquement à l’histoire chrétienne.

Et l’histoire de France est bien plus large que l’histoire chrétienne, même si les racines chrétiennes en sont constitutives. C’est ce que le Pape dit quand il dit, en fait, l’histoire de France a des dettes par rapport à la foi chrétienne, c’est-à-dire qu’elle est en lien avec la foi chrétienne, elle est nourrie, elle est abreuvée, elle s’est forgée en partie, mais pas que là. Et le Pape le 1er a rappelé aussi les racines grecques, latines, judéo-chrétiennes de la France qui sont bien plus larges que simplement une réduction d’un récit un peu… Bon, c’est bien, ça faisait un peu Puy-du-Fou, si vous voulez, c’est sympathique. Mais de même que le Puy-du-Fou n’a pas vocation à raconter l’histoire réelle de la France, il présente un spectacle magnifique et enthousiasmant d’une histoire héroïque… »

Héroïque, mais plutôt idéologique. Tendance « la France éternelle et chrétienne » – de droite bien sûr. A côté de cela, bien sûr heureusement il y a eu beaucoup de bonnes choses… Avec le fil rouge de la sainteté, il y avait le fil rouge de la vie : le thème « Pour que le monde ait la vie » qui a été extrêmement bien choisi, et Léon XIV l’a très bien développé dans ses discours. Je reprends ce que disait le père Benoist de Sinety :

« Oui, parce qu’en fait, parce qu’elle est voulue, la conséquence de la sainteté, c’est que le monde vive. Le saint, ce n’est pas celui qui est parfait. Le saint, c’est celui qui cherche à permettre à Dieu de communier avec sa propre vie. C’est de comprendre que Dieu vient communier avec nos vies. Et donc le saint, c’est celui qui s’ouvre à cette communion que Dieu veut avoir avec lui. Et en s’ouvrant à cette communion, avec Dieu qui est amour, en fait ça permet que le saint lui-même puisse, celui qui devient saint, celui qui se rapproche de Dieu, puisse porter davantage encore cette vie de Dieu dans le monde, si vous voulez.

Et donc la vitalisation du monde, elle se fait par le désir d’hommes et de femmes qui cherchent à accueillir Dieu dans leur vie, notamment. Et c’est ce que le Pape a rappelé quand il a dit aux jeunes, au stade de France, vous êtes les saints de France, il n’aura pas dit, vous êtes des jeunes parfaits, évidemment pas. Il leur a dit, vous êtes faits pour pouvoir, en accueillant Dieu dans vos vies, le laisser s’incarner en vous pour qu’il puisse de vous faire jaillir une source de vie pour le monde. »

Tout a été dit sur le visage du pape, sur son sourire, sur son regard, sur à la fois l’humilité et puis parfois souvent l’émotion qui s’est manifestée. Ce petit sourire permanent, très doux. Cette capacité à dire des choses extrêmement fermement et sans pour autant donner l’impression qu’on agresse ou qu’on veut en venir aux mains avec son interlocuteur. Avec beaucoup de respect, beaucoup de dignité. Tout ça est profondément marqué par l’évangile. Puisse cette rencontre et toutes celles qui ont eu lieu à Lourdes, à l’Elysée, à la Maison Bakitha, à Metz, faire porter un beau fruit de sainteté et de vie à inventer par cette jeunesse qui doit nous surprendre dans le monde et la société d’aujourd’hui et non de hier !

SOURCES :

  • Facebook·RTL 28 mars 2026 — Catholicisme : Un “retour en grâce” chez les jeunes
  • « Vous allez en entendre parler”, avec Tom Lefèvre dans #RTL Petit Matin
  • Le Soir : « La génération Z catholique affiche sa foi » – Le Soir
  • YouTube·FOCUS, LE MÉDIA : « Les jeunes ont-ils retrouvé la foi ? | Dézoom » 8 juin 2025
  • ARTE YouTube – Les jeunes se tournent-ils vraiment plus vers la foi ?
  • Instagram bourdinmedia « Qui sont les nouveaux chrétiens qui se convertissent en 2026 ?
  • RCF – La voix est libre : Père Benoist de Sinety et la visite du pape Léon (sept 2026)

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