
Puisqu’on nous demande notre avis…
Voir : QUI SERA LE PROCHAIN EVÊQUE DE LIEGE ? sur « PaysdeSaintRemacle.com »
Chère lectrice, cher lecteur,
L’invitation faite par le nonce apostolique Mgr Coppola s’adressant à tous les fidèles, j’ai pris donc ma propre plume pour donner mon avis concernant le choix du prochain évêque et les attentes qui sont les miennes – mais que je crois aussi être celles d’un certain nombre de diocésains.
Je le publie ici sur le site de l’Unité pastorale « Pays de Saint Remacle » Stavelot-Francorchamps, en précisant qu’il n’engage que moi et que ces opinions émises ne sont pas de facto celles des responsables pastoraux de l’UP où j’ai le privilège d’être le scribouillard de service au travers de ce site que j’administre. Par contre, j’espère que leur publication pourra stimuler la production d’autres réactions et avis qui pourront être partagés lors de la rencontre avec le nonce au Caillou Blanc à Malmedy le 23 octobre prochain.
Je le fais aussi avant tout parce que je suis convaincu qu’on est à un tournant civilisationnel extrêmement crucial pour l’humanité, et donc aussi pour l’Eglise, qu’elle soit universelle ou diocésaine. Les enjeux et les défis à venir sont colossaux, vu la transformation accélérée des conditions de vie et des interactions humaines, le vivre-ensemble – sur toute la planète. La Foi et la spiritualité ne sont pas indemnes ni ne constituent une bulle de protection dans ce tohu-bohu où les institutions les plus vitales chancellent ou sont attaquées, telle la démocratie, les institutions supranationales chargées de préserver la paix comme les Nations-Unies, et bien sûr, parmi les autres, les Eglises.
Mais avant de vous balancer (modestement) le fruit de mes réflexions sur le « portrait » d’un possible futur évêque de Liège, il me semble nécessaire de nous rappeler ce qu’est d’abord un évêque, à part ce monsieur qui se promène avec une mitre et une crosse comme saint Nicolas… C’est l’objet de ce chapitre introductif :
Le peuple de Dieu qui est à Liège (diocèse !) attend son futur évêque. Bien. Mais d’abord, en a-t-il besoin ?
Oui, car l’Eglise catholique est aussi apostolique. Cela signifie plusieurs choses : -Premièrement, que l’Eglise est par nature missionnaire (c’est le sens du mot grec apostolos qui veut dire envoyé) ; elle n’existe ni par ni pour elle-même mais elle a comme vocation de poursuivre la mission que le Christ a confiée aux premiers apôtres « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile » (Mc 16, 15-18).
-Deuxièmement, selon la théologie catholique, les évêques sont les successeurs directs des apôtres ; ils en ont les pouvoirs et les responsabilités, transmis par l’imposition des mains (le sacrement de l’Ordre). C’est la dimension hiérarchique et historique de l’Eglise.
-Enfin, on dit que l’Eglise est apostolique car elle garde et transmet fidèlement l’enseignement des apôtres (la Tradition apostolique) avec les Ecritures.
Donc, notre diocèse ne peut se passer d’un évêque, bien sûr. Il y en a déjà eu 92 depuis sa création ; le successeur de Mgr Delville qui sera désigné et nommé par le pape sera le 93ème évêque de Liège. Le nom « évêque » vient du grec episcopos (le veilleur – surveillant).
Quelle est sa tâche – sa mission ?
Elle est définie par le Droit Canonique (canons 375 à 411) et se résume traditionnellement en trois fonctions majeures :
- La charge d’enseigner : L’évêque est le premier catéchiste et le garant de la foi dans son diocèse. Il doit proclamer l’Évangile et veiller à ce que la doctrine catholique soit enseignée fidèlement, sans altération. Il guide la communauté face aux questions morales et sociétales contemporaines à travers des lettres pastorales par exemple. Il supervise la formation des futurs prêtres (au séminaire) et la catéchèse des fidèles.
- La charge de sanctifier : L’évêque est le responsable de la vie liturgique et sacramentelle de son diocèse. Il célèbre les sacrements et veille à leur juste administration dans les paroisses. Il détient l’exclusivité de certains sacrements : c’est lui qui ordonne les nouveaux prêtres et les diacres, et il est le ministre ordinaire de la confirmation. Il consacre les nouvelles églises et bénit les huiles saintes (comme le Saint Chrême) lors de la messe chrismale.
- La charge de gouverner : L’évêque est le pasteur et l’administrateur de son diocèse. Il exerce un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, qu’il partage normalement avec des « vicaires » (le vicaire général et les vicaires épiscopaux) à l’exception du pouvoir législatif qu’il ne peut déléguer. Il nomme les prêtres dans les différentes paroisses et affecte les laïcs en mission ecclésiale. Il gère les biens matériels, le budget et le patrimoine immobilier du diocèse. Enfin, il veille au bien-être spirituel et humain de ses prêtres et de ses fidèles, agissant comme un « père de famille ».
La tâche de l’évêque ne s’arrête pas aux frontières de son diocèse : c’est ce qu’on appelle la Collégialité. En communion avec le Pape et les autres évêques du monde (le collège épiscopal), il partage la responsabilité de l’Église universelle. Cela se traduit par sa participation aux conférences épiscopales nationales, aux synodes à Rome et, dans de rares occasions, aux conciles œcuméniques.
On l’a déjà dit, l’évêque ne gouverne pas seul. Il délègue une partie de ses responsabilités et de ses pouvoirs à d’autres ministres ordonnés ou laïcs – et il les exerce en concertation avec son Conseil épiscopal et le Conseil presbytéral (composé des prêtres élus par leurs pairs et des doyens), le Conseil pastoral diocésain (à majorité laïque) ainsi que d’autres conseils (conseil économique, chapitre cathédral…).
L’évêque ne pouvant être partout, il confie la garde immédiate des fidèles (la cura animarum) à des ministres ordonnés : les curés. Si l’évêque possède la plénitude du sacrement de l’Ordre, les prêtres et les diacres, par leur ordination, dépendent directement de lui en lui promettant obéissance ainsi qu’à ses successeurs. L’évêque diocésain est invité à présenter sa démission au Pape lorsqu’il atteint l’âge de 75 ans ou s’il devient incapable de remplir sa charge pour des raisons de santé.
Et la synodalité ?
La synodalité (du grec syn-odos, qui signifie « marcher ensemble ») telle qu’elle a été définie par le Concile Vatican II et fortement remise en avant par le Pape François, redéfinit la manière dont l’évêque diocésain exerce son autorité. Loin d’affaiblir son pouvoir, la synodalité transforme la figure de l’évêque : il n’est plus un monarque isolé, mais un pasteur à l’écoute permanente de son peuple, tout en conservant la responsabilité finale des décisions. Pour l’évêque, gouverner de manière synodale signifie pratiquer un discernement communautaire avant de trancher : il a donc le devoir de se mettre à l’écoute de ce que l’Esprit Saint dit à travers les fidèles (laïcs, religieux, prêtres) – le sensus fidelium. L’évêque doit aussi promouvoir la synodalité à tous les niveaux des structures et lieux pastoraux de la vie de l’Eglise diocésaine.
Dans une démarche synodale, la mission la plus complexe de l’évêque diocésain est d’être le garant de l’unité. Le processus d’écoute fait nécessairement émerger des sensibilités, des avis divergents, voire des tensions au sein du diocèse (notamment sur des sujets sociétaux ou pastoraux). L’évêque a pour tâche d’harmoniser ces charismes sans les étouffer, tout en veillant à ce que les orientations du diocèse restent en communion avec l’Eglise universelle et le Pape.
En résumé, l’évêque diocésain dans une Eglise synodale est appelé à être un pasteur qui marche parfois devant son peuple (pour guider et indiquer le chemin), parfois au milieu de lui (dans la proximité et l’écoute sereine), et parfois derrière lui (pour encourager ceux qui traînent et faire confiance aux initiatives des fidèles).
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- Les défis
Voilà. Cela peut déjà nous aider à comprendre le rôle particulier et essentiel de l’évêque dans la vie de l’Eglise.
Maintenant, je voudrais relever quelques défis qui sont ceux que la société en pleine mutation est en train de connaître – ces défis qui impactent également l’Eglise et auxquels elle doit répondre avec humilité mais aussi avec la force de ses convictions.
Ensuite, je détaillerai le profil d’un évêque tel que je l’imaginerais pour ce moment de l’histoire, face à ces défis, pour faire retentir de la façon la plus adéquate le message de liberté, de miséricorde et de fraternité de l’évangile – la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.
Des défis propres à la place de l’Eglise dans la société ou qui impactent son développement :
- La sécularisation accélérée de la société, à Liège comme ailleurs, dans les campagnes comme dans les villes ;
- le manque de plus en plus criant de prêtres pour « combler les trous » et la pénurie quasi totale de vocations ;
- une Eglise qui est encore empêtrée dans des cadres de fonctionnement, des apparats et des habitudes qui ne sont plus en adéquation avec les besoins des fidèles et avec la culture ;
- défi de la transmission des valeurs et de la foi dans une société où les générations sont clivées et les jeunes désorientés et en perte de sens ;
- une Eglise qui n’est plus en phase avec la modernité et le langage, les modes de communication…
- le risque d’une nostalgie qui attire vers un passé mythique fantasmé et fait se replier parfois les communautés sur elles-mêmes, un entre-soi – avec retour vers d’anciennes ritualités et pratiques traditionnalistes ; ou créer des bulles de spiritualité déconnectée et hors du monde perçu comme mauvais – à convertir ou à rejeter. On retrouve semble-t-il cette tendance chez certains des jeunes nouvellement entrés dans l’Eglise (catéchumènes).
- un fatalisme voire une démission chez les chrétiens de longue date et aux cheveux blancs qui ont beaucoup donné et servi et ne voient pas de relève arriver…
- …
Des défis locaux et mondiaux qui impactent l’humanité et face auxquels l’Eglise et les chrétiens ont à prendre leurs responsabilités :
- défi du vieillissement de la population et du conservatisme néolibéral qu’il favorise ;
- défi du dérèglement climatique qui pèsera toujours plus sur les conditions de vie et de la transition ;
- défi de la crise sociale, de l’enseignement et de la pauvreté (fracture sociale) qui s’accroît ;
- défi de la perte de crédibilité des institutions et du monde politique, des autorités en général ;
- défi des menaces de guerre et de la destruction systématique des valeurs de respect, de collaboration, de solidarité au profit de logiques d’affrontement et de compétition pour la domination mondiale ;
- banalisation de la violence chez un certain nombre de jeunes mais aussi chez les adultes – liée ou non au phénomène grandissant des addictions (drogue, alcool…) ;
- défi de la révolution numérique (réseaux sociaux) et de l’intelligence artificielle ; éclatement des références informationnelles et affaiblissement du statut de vérité ;
- …
=> Voilà en bref le tableau (pas très jojo, je l’accorde) qui est celui dans lequel nous évoluons déjà.
La tentation devant ce tableau d’un monde et de certitudes en train de se déliter (on parle même d’effondrement) – mais aussi de se reconstruire différemment, la tentation est souvent d’attendre un SAUVEUR, un MESSIE – en tout cas en politique, ce qui donne souvent des tribuns voire des dictateurs d’extrême droite ou d’extrême gauche.
Il est évident qu’un évêque ni même un pape ne peut être pris pour un messie (d’ailleurs on a déjà un Sauveur, et un seul !).
Mais si l’évêque ne doit pas être un messie (que Dieu l’en garde), il est quand même comme à toutes les époques troublées de l’histoire un phare pour les fidèles, quelqu’un qui au nom de la mission qui lui est confiée par Dieu, donne le cap à la barque secouée par les flots, suscite l’espérance et rassemble les croyants autour de la Source de la vraie Joie, le seul qui donne le Salut : Jésus Christ. Pour cela, avec les autres appelés et envoyés (dont nous sommes tous mais lui en particulier), il doit interpréter les SIGNES DES TEMPS et faire tendre les voiles de la barque-Eglise au souffle de l’Esprit Saint.
B. Le ‘portrait’
Donc, avant tout, et cela est le tout premier point de mon portrait-robot : il doit être un homme (un prêtre et un évêque) à l’écoute de l’Esprit Saint, c’est-à-dire un HOMME DE PRIERE et de Foi. Une longue expérience de méditation de la Parole contenue dans les Ecritures est indispensable – pour entendre ce que Dieu dit aux Eglises (cf Apoc) et le redire dans le langage d’aujourd’hui.
C’est mon premier point, et un évêque qui ne serait pas un spirituel au sens élevé du terme, ne pourrait certainement pas soulever la communauté des fidèles et l’attirer vers Dieu Si le cœur n’est pas brûlé par la Parole vivante de Dieu, les plus beaux discours théologiques tombent à l’eau. « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain. » (Ps 127, 1)
Pour répondre aux défis colossaux que j’ai évoqué — qu’ils soient ecclésiaux, sociétaux, climatiques ou géopolitiques —, le profil du prochain évêque de Liège ne peut plus être celui d’un simple gestionnaire de structures en déclin, mais celui d’un BÂTISSEUR DE PONTS et d’un GUIDE SPIRITUEL ANCRE DANS LE REEL.
J’ai articulé ce portrait- robot autour de quatre grands axes :
1. Un pasteur de la proximité et de la coresponsabilité
Face à la pénurie de prêtres et à la sécularisation, le futur évêque devra acter la fin du modèle clérical traditionnel pour inventer l’Église de demain.
- Promoteur de la synodalité et du laïcat : Il doit être capable de faire confiance aux laïcs (hommes et femmes) et de leur confier de réelles responsabilités de gouvernance et d’animation des communautés locales.
- Sensible à la ruralité comme à l’urbanité : Liège est un diocèse de contrastes (entre la ferveur multiculturelle urbaine et l’isolement des campagnes ecclésiales). Il lui faudra adapter les structures pour que personne ne soit abandonné mais encouragé et soutenu.
2. Un prophète social et écologique (engagé concrètement et visiblement pour la transition)
Face à la crise climatique, au conservatisme néolibéral et à la précarité croissante, l’évêque de Liège doit porter une voix forte et crédible dans la cité.

- Inspiré par Laudato si’ et Fratelli tutti : Il doit faire de la transition écologique et de la justice sociale des priorités concrètes du diocèse (gestion des biens ecclésiaux, soutien aux initiatives de solidarité locale).
- Allié des plus vulnérables : Dans un contexte de crise sociale et de vieillissement de la population, il doit incarner une Église « hôpital de campagne », proche des personnes âgées isolées, des exclus et des désorientés.
3. Un homme de dialogue, humble et transparent
Dans une société qui se méfie des autorités et des institutions, la crédibilité ne se décrète plus par le statut, elle se gagne par l’exemplarité.
- Culture de la transparence : Face à la crise de confiance qui touche l’Église, il doit faire preuve d’une honnêteté intellectuelle et morale absolue, notamment sur les questions de gouvernance et de gestion des crises.
- Dialogue avec la modernité et la culture : Liège est une terre d’histoire, de débats et d’innovation. L’évêque devra savoir dialoguer avec le monde politique, associatif, scientifique et numérique (notamment sur les défis éthiques de l’IA) sans posture de supériorité, mais avec une force de proposition humaniste.
- Simplicité et dépouillement des apparats : Pourquoi faut-il encore à notre époque parader lors des célébrations liturgiques avec ces attributs d’un autre âge, chape tissée d’or, mitre et crosse en avant ? Ou avec la soutane et l’écharpe violette dans les manifestations publiques ? Un évêque ne peut-il pas être habillé comme tout le monde avec simplement la croix pectorale, l’anneau du pasteur ? Aujourd’hui la perception dans la société de ces ‘falbalas’ est unanimement négative car rappel du temps où les évêques liégeois étaient avant tout des princes…

4. Un passeur d’espérance pour les jeunes comme les anciennes générations
Contre la perte de sens et le clivage des générations, le profil idéal est celui d’un communicant authentique.
- Ancré dans le langage d’aujourd’hui : Sans édulcorer la foi, il doit être capable de la traduire dans les codes du XXIe siècle pour rejoindre les jeunes là où ils se trouvent (y compris sur le terrain numérique).
- Créateur de liens intergénérationnels : Il aura pour mission de faire dialoguer une base ecclésiale vieillissante avec une jeunesse en quête de repères, de fraternité et d’engagements porteurs de sens.
En conclusion,
pour résumer, l’évêque « idéal » pour Liège n’est pas un homme qui cherche à préserver le passé à tout prix, mais un veilleur capable de discerner les signes des temps, un homme profondément habité par l’Évangile, doté d’une grande liberté intérieure et d’un courage managérial et spirituel pour oser le changement.

Cet homme existe-t-il ? Je prie pour que l’Esprit Saint inspire ceux qui doivent par leurs avis aider le pape Léon XIV à désigner notre futur évêque, l’apôtre que nous espérons et que nous attendons dans la confiance et la reconnaissance ! Car, avant tout, il sera un DON DE DIEU – comme toi ! Amen.




Merci BEAUCOUP pour votre splendide réflexion approfondie, que je vais partager autour de moi, pour nourrir notre réflexion personnelle !
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