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L’ESPERANCE AVEC BERNANOS – message du Ploumtion n°4

« Qui n’a pas vu la route, à l’aube entre deux rangées d’arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c’est que l’espérance. »

En titillant ma plume ce matin, je me suis rappelé ce texte magnifique de Georges Bernanos, dont les phrases sont serties comme des diamants sur une broche avec l’éclat de la vérité et la solidité de la franche sincérité – phrases qui d’ailleurs ne s’adressent pas qu’aux chrétiens, mais qu’un chrétien devrait sinon connaître par cœur, au moins les méditer souvent !

Voici d’autres perles du même auteur, bien appropriées pour nous aider à approfondir le thème de ce Jubilé : L’ESPERANCE. Je ne les commenterai pas, elles se suffisent à elles-mêmes. Et si nous en choisissions une pour chaque jour, comme une rumination de carême ?

Georges Bernanos (1888-1948)

« L’espérance est une détermination héroïque de l’âme, et sa plus haute forme est le désespoir surmonté. »

« On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance. »

« L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques. L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme… »

« On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts. Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. »

«  Le démon de notre cœur s’appelle « À quoi bon ! ». L’enfer, c’est de ne plus aimer. »

« Les optimistes sont des imbéciles heureux, quant aux pessimistes, ce sont des imbéciles malheureux. » (*)

« Neuf fois sur dix, l’optimisme [différent de l’espérance] est une forme sournoise de l’égoïsme, une manière de se désolidariser du malheur d’autrui ou de faire l’autruche. » « Ça ira mieux demain » n’est souvent qu’une variante bien dissimulée d’« après moi, le déluge ».

« On ne saurait expliquer les êtres par leurs vices, mais au contraire par ce qu’ils ont gardé d’intact, de pur, par ce qui reste en eux de l’enfance (**), si profond qu’il faille chercher. Qui ne défend la liberté de penser que pour soi-même est déjà disposé à la trahir. »

« Si l’homme ne pouvait se réaliser qu’en Dieu ? – si l’opération délicate de l’amputer de sa part divine – ou du moins d’atrophier systématiquement cette part jusqu’à ce qu’elle tombe desséchée comme un organe où le sang ne circule plus – aboutissait à faire de lui un animal féroce ? ou pis peut-être, une bête à jamais domestiquée ? Il n’y a qu’un sûr moyen de connaître, c’est d’aimer. »

« Le grand malheur de cette société moderne, sa malédiction, c’est qu’elle s’organise visiblement pour se passer d’espérance comme d’amour ; elle s’imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses législateurs lui apportent la double formule d’une justice sans amour et d’une sécurité sans espérance. »

– Ça vous va ? Il y a de quoi moudre dans sa tête et dans son cœur, n’est-ce pas ! Si vous n’en êtes pas fatigué – c’est mon cas, j’adore ! – je vous conseille encore cet autre texte ci-dessous, qui lui n’est pas découpé. Il est tiré d’une autre œuvre du grand Georges Bernanos, Les enfants humiliés. On ne peut s’empêcher de faire des liens avec les situations concrètes et injustes dans lesquelles le monde actuel s’enfonce aveuglément et à corps perdu. Vous trouverez sur wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Bernanos) une notice biographique de l’écrivain, décédé en 1948, un « géant des lettres » et un visionnaire engagé dont les œuvres m’ont accompagné durant mes études…

« L’espérance, voilà le mot que je voulais écrire. Le reste du monde désire, convoite, revendique, exige, et il appelle tout cela espérer, parce qu’il n’a ni patience, ni honneur : il ne veut que jouir et la jouissance ne saurait attendre, au sens propre du mot. L’attente de la jouissance ne peut s’appeler une espérance, ce serait plutôt un délire, une agonie. D’ailleurs, le monde vit beaucoup trop vite, le monde n’a plus le temps d’espérer. La vie intérieure de l’homme moderne a un rythme trop rapide pour que s’y forme et mûrisse un sentiment si ardent et si tendre. Il hausse les épaules à l’idée de ces chastes fiançailles avec l’avenir. […]

L’espérance est une nourriture trop douce pour l’ambitieux, elle risquerait d’attendrir son cœur. Le monde moderne n’a pas le temps d’espérer, ni d’aimer, ni de rêver. Ce sont les pauvres gens qui espèrent à sa place, exactement comme les saints aiment et expient pour nous. La tradition de l’humble espérance est entre les mains des pauvres, ainsi que les vieilles ouvrières gardent le secret de certains points de dentelles que les mécaniques ne réussissent jamais à imiter. Croyez-vous que puisse être perdu à jamais le travail de ces diligentes, de ces silencieuses abeilles, avec le miel qui déborde de leurs ruches ? Oh ! Bien sûr, personne ne se pose la question parce que la terre est encore aux brutes polytech-niques, mais le jour viendra — ce jour n’est-il pas venu déjà ? Ne sentez-vous pas sur votre front, sur vos mains, la première fraîcheur de l’aube ? —, le jour viendra où ceux qui courent aujourd’hui, hallucinés, derrière des maîtres impitoyables, les maîtres féroces qui prodiguent la vie humaine comme une matière de nul prix, bourrent de vie humaine leurs forges et leurs fourneaux, s’arrêteront épuisés, sur la route qui ne mène nulle part.


Hé bien, alors — mais pourquoi le dire ? — la parole de Dieu sera peut-être accomplie, les doux posséderont la terre simplement parce qu’ils n’auront pas perdu l’habitude de l’espérance dans un monde de désespérés. Ils posséderont la terre, pas pour longtemps ; ils l’auront possédée et ne s’en seront peut-être pas même aperçu, leur masse innocente aura fait pencher la balance, renversé l’équilibre du monde. Vous trouvez ces mots trop grands ? Écoutez-moi bien, ils ne le sont pas encore assez. Vous vous croyez les maîtres de l’opinion universelle, et vous n’en avez exploré que la part la plus accessible, vous êtes les maîtres de l’opinion universelle comme Christophe Colomb débarquant aux Bahamas se croyait maître des Indes.

Et d’ailleurs, permettez-moi de vous le dire, votre colossale machine publicitaire, dans les premières années de sa mise en marche, n’a fait que remuer l’opinion, l’agiter, la brasser. Vous avez appelé les peuples au profit. Mais, à présent, il vous faut agir. Vous avez promis la liquidation d’une société dont vous dissipiez d’ailleurs effrontément les réserves, et les imbéciles continuent à calculer les profits d’une telle opération, alors que vous savez déjà qu’elle ne laissera qu’un passif immense. Alors, il vous faudra créer.

Nous vous avons vus fiers d’une philosophie : celle qui n’accorde à l’homme, à ce bipède, qu’un mobile : l’intérêt ; qu’un dieu : le bonheur ; et qu’une mystique, celle de l’instinct. L’expérience va nous dire ce qu’elle vaut. Vous avez pu jeter bas une société [chrétienne], mais vous n’en reconstruirez pas une autre avec cette espèce d’hommes. Ce que vous aurez abattu, elle le relèvera derrière vous, une fois, dix fois, cent fois, elle ramassera inlassablement tout ce que vous aurez laissé tomber, elle vous le remettra dans la main en souriant. L’image que vous vous faites de la vie est devenue si grossière à votre insu, que vous croyez avoir trouvé dans la violence le dernier secret de la domination, alors que l’expérience démontre chaque jour que l’humble patience de l’homme a constamment mis en échec, depuis des millénaires sans nombre, les forces hagardes de la nature. Vous ne triompherez pas de la patience du pauvre ! »

(Georges Bernanos, Les enfants humiliés. Journal 1939-1940. Première parution en 1949. Gallimard, collection Folio.) 

Paroles prophétiques ! 85 ans plus tard et sous la tyrannie des réseaux sociaux et du « prêt-à-penser » d’une société technocratique et cupide, sourde à tout ce qui n’est pas elle-même, une année Sainte, une année de l’espérance, nous invite à une libération, un nouveau regard sur nos frères en humanité. Quelle grâce !
Et si nous prenions l’Evangile au sérieux, avec Georges ?

«  Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint ! » Rom15,13

Le Ploumtion

(*) NOTE: « Imbécile heureux ou malheureux ? » La vision de Bernanos n’est pas déprimante, pour qui fait l’effort de la comprendre. Chez Bernanos, le refus de l’optimisme (béat) n’était pas abandon de poste, mais conscience de l’effort nécessaire pour s’engager dans le combat et mise en garde contre l’illusion des inconscients qui ne doit pas être confondue avec la véritable espérance. Bernanos lui-même notait que « l’optimisme d’un malade peut faciliter sa guérison ». Il s’empressait toutefois d’ajouter qu’il peut aussi bien accélérer sa mort, « s’il l’encourage à ne pas suivre les prescriptions du médecin ». 

(**) … « Qu’importe ma vie ! Je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus. »

Georges Bernanos

Les Grands cimetières sous la lune (1938)

« NOIR, JAUNE… BLUES ! »

On croit parfois que Donald Trump est tombé du ciel comme un OVNI dans une société américaine et un monde qu’on pensait globalement ouverts et résilients et dans lesquels les valeurs démocratiques paraissaient généralement acquises, à l’exception de quelques pays totalitaires et autoritaristes comme la Chine, la Corée du Nord, la Russie,…  

Or, si Trump est arrivé au pouvoir, ce n’est pas par hasard. Il dispose d’une assise électorale solide, avec pour l’instant un soutien assez massif de la population qui souhaite comme lui une diminution (ou même disparition) du rôle de l’Etat « profond » lequel serait remplacé par des hommes « providentiels » à poigne dont le pouvoir ne serait plus gêné par des juges, des journalistes ou des parlementaires.

Nous pourrions dans notre petite belgitude nous sentir à l’abri de ce type de dérive anti-démocratique et populiste. Une série d’enquêtes menées auprès de la population belge contredit cette croyance : L’aspiration à un pouvoir fort n’est pas le seul apanage des citoyens américains !

-Janvier 2023 : Enquête « Noir Jaune Blues », cinq ans après le premier sondage : un belge sur deux souhaite une gouvernance autoritaire.

-Mars 2025 : Enquête « Ceci n’est pas une crise » publiée dans Le Soir : sept belges sur dix souhaitent un leader politique fort sans contre-pouvoirs ! Les belges sont aussi majoritairement demandeurs d’une société plus homogène, plus repliée sur elle-même ; quant à ceux qui désirent une société plus ouverte, ils ne sont plus que 19 % !

La question qu’on ne peut manquer de se poser est évidemment : Comment en est-on arrivé là ?

Déjà lors du premier sondage en 2017, Benoît Scheuer, directeur de l’ins­­­­­­­­­­­­­­­ti­­­­­­­­­­­­­­­tut de sondage Survey&action, constatait : « Nous ne faisons plus société ». « La confiance dans les institutions qui constituent les armatures de la société, s’est effondrée. Pour faire société, il faut également partager des valeurs communes. Or, souligne le sociologue, « jusque récemment, il y avait un consensus, c’était que de génération en génération, on allait vers un mieux. Et c’est pour cette raison qu’on faisait société, c’est collectivement qu’on arrivait à ce résultat-là. Aujourd’hui, c’est le sentiment que nos enfants vivront moins bien que nous qui domine. Il y a une peur de déclassement : 73% des individus pensent qu’il y a de plus en plus d’inégalités sociales en Belgique. » 

Selon l’enquête, six personnes sur dix estimaient déjà en 2017 que l’offre politique actuelle ne répond pas à leurs attentes et plus largement que le système est globalement en échec.

Les Belges sont donc demandeurs d’un pouvoir fort comme le montre la dernière étude en date publiée dans Le Soir. 69% des sondés voudraient « un dirigeant fort qui appelle directement au peuple, un rejet de tous les contre-pouvoirs, de toutes représentations de toutes les élites« . Ce score est 4 points plus élevés qu’en 2023, mais surtout 17 points plus élevés qu’en 2020, lors de la première édition de ce sondage. *

Ce lundi 10 mars, j’entendais Aline Goncalves et Sophie Mergenne dans le journal de 8 heures de la Première RTBF qui commentent cette enquête :

« Sept belges sur dix affirment « subir leur vie » et ont peur pour l’avenir de leurs enfants. C’est ce qui ressort de cette étude « Noir Jaune Blues » qui prend régulièrement le pouls des citoyens, de leur leurs états d’esprit, leurs inspirations, leurs inquiétudes. Ce qui ressort, c’est qu’une majorité des belges se sent abandonnés ; ils ont perdu confiance dans le monde politique et se replient sur eux-mêmes – c’est ce qu’on observait déjà dans les précédentes vagues d’études, mais c’est encore plus marqué. 

« 56 % des belges aspirent à une société du repli ; c’est 10 % de plus qu’il y a 5 ans. Ces citoyens sont en quelque sorte dégoûtés du système, ils ont perdu confiance dans les institutions. D’après Jérôme Van Ruychevelt, chargé d’analyse à la fondation « Ceci n’est pas une crise » : « Il y a une volonté d’une société plus homogène, notamment culturellement (retribalisation) ; il y a une logique d’adhésion à la rhétorique brutale, à l’attaque et à la polémique systématique ; il y a une volonté aussi de penser que « avant, c’était mieux » donc c’est la nostalgie du passé ; et avoir des logiques « boucs émissaires » c’est-à-dire voir tout ce qui est étranger à la communauté comme étant un stigmate dangereux. Aujourd’hui, sept personnes sur dix aspirent à un gouvernement autoritaire dirigé par un leader charismatique, une proportion qui augmente d’année en année. »

« Certaines organisations politiques d’extrême-droite, poursuit-il, ont aussi très bien compris comment fonctionne le cerveau humain : c’est-à-dire qu’en période d’insécurité forte, ou en tout cas de perception d’insécurité, il y a un intérêt à mettre un maximum d’angoisse pour rendre disproportionnés les dangers qui pèsent sur la société de telle manière de pouvoir faire advenir un projet plus autoritaire derrière. »

L’étude « Noir Jaune Blues » montre que la proportion de belges qui aspirent à une société plus ouverte, plus démocratique, plus diversifiée est en recul depuis cinq ans : Juste après les confinements, ils représentaient plus de 30 % de la société, aujourd’hui, seulement 19 % !

Tous les chiffres cités sont proportionnels au niveau d’étude et de culture des sondés. Plus le niveau culturel est bas, plus l’aspiration à un pouvoir fort sans contrepouvoirs est haut, et inversement ; de même le souhait d’une société moins mélangée, le recours aux boucs émissaires et l’agressivité. Les théories complotistes diffusées par les réseaux sociaux amplifient ces phénomènes.

CONCLUSION :

Les résul­­­­­­­­­­­­­­­tats de ces enquêtes ont inter­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­pellé les jour­­­­­­­­­­­­­­­na­­­­­­­­­­­­­­­listes, le monde asso­­­­­­­­­­­­­­­cia­­­­­­­­­­­­­­­tif, les socio­­­­­­­­­­­­­­­logues… Mais nos manda­­­­­­­­­­­­­­­taires poli­­­­­­­­­­­­­­­tiques s’y sont-ils vrai­­­­­­­­­­­­­­­ment inté­­­­­­­­­­­­­­­res­­­­­­­­­­­­­­­sés, eux qui sont les premiers concer­­­­­­­­­­­­­­­nés ? En France, le mouvement des « Gilets jaunes » connaît actuellement un réveil symptomatique. Chez nous en Belgique, il se pourrait bien que des révoltes sociales et sociétales fassent un jour prochain éclater tout le système et favorisent l’émergence d’un pouvoir fort à la sauce Trump…

Il est temps pour tous ceux (dont nous les chrétiens?) qui croient encore à une société humaniste et démocratique de se réveiller !

Bernard Pönsgen

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(*) Pour arriver à cet à index global, les experts ont mesuré cinq valeurs plus précises à travers un questionnaire (extrait du site de la RTBF) :

  • Gouvernance : le souhait d’un dirigeant fort qui en appelle directement au peuple et qui n’est pas entravé par des contre-pouvoirs (des juges, des journalistes, des intellectuels, etc.). Seule compte la volonté « du peuple » incarnée par un chef qui est perçu comme comprenant vraiment le peuple, qui « nous » représente vraiment.
  • Bouc émissaire : le besoin existentiel de désigner des boucs émissaires comme ennemis du peuple, comme des menaces.
  • Histoire valorisée : la nostalgie d’un passé mythifié, retour à un ordre immuable, « naturel » des choses, des rôles sociaux (les hiérarchies, la loi divine). Les valeurs traditionnelles.
  • Rhétorique : une rhétorique brutale qui dit mes ressentiments, ma colère avec des insultes, des menaces, des humiliations, des moqueries, des outrances, qui « dévoile » des complots.
  • Nation : appel à une homogénéité, une rupture purificatrice, société fermée, ethnique, rejet de la solidarité sauf au sein du groupe primaire.

La plupart de ces scores dépassent les 50%, mais sont en légère baisse par rapport à la dernière vague de sondage. Seule la mesure aspirant à un pouvoir fort est significativement en hausse.

NEWSLETTER DE L’U.P. « PAYS DE SAINT REMACLE » DE STAVELOT-FRANCORCHAMPS – MARS 2025

voir: https://paysdesaintremacle.wordpress.com/horaire-des-messes/

TOUT SAVOIR SUR LA CAMPAGNE DE CARÊME :

=> Cliquez sur l’image ou ICI

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« NE TE LAISSE PAS VOLER TON ESPERANCE »

Retraite en doyenné ouverte à tous dans le cadre de l’Année Sainte 2025, animée par le doyen de l’Ardenne, l’abbé Vital Nlandu : du vendredi 21 mars à 17h au dimanche 23 mars à 14h au Foyer de Charité de Spa-Nivezé. Informations et inscriptions : cliquez ICI ou sur l’image.

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Le bulletin paroissial mars-avril :

Pour le découvrir, cliquez sur l’image ci-dessus ou sur : https://paysdesaintremacle.wordpress.com/bulletin-paroissial/

UN CARÊME D’ESPERANCE – méditation du Ploumtion 3

CENDRES…

Revoilà le Carême. Comme chaque année, je me demande quel sens il va prendre pour moi, en essayant de le considérer comme une chance de renouveau, de réveil… Il est vrai que chaque année aussi, j’arrive difficilement à tenir mes résolutions ! La seule que j’aie jamais réussi à prendre et à conserver intégralement jusqu’à aujourd’hui, c’est celle d’arrêter de fumer – il y a 18 ans ! – et encore, c’était suite à un accident et à une hospitalisation qui m’a beaucoup aidé. Mais cela ne m’empêche pas chaque année encore de revoir ma vie chrétienne pour essayer de tendre à une meilleure intégration de ma foi et de mon agir, en me laissant « carêmiser ».

Donc, quel sens vais-je donner à ce Carême 2025 qui débute mercredi avec les « cendres » ? Je dirais que pour moi, s’engager dans le Carême, c’est faire acte d’espérance.

D’abord, c’est un entraînement collectif (comme au foot) et pas seulement individuel ; c’est un temps à vivre communautairement – cela veut dire aussi avec l’Eglise universelle, et cela seul est déjà un encouragement. C’est plus motivant de penser qu’on est tout un peuple à avancer sur le chemin de l’Exode, le chemin de la liberté. Et d’ailleurs, je ressens davantage en Carême cette dimension fraternelle, particulièrement dans la semaine sainte et Pâques qui en est l’aboutissement, recevant en communauté le Don de la vie offerte du Christ : « …pour vous et pour la multitude. Faites cela en mémoire de moi. »

Vivre le Carême, c’est un acte d’espérance – qu’on renouvelle chaque année parce que c’est affirmer que l’humain ne se réduit pas à ses défauts, ses failles psychologiques ou morales qui l’enfermeraient dans une sorte de fatalité, mais qu’il est perfectible et qu’il peut, avec la grâce de Dieu qui ne fait jamais défaut, évoluer dans le sens de sa sanctification : Je veux dire par là une meilleure cohérence avec sa vocation de baptisé. Dans le sens surtout de se laisser davantage conformer au Christ dans sa mort et sa résurrection – donc, être habité de son Esprit.

Car, et je veux le souligner, il ne s’agit pas d’une ascèse pour l’ascèse, comme si on pratiquait un sport pour l’exploit et l’orgueil de la victoire : La lutte contre les penchants qui nous tirent vers le bas, les efforts que nous mettons en place pour purifier nos sens, nos pensées, nos désirs et nos actes, ne sont pas une fin en soi. Ils sont juste un moyen pour que la grâce de Dieu puisse en faisant son travail en nous, nous aider à atteindre l’objectif. Et cet objectif, c’est apprendre à vivre en ressuscité avec Jésus dès maintenant et aussi pour l’éternité – intégrer la dimension pascale dans sa vie.

Pour cela, nous avons bien besoin du Carême, qui comme un tremplin nous redonne cette impulsion pour « choisir la vie » et refuser ce qui donne la mort ; et même s’il faut bien souvent et sans doute plus de 100 fois sur le métier remettre son ouvrage, car comme avertit le Seigneur ‘‘l’esprit est ardent mais la chair est faible’’ (Mt 26,31), cette quarantaine est utile et même indispensable pour nous aider à remettre le cap sur l’essentiel, cette orientation fondamentale qui doit être celle de toute notre vie de chrétiens.

Ce faisant, nous avons aussi la confiance – l’espérance, qu’en nous laissant nous-mêmes convertir à ce que Dieu veut pour nous en pratiquant le Carême, nous contribuons à améliorer le monde en permettant au Seigneur d’y être davantage présent et agissant même si c’est dans la discrétion.

À propos des exercices de Carême, je voudrais qu’on me permette de réagir aussi sur un certain vocabulaire qui refait surface me semble-t-il de façon plus ostentatoire ces dernières années avec la montée de courants traditionnalistes – ces derniers voyant sans doute dans les pratiques d’austérité telles qu’elles étaient définies jadis de façon rituelle et obligatoire, une sorte d’assurance pour ‘gagner le paradis’ : J’entends à nouveau (après une quasi-disparition de quelques décennies) les mots de pénitence, d’abstinence, de mortification… et dans la bouche même de certains prélats.

Bien sûr, les réalités que recouvrent ces termes ont sans doute encore une valeur en soi – pour qui sait les pratiquer avec discernement!, mais l’usage qu’on en a fait jadis, a piégé ces mots dans l’esprit des braves chrétiens actuels et surtout des non-chrétiens, qui ne voient plus dans le Carême qu’une entreprise de conditionnement mortifère émanant d’une Eglise hostile à la joie humaine et au plaisir de vivre ! De là à jeter le bébé avec l’eau du bain… Malheureusement, trop de carême (au sens pénitentiel et ascétique) a tué le Carême ! Je plaide donc pour qu’on abandonne ces termes mortificatoires et qu’on les remplace par d’autres, ‘’vivificatoires’’ ! Qu’est-ce qui me rend, qui nous rend plus vivants… pour Dieu, avec les autres ?

En fait, comme l’écrit sur le web un commentateur, il est donc important de conserver la dimension positive du Carême. Le chrétien est joyeux et rayonne de cette joie autour de lui, même durant l’épreuve (le combat spirituel). Car le travail sur soi, ces efforts, sont intimement liée à la remise intime de notre personne entre les mains de Dieu. On ne parvient pas à la vraie joie pascale par ses propres forces mais avec la grâce de Dieu. Et il est la source de la Joie.

Le principal, en conclusion, c’est la relation avec le Seigneur et avec les autres. Le Carême n’enferme pas sur soi, il ouvre sur les autres, il me rend plus sensible à leurs besoins, il me rend plus délicat et plus attentionné. Si je choisis de pratiquer une certaine ascèse, celle-ci est avant tout un moyen au service de la charité, de l’attention aux autres, de la disponibilité à Dieu et aux autres. Je suis d’accord avec cela.

Bien, voilà, chers amis… Il me reste à faire comme vous la liste de mes résolutions de cette année – ou à reprendre celles de l’année dernière, puisque « 100 fois sur le métier… ». J’aime bien sourire -humblement- de mes petites « chutes » , les ratés, les manquements…, et cet humour me permet aussi de garder l’espérance, car je sais qu’à travers tout cela, malgré toute mon épaisseur humaine, « rien ne peut [me] séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » et que, finalement, « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Rm 8,38 et 8,28)  

Bon Carême dans le secret de votre cœur !

Le flocon, devenu ce printemps le « ploumtion » – en wallon, une de ces graminées plumeuses portées par le vent

SOMMES-NOUS DES BISOUNOURS ?

Choqué et interpellé par l’avalanche et le ton des informations concernant les frasques et les déclarations tonitruantes d’un certain Donald Trump, j’ai réuni dans cet article des éléments de réflexion pour pouvoir, en tant que citoyens du monde et de l’Union européenne, nous faire une idée de ce qui nous attend peut-être si nous restons indifférents à ce qui se passe ailleurs. D’abord, quelques phrases relevées ci et là :

« l’Union Européenne a été créée pour emmerder les Etats-Unis ; c’est leur but : ils ont bien réussi à le faire ! » « Ils nous traitent tellement mal, ils sont méchants ! » (Donald Trump, président des Etats-Unis)

« Un nouvel ordre mondial se met en route. On est dans le monde des hippopotames, les animaux les plus dangereux qui soient ! » (Sébastien Abis, chercheur associé à l’Iris)

« L’Union Européenne, pour Trump, est une gigantesque usine à produire de la norme. Donc, l’UE est clairement le modèle à abattre : trop sociale et à gauche, trop de régulation, trop de taxes, trop de normes… En réaction, il veut casser – enterrer l’UE ! » (Claire Fournier et Magali Barthès, éditorialistes internationales sur LCI)

« Trump abhorre tout ce qui est international, multilatéral : l’ONU et les agences onusiennes, Le TPI, l’OTAN… Il n’aime que le bilatéral : là où il peut exercer un rapport de force. » (Général J-P Paloméros, ancien commandant en chef des forces de l’OTAN)

« L’objectif à long terme de Trump est de rapatrier aux Etats-Unis l’industrie, le data et les cerveaux, les talents pour rendre à nouveau grande l’Amérique MAGA et redevenir la première puissance devant la Chine. »  (Emmanuel Véron, docteur en géographie, spécialiste des relations internationales)

« La méthode américaine : ils se sont toujours payés sur la bête. Je prends les terres rares, je prends le pétrole, je monnaie mon aide…  Aux européens d’assurer le service après-vente en organisant la sécurité de l’Ukraine. Les USA ont toujours trouvé leur intérêt, y compris quand ils sont venus se battre en Europe en 1944-45 (ex. le plan Marshall). » (entendu sur LCI)

Et enfin :

« Les Européens sont des Bisounours égarés dans Jurassic Park » (Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères)

: Sommes-nous donc, nous les européens, les Bisounours de la real-politik du monde actuel ?

Diverses observations tendraient à le prouver. En-dehors de notre dépendance chronique et grandissante vis-à-vis des hydrocarbures d’origine américaine (après celles de la Russie), nous ne cessons depuis le 7 janvier 2025 – date de l’investiture du président des Etats-Unis Donald Trump – de prendre des claques qui nous invitent à réviser en profondeur notre conception des rapports entre les USA et le reste du monde – dont l’Europe, qui s’était réfugiée longtemps sous le parapluie-bouclier américain et que nous considérions comme un allié indéfectible.

Relevons quelques-unes de ces observations  (la plupart de ces informations proviennent du journal ’’Le Monde’’ et de la chaîne de décryptage d’actualité LCI ) :

En vrac :

  • Abandon de l’Ukraine et de ses territoires face à l’agression russe et en même temps hold-up des USA sur ses terres rares. Trump se décharge sur l’Europe pour assurer la sécurité de l’Ukraine et laisse tomber le président Zelenski tout en faisant les doux yeux à Poutine qui est un criminel poursuivi par le TPI.
  • Soutien inconditionnel à la politique de Netanyahou, le premier israélien, avec proposition par Trump de transformer Gaza en station balnéaire de luxe après en avoir déporté la population (2 millions) en Egypte et en Jordanie – Gaza, où 48.000 palestiniens ont perdu la vie sous les bombes israéliennes.
  • Déclaration d’intention par le président Trump d’acheter ou d’annexer par la force le Groenland, le canal de Panama et même le Canada.
  • Mensonge éhonté répété par Donald Trump sur le déficit de la balance commerciale entre les USA et l’UE, prétendument de 350 milliards de dollars – alors qu’il n’est que de la moitié (180 mds en 2024), pour justifier l’instauration de droits de douane de 25 % sur les exportations européennes, tout comme celles imposées au Mexique et au Canada.
  • Humiliation de la cheffe de la diplomatie européenne, Ursula von der Leyen, que Trump refuse de recevoir à la Maison Blanche.
  • L’administration Trump fait voler en éclat la régulation financière américaine mise en place après la grande crise des subprimes de 2008, en ciblant en premier lieu l’agence de protection contre la fraude financière, le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB). Toutes les poursuites judiciaires ont été arrêtées, et les archives seront effacées. Elon Musk n’a pas caché sa satisfaction !
  • L’administration Trump va tailler drastiquement dans les programmes d’aide à l’étranger : moins 92 % de financement d’aide internationale (64 milliards de dollars), soit 5800 projets de développement et d’aide humanitaire dans le monde, supervisés par l’agence US Aid et dont dépendent de nombreuses ONG humanitaires qui vont devoir cesser leurs activités : p.ex. déminage en Colombie, éducation inclusive… des écoles vont devoir fermer, ainsi que des hôpitaux dans les camps de réfugiés ; les soins aux enfants malnutris sont interrompus…
  • Expulsion en masse des immigrés illégaux résidant sur le sol américain, qualifiés par Trump de ’’criminels’’ ; cette déportation de masse, la plus grande de l’histoire des USA, vise 12 millions de clandestins dont la majorité contribuent largement à l’économie du pays bien qu’étant sans papiers. Actuellement, plusieurs milliers auraient déjà été expulsés.
  • Expulsion des personnes transgenre de l’armée américaine ; parallèlement, le discours masculiniste qui a fait bien des émules depuis les dernières élections tranche en faveur du mouvement des « tradwifes« , qui se propage sur les réseaux sociaux, célébrant le retour aux rôles traditionnels d’épouses soumises. Donald Trump s’est également dit favorable à l’interdiction de l’avortement, de la fécondation in vitro et du contrôle des naissances.  
  • Renvoi de fonctionnaires américains par milliers grâce aux bons soins de M. Elon Musk – et même ceux qui sont chargés des contrôles sanitaires et de la sécurité alimentaire, par exemple celle des fermes de production d’œufs, victimes du virus aviaire H5 NA.
  • Prise de contrôle sur l’information via les réseaux sociaux, l’ex-Twitter acheté par Elon Musc et devenu X ; Facebook et instagram de Mark Zuckerberg qui s’est aplati devant Trump et la chaîne de télévision Fox News qui a favorisé son élection.
  • Musèlement de la presse écrite (par ex. le Washington Post acheté par un milliardaire, Jeff Bezos, opposé à toute forme de régulation économique et d’opinion divergente par rapport à la liberté d’expression débridée qui est le socle du pouvoir actuel) *. Parallèlement, l’administration Trump va changer les règles d’accès des médias à la Maison Blanche pour l’ouvrir à des journalistes uniquement sélectionnés par l’exécutif.
  • L’administration Trump aurait supprimé 8.000 pages web ayant trait à l’écologie. De plus, sur le site même de la Maison Blanche, il n’est plus possible de consulter les pages sur le réchauffement climatique ; des scientifiques américains ont également remarqué que leurs études avaient disparu.

Ces observations ne suffisent-elles pas à démontrer que pour l’actuel occupant de la Maison Blanche, le mot même de démocratie n’a aucun sens, que seule compte la force brutale, la puissance économique et militaire, et qu’il préfère traiter avec des chefs autocrates et puissants (les « hippopotames ») qu’avec des alliés historiques dont il n’a que faire ? – Son but affirmé est d’ailleurs de refaire des USA la première puissance mondiale pour dépasser la Chine qui les talonne. D’autre part, on peut se demander aussi s’il n’essaie pas de refaire le partage du monde en deux blocs comme au temps de la guerre froide, étant prêt pour cela à s’arranger avec la Russie sur le dos des petits pays européens pour qui il n’a pas de considération.

Mais Trump n’est pas seul. Il peut compter sur une très large assise électorale populaire qui partage ses idées. À la lumière de ce constat, il se pourrait bien que nous, les européens, ayons à réviser une conception des relations et du droit international qui nous paraissaient universellement évidents et acquis définitivement… en découvrant que, finalement, nous serions bien « des Bisounours égarés dans Jurassic Park », selon l’expression de Hubert Védrine.

Ce dernier, interrogé sur l’antenne de la RTBF par Thomas Gadisseux **, déclarait également que l’arrivée de Trump au pouvoir a révélé une autre facette de l’Amérique : une puissance unilatéraliste, davantage préoccupée par ses propres intérêts que par ceux de ses alliés traditionnels. « C’est un choc pour l’ensemble de ceux qui ont cru à la vision de la mondialisation heureuse, l’ensemble de ceux qui croyaient aux règles diplomatiques et multilatérales et pour la planète progressiste » – sans parler des militants de l’écologie et défenseurs du climat. Que deviendra l’Europe dans cette jungle qu’elle n’avait pas anticipée car croyant toujours en ses valeurs « universelles » de droit des nations à disposer d’elles-mêmes, de respect des lois internationales et des traités et de protection des plus faibles ?

« Les Européens, explique Hubert Védrine, ont du monde une vision très idéalisée – la communauté internationale, la Cour pénale internationale pour punir les méchants –, qui ne suffit pas tellement le monde est autre… Pour les Américains, c’est à la fois vexant, humiliant et inquiétant : pour être en sécurité, ils passent leur temps à osciller entre vouloir contrôler le monde entier et chercher à se claquemurer chez eux. […] Barack Obama, pour sa part, malgré son charme et son intelligence, avait déjà montré qu’il n’intégrait plus comme ses prédécesseurs la mission wilsonienne de démocratiser le monde – la chrétienté disait « évangéliser », ou l’Occident dit « droit-de-l’hommiser ». C’est la fin du rêve missionnaire et civilisateur des États-Unis. »

On n’est plus dans l’Amérique du 21e siècle, ni même du 20e : on est bien revenu à celle du 19e, celle du Far-West et des chasseurs de prime. La loi est celle de celui qui sait tirer le premier, ou qui possède le plus de bétail comme dans les westerns. Qu’y peuvent quelques malheureux peaux-rouges dans ce passé mythique et glorieux réinventé ?

« On n’a plus de valeurs communes. Il faut arrêter de parler d’Occident. On peut parler de la relation transatlantique. » En conclusion, sans se renier elle-même et ses valeurs en se laissant marcher dessus par les hippopotames, l’Europe doit redéfinir son positionnement dans un monde où les équilibres traditionnels sont bouleversés et s’affirmer plus que jamais en tant que communauté de nations, l’Union qui parle d’une même voix. Le moment est « historique » : l’Europe ne doit pas attendre, conclut Hubert Védrine, elle doit prendre les devants et affirmer son rôle dans le monde. Défendre ses valeurs humanistes et d’inspiration chrétienne. Ce qui ne sera pas chose aisée, vu les tiraillements qui la secouent venant d’une extrême-droite transnationale et décomplexée, encouragée par les débordements d’outre-Atlantique…

Bernard Pönsgen

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(*) Après avoir interdit à la rédaction du Washington Post (journal de centre-gauche) de soutenir publiquement la candidature de Kamala Harris, le propriétaire du prestigieux quotidien, Jeff Bezos, par ailleurs fondateur et président-directeur général d’Amazon et première fortune mondiale juste devant Elon Musk, réduit drastiquement le spectre des opinions exprimées dans le journal. Dans les pages « Opinions », il n’y aura plus que deux sujets autorisés : les libertés personnelles et les marchés libres. Toute pensée contraire, prônant une forme de régulation par exemple, sera bannie. Le responsable des pages Opinions a démissionné et parmi les milliers de commentaires outrés, certains rappellent à Jeff Bezos la devise du Washington Post : « La démocratie meurt dans l’obscurité ». Il est loin le temps où le quotidien révélait le scandale du Watergate !  (source : RTBF Actus 26.02.2025)

(**) https://www.rtbf.be/article/les-europeens-sont-des-bisounours-egares-dans-jurassic-park-hubert-vedrine-appelle-l-europe-a-se-reveiller-11510242

N’enterrons pas encore François !

Je relaie cet édito bien senti d’Armelle Delmelle (L’Edito de la rédaction de 1RCF Belgique du 20 février), retranscrit pour la facilité, et que vous pourrez retrouver en audio par le lien  https://www.rcf.fr/points-de-vue/ledito-de-la-redaction-de-1rcf-belgique?episode=559771 Pour moi, la bonne attitude consiste à prier pour François et pour l’Eglise, et que chacun puisse accomplir sa mission dans l’Eglise aussi longtemps que Dieu le voudra. Bernard P.

Le pape François est malade : cette information n’est pas nouvelle. Les dernières informations disponibles au moment de l’écriture de cet éditorial sont qu’il a une double pneumonie et que le tableau médical est toujours aussi complexe. N’importe qui serait le sujet d’inquiétude lorsqu’on combine son âge, l’ablation d’une partie d’un poumon lors d’une opération durant sa jeunesse et une maladie multi-microbienne actuelle. En plus de l’inquiétude compréhensible, le pape par sa position est sous le feu des projecteurs malgré la protection des murs de l’hôpital Gemelli de Rome. Ces derniers jours, on a entendu de tout dans les médias, allant des prières et vœux de rétablissement – que nous réitérons par ailleurs, aux questions sur son âge : Certains articles et séquences nous donnent l’impression qu’on enterre déjà François avant l’heure. Nos collègues de LN24 ont fait une séance sur la maladie du pape dans « Tout le monde en parle », dans laquelle il est question de l’âge, de l’élection des papes et, à nouveau, de ses propos lors de sa visite en Belgique. « Ne faudrait-il pas choisir un pape plus jeune ? Est-ce qu’on ne doit pas le pousser vers la sortie ? Est-ce que son âge et son état de santé ne seraient pas la cause de ses propos ? Un pape plus jeune aurait-il permis une autre issue concernant de ‘l’opération Calice’ ?… » Des questions posées à, ou par des invités qui ne semblent pas avoir de liens avec l’Eglise. Aucune contrepartie contradictoire, aucune remise en contexte ! Permettez-nous alors de remettre un peu d’ordre.

Si les cardinaux peuvent être électeurs (et donc élus) jusqu’à 80 ans, ils ont a priori remis leur démission comme évêques à 75 ans pour prendre leur retraite, à l’image de Mgr De Keysel, âgé aujourd’hui de 77 ans. On pourrait nommer un pape plus jeune : cela ne le met pas à l’abri de problèmes de santé ; personne n’a jamais été à l’abri de problèmes de santé d’ailleurs. Nous en venons à ceux qui ont l’air de l’enterrer avant l’heure, comme avec cette phrase prononcée par Dany Streutels, avocat, toujours sur LN24, après avoir mentionné les propos du Saint-Père sur l’avortement dans l’avion qui le ramenait de Bruxelles, je cite : « Je suis triste pour lui s’il n’est pas en bonne santé, mais je ne suis pas triste pour lui si on devait le remplacer » – fin de citation. La fonction du pape étant une mission à vie, cette remarque nous pose un problème. Remplacer le pape François signifierait qu’il a soit renoncé – ce qu’il a dit à de nombreuses reprises ne pas vouloir faire ; soit qu’il est décédé, et alors cela est extrêmement indélicat de la part de cet avocat.

Quittons la télé et intéressons-nous aux articles qui fleurissent par dizaines sur le sujet. L’un d’eux, publié sur le site de la RTBF, a retenu notre attention. Aujourd’hui titré : « Santé du pape François : ce que le silence sacré du Vatican murmure en secret », il pose la question du pourquoi il n’y a pas plus d’informations qui filtrent, et cette question est aussi celle du silence qui pourrait, selon lui, « être utilisé pour préparer la suite ». La suite, rappelons-le, elle est régie par un protocole qui sera a priori suivi à la lettre et donc prêt, quoi qu’il arrive. La suite est aussi prête dans les médias, chez nous (RCF) aussi, soyons honnêtes. Mais en aucun cas, cela ne doit autoriser qui que ce soit à aller trop loin dans les spéculations sur la suite des événements pour le pape, et à l’enterrer avant l’heure.